‹ Les prix: du commencement du XIIIe siècle a la fin du XIIIeChapitre 4 sur 36 · VER · texte numérisé non relu

VER

SAINTE-LUPERCB

8 se tiers de mëteil

1717 ... . 44 setiers de blé

Voici l'ensemble des loyers urbains de l'Hospice de Chartres.

fr.

fr.

à 115 francs; le cent d'œufs, de 2 fr. 60 à 3 fr. 50 ; les poulets avaient doublé de prix.

Mais quelle était la raison de la hausse du prix des denrées ? Assurément, comme le dit M. ZoUa en se référant à La Question de l'or, on la trouve surtout dans la baisse de valeur de Targent, conséquence d'une production des mines du Mexique devenue surabondante.

Il me semble toutefois que M. ZoUa ne rend pas assez justice à l'agriculture de la seconde moitié duxviii® siècle. Quoique Tassolement ait peu varié, quelques nouveautés, comme la prairie artificielle dont nous avons parlé et la pomme de terre, commençaient à y prendre place. L'agriculture était honorée ; Quesnay y avait contribué par des démonstrations scientifiques et Jean-Jacques Rousseau par Texaltation du sentiment de la nature. Des sociétés d'agriculture avaient été fondées sous l'administration de Bertin ; grâce à ce ministre, une très importante mesure, la libre circulation des grains à l'intérieur et même, pendant un temps, la libre sortie avaient donné au commerce agricole un essor inconnu depuis Colbert;

D'autre part, l'impôt restait lourd ; il s'aggravait même par les crues de la taille et des vingtièmes, sans avoir cependant, paraît-il, monté autant que les fermages pendant cette dernière période.

Arthur Young s'étonne que le salaire des ouvriers n'ait pas augmenté dans la même proportion que le prix des denrées. M. Zolla partage d'autant plus cet étonnement que les documents sur lesquels il a travaillé et qui <îoncordent avec ceux que M. Guyot a trouvés en Lorraine n'indiquent pas d'accroissement sensible dans la seconde moitié du siècle. Donc, dit-il, la condition du salarié jetait devenue pire. Les fermiers, au contraire, ne pàyaiit

pas leurs ouvriers plus cher, ont largement profité de la hausse des denrées et les propriétaires se sont taillés une part dans ce profit en augmentant les baux.

Il y a des doctrines économiques qui s'expliquent par rhistoire, c'est-à-dire qui, vraies dans le milieu oii un auteur les a conçues, cessent de l'être dans un autre milieu. M* ZoUa pense que c'est la condition des ouvriers du xvin° siècle qui a fait dire à Turgot : « Les ouvriers sont obligés de baisser le prix à Fenvi les uns des autres, il doit arriver et il arrive en effet que le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui lui est nécessaire pour lui procurer la subsistance. » Il pense aussi que c'est la hausse continue de la valeur de la terre dans la seconde moitié du xviii* siècle, coïncidant avec une augmentation de la population, qui a inspiré à fiicardo sa théorie de la

rente.

Les deux mémoires sont remarquables à des titres divers. Celui du vicomte d'Avenel est une œuvi'e considérable; dans les quatre volumes in-quarto de texte qu'elle comprend, la question du prix et du revenu de la terre, du salaire et des consommations est envisagée sous tous ses aspects et chaque aspect est mis en lumière successivement, avec ordre, par un érudit à qui l'histoire générale est familière et qui a des vues originales sur l'état social des temps passés; les chiffres sont commentés par un économiste qui a le sens droit; enfin la sévérité des énumérations de prix est de temps à autre égayée par un écrivain qui ne manque pas d'humour.

Cette œuvre laisse bien loin derrière elle les deux mé-^ moires de Leber et les manuscrits deMonteil. Sans doute, étant aussi vaste, elle ne saurait être parfaite, surtout du

premier jet. Il y a des parties à retoucher, d^autres à compléter, des moyennes à consolider, des démonstrations à fortifier, des dissertations à condenser, des thèses à contrôler, des chiffres surabondants dans le texte à reporter en note. Quelque riche que soit la collection des preuves qui remplissent les huit in-folio, il y a matière à l'enrichir encore. Je n'ai pas vu, par exemple, que M. d'Avenel se fût servi pour le moyen âge des prix rassemblés par M. Blancard dans Y Essai sur les monnaies de Charles /*"', comte de Provence; pour la seconde moitié du xvin* siècle, il n'a pas connu le graphique du prix de fermage de 26 domaines de l'arrondissement de Bourg, de 1780 à 1866, que M. Dubost, professeur à l'École de Grignon, a publié dans l'enquête agricole de 1866^ et qui confirme pleinement le fait d'une hausse rapide dans la seconde moitié du xviii® siècle. De la figure de statistique qui est à la fin de ce mémoire et de la partie de l'appendice qui raccompagne, M. d'Avenel pourra tirer quelques additions pour son propre travail.

Quand l'auteur aura achevé la revision de son manuscrit, aura-t-il. conduit ses lecteurs à la certitude sur tous les points du sujet qu'il a traités? La matière ne Ja comporte pas ; les moyennes de la valeur et du revenu de la terre, du prix des denrées et autres marchandises, du salaire des ouvriers de la ville et de la campagne, du pouvoir de l'argent dans un grand pays comme là France et pour des périodes de quart de siècle (ce sont celles que M. d'Avenel a adoptées) ne sont pas des quantités susceptibles de détermination précise. Mais c'est déjà beaucoup que de posséder une évaluation approximative, assez solidement assise pour résister à la critique.

En donner, comme a fait l'auteur, la série complète

du commencement du xiii* siècle à la fin du xviu'', c'était rendre un grand service à l'histoire économique.

L'économie politique, science d'observation qui éclaire l'histoire, profite à son tour des enseignements de l'histoire qui corroborent, étendent ou modifient ses doctrines. De l'examen de la suite des prix durant les siècles passés, la première notion théorique qui se dégage, c'est que les prix dépendent tout d'abord de l'abondance ou de la rareté de l'argent, c'est-à-dire du rapport qui existe entre la quantité des choses à vendre dans un pays — on pourrait presque dire entre la richesse de ce pays — et la quantité de métaux précieux qui y circulent et, jusqu'à un certain point même, la quantité de métaux précieux que le commerce pourrait y faire venir des marchés étrangers. Cette notion est depuis longtemps fixée. Les notions plus particulières et néanmoins très intéressantes qui se dégagent ensuite, c'est que le revenu de la terre et le salaire de l'ouvrier qui la travaille n'obéissent pas toujours à la même loi d'accroissement ou de diminution, que l'augmentation de la population a, en plusieurs circonstances, fait renchérir les denrées et réduit les salaires, qu'une élévation rapide du prix des choses peut empirer la condition des salariés, que la terre est, malgré des variations accidentelles, la propriété dont la valeur s'est le plus accrue depuis quatre siècles.

Pour que l'histoire et l'économie politique profitent complètement des travaux de MM. d'Avenel et ZoUa, il est nécessaire que leur œuvre soit publiée tout entière, après qu'ils l'auront revisée. Dans le résumé que je viens de présenter à la Société nationale d'agriculture, je me suis proposé seulement de donner un aperçu sommaire des principaux résultats qui intéressent l'agronotnie.

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