‹ Les Problèmes d'Aristote; (volume 2)Chapitre 45 sur 82 · DE QUELQUES EFFETS DE SYMPATHIE · texte numérisé non relu

DE QUELQUES EFFETS DE SYMPATHIE

Effets du bâillement d'autrui sur le nôtre : effets du feu sur l’envie d'uriner ; de la contagion de certaines maladies ; effets de certains bruits sur nos sens, et de certains objets sur la vue ; effets de certaines blessures; contagion de la phthisie, de l'ophthalmie et de la peste ; action du pourpier et du sel sur les saignements ; action contraire de la cendre et du nitre.

Le

Pourquoi, quand on voit des gens bäiller, se laisse-

t-on aller presque toujours à bailler à son tour ἢ

N'est-ce pas parce qu'il suffit d’un simple souvenir pour être porté à l’action, surtout dans les choses où le mouvement est facile, comme l’est, par exemple,

$ 1. Presque toujours. Lares- bâillement auquel on se laisse triction est juste; car on ne aller, en voyant les autres bäilbâille pas dans tous les cas; et ler. Il ÿ a là quelque chose de parfois, on n’en ressent même plus qu'un souvenir. — L'action aucune envie, tout en voyant d'uriner. L'urination est un acte bâiller les autres.— D'un simple volontaire, tandis que l’on ne souvenir. Ceci n’explique pasle peut s'empêcher de bäiller. —

SECTION VII, DE LA SYMPATHIE, ὃ 2 211 l’action d’uriner ? Le bäillement n’est qu'un souffle et le mouvement de l’humide. C’est fort aisé de le faire pour peu qu'on y pense; et l'on est ainsi tout prêt à agir.

Pourquoi, quand nous voyons quelqu'un étendre la main ou le pied, ou faire tel autre mouvement, ne l’imitons-nous pas, tandis que si quelqu'un büille devant nous, nous ballons aussi sur-le-champ ?

Mais n'est-il pas vrai qu'on ne bäille pas toujours en ce cas, et ne faut-il pas que le corps soit également dans cette disposition, de telle sorte que l’humide y soit également échauffé ? C’est alors la mémoire qui produit le mouvement, comme c’est elle

Le bâillement n’est qu'un souffle. Cette définition est bien vague; la respiration joue un rôle dans le bâillement; mais il y a encoreautre chose. La physiologie moderne définit le bäillement, un mouvement convulsif du voile du palais, s'appliquant à la partie postérieure du pharynx. Ce mouvement peut avoir des causes diverses. Voir Béciard, Traité élémentaire de physiologie humaine, 6° édition, livre I, ὃ 127.

— Le mouvement de l’humide.

Sous-entendu : « Dans l’intérieur du corps ».— Pour peu qu'on y pense. C'est encore l’action de la mémoire, dont il a été question plus haut. Dans le 8 2, l'auteur exprime une restriction relativement à cette influence de la mémoire sur le bâillement.

S2. Étendre la main. La question est assez naturelle ; et le fait est certain ; mais il n’est pas facile de l'expliquer. On ne peut guère que le constater. — On ne bäille pas toujours. C'est vrai; mais cependant l'imitation est très ordinaire, et la volonté n'y est pour rien. — Que l’humide y soit également échauffé.

Cette traduction est exacte; mais on ne voit pas assez clairement quelle est la pensée de l’auteur.

I] semble bien que pour lui le bâillement résulte de l’échauffement du liquide, dansles viscères intérieurs du corps, et dans la bouche ; mais cette simple indication ne suffit pas pour faire voir quelle est au fond sa théorie. — C'est alors la mémoire.

Cette intervention de la mé-

qui agit dans les choses du sexe et dans l’appétit ; car ce qui produit en nous le souvenir, nous pousse aussi vers l’objet que notre imagination nous représente.

Pourquoi, lorsqu'on est debout devant le feu, a-ton envie d’uriner, et pourquoi, quand on est près de l’eau, par exemple sur le bord d’une rivière, urinet-on ?

N'est-ce pas parce que l’eau, quelle qu'elle soit, donne comme un souvenir du liquide qui est dans le corps et appelle ce qui doit en sortir ? Quant au feu, il liquéfie l’humide accumulé dans les organes, comme

le soleil fait fondre la neige.

Pourquoi, quand on touche certains malades, con-

moire déjà indiquée dans le ὃ précédent, n’est pas dutout justüifiée; elle n'entre pour aucune part dans l'acte tout spontané du bâillement. — Dans les choses du sexe. Le texte dit précisément : «Dans les choses de Vénus ». La mémoire joue un grand rôle, si l’on veut, dans les plaisirs de l’amonr ; mais on ne voit pas qu'elle tienne de place, ni dans l'appétit, ni dans le bäillement, — Ce qui produit en nous le souvenir... Le fait, moitié psychologique, moitié physiologique, est bien expliqué.

δ 3. A-t-on envie d’'uriner….

urine-t-on.X]semble que l’auteur

a voulu mettre une certaine Opposition entre les deux actes. Devant le feu, on ressent une simple envie d’uriner; devant de l'eau courante, on urine. Mais ces deux sensations ne sont pas absolument générales ; elles dépendent beaucoup de la dispo sition où est chaque individu.— Sur le bord d'une rivière. Septali fait remarquer que l'eau doit être courante pour produire complètement cet effet.

Quoi qu'il en soit, la question posée dans ce problème atteste une observation très délicate.— Donne comme un souvenir... fait fondre la neige. L'explication

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tracte-t-on l'affection dont ils souffrent, tandis qu'en touchant des gens en santé on ne gagne pas la santé qu'ils ont ?

N'est-ce pas parce que la maladie est un mouvement, et que la santé est un repos ? L'une meut, tandis que l’autre ne meut pas du tout. N'est-ce pas aussi que l’on contracte la maladie malgré soi, tandis qu'on garde très volontiers la santé ? Or les choses involontaires différent beaucoup des choses volontaires, et de celles qu'on fait avec une intention réfléchie.

Pourquoi certains bruits pénibles à notre oreille nous font-ils frissonner, par exemple, une scie qu’on affûte, une pierre ponce que l’on coupe, un caillou qu'on broie, tandis que les signes extérieurs des souffrances que la vue nous révèle, nous font ressentir ces impressions nous mêmes ? Par exemple, les gencives s'injectent de sang quand on voit les gens manger

est ingénieuse ; mais ce n'est qu'une comparaison.

δ 4. Contracte-t-on l'affection.

Les maladies contagieuses tiennent à une foule de causes, dont il est très difficile de se rendre compte ; mais en général, elles viennent de miasmes que l'air apporte et propage (microbes).

La santé n’a pas de ces miasmes ; etil est tout simple qu'elle ne soit pas contagieuse. — Un mouvement... un repos. Ce n’est pas en cela que la santé diffère

de la maladie; elle n'a aucun des éléments que la maladie suppose toujours. — Malgré 801... très volontiers. Cette différence n'a rien de sérieux, pour expliquer la différence de la maladie à la santé.

ὃ ὅ. Nous font-ils frissonner.

On pourrait traduire aussi :

« Nous donnent-ils chair de poule ». Mais cette expression est d’un caractère trop moderne.

—- Une scie qu’on affüte. Chacun de nous a pu éprouver cette sen-

quelque chose d'acide ; et quand on voit quelqu'un étouffer, on se trouve mal soi-même quelquefois. N'est-ce pas parce qu'une voix ou un bruit quelconque est aussi un souffle, qui, en entrant en nous, y cause naturellement un mouvement? Le mouvement qu'il nous communiquera peut être plus fort, soit à cause de sa grandeur, soit à cause du coup plus violent qu'il peut nous porter, causant une émotion en nous, ou altérant quelqu'un de nos organes. Les vents puissants et doux, en atteignant le siège même de la sensation, nous causent une sorte de plaisir, tandis que les sons durs frappent un coup violent, secouant le siège de la sensation, et s’y propageant au loin par là force même du coup. Or ce sont les sensations froides qui s'étendent le plus loin ; car le froid est une force d’un certain genre. Nous avons déjà dit que le froid fait frissonner. Mais les sons durs, en frappant

sation désagréable. — Wanger quelque chose d'acide On peut faire la même remarque pour celte sensation. — On se trouve mal. Le fait n’a rien d’impossible. Si la sympathie est trop forte, on ne peut la supporter, el l’on perd connaissance.—Est aussi un souffle. L'expression dans sa généralité n'est pas très juste ; ce qui est vrai, c'est que la voix, ou le bruit, cause dans l'air un mouvement qui arrive jusqu'à notre ouïe ; ce sont les ondes sonores. -— Les vents...

J’ai conservé cette expression, bien qu'elle doive nous paraitre peu régulière. — Atteignent le siège même de la sensation.

C'est-à-dire, le tympan qui est touché du dehors. — Le siège méme de la sensation. Sousentendu : « dans sa partie superficielle », par opposition aux sons qui nous choquent en pénétrant plus loin. — Par la force méme du coup. Ces expressions pourraient être acceptées par la science moderne, selon la théorie des ondes sonores.— Ce sont les sensations froides. Le texte est un peu plus vagüe. — Nous avons déjà dit. Ceci peut faire allusion à ce qui a été dit du froid, section V, ὃ 37. — En frappant des coups répétés. C'est aussi ce qu'on pourrait dire des ondes sonores, telles que les

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