‹ Les Problèmes d'Aristote; (volume 2)Chapitre 6 sur 82 · XX XVIII DISSERTATION · texte numérisé non relu

XX XVIII DISSERTATION

efficaces. Un fait est constaté; on l’expose et l’on se demande quelle en est la cause et l’explication. En répétant ces interrogations οἱ ces réponses, provisoires les unes et les autres, on accumule une multitude indéfinie d'observations, auxquelles s'appliquent des solutions en nombre égal. Ce sont des matériaux sucessivement recueillis, qu'on classe d’abord d’après leurs affinités, et qui ne sont que des pierres d'attente pour un édifice plus régulier, ou plutôt pour des édifices qu'on se propose d'élever successivement, sans se préoccuper du temps énorme que chacun d'eux exigerait. Quel que soit un avenir dont on ne dispose pas, on a soin de ne pas perdre tant de pensées diverses et précieuses. On les consigne sur-le-champ, sauf à les employer ultérieurement, si on le peut.

Voilà l’idée générale sous laquelle se présentent les Problèmes. Quelle est l’authenticité de ce recueil ? C'est là ce qu'il nous reste à éclaircir, dans la mesure où il est possible de le faire, à la distance où nous sommes, et d’après les documents que nous possédons.

D'abord, 1] faut savoir que le sens du mot

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de Problème en grec répond complètement au sens du mot que notre langue reproduit.

Étymologiquement Problème signifie simplement une chose mise en avant d’une autre; et cestsi bien lasignification première qu'un Problème, dans la langue de la stratégie grecque, est un ouvrage avancé destiné à protéger des opérations militaires. Aristote a plus d'une fois pris le mot de Problème dans ce premier sens, et l’on en trouve plus d’un exemple dans les Problèmes eux-mêmes. Sec.

üon 1, 8 34, 1l est rappelé que, dans certains cas morbides, le médecin peut être embarrassé de savoir quelles sont les parties qu'il faut couper, ou celles qu'il faut cautériser ; et on lui recommande de ne brûler que les larges excroissances et celles qui ont beaucoup de «relief ». Dans ce passage, on le voit, c’est le sens propre du mot Problème. Un second sens qui est de beaucoup le plus ordinaire, c’est celui de question, de proposition, qu’on avance et qu'on veut discuter. Aristote a très fréquemment employé ce mot dans ses ouvrages de logique. En langue française, notre

mot de Question est un équivalent très exact,

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tandis que le mot de Problème, quoique emprunté de la langue grecque, a une nuance un peu différente, qui appartient surtout aux mathématiques. À la logique, on peut joindre les Problèmes eux-mêmes, section III, $ 22.

Quant au titre du recueil des Problèmes, Aristote est naturellement le premier de tous les témoins. I] l’a cité au moins sept fois dans ses autres ouvrages. Nous relevons toutes ces citations une à une.

Météorologie, Livre IT, ch. 6, $ 1 ; Édition Firmin-Didot, IN, 588. Aristote se promet d'exposer la théorie des vents, et 1] ajoute : « Nous traiterons en outre de tous les détails qui n’ont pu être exposés dans les Problèmes particuliers.» Cette mention indique très clairement la section XXVI de nos Problèmes, qui est en effet consacrée à des détails spéciaux sur chacun des vents. On a élevé parfois des doutes sur cette expression de «Particuliers »; mais nous ne partageons pas ces scrupules exagérés, el nous reconnaissons là une désignation précise des Problèmes,divisés, comme ils le sont, en explications spéciales. Le cha-

pitre sur les vents ne fait pas exception, et ce

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sont en eflet des questions très particulières qui sont traitées successivement, et chacune à part.

Une seconde citation, qui se rencontre également dans la Météorologie, est moins nette. Aristote vient de dire que les parasites ne se forment jamais dans l'estomac de l’animal, mais qu'ils se produisent dans la partie inférieure des entrailles, et 1] ajoute : «C’est dans d’autres ouvrages que nous avons dit quelle est la cause de cette putréfaction ». Alexandre d'Aphrodisée affirme, dans son commentaire, qu'Aristote a voulu désigner les Problèmes par ces mots. « D'autres ouvrages ». Ce n’est pas absolument démontré, bien qu'Alexandre d'Aphrodisée fût mieux placé que personne pour en juger. On trouve bien dans les Problèmes, section XX, 8 12, un détail qui peut correspondre à ce passage de la Météorologie, livre IV, ch. 3, $ 25, édition Firmin-Didot, p. 61%, lign. 3; mais ce détail est si concis qu'il ne semble pas très probable qu'Aristote at voulu y faire allusion.

Dans les Opuscules, traité de la Mémoire

et de la réminiscence, ch. 2, 8 2, édition de

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Firmin-Didot, p. 469, lig. 30, Aristote s'en réfère pour la réminiscence à ses « Discours épichérématiques », en d’autres termes ses Essais ; et Michel d'Éphèse croit qu'il s’agit des Problèmes, qui seraient désignés sous cette locution. Mais comme 1] n’y a rien dans les Problèmes qui soit relatif à la réminiscence et à la mémoire, 1l est probable que Michel d'Ephèse s'est trompé.

Le traité du Sommeil et de la veille, ch. 2, S 14, p. 160, et édition de Firmin-Didot, t. I, p. 504, ἃ une citation un peu plus directe, mais qui n'est pas encore positive. Aristote rappelle qu'il a expliqué dans ses « Problématiques » comment 1] se fait qu'on se souvient des songes qu'on ἃ eus durant le sommeil, bien qu'on oublie souvent les actes faits durant la veille. On ἃ voulu voir dans les Problématiques nos Problèmes; mais 1c1 non plus, nos Problèmes ne nous offrent rien de pareil, ni même d'analogue.

Autre citation, qui n’est pas plus concordante, traité de la Jeunesse et de la vieillesse, ch. 5, 8 6, p. 326, édition Firmin-Didot, t. I,

p- 539. Aristote indique comment il faut, pour

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conserver longtemps le feu, le couvrir de cendre ; et 1] renvoie à ses Problèmes, pour la cause spéciale qui fait que le feu s'éteint si on le laisse libre, et qu'il se conserve bien plus longtemps, en couvant sousla cendredont on l’a recouvert. Les Problèmes sont textuellement nommés dans ce passage; mais les nôtres sont muets sur ce phénomène bien connu, et C'est en vain qu'on ἃ cru y trouver une allusion dans la section I, 8 55.

Les citations sont beaucoup plus satisfaisantes dans les deux grands traités des Partes des animaux, et de la Génération des animaux.

Parties des animaux, livre III, ch. 15, 8.2, p- 116, et édition Firmin-Didot, t. HI, p. 273, Aristote annonce qu'il ἃ expliqué dans les Problèmes comment la présure se forme dans celui des estomacs des ruminants qu'on appelle le Hérisson. Les Problèmes sont expressément nommés ; mais 115 ne contiennent actuellement rien sur le hérisson des ruminants.

Le traité de la Génération des animaux fournit, à lui seul, trois références, où les

Problèmes sont nommés également. La pre-

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mière dans le livre I, ch. 10, $ 3, p. 116, et édition Firmin-Didot, tome IT, p. 368, sur la dureté de l’alliage du cuivre et de l’étain ; la seconde, livre IV, ch. 4, 8 17, p. 296, et édition Firmin-Didot, tome III, p. 405, sur les rariations de dates dans la naissance de l’homme ; et la troisième, livre IV, ch. 7, 8 2,

p. 322, édition Firmin-Didot, tome I, p. #10, où Aristote rappelle qu'il a expliqué dans ses Problèmes la cause de la môle chez les femmes. Aucun de ces trois sujets n'a laissé de trace dans nos Problèmes actuels.

infin quelques commentateurs ont cru reconnaitre les Problèmes dans les Encycliques de la Morale à Nicomaque, livre I, ch. 2, 819, p. 14, et édition Firmin-Didot, tome 1], p. 4, ligne 2; mais l'hypothèse est d'autant moins soutenable que les Encycliques étaient en deux livres, si l’on en croit les catalogues de Diogène-Laërce et d'Hésychius, n° 122 et nes

En résumé, aucune des eitations personnelles d’Aristote ne se rapporte distinctement aux Problèmes, tels que nous les avons. Mais

si ces références n’y sont pas applicables, il

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n'en reste pas moins certain qu Aristote avait composé un ouvrage qui portait ce nom. D'où viennent donc ces inexactitudes ? On les a quelquefois attribuées à Andronicus de Rhodes, qui se les serait permises, comme complément de la classification qu'il essayait d'établir dans les nombreux écrits du philosophe. Ce sont peut-être aussi des interpolations, imaginées à bonne intention par des copistes postérieurs. Quoi qu'il en puisse être, on ἃ été amené à penser qu'Aristote avait composé un recueil de Problèmes beaucoup plus considérable, dont le nôtre ne serait qu'un extrait.

Après le témoignage d'Aristote, c’est celui de son disciple Théophraste qu'il faudrait invoquer. Mais on n'est pas moins embarrassé, bien que par des motifs différents. Théophraste n’a jamais cité les Problèmes ; mais, ainsi que nous l’avons dit plus haut, des Problèmes entiers se reproduisent mot à mot dans quelques traités de Théophraste. Quand ce n’est pas l'expression qui est identique, c'est la pensée ; et comme cette coïncidence se répète un très grand nombre de fois, 1l est de la dernière

évidence qu'il ya plagiat. Tout ce qui reste à

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décider, c’est de quel côté 1] est. Est-ce l'élève qui ἃ copié le maître? À première vue, on peut trouver que c’est très probable ; mais d’autre part, 1] paraît, dans bien des théories, que l'originalité appartient à Théophraste.

Entre ces deux alternatives, on ne peut se décider que si de nouveaux documents nous sont fournis par quelque heureux hasard.

Mais, selon toute apparence, 115 nous manqueront toujours ; et la solution restera impossible pour nos successeurs comme pour nous.

Entre Théophraste et Cicéron, deux siècles environ s'écoulent, où les Problèmes ne sont jamais mentionnés. Mais Cicéron nous apporte un témoignage irrécusable. Il est à Tusculum, dans sa maison de campagne, où 1] est entouré d’amis choisis. Il est arrivé à une époque de sa vie où déjà sa carrière d'orateur est faite ; et bien qu'il ait obtenu au barreau les succès les plus éclatants et les plus mérités, il veut aborder des matières plus fécondes et plus sublimes. Ce sont des questions de philosophie qu'il traitera dans les heures de loisir qu'ils’est créées ; et la première question qu'il propose à ses convives, non moins curieux

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que lui de ces hautes spéculations, c’est celle du mépris de la mort. I] soutient avec Platon et Socrate que l'âme est immortelle. 1] vante les admirables facultés dont l’âme est douée ; mais 1] sait aussi qu'elle est jointe à un corps ; et à ce propos, 1] cite l'opinion d’Aristote, qui a dit que la mélancolie est le partage de tous les hommes de génie. Ainsi qu'on l’a vu dans une de nos analyses, c'est précisément le sujet qu'Aristote ἃ étudié dans la section XXX, SI, des Problèmes. La référence est donc parfaitement exacte. Cicéron ἃ sous les yeux les Problèmes d’Aristote, bien qu'il ne les désigne pas par leur titre propre. Mais si nous pouvions éprouver en ceci le moindre doute, il n'y aurait, pour Île dissiper, qu'à se rappeler ce qu'ajoute Cicéron : « Aristote confirme sa remarque par divers exemples, et regardant le fait comme certain, 1] en donne la raison». N'est-ce pas le résumé fidèle de la discussion d’Aristote ? Après avoir énoncé le principe général de sa théorie, ne l’appuiet-1l pas par les exemples d’'Hercule et de Bellérophon, dans la mythologie ; d’Ajax, dans

les temps héroïques ; et dans des temps plus

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