‹ Les Problèmes d'Aristote; (volume 2)Chapitre 7 sur 82 · XLVIII DISSERTATION · texte numérisé non relu

XLVIII DISSERTATION

rapprochés, de Lysandre, le Spartiale, d'Empédocle, de Socrate et de Platon parmiles philosophes ? Que pourrait-on demander de plus ? Et Cicéron, s'il n'a pas en main tout notre recueil des Problèmes, en a du moins cette partie, qu'il a lue comme nous pouvons la lire aujourd'hui.

C'est également à cette section des Problèmes et à cette théorie approuvée par Cicéron, que Sénèque fait allusion à la fin de son traité de la Tranquillité de l'âme. Tout en vantant le calme de l'intelligence et de la raison, Senèque ne proscrit pas tout à fait les excitations extérieures, qui, en agissant sur Île corps, doivent communiquer à nos facultés plus de vigueur. Les voyages, le changement de climat, un léger excès dans le boire et le manger, l'ivresse même pratiquée dans une certaine mesure, sont des moyens de réveiller notre activité intellectuelle. Pour soutenir cette thèse, Sénèque en appelle, un peu confusément, à quelques personnages dont l’autorité n'est pas à dédaigner, Solon, Arcésilas, Anacréon, Caton, Platon ; 1] en arrive à Aris-

tote, qui ἃ dit: «Qu'il n’est point de grand

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génie qui n'ait son coin de folie ». Évidemment, c’est de la théorie de la mélancolie qu'il s’agit; et le résumé sommaire que Sénèque en donne, est au fond très exact. Comme Cicéron, Sénèque connaît donc les Problèmes, et 1] semble les goûter autant que lui.

La parole de Cicéron et de Sénèque n’a pas besoin d'appui étranger. Mais après eux, les témoignages abondent, aussi décisifs que nombreux: d’abord Pline, vers la fin du I siècle de notre ère, et ensuite Plutarque et Aulu-Gelle, dans le second ou au début du troisième, et Diogène Laërce, qui est presque leur contemporain.

Pline, Histoire naturelle, livre XVIII, ch. 34, (77, édition et traduction Littré, p. 703), en parlant de l’action du vent sur les végétaux et sur le bétail, cite l'opinion d'Aristote {vrr immense subtilitatis) relativement à l'influence du vent que les Grecs nomment le Cæcias. I] ne pousse pas sa citation plus loin; mais, c'est une allusion très claire à la section XXVI des Problèmes, 88 1 et 31, où Aristote décrit l’action spéciale du Cæcias. Ce que Pline ajoute sur l’opposition des vents du Nord

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et du Midi est puisé à la même source, bien qu'il ne le dise pas.

Plutarque, qui vit de lan 50 à l’an 120 après J.-C., a fait tant de citations des Problèmes qu'avec lui le seul embarras est de choisir.

D'abord, dans la Vie de Lysandre (ch. 2, 8. 6, édition de Firmin-Didot, p. 518), 1l rappelle qu'Aristote ἃ remarqué que tous les grands hommes ont été de tempérament mélancolique : par exemple, Socrate, Platon, Hercule; et, en parlant de Lysandre spécialement, Aristote a dit que ce personnage n'avait pas toujours été mélancolique, mais qu'il l'était devenu dans sa vieillesse. C'est la théorie de notre section XXX, 8 1, que nous avons déjà vue admirée par Cicéron et Sénèque.

Mais c’est surtout dans le traité des Propos de table (Symposiaques) que Plutarque allègue fréquemment l’autorité d’Aristote. Il y agite des questions toutes semblables à celles de nos Problèmes ; il les appelle de ce même nom. Les convives auxquels 1l prête ses dialogues sont gens fort instruits, qui ont beaucoup de lecture. Quand ils citent Aristote,

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on peut être assuré que c’est de première main et fort exactement.

Symposiaques, livre 1, question 9, 881 et 2, édition Firmin-Didot, Œuvres morales, tome Il, p. 759, ligne 20, un des convives demande à l’autre pourquoi Homère nous représente l’aimable Nausicaa lavant le linge de sa famille dans la rivière, au lieu de le laver dans la mer, qui cependant est plus près.

Théon, le convive ainsi interrogé, répond qu'Aristote a dès longtemps résolu cette difficulté, en faisant remarquer que l’eau de mer contient des parties terreuses, qui la rendent plus lourde, en même temps qu'elles causent sa salure. De là vient qu'on nage dans la mer plus aisément que dans l’eau douce, et que les navires y enfoncent moins, même avec des charges plus fortes. L'eau douce au contraire, étant plus légère, cède davantage à la pesanteur des corps qui y sont plongés. Mais sa ténuité même fait qu'elle pénètre les étoffes et qu'elle les nettoie mieux. Plutarque conteste en partie cette explication. Mais la controverse nous importe peu, puisqu'en effet c'est

bien le résumé de l'opinion d’Aristote, sec-

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tion XXIII, 88 3, 10, 13, 15, 27, 32, 38. Plutarque ἃ donc lu cette partie des Problèmes, bien qu’il ne les nomme pas.

Symposiaques, ibid. L'eau de mer, selon Aristote, est quelque chose de graisseux, comme le sel qu'on en tire. De là vient que les lampes brûlent mieux quand on y met quelques grains de sel, et que l’eau de mer, quand on en répand quelques gouttes sur le feu, s’enflamme avec lui, parce qu'elle est, de toutes les eaux, celle qui brûle le plus facilement. On peut voir les mêmes idées, d’ailleurs plus ou moins justes, dans les Problèmes, section XXII, $$ 7 et 15.

Symposiaques, ibid., et quelques lignes plus bas, ilestditqu'Aristote a remarqué que, quand on se baigne dans la mer, on se sèche au soleil plus rapidement que quand on sort d’un bain d’eau douce. C’est bien la pensée exprimée dans les Problèmes, section XXIIT, S 10.

Symposiaques, livre IT, question 3, il est parlé d’un traité d’Aristote sur l'ivresse, où 1] aurait avancé que les vieillards s’enivrent facilement, ainsi que les femmes. Nous ne

DISSERTATION 1.111 connaissons pas ce traité spécial; mais c’est peut-être la section III des Problèmes, consacrée tout entière à l'ivresse et à ses effets. 1] n y est pas question des femmes ; 1l y est fait allusion aux vieillards, 8 5 et $ 26. A cette première citation, le convive qui l’a faite en joint une seconde. Selon lui, Aristote assure qu’on s’enivre moins en buvant tout d’un trait et sans reprendre haleine. C’est en effet ce qu'on trouve dans les Problèmes, section III, 88 12, 271925:

Symposiaques, livre ΠῚ, question 5, un des convives de Plutarque s'étonne qu'on puisse soutenir que le vin est froid par sa nature propre. Plutarque est pour l’affirmative ; et 1] emprunte cette opinion à Aristote, et même à Épicure. Son ami nese rend pas; et Plutarque, pour le convaincre, est obligé de développer tous les arguments qu'on peut tirer des effets de refroidissement que le vin produit chez les ivrognes. Toute sa discussion est prise de celle d’Aristote, Problèmes, section III. Seulement Plutarque ne l’a peut-être pas très bien compris. D'après l’auteur des Problèmes, le vin n'est pas directement froid ; au contraire,

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il est naturellement chaud ; mais sa chaleur éteint la chaleur vitale dans le corps des ivrognes ; el c'est en ce sens qu'on peut dire qu'il est froid, parce que, la chaleur vitale étant détruite, c’est le froid qui y succède ; et le refroidissement, poussé trop loin, pourrait être mortel.

Symposiaques, livre ΠῚ, question 7, édition Firmin-Didot, p. 796. À Athènes, on avait la coutume d'offrir aux Dieux les prémices du vin doux. À cette occasion, le père de Plutarque célèbre le sacrifice d'usage ; et après le souper, il propose aux Jeunes camarades de son fils de discuter cette question : « Pourquoi le vin doux n’enivre-t-1l point ? » On s’en rapporte à l'avis d’Aristote, qui rend compte du phénomène par la pesanteur du vin doux et par la quantité d’eau qu'il renferme. C'est précisément la raison que donnent les Problèmes, section III, $ 18.

Symposiaques, livre 111, question Sens tretien continue sur les effets de l'ivresse; et le père de Plutarque se demande pourquoi une demi-ivresse fait déraisonner plus qu'une

ivresse complète ; 1] ne trouve pas qu’Aristote

DISSERTATION LV ait bien expliqué ce singulier phénomène. Il aditque, quand on est à jeun, on voit les choses telles qu'elles sont et qu'on raisonne bien; et que, quand on est abruti par l'ivresse, on a perdu tout usage de l'intelligence, tandis que quand on est à moitié ivre (en grec, ’Axpoθώραξ), 1] ne reste que l'imagination dans toute sa vigueur. Mais la raison est déjà troublée ; elle juge encore, mais elle juge mal; c’est la fantaisie seule qui conduit les gens ainsi grisés. Ge sont là les expressions mêmes d’Aristote dans les Problèmes, section II, 88 2 et 27. Le père de Plutarque n'approuve pas tout à fait cette démonstration, que son fils adopte complètement.

Symposiaques, livre IT, question 10, $ 18, édition Firmin-Didot, p. 801. Un convive raconte qu'ayant reçu de la chasse d’un ami une pièce de sanglier, 1] avait laissé le morceau exposé aux rayons de la lune, et que la viande s'était plus gâtée qu'aux rayons du soleil. En recherchant la cause de ce phénomène, Plutarque cite Aristote, qui affirme que les plaies faites par l’airain se guérissent plus vite que

les plaies faites par le fer. C’est précisément

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ce que disent nos Problèmes, section ἰ, 8 34.

Dans un autre entretien {Symposiaques, livre VI, question 8, 8 3, édition Firmin-Didot, p. 845), Plutarque rappelle cette assertion d’Aristote que, quand au dehors 1] ÿ ἃ un refroidissement extrême, les parties internes éprouvent une chaleur considérable et une liquéfaction abondante. La citation estexacte, comme on le voit par les Problèmes, section 11, 8 5, et section XIV, 8 16.

Symposiaques, livre VII, question 5, 8 2, édition Firmin-Didot, p. 859, Callistrate discute sur les effets de la musique, et 1] croit, contrairement à l'opinion d’Aristote, qu'on peut être intempérant par les organes de l'ouïe et de la vue, comme on l'est par les organes du toucher et du goût. Aristote n’est pas absolument dans le vrai quand 1] borne à ces deux derniers sens l’idée d’intempérance. Problèmes, section XXVIIT, 88 2 et 7.

Symposiaques, livre VIIT, question 3, éditon Firmin-Didot, p. 878 et 879. Plutarque est à souper avec quelques amis chez Ammonius, préteur à Athènes, quand un bruit vio-

lent vient à retentir dans toute la maison. Ce

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sont des gens qui réclament à grands cris l'intervention du préteur dans une affaire qui les intéresse. Quand le tapage est apaisé, les convives se demandent comment 1] se fait qu'on entende 51 bien au dedans le bruit extérieur, tandis que du dehors on a tant de peine à entendre les voix parties du dedans. Ammonius cite l’avis d’Aristote, qu'il approuve; et à la suite, 1l discute deux autres questions, l’une sur la différence des sons dans la nuit et dans le jour, l’autre sur la sonorité des vases vides ou pleins. Tous ces phénomènes sont étudiés formellement dans nos Problèmes, section XI, 88 8, 33 et 37.

Symposiaques, livre VIII, question 10, 81, édition Firmin-Didot, p. 895, ligne 36, Plutarque et ses fils, avec quelques amis, entre autres Favorinus, sont réunis aux Thermopyles, sans doute pour y célébrer une fête nationale. Un d’eux ἃ sur lui l'ouvrage d’Aristote intitulé: Questions naturelles. On en lit plusieurs passages, dont l’un concerne l'effet que produisent les fruits sur la santé, en provoquant des rêves, « pendant les mois de la chute des

feuilles ». Aristote supposait que les mauvais

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rêves, à cette époque, venaient de l'usage immodéré qu'on faisait alors des fruits de toute espèce. Si, dans ce passage, les Problèmes sont expressément nommés, ils ne nous fournissent pas très précisément, dans l’état où nous les avons, la pensée que Plutarque en tire. Pourtant, dans la section XXII, il est question de la digestion des fruits, qui semblent fort lourds pour certains estomacs.

Voilà, de compte fait, douze citations des Problèmes dans les Symposiaques, et lon pourrait en découvrir d’autres dans ce même traité. Dans des traités de Plutarque différents, on en trouve encore trois, qu'il ne faut pas négliger, quelque satisfaisantes que soient les précédentes.

Dans le traité d’Isis et d’Osiris, ch. 79, édition Firmin-Didot, page 468, l’auteur cite Aristote sur l’action des parfums exhalés par les fleurs et par les prairies, qui est aussi salubre qu'agréable ; elle contribue à la santé au moins autant qu'au plaisir. La section XII de nos Problèmes est consacrée à l'étude des bonnes odeurs. L'opinion que Plutarque attri-

bue au philosophe ne S'y rencontre pas sous

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la même forme ; mais le passage de Plutarque peut sembler en être un résumé assez exact.

Dans le traité des Oracles de la Pythie, ch. 3, édition Firmin-Didot, p. 483, 1] est parlé de l'opinion d’Aristote, relativement à l'effet que l'huile produit sur la rouille. Cette citation ne se rapporte pas à nos Problèmes, mais aux « Problèmes inédits », publiés par M. Bussemaker, livre III, ch. 17, édition Firmin-Didot, tome IV, p. 328.

Dans le traité de la Répression de la colère, ch. 3, édition Firmin-Didot, p. 551, ligne 3, on rappelle qu'Aristote a dit que la colère cède à une aspersion d’eau froide ; et cette assertion se retrouve effectivement dans nos Problèmes, section VIII, 8 20.

En résumé, Plutarque a nos Problèmes ; mais 1l a peut-être aussi, sous la même désignation, un autre ouvrage que le nôtre.

Après Plutarque, Aulu-Gelle, son contemporain, connaît les Proverbes d’Aristote tout comme nous; et 51] les cite moins souvent, ses indications ont l'avantage d’être beaucoup plus précises. Aulu-Gelle, qui vivait sous

Adrien et Antonin le Pieux et qui mourut

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dans les premières années du règne de Marc- Aurèle, étaitunde ces Romains quicherchaient à s’approprier tous les trésors de la culture hellénique. Fort jeune encore, sa famille l'avaitenvoyé compléter son éducation aux écoles d'Athènes, et 11] semble bien quil y est retourné plus d’une fois. Dans une préface, qu'un auteur moderne ne désavouerait pas, 1] nous apprend comment 1l a composé son recueil, et pourquoi 1l lui ἃ donné le titre de Nuits Attiques. C'est sur le sol de l’Attique et pendant les longues nuits d'hiver qu'il a composé son recueil, avec les remarques de tout genre que lui fournissaient ses lectures. Il ἃ la passion de la grammaire, de la rhétorique et de la jurisprudence. 1] réunit ses notes en vingt livres, où 1] s'inquiète peu de l’ordre et de l’affinité des matières. En bon père de famille, 1l ἃ pensé à préparer à ses enfants des sujets de délassements, pour les loisirs que les affaires pourront leur laisser. Aulu-Gelle est un lettré, qui ne manque pas de goût et qui est fort instruit. Quand 1] parle d’Aristote et qu'il le traduit, on voit qu'il le comprend

à merveille, dans le texte que ses maitres

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d'Athènes lui ont communiqué. On peut done s’en fier à lui et à eux.

Nuits Attiques, livre 1, ch. 11. Aulu-Gelle rappelle, d’après Thucydide, que les Lacédémomens avaient l'habitude de marcher au combat au son des flûtes et non des trompettes ; et, à ce propos, 1] cite l'opinion d’Aristote, qui, dans ses Livres des Problèmes, «in libris Problematum, » a expliqué cette vieille coutume d’une marche si intrépide et si noble, et qui a dit en quelques mots: «€ Pourquoi marchent-ils au combat au son de la flûte ?

C’est pour reconnaître les Tâches qui n'osent pas avancer. » Et Aulu-Gelle cite le texte grec, sans le traduire. Comme ce passage ne se retrouve pas dans nos Problèmes, 1] est bien probable que l'édition qu'avait l’auteur latin n'était pas tout à fait semblable à la nôtre. C'est une remarque qu'on a déjà dû faire pour une citation de Plutarque. Mais dans Aulu- Gelle, cette différence n’a pas de conséquence ; et il va nous présenter plusieurs citations qui sont parfaitement conformes à notre texte actuel.

Nuits Attiques, livre IT, ch. 22. Favorinus, à

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qui Aulu-Gelle cède la parole, expose une théorie complète des vents, et 1l rappelle ce qu'Aristote ἃ dit du Gæcias, vent qui souffle de telle façon qu'après avoir poussé quelque peu les nuages, 1] les attire de nouveau sur lui. C’est précisément ce que disent aussi nos Problèmes, au $ 1 dela section XXVI, et ibid., 8 31. Favorinus répète, comme Aristote, le proverbe populaire auquel cette marche récurrente du Cæcias avait donné naissance.

Nuits Attiques, livre II, ch. 30. Selon Aulu- Gelle, les physiciens les plus savants ont observé que, lorsque l’Auster souffle, la mer devient verdâtre ou bleu foncé, tandis que, sous le souffle de l’Aquilon, la couleur s’obscurcit et tourne au noir. Aulu-Gelle ajoute en son propre nom: « Je crois avoir trouvé la cause de ce phénomène dans les livres des Problèmes d’Aristote. Pourquoi, dit:1l, quand l’Auster vient à souffler, la mer est-elle bleu foncé, et est-elle plus noire et plus obscure quand c'est l’Aquilon ? Est-ce parce que l’Aquilon agite moins les flots ? Car plus un objet est immobile, plus ilsemble noir. » C'est latraducüon fort exacte du $ 39 de la section XXVI.

RÉ νμὐιΝ

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Mais c'est particulièrement dans le livre XIX des Nuits Attiques qu'Aulu-Gelle multiplie ses citations des Problèmes.

Nuits Attiques, livre XIX, 8 2, l’auteur, dissertant sur les plaisirs des sens, louables quand ils sont modérés, honteux et méprisables quand 115 ne le sont pas, s'attache aux deux sens du goût et du toucher, dont les excès sont réprouvés par les sages. Il s’autorise, pour cette théorie, du jugementd’Aristote, persuadé que les conseils d’un 51 illustre philosophe détourneront bien des gens de ces voluptés infâmes. Il cite en grec un passage de douze ou quinze lignes qui est textuellement dans nos Problèmes, section XXVII, 8. 7. On ne saurait désirer un témoignage plus complet ni plus frappant.

Nuits Attiques, livre XIX, ch. 4. « Aristote, dit Aulu-Gelle, ἃ composé un ouvrage intitulé Problèmes physiques (Problemata physica), qui abonde en observations aussi intéressantes que variées. Il y recherche, par exemple, pourquoi une frayeur subite et violente cause presque toujours et incontinent la diarrhée,

et pourquoi, après être resté longtemps devant

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le feu, on sent le besoin d’uriner. » C’est bien ce qu'Aristote dit dans nos Problèmes, section XXVII, 8 10.

Au chapitre suivant, 5 du livre XIX des Nuits Attiques, Aulu-Gelle raconte qu'il s'était retiré pendant les grandes chaleurs de l'été chez un de ses riches amis à Tibur. Au repas, on servait de l’eau de neige, pour mieux rafraichir les convives, qui ne se faisaient pas faute d'en boire largement. Un d'eux, fort instruit et admirateur passionné d’Aristote, essayait de les arrêter, parce que, selon les médecins les plus expérimentés et selon Aristote, « qui savait tout ce qu'un homme peut savoir », c'est une boisson malsaine. Les convives n'écoutent pas le sermon; mais le péripatéticien va chercher un exemplaire d'Aristote à la bibliothèque de Tibur, qui était dans le temple d'Hercule; et 1] Hit un passage où l'eau de neige est absolument condamnée par le philosophe, comme nuisible à la santé. Aulu-Gelle cite encore textuellement ce passage,en le traduisant. Mais ce passage ne se retrouve pas dans nos Problèmes, bien que le sujet y soit touché par des allusions. La plu-

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part des convives se laissent convaincre par une autorité aussi grave ; et 115 s’abstiennent de ce rafraïchissement dangereux.

Même livre XIX des Nuits Attiques, 8 6, Aulu-Gelle dit : « On lit dans les Problèmes d'Aristote : Pourquoi la honte fait-elle rougir, et la crainte fait-elle pàälir, malgré la ressemblance de ces deux affections ? C’est que, par l'effet de la honte, le sang se répand du cœur dans toutes les parties du corps et se montre à la surface, au lieu que, dans la crainte, 1] se retire du cœur et abandonne le reste du corps. » Aulu-Gelle cite en grec ce passage, dont 1] avait discuté le sujet avec un de ses maîtres d'Athènes, Taurus ; le texte qu'il reproduit n’est pas absolument le nôtre ; mais les pensées sont bien d’Aristote ; et nous les retrouvons identiquementdansnos Problèmes, section XX VII, 88 6 et 8, et section ΧΧΧΙ, 881, 39,42:

Enfin, Nuits Attiques, livre XX, 8 4, Aulu- Gelle raconte qu'un jeune homme riche, son condisciple, aimait la société des comédiens, des joueurs de flûte, et qu'il se plaisait à fréquenter ces hommes de libre allure, que les

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Grecs appellent les artistes de Bacchus. Taurus voulait détourner ce jeune homme de la compagnie des gens de théâtre, et 1] lui envoya le passagesuivantdel'ouvraged’Aristoteintitulé:

Problèmes encycliques, en lui recommandant de le lire tous les jours: « Pourquoi les artistes de Bacchus sont-ils le plus souvent des gens pervertis ? Est-ce parce qu'ils restent étrangers à l'étude et à la philosophie, consacrant la plus grande partie de leur existence au métier qui les fait vivre ἢ Est-ce parce qu'ils sont presque toujours dans les débauches, quelquefois dans la misère ? Ce sont là deux sources de vices. » Aulu-Gelle reproduit le texte grec, qui est celui-là même que nous avons, Problèmes, section XXX, 810. On voit qu'Aulu-Gelle, après avoir appelé l’ouvrage d'Aristote Problèmes naturels, Questions naturelles, l'appelle ici Problèmes encycliques, ou encyclopédiques. La diversité des matières étudiées dans les 38 sections des Problèmes est en effet une sorte d’encyclopédie.

Huit citations d’Aulu-Gelle, seize de Plutarque, sans oublier Sénèque et Cicéron,

forment un ensemble de témoignagnes 1rré-

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sistibles. Il doit être avéré désormais que, dès le temps de Sylla, les Problèmes d’Aristote sont connus de tous les lettrés romains, qui savent le grec aussi bien que leur propre langue. Le texte est pour eux le même en général que celui de nos éditions ; mais 1l semble assez probable aussi qu'il y ἃ quelque différence de rédaction. Ces conclusions peuvent sembler définitivement acquises.

On pourrait y joindre, si on le voulait, le témoignage des Catalogues de Diogène Laërce, del’Anonymede Mesnage (Hésychius ? etmême de l’Anonyme arabe, composés sans doute d’après ceux de Ptolémée et d’Andronicus de Rhodes (édition de Firmin-Didot, tome IV, 2€ partie, pp. et suiv. par M. Emile Heïtz, d’après MM. Cobet et Valentin Rose). Le Catalogue de Diogène Laërce, qui est de beaucoup le moins irrégulier et le plus digne d'attention, cite, numéro 120, un ouvrage d’Aristote intitulé : Problèmes physiques par ordre, 38. Ce sont nos 38 sections des Problèmes actuels, angés comme 115 le sont. L'Anonyme de Mesnage, sous son numéro 101, reproduit cette

indication, en déplaçant seulement une partie

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