SECTION ONZIÈME FAITS RELATIFS A LA VOIX ET AU SON
Infirmité fréquente de l'ouie; nasillement des sourds; chaleur cause de la force de la voix; influence de la nuit sur le son: de loin, la voix parait plus aiguë ; résonance des vases fermés ; bruit de l'eau qui tombe plus aigu quand elle est froide ; rudesse de la voix au moment du réveil : enrouement après le repas ; différences de la voix dans le rire ou dans les pleurs ; acuité de la voix chez les enfants et les jeunes animaux ; effets de la liqueur séminale sur la voix ; gravité de la voix en hiver, et après qu'on a bu ou vomi ; effet de la distance sur le son : acuité de la voix par l'effet de la maladie ; le son dans l'écho; voix grave des veaux ; diminution du son par la paille répandue sur le plancher; pétillement du sel dans le feu : bégaiement alternatif des enfants: sonorité des vaisseaux vides ; effet du bâillement sur l'ouie : tremblement de la voix dans l'inquiétude et dans la peur ; le bégaiement empêche de parler à voix basse ; portée différente du son de dehors en dedans, et de dedans en dehors : effet du poireau sur la voix ; effet de Ja respiration : portée de la voix du haut en bas et de bas en haut ; effet de l'ivresse sur la voix: différence de la lumière εἰ de la voix par rapport aux corps; effets ® de la simultanéité des voix ; cause du bégaiement ; l'homme est le seul animal qui bégaie ; formation tardive de la voix chez l'homme ; action des corps environnants sur le son ; voix des enfants, des femmes, des eunuques et des vieillards.
Pourquoi, parmi les sens tels qu'on les ἃ dès la naissance, est-ce l’ouïe qui est le plus exposée à être infirme ? |
N'est-ce pas parce que l’ouïe et la voix semblent venir du même principe ? Or, la parole semble pou-
8 1. Semblent venir du méme admettre cette théorie ; et l’on principe. On ne peut guère ne comprend pas bien comment
voir se déranger très aisément, n'étant qu'un mode de la voix. Deplus, elle ἃ grande difficulté à se bien former. La preuve, c'est que, longtemps encore après notre naissance, nous sommes muets, et qu’ensuite nous bredouillons encore pendant quelque temps. Au début, on ne parle pas du tout, parce que le langage s’altère fort aisément et que le principe est le même . pour les deux : pour le langage, qui n’est qu’une espèce particulière de voix, et pour l'ouïe, qui, de tous les sens, est celui qui se dérange le plus facilement, tout au moins indirectement, sinon par lui-même. On peut, en observant les autres animaux, se CONvaincre que rien n'est plus prompt à se déranger que le principe du langage. Pas un seul animal ne parle, si ce n'est l’homme ; et encore nous ne parlons que fort tard, comme on vient de le dire.
les deux sens, si la voix est un sens, peuvent tenir à un principe unique. L'ouiïe entend les sons d'une manière générale, et elle entend ceux de la voix
pression est trop concise, et la pensée reste obscure. — Tout au moins indirectement. Même remarque. Indirectement semble se rapporter à la voix, qui peut
comme les autres. — Pouvoir se déranger très aisément. Par une foule de causes extérieures ou intérieures. — Grande difiiculté à se bien former. Le fait est exact. — ous sommes muets. Nous ne parlons pas en effet avant douze ou quinze mois, à partir de la naissance. La parole ne nous arrive qu'après que nous avons entendu le langage de tous ceux qui nous entourent. — Le principe est le méme pour les deux. Ici, comme au début de ce ὃ, l’ex-
être, en effet, plus ou moins distincte, et par conséquent, plus ou moins perceptible à
l'ouie. — À se déranger. La nuance du mot grec est peutêtre plus forte. — Comme on
vient de le dire. Quelques lignes plus haut dans ce même ὃ.
Aristote a consacré, dans l'Histoire des animaux, livre IV, ch. 9, une longue et admirable étude à la voix chez les êtres animés. Il a toujours fait de la parole l'apanage exclusif de l'homme.
Pourquoi les sourds parlent-ils tous du nez ἢ
N'est-ce pas parce qu'ils sont bien près d’être muets ? Or, les muets n’émettent le son que par le nez. C’est par là seulement que, chez eux, l'air peut sortir, parce que leur bouche est fermée; et si leur bouche est fermée, c’est qu'ils ne peuvent pas employer leur langue à articuler la voix.
Pourquoi tous les hommes qui ont naturellement beaucoup de chaleur ont-ils la voix très forte ?
N'est-ce pas parce que nécessairement il y a tout à la fois en eux beaucoup d'air, et que cet air est
82. Les sourds. Voir plus bas, ὃ 4, la même question, répétée plus concisément. — Parlentils tous du nez. Ou: « par le nez ». Cette seconde traduction s'accorderait peut-être davantage avec le contexte. — Bien près d’être muets. On sait aujourd'hui que le mutisme vient de la surdité poussée à un certain degré ; l'Antiquité n’a pas connu ce fait de physiologie pathologique; maintenant il ne fait plus le moindre doute.— N'émettent le son. Le mot grec signifierait plutôt : « parler ; » mais la contradiction des termes eût été trop forte ; et l'on ne peut dire que les muets parlent. Il ne s’agit donc que d'une seule émission de son, que les muets
font sortir par le nez. — Leur bouche est fermée. C’est une erreur anatomique ; et il paraît bien que chez les muets, l'appareil buccal tout entier est très régulièrement conformé, et que c'est l'oreille seule qui l'est mal. La langue est tout aussi bien organisée que le reste; voir Hippocrate, Littré, tome VIII, p. 609. L'école Hippocratique s’est occupée de la surdité, sans la rattacher au mutisme.
δ. 3. Beaucoup de chaleur.
La voix forte paraît tenir à d'autres causes que la chaleur, et particulièrement à tout l'appareil respiratoire. Tous les individus ont à peu près la même température; et cepen-
SECTION XI, LA VOIX, ὃ ὃ 321
froid ? Car la chaleur attire à elle le souffle et l'air ; et plus il y a de chaleur, plus elle en attire. Or, la forte voix consiste à mettre en mouvement une grande quantité d'air. La voix aiguë consiste à le faire mouvoir vite ; et la voix grave à le faire mouvoir lentement.
Pourquoi les sourds parlent-ils tous du nez ?
N'est-ce pas parce que les sourds respirent plus difficilement ? Car ils sont bien près d’être muets. Les canaux du nezse distendent par l'air qui y passe; alors c'est par le nez qu'ils émettent un son.
Pourquoi entend-on mieux pendant la nuit ?
N'est-ce pas parce qu'il y a plus de calme, par suite de l'absence de la chaleur, et que, dans cette condi-
dant la voix varie extrêmement tion que plus haut, au ὃ 2 : elle
dans chacun d'eux. — Za chaleur attire à elle. Cette théorie n’a rien de physiologique.— Le souffle et l'air. J'ai pris le mot de Souffle, qui a toute la généralilé du mot grec: mais 1] s'agit sans doute de la respiration. — Une grande quantité d'air... vile…. lentement. Ces principes sont très exacts. Voir M. Béclard, Traité élémentaire de physiologie humaine, 6cédit., p. 755 et 894.