‹ Les Problèmes d'Aristote;Chapitre 6 sur 78 · SECTION XIX · texte numérisé non relu

SECTION XIX

La flûte peut exprimer la gaieté ou la tristesse ; effets de la distance sur la voix d'une seule personne ou de plusieurs personnes parlant à la fois: dissonances au grave ou à l'aigu ; airs connus plus agréables que ceux qu'on entend pour la première fois; effet des changements de modulations ; la lyre avait jadis sept cordes ; accompagnement des instruments ; fredonnement ; relations des cordes de la lyre ; rapports du grave et de l’aigu ; les nomes d'autrefois; chants qui comportent des antistrophes ; accord et unisson ; chant à l'octave ; fautes du chant plus sensibles dans le ton grave ; mesure plus ou moins bien observée selon le nombre des chanteurs ; rapports des notes hautes et des notes basses ; la note médiale ; caractère moral des harmonies ; différence du son, de la saveur et de la couleur ; modes hypodorien et hypophrygien; la plus belle des consonances; difhculté de chanter à l'aigu plutôt qu’au grave ; plaisir que fait la régularité du rhythme ; notes qui peuvent ou ne peuvent pas servir à la consonance ; résonance des cordes qui ne sont point touchées ; voix isolée ou voix accompagnée ; sept ont un milieu, huit n'en ont pas ; notes fausses surtout à l’aigu ; habitudes musicales des Anciens ; modes uniquement appliquées à la tragédie ; le grave est plus doux que l'aigu ; résonnaces diverses de vases vides ou à demi-pleins.

δ 1. Questions d'harmonie. détails tant bien que mal. Nous

Septali, avant de commencer ses en sommes réduit au même explications sur ce chapitre, expédient ; et le voile dont est croit devoir faire une déclara- couvert la musique grecque est tion, que nous pouvons nous toujours aussi épais. Elle a été, approprier ; il signale les diffi- dans ces derniers temps, l’objet cultés insurmontables de cette de travaux considérables, d'un ᾿ section, et son incompétence grand mérite ; mais les ténèbres personnelle. Il avoue qu'il a été sontrestées à peu près aussi pro-

sur le point de s'abstenir de tout commentaire ; cependant il se résout à expliquer tous ces

fondes. Nous réclamons l'indulgence des lecteurs; nous aussi, nous en avons grand besoin.

Pourquoi joue-t-on également de la flûte, qu'on soit dans la douleur ou qu'on soit joyeux ἢ

N'est-ce pas pour les uns un moyen d'adoucir leur douleur; et, pour les autres, un moyen d’augmenter leur joie ?

ae

Pourquoi la même personne, avec la même voix, se fait-elle entendre de plus loin quand elle chante, ou qu'elle crie avec d’autres, que quand elle est seule ?

N'est-ce pas que, quand on fait quelque chose en commun, soit qu'on tire, soit qu'on pousse, on ne

$ 1. Joue-t-on également de la fläte.On pourrait traduire aussi:

« Pourquoi aime-t-on également à entendre jouer de la flûte...?»

Le texte peutavoir les deux sens; et l'observation est vraie, de part et d'autre.

S2. La même personne avec la méme voix. Cette observation est sans doute exacte ; et il serait facile de la vérifier dans les tutti de quelque opéra. Voir plus haut, section ΧΙ, ὃ 52, une question presque pareille, qui semble néanmoins être, à certains égards, un peu contraire à celleci. On doit toujours supposer qu'au milieu des cris d'une multitude, on distingue la voix particulière de quelqu'un; car 1] faut cette condition pour juger

que la voix de cette personne porte alors plus loin que si elle était seule. — Quelque chose en commun. L'exemple donné, de traction ou d'impulsion, n'est peut-être pas très bien choisi ; mais la suite du contexte explique plus clairement la pensée de l’auteur. La force déployée par un grand nombre d'agents n’est pas en proportion arithmétique avec ce nombre, mais en proportion géométrique. Ce qu’on dit ici d'un acte fait en commun peut s'appliquer aussi aux passions, qui animent parfois les multitudes. Ces passions sont infiniment plus fortes que ne le seraient les passions individuelles, si on les accumulait l'une avec l'autre. C'est ce que

fait pas la chose en proportion directe du nombre des personnes, et que c’est comme la ligne qui, ayant une longueur double, ne décrit pas seulement une figure double, mais quadruple ? Les choses qui sont ainsi ‘assemblées ont, relativement à leur nombre, bien plus de force que quand elles sont séparées. Lorsque les personnes sont réunies en masse, la force de la voix est une; et cette voix pousse l'air de façon qu'elle le multiplie bien des fois. Il s'ensuit que la voix, venue de tous, multiplie puissamment chaque voix prise à part.

Pourquoi détonne-t-on plus fréquemment, et non moins aisément, quand on chante à la note près de la basse, que quand on chante à la note aiguë et dans les cordes hautes, bien que ce soit avec une plus grande extension de l'organe ?

N'est-ce pas parce qu’on chante très difficilement à la note près de la basse, et que c’est elle qui est le

l'auteur exprime dans la phrase suivante. — Les choses. J'ai dû

La note que les Grecs appelaient Hypaté, semble avoir été

conserver cette expression, parce que le texte n’est pas plus défini.

S 3. Délonne-t-on. On pourrait traduire aussi et peut-être plus correctement : « Se brise-ton la voix». J’ai préféré ma première traduction, parce qu'on se brise rarement la voix, et qu'on détonne bien plus fréquemment. — Près de la basse.

la plus basse de leur gamme, tandis que leur Nété était la plus haute. La parhypaté était la seconde note après la tonique; mais elle devait différer d’un ton entier. — Une plus grande extension de l'organe. Dans la phonation humaine, les choses se passent à peu près comme dans les instruments à cordes. Le larynx s'étend, ou se raccourcit, selonla

SECTION XIX, HARMONIE, ὃ 4 39

principe du chant ? Le difficile, c'est d'étendre la voix ou de la restreindre. On ἃ de la peine à tenir ces sortes de sons ; et tout ce qui est difficile et pénible se dérange bien davantage.

Pourquoi a-t-on tant de peine à tenir la note aiguë, tandis qu'on tient aisément la note basse, bien que, pour l’une et l’autre, il y ait un demi-ton ὃ

N'est-ce pas parce que la note basse est accompagnée d'une sorte de détente, et que, comme on la Jette après la tension antérieure, la note haute paraît légère ? C’est pour cela aussi qu'il semble qu'il n’y ἃ qu'une voix quand on chante sur cette note, ou sur la

gravité ou l'acuité du son, — Le principe du chant. C'est ce que nous appelons la tonique ; c'est Do, dans la gamme ordinaire. — Étendre la voix. C'est la basse.

— La restreindre. Ce sont les notes hautes, finissant par la nété. — Se dérange. C'est, dans le texte, la répétition du mot qui a été employé plus haut.

8 4. La note aiguë. Le texte n'est pas aussi précis, et il n'a qu'un pronom démonstratif ; mais il semble que le sens ne peut être douteux. — Un demiton, ou Dièze, pour prendre le mot grec. Mais ceci ne se comprend pas bien, parce que la note qui suit la tonique (la parhypaté après l’hypaté) en est séparée par un ton et non parun demi-ton. — La note basse... 1] paraïtrait plutôt que ce serait

de la dominante qu'il s'agirait ici ; et c’est elle surtout qui produit l'effet de détente, parce que l'oreille l'attend. — Qu'il n'y ἃ qu'une voix. C'est le texte vulgaire ; mais l'édition Firmin- Didot propose une lecon qui changerait complètement le sens. [Il faudrait traduire d’après cette lecon : « C'est pour cela «aussi que, quand on parle « avec violence, on semble « prendre la basse ou la note » près de la nété ». Cette variante ingénieuse devrait s'appuyer sur une explication complète. Mais qu'on l'adopte, ou qu'on la rejette, le texte n’en reste pas moins très peu satisfaisant. Il y a ici plus que l'obscurité dont est toujours couvert le système musical des Grecs ; il y a en outre une

note voisine de la note la plus haute ? Car, alors, il faut chanter avec réflexion et avec le calme que l’on conserve le plus habituellement de sa pleine volonté. Mais à quelle cause tient alors l'effet de la symphonie ?

Pourquoi a-t-on plus de plaisir à entendre chanter des airs que l’on sait déjà que des airs qu'on ne sait pas ?

N'est-ce pas parce qu'alors on voit mieux que l’artiste atteint son but, comme un archer qui touche le sien, quand on sait l'air qu'il chante ἢ Et l’on se plait à voir [65 choses réussir. N'est-ce pas aussi qu'il est toujours agréable d'apprendre quelque chose ? Et ce qui péut donner ce plaisir, c’est, d’un côté, d'acquérir une connaissance nouvelle, et, de l’autre, de se servir de la connaissance qu’on a et de la renouveler. Enfin, l'on peut dire qu'une chose d'habitude est plus agréable qu'une chose à laquelle on n’est pas habitué.

insuffisance de rédaction. — sens sont également admis- Mais à quelle cause. Ce dernier sibles. — Toujours agréable membre de phrase ne paraît pas d'apprendre. Voir le début de tenir à ce qui précède. la Métaphysique. — Une con-

ὃ 5. At-on plus de plaisir. naissance nouvelle. J'ai dû pré- L'observation est exacte, et ciser les choses un peu plus chacun a pu la faire assez que ne le fait l'original. — De fréquemment. — Aileint son la connaïssanee qu'on a et de la

but... touche le sien. Le texte renouveler. Même remarque. est moins précis. On pourrait Voir la même question plus

traduire encore : «On atteint loin, 8 40. La répétition plait -

mieux son but...» Les deux dans une foule de choses.

Page 1