‹ Les problèmes de l'atmosphèreChapitre 8 sur 30 · TT · texte numérisé non relu

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qu'avec un abaissement suffisant de la température. Alors, les métaux les plus volatils, le sodium, le potassium, le lithium, se condensèrent, et, la température diminuant d'une façon continue, ils ont atteint les conditions thermiques à partir desquelles ils ont pu se combiner avec d'autres éléments, tels que le soufre, le chlore, le brome ; ainsi ont pu se produire les chlorures, bromures, iodures, sulfures. L'hydrogène et Toxygène se sont combinés à Tétat d'eau ; mais cette eau ne pouvait se condenser, car la vapeur était au-dessus de 360°, sa température critique.

Sans chercher à évaluer la pression formidable que devait exercer sur une unité de surface l'atmosphère primitive quand elle contenait, outre l'hydrogène et l'oxygène qui devaient donner naissance à Peau, le chlore, le brome, les métalloïdes et les métaux en vapeur, nous pouvons cependant nous faire une idée de cette pression lorsque, les métaux étant condensés et combinés, l'eau n'était pas encore passée à l'état liquide et se trouvait totalement à l'état de vapeur au-dessus de sa température critique de 360°.

Cette vapeur devait, plus tard, donner nai-issance à tous les océans par voie de condensation. Or, nous connaissons aujourd'hui le volume total des mers. Le Prince de Monaco a fait réunir en un seul et magistral document toutes les données relatives à leurs contours et à leurs profondeurs : ce document est la Carte bathymétrique (jles océans^ à l'échelle du dix-millionième, en 24 feuilles. Grâce à cet admirable travail d'ensemble, on sait aujourd'hui quel est le volume total des eaux océaniques : il est, en chiffres ronds, de 1.400 millions de kilomètres cubes ; réparti uniformément autour du globe terrestre, il l'entourerait d'une couche liquide de 3 kilomètres d'épaisseur. Or, d'une part, 3.000 mètres d'eau représentent une pression de 300 atmosphères; d'autre part, cette

masse, bien que vaporisée, n'en existait pas moins tout entière dans l'atmosphère primitive avant sa condensation, et, attirée par la masse de la Terre elle-même, exerçait sa pression sur Técorce solide. C'est donc à trois cents atmosphères au moins qu'il faut fixer la valeur de la pression atmosphérique lorsque la vapeur d'eau qu'elle contenait était encore au-dessus de sa température critique, et se trouvait, par conséquent, en dehors de toute possibilité de condensation.

Quand la température s'est enfin abaissée au-dessous de 360°, point critique de l'eau, celle-ci a pu se condenser; c'est à l'état d'averses brûlantes qu'elle s'est précipitée sur l'écorce ; ruisselant sur la surface rugueuse de la croûte terrestre avant d'aller s'accumuler dans ses creux, elle y a dissous tout ce qu'elle trouvait à dissoudre, en particulier les cjilorures, bromures, iodures, déjà formés et précipités. C'est dans cette dissolution qu'il faut, selon toute raison, chercher la cause principale de la salure des mers.

Voilà donc l'atmosphère dégagea des vapeurs qu'elle contenait d'abord. Elle ne renferme plus que des « gaz » proprement dits.

Mais ces gaz n'y figuraient pas dans les proportions actuelles. Il s'y trouvait de l'hydrogène en grande quantité; il s'y trouvait des carbures d'hydrogène, une quantité considérable d'oxygène et d'azote, de l'hélium dégagé par les matériaux de l'écorce, et une très forte dose d'acide carbonique provenant des gaz émis de manière incessante par le bouillonnement des matières qui forment le magma incandescent emprisonné sous la croûte solide.

Tant que l'atmosphère primitive fut à une température supérieure à celle de l'ébullition de l'eau, aucun être vivant ne pouvait y vivre. Ce n'est qu'à partir de la température de 55*^ que les conditions de la vie

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possible furent réalisées ; alors seulement Tatmosphère devint physiquement « respirable ».

L'était-elle « chimiquement » ? C'est ce que nous allons rechercher.

Au début de son histoire^ elle était particulièrement riche en aqide carbonique et en vapeur d'eau. Par contre, elle était loin de contenir tout Toxygène nécessaire au développement de la vie animale, et dont une grande partie se trouvait combinée au carbone^ De plus, des masses d'épais nuages y flottaient en permanence : c'était la vapeur d'eau non encore condensée qui manifestait ainsi sa surabondance.

Cette grande quantité de vapeur d'eau, cette richesse en acide carbonique qui caractérisaient l'atmosphère primitive lui communiquaient une propriété qu'elle ne possède plus que partiellement aujourd'hui. Vapeur d'eau et acide carbonique sont, en effet, moins transparents que les autres gaz pour les rayons calorifiques : ils constituent donc, s'ils sont en quantité suffisante, un « écran », un manteau qui protège contre le refroidissement la Terre qu'ils contribuent à envelopper dans l'atmosphère dont ils font partie. Actuellement, comme nous l'avons vu au cours du précédent chapitre, l'acide carbonique n'existe plus dans l'air qu'à la proportion d'un trois millième. Et cependant, quelque faible que soit sa dose actuelle, si le gaz carbonique venait à disparaître, la température du sol diminuerait de 21°, d'après les calculs de Svante Arrhenius. La disparition de Tacide carbonique de l'atmosphère de notre globe serait donc pour celui-ci un véritable désastre ; et l'on conçoit sans peine que l'abondance de ce gaz protecteur, aux commencements de l'histoire de la Terre, ait eu sur son économie une influence particulièrement heureuse.

Ce qui est certain c'est que, au début de la longue succession de siècl^ que les géologues appellent r « ère primaire », les conditions de respirabiiité de

Pair furent établies et que la vie fît son apparition sur la Terre. Comment se fît cette apparition? Par quelle Cause, mystérieuse pour nous, supérieure à nos concepts, cette vie prit-elle naissance ? C'est ce que nous ignorons. Mais, en tout cas, c'est grâce à Tabondance de Tacide carbonique dans l'atmosphère au cours d« Tère primaire, que la vie végétale a pris, surtout à Tépoque carbonifère, un développement vraiment prodigieux. Les vestiges des végétaux d'alors, vestiges que l'on retrouve dans les houillères, nous montrent que des plantes, qui ne sont aujourd'hui que de petits arbustes, atteignaient alors une taille gigantesque et formaient d'imposantes forêts. Ainsi l'acide carbonique, nécessaire à la vie des végétaux, en favorissdt le développement par son abondance, tandis que, écran protecteur, il enveloppait la Terre d'un manteau qui paralysait le refroidissement du globe et y maintenait au cours de longs siècles une température favorable à cette étonnante végétation.

Mais la présence de Tacide carbonique, au cours de cette ère lointaine, mérite de retenir notre attention à un autre point de vue que nous suggèrent les rapides progrès de l'aviation. La grande proportion de ce gaz, en effet, non seulement avait, au point de vue de la protection du globe contre le refroidissement, les conséquences que nous avons dites, mais encore avait pour effet d'augmenter la densité de l'air atmosphérique. Or, le paléontologiste Harlé, en s'inspirent des études récentes sur le vol des oiseaux et des insectes, recherches qu'ont provoquées les études théoriques relatives à l'aviation, s'est demandé comment ces données pouvaient s'appliquer aux animaux volants connus aux diverses époques géologiques.

Ces études montrent que le vol des oiseaux devient de plus en plus difficile à mesure que leur poids augmente : la grandeur des animaux susceptibles de

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voler a donc une limite, qui semble atteinte, dans les conditions actuelles de la constitution atmosphérique et de l'intensité de la pesanteur, par les grands oiseaux et les grands insectes que nous connaissons. Cependant, jadis, des animaux bien plus grands volaient : un Ptérodactyle, étudié par George Eaton, avait une envergure de plus de 8 mètres, dépassant ainsi celle d'un petit monoplan. Ce ptérodactyle vivait pendant le crétacé et volait jusqu'à 150 kilomètres du rivage. Des libellules du carbonifère avaient près d'un mètre d'envergure : actuellement, des insectes de cette taille ne pourraient pas s'élever dans l'atmosphère, à moins que leur vol ne fût favorisé par une densité plus forte de l'air. Ceci concorde avec l'abondance de l'acide carbonique aux époques qui nous intéressent.

L'acide carbonique a eu, à ces temps reculés, un autre effet décisif pour la constitution ultérieure de Talmosphère : son absorption par les végétaux restituait à l'air de l'oxygène libre, et cette restitution, graduellement continuée au cours des périodes géologiques, réalisa petit à petit la teneur actuelle de i'air en oxygène.

L'absorption de l'excès d'acide carbonique existant dans l'atmosphère primaire a eu encore une autre cause, et c'est dans l'ordre minéral qu'il nous faut, cette fois, l'aller chercher. Les minéraux du début, combinaisons de silice avec l'alumine, la magnésie, la soude, la chaux, le fer, ont eu graduellement à subir l'attaque de l'acide carbonique, et cela beaucoup par l'action de l'eau qui tenait en dissolution de fortes proportions de ce gaz alors abondant dans Tatmosphère. Ainsi, ces bases ont formé des carbonates dont une partie, dissoute dans les eaux de ruissellement, est allée s'accumuler dans les océans où les premiers êtres s'en sont emparés pour se les assinailer : leurs restes, déposés en sédiments dans

l'épaisseur de Técorce terrestre en font foi, et attestent ainsi que la vie animale a commencé dans les mers. Disons enfin que la formation des calcaires et des dolomies sédimentaires a exigé une prodigieuse quantité de gaz carbonique, environ trente mille fois plus que celle qui existe actuellement dans notre atmosphère. C'est donc un nouveau facteur à ajouter à l'action des végétaux pour expliquer Tabsorption de l'acide carbonique primitif. Et, dès lors, on peut très légitimement admettre que la presque totalité de l'oxygène libre, actuellement existant dans l'air atmosphérique, provient de la vie végétale, principalement à Père primaire.

A partir de l'ère primaire, l'acide carbonique diminuant sans cesse, la température s'abaissa parallèlement. Cet abaissement amena des condensations de plus en plus fortes de vapeur d'eau : de là ces précipitations dont l'importance alla en croissant ; et c'est là, sans doute, qu'il faut chercher l'origine de cette légende du déluge, légende que l'on retrouve à peu près chez tous les peuples, et qui fait remonter le fait à l'ère quaternaire, celle à laquelle l'Homme a fait son apparition sur la Terre. Ces précipitations amenèrent des ruissellements considérables et les chutes de neige, garanties contre la fusion par l'abaissepient continu de la température, amenèrent la prodigieuse extension des glaciers qui, à cette époque de l'histoire de notre globe, recouvraient toute l'Amérique septentrionale et toute l'Europe centrale. Mais à la un de cette période, les volcans d'Auvergne se réveillèrent, et lancèrent dans l'air de nouvelles masses d'acide carbonique. Est-ce à ce surcroît de gaz qu'il faut attribuer l'amélioration climatérique qui amena le recul des glaciers? Peut-être; en tout cas, c'est à la suite de ce réveil que s'établirent les conditions climatériques actuelles, et que l'atmosphère prit, pour

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de longs siècles, la composition que. nous lui connaissons aujourd'hui.

Cette composition varie-t-elle? oui, très certainement. La Physique du Globe nous l'affirme et nous le prouve.

Tout d'abord, la teneur de l'atmosphère en acide carbonique, après avoir diminué, paraît aller en croissant. Cela se comprend du reste, car, d'une part, l'activité volcanique semble éprouver une recrudescence générale ^t passe, à l'époque présente, par un véritable paroxysme; d'autre part, l'industrie s'accroît avec une vitesse prodigieuse. En attendant que l'Homme ait su capter, pour les asservir à ses besoins, toutes les forces naturelles : vents, chutes d'eau, vagues et marées de l'Océan, il emploie comme source d'énergie la combustion de la houille et du pétrole qu'il extrait du sein de la Terre jusqu'à ce qu'il en ait épuisé les gisements. Mais cette combustion, dont les foyers se multiplient sans cesse, déverse dans l'air des quantités considérables d'acide carbonique et augmente ainsi continuellement la dose de ce gaz.

Nous avons, d'ailleurs, une preuve matérielle de cette augmentation de la teneur de l'air en acide carbonique, et cette preuve, c'est l'Océanographie qui va nous la fournir. Le gaz carbonique, en effet, est soluble dans l'eau; mais il ne faut pas oublier que les mers recouvrent près des trois quarts de la superficie du globe. Il y a donc, au-dessus des océans, une immense « surface de contact » entre le dissolvant et le gaz à dissoudre ; celui-ci sera donc, pour ainsi dire, « aspiré » par les mers, et cette aspiration diminuera forcément la dose d'acide carbonique dans les couches d'air qui surmontent immédiatement les étendues océaniques. C'est ce que l'observation, c'est ce que les analyses chimiques ont nettement établi :

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Tair puisé au-dessus des mers contient un dixième d'acide carbonique de moins que Pair recueilli audessus des surfaces continentales. Du moment que cette absorption du gaz carbonique par les eaux est continue, c'est que la réserve se renouvelle, et que la quantité totale contenue dans l'atmosphère augmente sans cesse.

Nous pouvons donc admettre comme probable que, pendant quelques lustres, quelques siècles même, l'acide carbonique, plus abondant dans l'atmosphère, y entretiendra une température plus douce, qui occasionnera une végétation plus riche et des récoltes plus abondantes.

Mais il y a une cause modiûcatrice à laquelle l'atmosphère ne saurait échapper, cause qui amènera la fin de la vie même de la Terre : c'est le refroidissement. L'accroissement temporaire de la teneur en acide carbonique marquera un léger ressaut dans la courbe qui figure la décroissance de la température moyenne de la surface du globe; mais, après ce ressaut, cette température finira par décroître continuellement, parce que le Soleil lui-même, se refroidissant de plus en plus, nous enverra une quantité de chaleur de moins en moins grande.

L'illustre physicien allemand Helmholtz estimait que dans 17 millions d'années, le Soleil, par suite de la contraction qu'il subit du fait de son perpétuel rayonnement, sera réduit au quart de son volume actuel. Bien des siècles avant que cette contraction soit accomplie, h moins que les phénomènes radioactifs ne donnent au Soleil une « survie », une prolongation d'activité, la température du sol terrestre, insuffisamment échauffé, sera tombée au-dessous de zéro.

Alors, la température de l'atmosphère s'abaissant de plus en plus, la vie ne sera plus possible à la sur-

tÊÊà

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face de la Terre; la mort en aura frappé tous les habitants. Océans, lacs, fleuves se congèleront, superficiellement d'abord, plus tard dans toute leur masse. Condensés en neige qui tombera sur le sol, les nuages n'entoureront plus la Terre de leur manteau protecteur. L'abaissement de température, que la disparition de la vapeur d'eau aura accéléré, va être suffisant pour que l'acide carbonique se liquéfie à son tour, tombant sur le sol à l'état de fine neige blanche, neige que nous produisons aujourd'hui dans nos laboratoires pour produire le froid nécessaire à nos expériences. Avec cette condensation de l'acide carbonique disparaîtra la dernière défense de la Terre contre le refroidissement, et celui-ci va alors s'accélérer. Quand la température tombera à 73« absolus (200° audessous du zéro usuel de nos thermomètres centigrades), de nouvelles mers feront leur apparition et iront accumuler leurs flots dans les cavités formées par les glaces dont le globe sera alors recouvert : ces mers proviendront de la liquéfaction des éléments fondamentaux de l'atmosphère elle-même, de l'azote et de l'oxygène. Puis ces océans d'air liquide se solidifieront à leur tour, et la couche gazeuse, raréfiée à l'extrême, qui subsistera autour de la Terre ne sera plus formée que d'atomes clairsemés d'hydrogène et d'hélium.

Alors l'atmosphère ne sera plus !

Ainsi notre enveloppe gazeuse a évolué dans le passé. Les atomes d'hélium et d'hydrogène étaient les seuls éléments constitutifs de la nébuleuse originelle; et après des milliards de siècles, les atomes errants d'hélium et d'hydrogène, entourant de leurs capricieuses trajectoires la surface terrestre recouverte de glaces éternelles, montreront les vestiges suprêmes de l'atmosphère disparue, jusqu'à ce que la rencontre de ce monde mort avec un autre corps céleste, dégageant une formidable quantité de cha-

leur, décomposant les composés endothermiques accumulés dans le noyau central, redonne naissance à une nouvelle nébuleuse formée d'atomes d'hydrogène et d'hélium, résultats ultimes de la désagrégation de la matière qui formait les mondes entrés en conflit.

Mais, dans le présent même, l'atmosphère évolue constamment. Nous avons vu comment l'acide carbonique subissait, dans sa teneur, d'incessantes variations. Nous allons voir que l'hélium et l'hydrogène, existant actuellement dans la couche gazeuse qui nous enveloppe, ne peuvent s'y trouver à l'état stable et que leur teneur varie sans cesse.

L'hydrogène se trouve, avons-nous dit, dans l'atmosphère, d'abord par suite de l'origine de la Terre, issue d'une nébuleuse dont les éléments primordiaux étaient l'hydrogène et l'hélium. Presque tout l'hydrogène primitif s'est combiné soit à l'oxygène, soit aux autres éléments chimiques, et il n'en reste que fort peu dans l'atmosphère actuelle.

Cependant, mille causes en jettent dans l'air : tantôt c'est la décomposition des matières organiques, la putréfaction des organismes morts qui le dégage; tantôt c'est un phénomène volcanique qui, ouvrant aux eaux de la surface un passage vers le magma igné, met ces eaux en contact avec des corps incandescents et, dissociant le liquide, en dégage l'hydrogène constitutif. Quant à l'hélium, la constante désintégration des corps radioactifs, désintégration qui se poursuit depuis la constitution de la Terre ellemême, en jette incessamment dans l'atmosphère. Ceci n'est plus une hypothèse : c'est, aujourd'hui, un fait que de nombreuses et précises constatations ont établi à l'état de vérité expérimentale.

Comment donc la proportion de l'hydrogène et de l'hélium, sans cesse renouvelés dans l'atmosphère terrestre ne s'accroît-elle pas d'une façon continue? Ici,

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il est indispensable de faire intervenir cette merveilleuse « théorie cinétique des gaz » dont Bernoulli fut le génial initiateur. D'après cette théorie, dont la fécondité démontre chaque jour la justesse, les molécules constitutives des gaz ne sont pas en repos, mais, au contraire, sont animées de perpétuels mouvements. Ces mouvements, dont la vitesse est assez considérablepour que les trajectoires en soient à peu près rectilignes, sont analogues à ceux de' petits projectiles, lancés par de puissantes charges de poudre. Les artilleurs nous ont appris que des' charges égales de poudre impriment à des projectiles différents des vitesses d'autant plus grandes que les projectiles sont moins lourds : la cause commune qui met en mouvement tous ces atomes-projectiles leur imprime donc des vitesses qui seront plus fortes pour les atomes de faible densité, comme ceux de l'hélium et de l'hydrogène, que pour les atomes plus lourds, comme ceux de la vapeur d'iode par exemple.

Et ceci n'est plus une imagination de l'esprit; l'admirable découverte du naturaliste anglais Brown, qui a pu voir que les particules en suspension dans les liquides étaient animées d'une sorte de danse perpétuelle, exécutaient une tarentelle sans fin à laquelle on a justement donné le nom xie « mouvement brownien », nous fait toucher du doigt ces agitations moléculaires, et aujourd'hui, grâce à l'ultramicroscope, on a pu pénétrer à fond les lois de ce mystérieux mouvement.

Les molécules qui constituent les gaz sont donc autant de petits projectiles qui se meuvent dans tous les sens et s'entre-choquent à tout instant, comme s'entre-choqueraient des guêpes enfermées dans une même cage de verre et y volant dans toutes les directions, heurtant les parois et se heurtant entre elles.

Par d'heureuses déductions d'expériences rigoureuses, on a pu déterminer les vitesses moyennes de

ces atomes-projectiles. C'est ainsi que cette vitesse atteint 1.800 mètres par seconde pour Thydrogèue, 1.200 mètres pour Thélium, alors qu'elle n'est que de 400 mètres pour Tacide carbonique et de 500 mètres pour l'azote. Ce sont, ne l'oublions pas, des vitesses moyennes^ traduisant précisément l'ensemble des vitesses moléculaires possibles, depuis la plus petite, voisine de zéro, jusqu'à la plus grande.

Or, îl suffît qu'un projectile soit lancé avec une vitesse initiale d'un peu moins de 12 kilomètres à la seconde pour atteindre le point où l'attraction de la Terre fait exactement équilibre à celle du Soleil; le projectile dépasse-t-il ce point? L'attraction du Soleil Tentraîne et il cesse de faire partie des corps « terrestres ».

Si donc un de ces atomes d'hydrogène ou d'hélium a simplement une vitesse égale ou supérieure à dix fois la vitesse moyenne de tous ses congénères, il dépassera la zone d'équilibre et « tombera » sur le Soleil, arraché pour l'éternité à l'atmosphère terrestre, dont il est un déserteur. Ainsi, l'hélium et l'hydrogène au suprême degré, tous les autres gaz à des degrés moindres, ont des raisons de voir une partie de leurs molécules échapper à l'attraction de la Terre, et s'évader de l'atmosphère, leur prison initiale. De là une variation, très petite mais incessante, dans la composition de Tair atmosphérique.

Cette cause de variation n'est pas la seule. Nous allons en voir une autre, qui a une influence considérable quand, au lieu de considérer la composition de l'air atmosphérique au voisinage du sol, on l'étudié dans les couches supérieures de l'atmosphère.

Dans les couches inférieures, parcourues par les vents, l'air est agité sans cesse, et subit un « brassage » continuel qui assure l'homogénéité du mélange. Mais ce brassage ne s'exerce que dans les couches

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inférieures, et n'existe plus aux grandes hauteurs, c'est-à-dire à partir de 10.000 ou 11.000 mètres d'altitude, et, à partir de ces altitudes l'air doit être considéré comme une masse gazeuse en repos.

Or, si Ton en excepte la vapeur d'eau qui se trouve à chaque instant dans les conditions de condensation, on peut considérer les gaz de l'air comme des gaz parfaits : en vertu des lois connues du mélange des gaz, chaciin d'eux se répartirait donc dans l'atmosphère comme s'il était seul. Et ici nous sommes ramenés à rechercher suivant- quelle loi un gaz unique se répartit à mesure que la hauteur augmente.

Cette loi est précisément la loi de décroissance logarithmique des pressions. Laplace en a, le premier, donné la formule exacte, et dans cette formule intervient la densité du gaz considéré. Donc, à une même hauteur dans l'atmosphère, deux gaz de densités différentes n'ont pas la même pression; c'est-à-dire que, dans le mélange résultant de la répartition simultanée de tous ces gaz, chacun d'eux agissant comme s'il était seul, les proportions de chacun d'eux varieront avec leur densité. Les plus légers sont les plus abondants dans les couches supérieures où les plus lourds, retenus par leur poids spécifique, n atteignent qu'avec peine.

L'éminent météorologiste autrichien Hann a traité la question par le calcul ; il a cherché dans quelles proportions les différents gaz existaient dans l'air aux différentes altitudes, du niveau du sol à la hauteur de 100 kilomètres. Voici le résultat de ses recherches :

Au niveau du sol, la composition de l'air est, en chiffres ronds, de 21 parties d'oxygène, 78 d'azote, 1 d'argon; l'hydrogène n'est qu'à la proportion d'un dix millième, l'hélium à celle d'un millionième environ.

A 20 kilomètres de hauteur, il y a 84 parties d'azote au lieu de 78; l'oxygène, par contre, plus dense, est en déficit : au lieu de 21 parties, l'air n'en

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renferme plus que 15. Ceci devra être pris en sérieuse considération par les navigateurs aériens qui seront assez audacieux pour tenter le parcours de ces hautes régions, s'ils ont pu construire des appareils leur permettant d'y respirer artificiellement : leur moteur ne trouvera peut-être plus l'oxygène nécessaire à la bonne carburation. En revanche, à cette altitude, l'hydrogène est dix fois plus abondant qu'au niveau du sol; il en est de même pour l'hélium; quant à l'argon, plus dense encore que l'oxygène, l'air, à 20 kilomètres de hauteur, n'en contient plus que le tiers de la dose au niveau du sol.

A 50 kilomètres d'altitude, l'air contient encore 79 **/o d'azote, mais ne renferme plus que sept pour cent d'oxygène, et un trentième pour cent d'argon. Mais, par contre, il s'y trouve treize pour cent (Thydrogène et un vingtième pour cent d'hélium! La teneur en hydrogène augmente donc très rapidement à mesure que la dose d'oxygène diminue.

Enfin, à 100 kilomètres de hauteur, on ne trouve plus d'oxygène ; il ne reste qu'un dixième pour cent d'azote; en revanche, il y a un demi pour cent d'hélium et 99 et demi pour cent d'hydrogène. Il y a donc, à partir de cette altitude, une zone hydrogénée dont nous aurons l'occasion de reparler plus d'une fois.

Ces déductions de la théorie ont été confirmées par la pratique jusqu'à la limite atteinte par les ballonssondes qui ont rapporté des échafntillons d'air puisé à des hauteurs qui dépassent aujourd'hui 30.000 mètres.

On peut donc affirmer que, en ce qui concerne les couches les plus éloignées de l'atmosphère, le peu d'air qui y subsiste est constitué presque uniquement d'hydrogène, avec un peu d'hélium et une proportion infinitésimale d'azote.

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