‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 21 sur 83 · L'ÉVOLUTION ESTHÉTIQUE ET L'EVOLUTION MORALE · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTION ESTHÉTIQUE ET L'EVOLUTION MORALE

des raisons que nous avons indiquées, est toujours en retard sur révolution morale : elle la suit pourtant. Aussi peut-on affirmer que les anivres d'art qui font trop exclusivement appel à des sentiments égoïstes et violents sont inférieures et sans avenir. Que restera-t-il un jour de Y Iliade même? La prière d'un vieillard, le sourire d'adieu d'une femme à son mari, c'est-à-dire la peinture de deux sentiments élevés. Pour être dans l'éternel, il n'est pas bon de se placer dans rinnnoralité. Un art (jui év0(iue en nous des sentiments tro|)grossiers et trop primitifs, nous rabaisse, pourrait-on dire, dans révolution des êtres en nous faisant vivre et sympathiser avec des types destinés à dis[)araîtrc, qui sont comme les survivants des âges primitifs. Au contraire, le sentiment de l'admiration nous élève et nous donne un plaisir esthétique d'autant plus complet qu'il est plus étranger au plaisir du jeu, plus sincère. L'admiration, en effet, ne saurait être un jeu, elle n'a rien de fictif. Qu'elle soit suscitée par la légende ou par l'histoire, par une vision réelle ou imaginaire, il n'importe : elle correspond toujours à un jugement moral, chose sérieuse par excellence. Bien plus, elle manjue en nous une sorte d'amélioration morale : nous sommes vraiment meilleurs quand nous admirons ; nous nous sentons soulevés au-dessus de nousmêmes, et capables peut-être d'actions devant les(iuelles nous reculerions en temps ordinaire : l'àme se porte à la\ hauteur de ce qu'elle admire. A ce point, l'art touche à la réalité, est la réalité même : dans le sentiment de l'admiration coïncident pleinement le réel et le fictif, l'être et le paraître ; je voudrais devenir ce que je contemple, et je le

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deviens dans une certaine mesure. Ici s<*. réalise celte croyance platonicienne, que voir le beau, c'est tout ensemble devenir meilleur et s'embellir intérieurement.

Nous arrivons donc à des conclusions tout autres que l'école anglaise : au lieu de séparer avec elle, dans h domaine des sentiments comme ailleurs, le beau et le bien, le beau et le sérieux, nous croyons qu'ils s'y confondent. La beauté morale est le contraire même d'un exercice superficiel et sans but de l'activité. Au point de vue scientifique, un beau sentiment, un beau pencbant, une belle résolution, sont tels en tant qu'utiles au développement de la vie dans i'individu et dans l'espèce.

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