‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 31 sur 83 · I.A COULEUn DANS LART. gS · texte numérisé non relu

I.A COULEUn DANS LART. gS

Supprimez celte sensation vitale de la brise fraîche cette aclwn d'ouvrirlesyeux en secouant le rêve ; lepaysa^^e luimômc se brouillera; on ne verra plus l'étoile. C'est qu'on léalité on ne la voit pas seulement avec l'œil, tous les sens excités à la fois contribuent à la formation du tableau. Bien plus, un sentiment moral, une idée vient en hâte s'ajouter à l'image sensible : on pressent que, par cette clarté matinale de l'étoile, le poète entend autre chose qu'une simple lueur matérielle; on entrevoit le symbole et la légende sous la réalité ; l'intelligence même aide alors l'imagination , et nous nous mettons pour ainsi dire tout entiers dans cette vision de l'astre dissipant la nuit et resplendissant . au fond du ciel lointain'. »

1. Nous pourrions faire des remarques analogues sur cet aulre passade de Flaubert o, les repr.senta.ions, en.prunt.es à tL" sens et qu, forment paysage, ne sont que lexp.'ession et con.me e renforrcmenldu senlnnent n.én.e, de telle sorte que lo tableau vu so s u,> cerlain angle, est tout sensible, et, regardé à un aut e ponitdo vue, est lout moral:

« 1..H nuit douce s'étalait autour d'eux... Emma, les yeux à demi clos, asp,ra.t avec de grands soupirs le vent frai; qui soufLi s ne se parlaient pas, trop perdus qu'ils étaient dans fenvabissen.e de Uur rêvene. La tendresse des anciens jours leur reven.râu cœur, abondante et silencieuse con.me la rivière qui coulait, avec autant de mollesse qu'en apportait le parfum des serin4s e projetait dans leur souvenir des ombres plus démesurées et mé-

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On remarquera que les images en.pruntées à la vue perdent leur md.f erence dans ce passage, à cause du sentiment qui s'y atlv che: les ombres des saules telles que le romancier nous les monire immobiles et démesurées, nous produisent aussitôt une impiession plus morale encore que sensible : elles deviennent, comme il la voulu, un symbole de tristesse et fmiss nt par s'étendre sur noire ame même.

LE PRINCIPE DE L'ART ET DE LA POlvSIE.

En somme, dans la poésie et la liltéralure, la faculté de peindre, de dessiner, le soin de la perspective, larchilectonique, tout cela n'a rien de commun avec ce que désignent ces mots quand ils s'appliquent à un art particulier, ayant pour fin la vue. Dans la poésie, l'image fournie est le produit de la coopération de tous nos sens et de toutes nos facultés. Dans les autres arts il n'en est pas ainsi. Cependant, remarquons aussi qu'un tableau, une statue, sont d'autant meilleurs qu'ils excitent par association les facultés les plus diverses de notre être. En général, tout chef-d'œuvre d'art n'est autre chose que Texpression dans le langage le plus sensible de l'idée la plus élevée. Plus l'idée est haute et intéresse la pensée, plus l'artiste doit s'efforcer d'intéresser aussi les sens: rendre l'idée sensible et concrète, et, d'autre part, rendre la sensation féconde et en faire sortir la pensée, tel est donc le double but de l'art.

Tandis que l'art s'efforce ainsi de donner toujours l'amplitude la plus grande à toute sensation comme à tout sentiment qui vient ébranler notre être, la vie même semble travailler dans le même sens et se proposer une fin analogue. Puisque, croyons-nous, rien ne sépare le beau et l'agréable qu'une simple différence de degré et d'étendue, voici ce qui tend à se produire et se produira toujours davantage dans l'évolution humaine La jouissance, même physique, devenant de plus en plus délicate et se fondant avec des idées morales, deviendra de plus en plus esthéliijue; on entrevoit donc, comme terme idéal du progrès,

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