L'ART ET LA BEAUTÉ DANS LES UACES MODERNES
une omoplate suffisait pour transporter de plaisir ces générations d'artistes*. De nos jours, au contraire, la force et la beauté du corps ne sont plus notre idéal. Tout semble montrer d'ailleurs que la préoccupation trop exclusive des belles formes, et aussi des ornements, des parures, est le signe auquel on reconnaît les peuples primitifs. Chez ceux des peuples modernes qui sont encore à un degré inférieur de civilisation, comme les Arabes par exemple, le sexe masculin lui-même montre une grande coquetterie ; il cherche à plaire surtout par sa force et sa beauté physiques, par ses vêtements et sa parure. La civilisation détruit graduellement ces instincts primitifs, qui ont été pourtant, selon MM. Darwin et Spencer, le germe même de l'art. L'homme de nos jours ne se soucie plus guère, sous les vêtements commodes et disgracieux qui le cachent, d'avoir un torse bien proportionne, des muscles vigoureux. La coquetterie, que M. Renan appelle « le plus charmant de tous les arts, » subsiste sans doute et subsistera longtemps encore chez la femme, mais elle tend souvent à dévier de son but, qui est de faire ressortir la beauté des membres : on a peur de montrer même ses mains! Les femmes, qui devraient plus que d'autres tenir à conserver des formes pures et correctes, entravent de mille manières le développement de leur corps et la circulation de leur sang. Aussi n'est-ce pas seulement le culte antique de la beauté, mais la
1. Benvenuto Cellini s'euthousiasmc pour ces reliefs ou creux que forment les cinq fausses cotes autour du nombril quand le corps se penche en avant ou en arrière : «Tu auras du plaisir à dessiner les vertèbres, ajoute-t-il, car elles sont magnifiques; tu dessineras alors l'os qui est placé entre les deux bauclies, il est très beau. >»
L'AVEMH DE f/AilT ET DE LA PÛl-SIE.
beauté môme qui, selon certainea inductions pliysiologiques, semble aujourdliui en décadence; de telle sorte que h principal objet des arts tendrait à disparaître . a La beauté, dit M. Renan, disparaîtra presque à lavèuement de la science. »
En fait, les statistiques constatent une diminution de la taille, une augmentation des infirmités et des maladies. Le corps humain est un instrument auquel nous demandons avant tout d'accomplir avec précision l'ouvrage particulier auquel le destine la division croissante du travail : s'il se déforme, peu importe; l'industrie, les grands ateliers, le simple bureau de l'employé penché sur sa table, les salons 011 la femme du monde va dépenser le peu de force que lui laisse son sang appauvri, toiïtes ces servitudes ou ces jouissances de la vie moderne ont pour eiïet la décadence physique de la race et l'altération des formes. Ajoutez-y encore l'effort de la science pour conserver les malades et les mfirmes, pour les aider à se reproduire; la conscription, qui j)reii(l les hommes robustes en laissant chez eux les faibles ; Taggloméralion des villes, qui épuise et llétrit si vite les générations : — vous en viendrez à comprendre qu'une sorte de sélection à rebours pourrait produire l'infirmité et la laideur. L'organe actif par excellence est et sera de plus en plus le cerveau : c'est donc lui qui attire à soi toutes les puissances de l'être. Selon certains anthropologisles, le système nerveux de l'homme civilisé est plus vaste de trente pour cent que celui du sauvage ; il ira s'accroissant encore, et cela aux dépens du système musculaire. On peut donc poser h loi physiologique suivante
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