‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 45 sur 83 · L'ESPRIT SCIENTIFIQUE ET L'LMAGINATION POÉTIQUE · texte numérisé non relu

L'ESPRIT SCIENTIFIQUE ET L'LMAGINATION POÉTIQUE

1res, les anges gardiens, les voix, les houris jouent uu rôla si considérable et nous font malgré nous sourire. Cependant le monde des poètes, même chez Victor Hugo, tend à redevenir le monde vrai, non cet idéal de convention qui ressemble aux bergeries du dix-huitième siècle. On pourrait faire la même remarque, avec encore plus de vérité, pour l'un des meilleurs poètes de notre génération, malheureusement trop subtil et trop ingénieux. M. Sully Prudhomme l'a écrit dans le Zénith , les anciens dieux n'ont plus de prêtres ; ce sont des astres qui portent aujourd'hui les noms sacrés de Jupiter ou de Vénus, — des astres que l'homme a découverts et pesés. Mais, faisant pressentir lui-même par une métaphore heureuse toute la ;;oésie de l'astronomie moderne, il s'écrie :

Sous des plafonds fuyans, cliasseresse d'étoiles, Elle tisse, Arachné de l'inlini, ses toiles Et suit de inonde en inonde un (il sublime...

A cette transformation de l'univers par la science, le poète ne perd rien. M. Spencer, qui a défendu un jour la poésie de la science contre celle des « odes grecques, » fait à ce sujet de justes remarques. Pour l'homme de l'antiquité ou pour l'ignorant de nos jours, une goutte d'eau n'est qu'une goutte d'eau : comme elle change aux yeux du savant lorsqu'il pense que, si la force qui réunit ses éléments était tout à coup mise en liberté, elle produirait un éclair! Un simple tas de neige devient une merveille pour c^^lui qui a examiné au microscope les formes si variées et

si (rfcgantes des cristaux de neige. Un roc arrondi, strié de déchirures parallèles, suffit pour évoquer aux yeux Fimage d'im glacier glissant silencieusement sur lui, il y a un million d'années. Grâce à la complexité croissante de nos connaissances acquises, chacune de nos sensations ne vient plus maintenant au jour qu'enlacée, enveloppée par une multitude d'idées qui la pressent et la soutiennent de leurs replis sans nombre, comme ces lianes inextricables qui courent dans les forêts vierges et recouvrent tout de leurs branches légères. Une science prise à part ne peut sembler, au premier al)ord, ennemie de la poésie que parce qu'elle est spéciale, trop cantonnée dans un coin de la réalité. Avr x-rifrîtir- , une science universelle et synthétique aurdH riî'f* .Poésie venant de son immensité même. La science, p&rcequ'elle a l'œil fixé sur la nature, n'est pas nécessairement terre à terre : le ciel n'est-il pas aussi dans la nature?

Non seulement la science nous inspire par elle-même un sentiuient analogue à celui du divin, mais en outre elle ne préjuge rien sur le fond des choses, elle laisse le philosophe on le poète généraliser dans leurs hypothèses les données certaines qu'elle nous fournit. Si le paganisme nous permettait de retrouver derrière les choses des volontés semblables aux nôtres, au fond la science maintient encore aujourd'hui cette conception. Elle ne supprime que le merveilleux et le miraculeux; mais elle laisse dans le monde une vie sourde semblable à la nôtre, peut-être une con- Bcience indistincte, peut-être une aspiration vague vers le

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