‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 63 sur 83 · ROLE DE LA CÉSURE DANS LE VERS · texte numérisé non relu

ROLE DE LA CÉSURE DANS LE VERS

pour des vers faibles et mal venus qu'on se permet ces cacophonies, bien plus choquantes que les hiatus. Selon une théorie vraiment scientifique du vers, nous croyons ces licences injustifiables \

1. M. Becq de Fouquières, qui cncrche a les excuser en déclarant que le vers romantique est un vers d'un type nouveau, compte presque quatre césures dans l'alexandrin classique; il eu compte trois seulement dans le vers tv romantique, » et il en conclut que le second a seulement les trois quarts de la durée du premier. Ce sont là des aflîrinations un peu fantaisistes, et c'est même, croyonsnous, tout le contraire de la vérité. Le vers classique n'a, en général, que deux forts accents rythmiques et qu'une véritable césure ; le vers dit «romantique» multiplie les accents rythmiques et les césures ; de plus, il accumule les idées et les phrases, et à chaque phrase nouvelle il se trouve coupù naturellement de virgules ou de points. Aussi est-il non seulement aussi long, mais fort souvent plus long que le vers classique ; dans le même nombre de pieds, il fait tenir plus d'idées et plus de mots sur lesquels la pensée et la voix puissent s'appesantir. Ces deux vers:

Le duel reprend. La mort plane, le sang ruisselle. Durandal heurte et suit Closamont ; rétincelle...

ont une durée égale et môme supérieure à ces deux autres:

Hippolylelui seul, digne fils d'un héros, Arrête ses coursiers, saisit ses javelots.

La chose est si évidente que nous n'insisterons pas. Quant aux vers sans césure normale que M. Becq de Fouquières vient à proposer en les justifiant par cette étrang ; théorie du « vers romantique, » il suffit de les citer sans commentaire (ce sont des vers de V. Hugo arrangés par M. Becq de Fouquières; nous corrigeons une faute laissée par lui dans le premier) :

Tout était sec, hors un peu d'herbe autour du puits...

Les Arabes firent la nuit sur la prairie...

La tempête est une sœur des longues batailles...

Prends le rayon, prends l'aurore, usurpe le feu...

Il est grand et blond, et l'autre est court, pâle et brun...

Tout ce qu'on peut dire de ces vers, c'est qu'ils valent bien ceux

L'AVENIR ET LES LOIS DU VERS

La césure maintenue, il nous reste à examiner la place du nouveau temps fort introduit dans le vers par La Fon laine, Chénier et V. Hugo. Comme nous l'avons vu, ce temps fort se borne dans la majorité des cas à subdiviser le vers en deux parties, l'une de quatre et l'autre de huit pieds. En d'autres termes, sans faire disparaître entièrement pour l'oreille le rapport primitif des deux hémistiches (6 et 6), il introduit un rapport nouveau (4 et 8), qui rentre par sa simplicité dans ce qu'on pourrait appeler la règle d'or du vers. Aussi le vers de V. Hugo, bien compris, est-il supérieur au vers de Boileau, parce qu'il renferme deux harmonies de nombres au lieu d'une seule, et concentre, pour ainsi dire, le charme de deux vers en un '.

des poètes que nous avons cités plus haut , ils sont d'ailleurs construits d'après les mômes principes.

\. L'alexandrin de Boileau se composait ae deux vers de six pieds juxtaposés; le vers romantique juxtapose en outre un vers de huit pieds et un petit vers de quatre. Pour se rendre compte de sa facture, prenons deux vers de huit syllabes, par exemple les suivants de V. Hugo (Hayons et ombrcfi) :

Levez les yeux, levez la tète !

La lumière est en haut ! marchez î

Je remarque que la sixième syllabe du premier vers porte un accent tonique et qu'elle est assez sonore pour marquer une césure voilée ; je puis alors introduire ce vers sans aucun changement dans un alexandrin, et j'obtiens la phrase musicale suivante, avec un léger contre-temps qui fait image :

Levez les yeux, levez la tête î La lumière...

Maintenant pourquoi la forme huit et quatre, adoptée dans b ai»coup de vers de V. Hugo, salisfait-ollc particulitroment l'oreille? C'est quelle donne lieu cà des lapports numériques très faciles à saisir. Après la fui nie classique de l'alexandrin (6 et 6), qui pré-

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