‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 70 sur 83 · UC LA KIME RICHE · texte numérisé non relu

UC LA KIME RICHE

elle n'est scientifiquement que le moyen de marquer la fia du vers ; du moment où, grâce à elle, la mesure est devenue sensible, son rôle essentiel est terminé. Le prosateur qui renforce et resserre sa pensée n'arrive pas à la rime, mais il arrive au rythme. Si l'on demande à la rime déjouer un rôle plus important, ce peut être une question de préférence personnelle, mais la rime « opulente » n'a pas beaucoup plus d'importance dans une théorie scientifique du vers français que la rime aiinexée, batelée, etc., du quatorzième et du quinzième siècle. A aucune époque de l'histoire, la rime riche ne fut tenue en aussi grand honneur que pendant ces deux siècles. Des oreilles qui n'étaient pas encore assez délicates pour être choquées des hiatus trouvaient un plaisir extrême dans la répétition des mêmes sons accompagnée de la différence de sens; à cette époque, les vers étaient bien proprement, selon Tidéal do M. de Banville, d'harmonieux « calembours, »

Pour dire vrai, au temps qui court.

Cour est un périlleux passage ; Pas sage n'est qui va en cour.

Court est son bien et avantaire.

Non seulement les rimes annexées de cette manière, maÎ3 les enchaînées, les fraternisées, les batelées, les couronnées et tant d'autres, produisaient de charmantes surprises pour l'oreille et pour l'esprit. La rime batelée, par exemple (du vieux verbe hateler, faire des tours), qui ramenait la même consonance non seulement à la fin des vers correspon-

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danls, mais à rhéniisliche do tout autre vers placé entre eux, produisait de jolis effets d'harmonie, et en même temps elle compliquait le rythme môme, ce que ne fait pas la rime riche. Quels « rimeurs » que Clément Marot et ses contemporains, et comme ils dépassaient nos parnassiens modernes! C'étaient alors des combinaisons d'une ingéniosité sans égale, des problèmes dune décourageante difficulté résolus en se jouant, des tours de force ou d'adresse dignes de ce temps où Ton faisait tenir V Iliade entière copiée sur parchemin dans un œuf de pigeon. Que de petits poèmes contenant, comme cet œuf, des trésors de patience et de génie! La difficulté vaincue était toujours sûre de provoquer l'admiration, tandis que la vraie beauté l'était beaucoup moins. Il est si commode d'avoir un « critérium » fixe pour juger l'œuvre d'art! Une femme du peuple disait au sortir dun sermon : « Quel grand prédicateur! 11 a parlé pendant deux heures entières. » C'est ainsi, par le lem[»s et l'effort, qu'on appréciait la poésie, et la rime permettait de supputer mentalement la longueur du travail, et Quels beaux vers ! ils sont si cherches ! » Par malheur, ce genre de beauté passe bien vite : plus une œuvre d'art sent l'effort, plus elle est ingénieusement arrangée, frisée, pomponnée, plus tôt elle se démode; rien ne se fane comme les papillotes : il n'y a d'éternel que ce

qui est simple.

C'est pourtant vers cette époque d'effort stérile, de jeux de rimes et de jeux de mots que nos poètes contemporains, depuis Th. Gautier, ont tous essayé de revenir. Presque toujours, dans les périodes où Tart vieillit, il se produit uu

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