‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 71 sur 83 · DE LA RLME RICHE · texte numérisé non relu

DE LA RLME RICHE

retour vers l'enfance même de J'art '. Tandis que les poètes contemporains, s'imaginant suivre l'exemple de Victor Hugo, montrent une oreille si peu difficile en ce qui concerne la césure, ils ont des recherches, des raffinements de toute -orte en ce qui concerne la rime. C'est que, selon eux, ce raffinement de la rime peut seul compenser les négligences dans la mesure du vers; comme si on compensait une négligence par une affectation! Selon une métaphore de Sainte-Beuve reprise par M. Legouvé, la rime est l'agrafe d'or attachant autour du sein de Vénus l'écharpe divine, toujours prête à retomber et qu'elle relève toujours; de notre temps, Vénus se démène si bien que l'écharpe du

I. M. de Ran ville veut qu'on fasse les vers à la façon de Chapelain, que Saiut-Evremond représente composant ainsi un madrivai :

« Oui vit jamais rien de si beau...

(Il me faudra choisir pour la rime /lambeau)

« Que les beaux yeux de ma comtesse... (Je voudrais bien aussi mettre en rime déesse).

M. de Banville ne se serait pas contenté à moins de prophêtesse.

'< Qui vit jamais rien de si beau

« Que les beaux yeux de ma comtesse?

« Je ne crois point qu'une déesse

« Nous éclairât d'un tel flambeau.

« Sa clarté qu'on voit sans seconde,

« Éclairant peu à peu le monde,

" Luira môme un jour pour les dieux... Je ne suis pas assez maître de mon génie : J'ai fait sans y penser une cacophonie. Qui me soupçonnerait d'avoi- mis peu à peu! Ce désordre me vient pour avoir trop de feu. »

Beaucoup de nos parnassiens modcroes sont de-^ Chapelains; mais quelques-uns n'ont n^r:.Mc plus peur des hiatus .

L'AVENIR ET LES LOIS DU VERS

vers court graad risque de se déchirer; malgré la riche agrafe de la rime, elle va s'envoler au vent. On comprend les inquiétudes de ceux qu'on appelait jadis les a bons classiques. » Là où le léger affaiblissement de la césure est un effet de rythme (comme dans tous les bons vers de Victor Hugo), il ne compromet nullement le vers et il n'a nul besoin d'ôtre pour ainsi dire excusé par une rime plus riche que la rime classique. Voici des vers à' Eviradnus où le premier hémistiche enjambe sur le second, le second sur le vers qui suit; la rime est loin d'être riche 'quoique Hugo ait souvent rimé exactement môme avec la terminaison anche) ; le rythme est des plus complexes ; l'effet d'harmonie est incomparable :

Zt'no l'observe, un doigt sur la bouche : elle penche La tête, et, souriant, s'endort, sereine et blanche.

On pourrait trouver dans Victor Hugo et dans La Fontaine

nombre d'exemples de ce genre avec des rimes masculines

ou féminines. Là où l'enjambement est une qualité, il

plaît par lui-môme et à condition d'un retour rapide à la

coupe typique du vers; là où il est un défaut, la richesse

des rimes ne pourra jamais y remédier, pas plus qu'elle ne

remédierait à un vers de treize pieds. Une rime riche n'a

iamais sauvé un mauvais vers.

Parmi les grands poètes, l'es uns ont eu une sorte de

S'iperstition de la rime, comme Victor Hugo; les autres,

comme La Fontaine et A. de Musset (qui prenaient pour-

Uint de srrandes libertés de rvthme) l'ont réduite au strict

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