‹ Les problèmes de l'océanChapitre 31 sur 48 · LES MARÉES · texte numérisé non relu

LES MARÉES

seulement cette onde résultante correspondra à une ascenskm plus faible du nhreau de Feau : ce sera la marée de marte-eau ou marée de quadrature.

Ces données sont d'une importance capitale pour les marins, et des annturiresy calculés plusieurs années d'avance, donnent pour chaque port et pour tous les jours de Tannée, les heures de la pleine mer et de la basse mer, ainsi que d'autres caractéristiques de la marée :

le <i coefficient » , r« unité de hauteur » et

1' « établissement du pig. 22 (A). - Actions U la Lupe port », dont nous par- SoleU (Syiygîes;.

lerons plus loin.

Ainsi, nous comprenons déjà que, si, dans une région tout au moins, Taction de la lune prédomine et donne au phénomène un sens général, l'action du Soleil in-

tenrient comme cause modificatrice j et occasionne les variations qt(e l'on observe d'un jour à l'autre, dans l'intensité de ses manifestations.

et du

Fig. 22 (B). — Actions de la Lune et du Soleil

(quadratures). Mais 11 cst aisé de

comprendre que ces actions attractives, tantôt concordantes et tantôt contrariées, des deux astres voisins, ne sont pas les seules causes qui entrent en jeu dans la production du phénomène réel de la marée, tel que nons l'observons.

Si, en effet, ces deux actions sont les seules forces agissantes, on peut calculer quelle serait l'importance de Textumescence liquide dont 4lles provoqueraient la

naissance au large d'un vaste Océan: on trouve ainsi que, même aux syzigies où les deux actions s'ajoutent, la hauteur de la marée ne dépasserait pas 60 centimèti'es. Or, la plus simple observation montre que, sur nos côtes, la dénivellation de Teau entre la pleine mer et la basse mer est plus grande que 60 centimètres : dans nos ports de la Manche^ elle est\au moins dix fois plus forte, et, au mont Saint-Michel, elle atteint 15 mètres aux équinoxes.

De plus, en deux ports très voisins, les hauteurs de la pleine mer^ le même jour, peuvent être très différentes. Ainsi, prenons Cherbourg et Granville: leurs distances à la Lune et au Soleil sontégales, à une très grande approximation. Et cependant, tandis que la marée est de 6 m. 25 à Granville, elle n'est que 2 m .80 à Cherbourg.

Troisième fait : dans certaines régions, le golfe du Tonkin, par exemple, on n*observe, par jour, qu'une seule pleine mer au lieu des deux que fait prévoir la théorie. Il y a donc d'autres facteurs à intervenir que les attractions luni-solaires. EnQn, pour confirmer cette conclusion, on peut remarquer la particularité suivante. Le jour delà syzygie équinoxiale, c'est-à-dire le jour le plus voisin de l'équinoxe, où les trois centres de la Terre, de la Lune et du Soleil sont en ligne droite, doit se produire la plus forte marée de Tannée. L'heure de la conjonction des trois sphères peut être calculée astronomiquemènt avec la plus grande précision. Or, on constate que la marée maximum n'a lieu, à Brest, que 36 heures après l'heure calculée. .

Il y a donc, pour donner la raison de tous ces faits, en apparence étranges, à trouver une explication que la théorie de Newton, basée sur des actions statiques des forces astronomiques, parait impuissante à fournir.

C'est au génie de Laplace que Ton doit l'explication désirée. L'illustre géomètre a montré que^ au lieu d'attaquer la question au point de vue de Véquilibre des masses liquides sous la double action de la pesanteur d'une part

LES IIARÉES 169

et dos attractions luaî-8oiaîr«s d'autre part, il fallait l'i^tatpMr au point de vue du momement de l'onde iiqaîdê dont le déplacement produit la marée. Autrement dit, an lieu de se trouver en face, d'un problème d'hydrosUtiqme^cfnesi en présence d'un probité, tout différent, d'hydrodynamique. Mais arant d'exposer les grandes lignes de la solution que l'on en trouve, nousalloas définir quelques grandeurs, quelques « constantes » de la marée, doai an a à faire couramment usage.

Tout d'abord, définissons le niveau moyen»

Dans un port déterminé, le nireau moyen est celui où s'arrêterait l'eau si la mer était un lac. On peut déterminer empiriquem^^nt ce niTean moyen, avec une approxination suffisante, en opérant de la manière suivante. On note, par exemple, le niveau H de la haute mer, un jour déteraiiné, puis le ^niveau B de la basse mer suivante ; on note ensuite le niveaa H' de la nouvelle haute mer qui suit. On prend le milieu de l'intervalle vertical entre HetH^ Soit Kce point. Le niveau moyen sera le niveau N ezactem^t ëquidistant entre le niveaa K et le niveau B. L'expérieiœe montre que le niveaa moyen, ainsi déterminé est sensiblement imrariable.

Le niveau moyei», daas un port, étant ainsi déterminé, Ton appelle htmteur de la marée, «n un jour donné, le nombre de mètres et de décimètres dont la mer s'élève ce jour-là, au-dessus du niveau moyen à l'heure de la pleine mer.

On appelle unité de hauteur^ pour un port donné, la hauteur de la pleine mer, au-dessus du niveau moyen, le jour d'une syzygie d'équinoxe, dans l'hypothèse où la Lune et le Soleil ont leurs centres situés dans ie plan de réqnateur et à leurs distances moyennes de la Terre.

Le niveau moyen et l'unité de hauteur sont donc des grandeurs caractéristiques spéciales à diaque part, et

170 LES PBOBLiUBS DE^ l'oCÉAN

dépendant de la conflguration géograpUque de la région qui Tenvironne. Il en est todt autrement ^ coefficient^ qui est une grandeur de nature purement astronomique.

L'action de la Lune et du Soleil dépend de leurs distances à la Terre. Quand ces distances varient, Tattraction des deux astres varie également. Or, ces distances varient chaque jour à cause des lois de Kepler ; la déclinaison du Soleil change de signe deux fois par an, celle de la Lune tous les 14 jours. L'action résultante varie donc d'un jour à l'autre, et les données de rastronomie permettent de calculer Timportance relative de cette variation.

La valeur de l'attraction pour un jour donnée par rapport à la marée de syzygie équinoxiale qui a servi à calculer Tunité de hauteur, s'appelle le coefficient pour ce jour-là. Le coefficient, à une date donnée, est le môme pour tous les ports.

Prenons, par exemple, un jour de l'année, par exemple le 11 août 1904, où le coefficient soit de 1,06, et supposons-nous placés dansun port dont l'unité de hauteur soit 4™ ,25. Gela voudra dire que, dans] ce port-là, ce jour-là, pour avoir la hauteur de la pleine mer au-dessus du niveau moyen, il faudra multiplier Tunité de hauteur, soit 4^^,25 par le coefficient 1,06, ce qui donnera la hauteur de 4'',50. De même si, le même jour y dans un autre port, l'unité de hauteur était 2 mètres, la hauteur de la pleine mer au-dessus du niveau moyen serait 2 X 1)06, c'est-à-dire 2"*, 12. L'observation montre que le coefBcient, au cours des temps, peut prendre les valeurs comprises entre 0,26 et 1,19. Les marins les expriment en nombre entiers de centièmes se disent : une marée de 26 ; une marée de 119.

En un port déterminé, la pleine mer, le jour de la syzygie, devrait coïncider avec les passages simultanés de la Lune et du Soleil au méridien du lieu : elle se produit avec un retard, constant pour chaque port, différent

LES UARéES 171

d'un port k l'autre, et qu'on appelle l'établistement du port. Ea France, le plus faible établissement du port est de 3" 32' pour Lorieat ; le plus fort est 12'' 13* pour Dunkerque.

Le maximum de la vive-eau est en retard sur l'époque théorique des syzygies équiooxiales. Ce retard a reçu le nom d'dge de la marée, et il peut s'élever à quatre jours.

ËdIId, au moment où la mer remonte, un courant se manifeste, venant du large : c'est le courant de fiol ; quand la mer cesse de monter, il y a un moment d'immobilité appelé rétaU de flot; puis, la mer descendant, un courant de sens contraire prend naissance, portant de la cote vers le large : c'est le courant de jusant ; quand la mer cesse de descendre et s'arrête un instant à son niveau le plus bas avant de commencer à remonter, on a V étale de jusant.

C'est à Laplace, comme nous l'avons dit plus haut, que revient la gloire d'avoir .montré, le premier, dans quelle voie il fallait chercher la solution du problème de la marée. L'illustre géomètre a consacré de nombreuses années à élucider cette question qui dépasse un peu les ressources, pourtant si vastes, de l'analyse mathématique, etque l'onnepeut résoudre que d'une façon approximative. Après lui, UD ingénieur hydrographe français, Chazallott, a accumulé sur ce sujet de beaux et classiques travaux, Mais il était réservé à l'illustre physicien anglais lord Kelvin de donner la solution la plus élégante et la plus simple de ce grand problème.

Laplace a d'abord fait remarquer qu'il fallait aborder la question, non plus au point de vue statique, mais au point de vue dynamique. Pour étudier la propagation de l'onde de marée à la surface de la mer, il faut faire intervenir les lois dynamiques des fluides et tenir compte de leur résistance. Deux principes fondamentaux dominent

172 LES fbobiJhes de l'océan

la question : cdui de la tuperpotition des petits motivemenU et celui de la pérvuhcilé.

Voici l'énoncé du premier de ces principes.

Supposons qu'un système de points matériels soit en équilibre et qu'une force très petite Tienne à troubler ceL éqnilibre. Alors, ub point matériel sera animé d'une pelite vitesse, assez petite pour que l'expression de la force ne dépende que du temps et de la position moyenne ilu point. Dans ces conditions, si plusieurs forces analoLTues viennent à agir, et si les mouvements sont assez ptUils pour n'avoir pas d'effets réflexes sur ees forces, les lois de la mécanique nous apprennent qne les e0etsde ces forces sont indépendants, et, par suite, superposable^. De plus, l'elTet résnltant de toutes ces forces poum s'obtenir en faisant la somme des effets partiels calculés cumme si chaque force agissait séparément.

Tel est le principe de la superposition des petits mouvements.

Ce principe fondamental est d'une application courante. Tous les phénomènes acoostiques, ou optiques se îoni par ondulations, comme ceux qui se propagent à la siirtace des mers. Ainsi, quand dans une chambre, nous causons avec plusieurs personnes, les ondes sonores mû transmettent les mobi de^:ette conversation, ne nous empochent pas d'entendre le bruit d'une voiture passaol dans la rue et dont l'onde se superpose aux précédenteE. Duits un orchestre, nous distinguons les sons de la flûte parmi les tenues des violons et les sons graves de ia contre-basse. Optiquement, les ondes lumineuses qui nous arrivent du Soleil ne nous empêchent pas de recevoir celles que nous envoient les objets environnants et (lui manifestent ainsi leur présence.

Le second principe est celui de \& périodicité . Imaginuus une force dont l'intensité vuie périodiquement: cette force imprimera & une molécule matéri^le qoi ; sera soumise, un mouvement périodique dontXla périodicité sera la même.

i ■^Vil"

LBft MARAIS 17$

GoBunent ailoD&-nous appliquer ces deux principes à l'étude de la marée?

Considérons un astre attirant, occasionnant, par son attraction, une onde de marée : cet astre sera la Lune, par exemple. Si la^ Lune restait tout le temps dans le plan de Téquateur, à la même distance de la Terre, son centre décrirait ainsi une circonférence de cercle. Si la Terre était uniformément recouverte d'eau, Tonde de marée ferait le tour de la Terre, avec une période égale à celle du mo-uvement de la Lune, en vertu du second principe* II en serait de même pour le Soleil, si cet astre restait à distance constante de la Terre et d^ns le plan de Téquateur terrestre.

Mais, il n'en est pas aiAisi. D'abord les distances du Soleil et de la Lune à la Terre varient comme non& l'apprend la première loi de Kepler qui nous dit que leur» orbites sont elliptiques et non circulaires. En outre, ces deux astres ne restent pas dans le plan de Téquateur : dans son mouvement apparent, le Soleil semble être, l'été, dans l'hémisphère nord, lliiver dans l'hémisphère sud. Il y a donc lieu de tenir compte de cette <( décli» naison » variable au-dessus et au-dessous de Téquateur. 0]^ en tient compte en introduisant dans les calcul» un second mouvement ondulatoire qui se superposerait au premier, en vertu du premier principe ; de même pour tenir compte des variations de la distance à la Terre. Et Toici ce qu'ont fait les mathématiciens.

Ils ont renoncé à faire intervenir Tattraction unique, mais complexe de la Lune réelle : ils ont imaginé, pour la remplacer, de combiner les actions de plusieurs Lunes fictives. Ils ont introduit la notion d'une première lune dont la masse ne serait pas très différente de celle de la Lune réelle, et qui se mouvrait dans le plan de l'équateur en restant toujours à la même distance de la Terre.

174 LES PBOBLiwes DE l'océan

Cette Lune flctire, en vertu du second principe, donnera naiSGaoce i une onde de marée, qui aura la même période : 24 heoret et 50 minutée. Pour tenir compte de ce que la Lune réelle n'ett p«s toujoure dans le plan de l'équateur, on introduit une seconde Lune Active, de période diurne, beaucoup plus petite que la premiàre et dont l'action se traduira par une deuxième onde de marée. L'intervention de cette onde, combinée à la précédente, en troublera les mouvements de façon à tenir compte des mouvements de la Lune réelle de part et d'autre de l'équateur. De même, pour les variations du Soleil, on peut imaginer un troisième, puis un quatrième astre fictif dont les masses et les périodes pourront être calculées d'après les données et par les formules de l'astronomie. Il faudra encore an cinquième et sixième astres fictifs pour exprimer les variations de distance des deux astres principaux; il en faudra d'autres encore pour tenir compte des perturbations dans les mouvements célestes — précession, nutation, évection, etc.

Nous aurons ainsi, une série d'astres fictifs dont nous pourrons calculer les masses et les périodes. Hais l'avantage de ces astres est que chacun d'eux est supposé se mouvoir dans des conditions où le mouvement qu'il occasionne sera le plus simple, et, en vertu du premier principe, tous ces mouvements s'ajoutent arithmétiquement, donnant ainsi un résultat qui sera l'expression même du mouvement de la marée.

Mais, celte conception conduirait & des calculs très complexes et d'une dimculté à peu près inextricable. Il faudrait faire des sommations de développements en série extrêmement longs. Ainsi, pour calculer les marées des cAtes des Indes, il ne faudrait pas moins de 21 satellites fictifs donnant naissance à autant de mouvements composants I

Lord Kelvin a eu l'idée, fort ingénieuse et fort élégante,

LES UARÉEè

de s'adresser à la Mécanique pour obtenir la solution cherchée. Là où le calcul conduirait à un travail trop long, une disposition mécanique appropriée permet de tracer du premier coup la courbe représentant le phéno-

Fig. 23. — Une sinusoïde.

mène complexe que l'on veut figurer, et que Ton renonce, ainsi, à calculer.

Partant du fait que le phénomène de la marée est ondulatoire et périodique, le grand physicien a conclu à sa représentation possible à l'aide de la courbe appelée sinusoïde (Og. 23) . C'est une courbe dont les ordonnées sont proportionnelles aux sinus des angles figurés par les abscisses ; ces ordonnées varient donc périodiquement et passent par les mêmes valeurs après les mêmes intervalles de temps, et l'équation de la courbe est y = sin x.

Or, une sinusoïde peut être tracée mécaniquement à Taide d'un dispositif très simple : celui d'une bielle et d'une manivelle. Si l'on fait tourner une manivelle, d'un mouvement pig. 24. — Tracé uniforme de rotation, on peut, par n»q«« <*e u sinusoïde. rintermédiaire d'une bielle, transfor-^ mer ce mouvement de rotation en un mouvement rectiligne alternatif, comme le montre la figure 24. Si Ton fixe un crayon à la tige qui s'abaisse et s'élève alternativement et siy devant ce crayon, on déplace la surface d'un cylindre commandé par le même mouvement de rotation qui actionne la manivelle, la courbe tracée par

mec a-

176 LBS PROKL&HEa M l'oCÉAN

le crayon iur la smrtace du cyËndre sera une linuMidef. al lessinuoiitéadelaecNube, les n pleins ■ et les «creux» seront séparés par dee di8ta»ees boriawitales égales.

Lord KelTin a denc pensé que l'oa poun-ait prendre autant de systèmes de bielles et de maniTelles qu'il y a de mouvements ondulatoires k combiner, et voici, au moins d'une mamère schématique, les dispositifs qu'il a employer pour réaliser cette idée (âg. 25.)

Il consiste en une série de glissières dont cbacune correspond, avec des constantes spéciales, à l'appareil de la Tigure 24, et flgure le miMiTemeot oudulatoire d'un des « satellites fictifs » dont il s'agit de combiner les ondes de marée iadiTidu«lles. Chaque roue, actioDnant une manivelle, est animée d'uno vitesse angalaire qui dépend de celle du satellite correspondaBt. Die plus, l'amplitude totale de la sinusoïde qu'elle peut trac«* dépend de l'amplitude de l'onde de marée que doit engendrer le satellite dont e)l« doit figurer le mouvement périodique. Sur l'appareil dessiné eur la Ëgore 25, on a représenté sii glissières : en réalité, il doit y en avoir autant que d'ondes à combiner: 31 pour les msuréee des Indes, 16 pour celles des côtes de France.

Chacune de ces manivelles tracerait, ainsi, une sinuijolde isolée et il faudrait encore ^ectuer le laborieux effort de composer toutes leurs ordonnées correspondant à une même abecisse. Pour réaliser mécaniquement, d'une façon automa>tique, la sommation des abscisses, voici la disposition qa'a adoptée Lord Kelvin.

Cbaque tige verticale est munie d'une poulie; toutes les poulies ont le même rayon. Un fil, ûxé à un support invariable, par une de ses extrémités, passe successivement sur les gorges de toutes les poulies dtmt les axes sont à des niveaux alternés, et son autre extréisité est tendue par un poids portant us crayon qui ap|>aie sur une feuÙle de papier appliquée sur un cylindre tournant. La rotatiOB de ce cylindre conuna^e, par autant d'engrenages de raisons convenables, les rst^ioDS indi-

LES UAHSBS

viduelles de chacune des manivelles avec la vitesBe angulaire qui convient & chacune d'elles pour figurer l'onde correspondante. Quelle que soit la complexité des mouvements h composer, on voit que le mouvement d'ascension ou de descente du poids H, toutes les roues étant commandées par le mouvement même qui anime le cylindre, sera la somme algébrique des déplacements

que subissent individuellement les diverses tiges dont chacune figure le mouvement d'une onde. On a donc ainsi un procédé mécanique d'une rare élégance, qui trace la courbe complexe représentant, pour un lieu donné, la hauteur de la marée aux différentes époques, en tenant compte de toutes les ondes élémentaires qui interviennent dans la manifestation totale du phénomène. Cette méthode est l'expression graphique de ce qu'on appelle l'analyse harmonique, à cause de l'analogie des mouvements des ondes élémentaires avec ceux des cordes vibrantes que l'on a k considérer en acoustique.

t78 LES PROBLàllES DE l'oCÉAN

La marée, se propageant sous forme d'onces à la surface des Océans, se compcMrte comme Les « cmdes de translation sismiqne » dont nous parlions à la fin du chapitre précédent, et qui travo^sent, en quelques heures, PAtlantique ou le Pacifique. De même que pour ces ondes, sa vitesse de propagation est donnée par une formule dont le second membre est la racine carrée du produit de la profondeur par l'accélération de la pesanteur : v = l/pg. Cette formule nous explique un fait bien curieux. Lorsque la mer monte sur nos côtes, Tascension de l'eau est d*abord très lente, à partir du niveau de la basse mer j mais, à mesure que le niveau s'élève, la montée de la mer s*accélère, et quand on est très près de la haute mer, le courant de marée devient très fort et Tascension très rapide.

Il doit en être ainsi, car lorsque la mer commence à monter, elle débute par une profondeur nulle à la grève qui est à sec. Mais, au fur et à mesure que la mer recouvre cette grève, la profondeur de la mer, sous le flot de marée, augmente jusqu'à ce qu'elle ait atteint le maximum ; c'est une conséquence de la loi précédente.

C'est, également, la propagation ondulatoire de la marée qui nous explique cette anomalie apparente de marées dépassant 15 mètres, alors que le calcul de l'attradion des masses ne donne qu'une dénivellation de 60 centimètres.

La marée se produit par un mouvement ondulatoire dont la vitesse de propagation, sur TOcéan, est considérable, et qui communique cette vitesse aux molécules liquides. Tant que cette onde se propage sur une eau dont la profondeur est grande : 4.000, 5.000 ou 6.000 mètres, la vitesse demeure sensiblement constante. Mais, lorsqu'elle remonte les bas-fonds du «. plateau continental », dont la profondeur ne dépasse guère

LES lUBÉBS 179

300 mètres, et qui bordeot tostes nos côtes européennes, h force vire se commnnique à une masse d'eau infioimentplnB faible; c'est ce qui produit, alors,- l'élératioD considérable dn niveau de l'eau le long de nos cdtes. Cette élévatiou est encore favorisée par ce fait que, dans certains cas, des anses, des estuaires de riTÎèies permettent au niveau des eaux de manifester son asceosioa d'une maaière pins directe.

La pnpagalion ondulatoire de la marée a donné i&tsaaQC( à une théorie ingénieuse, imagiaée par deux hydrogr^hes anglais, Whewel et Lubbock. Ils ont fait le raisoniement suivant : la marée se transmet par le mouvemnt d'une onde liquide; pour qne le phénomène soit commet, il fant qu'il puisse se manifester normalement, dûs les conditions régulières de sa propagation mrun Ocian sans limites ; à la càte, le phénomène cessera d'étn régulier.

Or, il ya, i. la surface de la Terre, un Océan « sans limites », m moins en ce qui concerne la propagation des ondes lans le sens Ëst-Ouest : c'est VOcian auttral, immense nvppe d'eau qui s'étend au sud des trois continents, baide maritime indéfinie qui fait le tour de la Terre, et à i surface de laquelle les mouvements ondulatoires peiïent se propager librement sans qu'aucun obstacle coilinental solide vienne s'opposer & la régulante de 1er transmission superQcielte. C'est sur cet Océan que AufQent avec régularité les vents « grand fr^ » de l'oiest, qui y Boolèveot les vagues de régime dont la haut^r atteint 16 mètres et dont la longueur atteint 400 mires.

C'est sur Qtte mer auEjtrale que, d'&près les deux savants auglail l'onde de marée doit prendre naissance. Les ondes aini engendrées par l'attraction luni-solaire peuvent lui obtr sans aucune restriction, et, à la sur-

180 LES PROBLiUBS DB l'oCÉAN

face do cet Océ&n sans lïmiteB, peut e'établîr le régime ondulatoire dont la période résultante, correspondra exactement & celle des astres qui la déterminent.

Dans ces conditions, nous ne recevrions dans l'MIaDtique, jusqu'à nos câtes, qu'une marée transmise, one marée dérivée de la marée principale, cette demièrt étant localisée géographiquement dans la mer du Sad, et c'est cette onde, ainsi * dérirée » de l'onde prindpale, qui, remontant l'Atlantique du Snd au Nord, preduirait le long de nos cAtes les phénomènes sltenutif: du flux et du reflux.

Cette théorie est très élégante, très séduisaaiA même, et un fait d'observation vient l'appuyer d'une façoa remarquable.

Les cAles de l'Atlantique, à partir de l'Araffique du Sud, sont parsemées de stations où l'on observe U marée avec le plus grand soin; on y suit, teore pari heure, à l'aide de m marégraphes u, la progression de la vague de marée. On a ainsi pu constater q«e, quand ' la marée arrive, par exemple, & midi au détroit de Magellan, elle est à minuit, c'est-à-dire 12 teares pins tard, au cap Corrientes, au sud de la Plata; 12 heures apr6s, à midi, elle a remonté l'Atlantique pojr être ila i hauteur des Canaries, au cap Bojador; el 12 heures ensuite, c'est-à-dire le lendemain à midi, tlte arrÎTe i Brest. Elle a donc mis 36 heures à se iropager du ' détroit de Magellan à Brest. Or, nous a/oae signalé cette particularité curieuse, que la marée déquinoie ne se manifestait que 36 heures après l'iistant de [a Syzygie. La théorie des deux savants aiglais a donc l'avantage d'expliquer cette anomalie qui, iout an moins eu apparence, semble inexplicable.

Malheureusement, comme dans toutes fes théories qui ont été proposées pour expliquer de graB(k phéDomËnee, un point reste obscur. Dans les Iles de 'Océan austral, par exemple aux Kerguelen, à Saint-Paul à Amsterdam, on n'a jamais trouvé que l'âge de la nvée fût nul, el

LU lUAtes 181

cet Age devrait être hmI «ux points (A ee trouve le berceau ém moaTflmeBt ondulatoire, c'est-À-dire dans Les nera da Sod. Anfisi, quelque sédaisaiite que sait cette théorie, il n'est pas démontré qu'elle soit rigoureuse, ut que la marée cpie nôos reeevons dans l'Atlantique sait Bne dérivatioa de l'onde-nère, née dans l'Océua austral.

La théorie de l'analyse harmonique, dont nous avons précédemment exposé le principe, peri&et, par ia congidération des diverses ondes composantes, d'expli<juer certaines anomalies que nous avons signalées, et qui Eont que, dans le golfe du Tookia, par exemple, il n'y a. qu'une seule marée par jour.

Parmi les nombreuses ondes comjiosaates qui traduitest cbautne l'efîet d'une des « lunes fictives » dont Dous avofes introduit les noticMS, la principale est l'onde lenM-fJûtme, avec maxitna correspondant aux deux renflements' symétriques, et une onde diurne, destinée à compenser l'effet inégal des deux renflements quand laar axe commun est incliné sur l'équateur.

Or, au Tonkin, par suite de la disposition des fonds et de la conûguatiott des cdtes, l'onde semi-diurue, du fait d« pbénemèoes d'interférence, se trouve environ 20 fois pins faible que l'onde diunie, et, & Haï-Phong, il D'y a pratiipement qa'une seole marée par jour, tellement est fuble l'oscillation da« k l'onde semi-diurne. Ad cap Saint-Jacques, à l'entrée de la rivière de Saïgcm, les deux notvements Mut à peu près de même amplitude, et quoii^ue inégales dans leva manifestations, on observe, à ceûe station, deux marées par jour.

Entre ees d(ux points, è, Quinhoae, sur la cAte Est de l'Ajinam, l'onde diame est environ le donble de l'onde Bemi-diurne qiand les conditions astronomiques de sa manifestation tout rdatisées; et, dans ce cas, la marée semi'diume est entièremeiit masqnée par la marée

t82 LES phobl^hes db l'océah

diurne; anasi D'obserre^t-on qu'une seule pleine mer pu 24 heures. Hais quand i'onde lunaire s'annule a^ec la déclinaison de l'astre, on voit reparaître les deui pleines mers et les deux basses mers.

II est très curieui d'observer la cessation de ce phénomène d'interférence à la sortie du golfe du Tonkin; le phénomène d'interférence de l'onde semi-diurne augmente progressÎTement sur la cAte d'Annam, car & Nau- Chan, près d'Haï Nan, le rapport de l'onde semi-diurue à l'onde diurne reprend sa valeur normale^ Et cela met bien en évidence l'infloence des facteurs géographiques et bathymétriques.

Il sufSt d'ailleurs de consulter, dans L'Annuaire det Marées, la table des unités de hauteur des dififérentg ports pour voir combien celte donnée varie d'un port d'Europe & un antrie, même quand ces ports sont très voisins. Nous avons cité, plus haut, l'exemple, bien typique, de Grauville et de Cherbourg. Et l'on peut, en somme, répéter avec Laplace : h II n'est, probablement, aucun cas possible qui n'ait lieu sur la Terre ■.

L'analyse harmonique sert, aujourd'hui, i calculer d'avance les diverses hauteurs de la marée qui iignrent, pour les différente poris et les diS'érentes dates, sur les tables de l'Annuaire. Hais, avant que ron eût la ressource de cette méthode si ingénieuse, on procédait autrement et, en particulier, les services hydrographiques anglais employaient une méthode simple, directe et indépendante de toute théorie. i

Les loîs'de l'Astronomie nous apprenrient que, tous i les dix-huit ans et onze jours, le Soleil, la Terre et la Lune repassent par les mêmes positlonE lelatives. Donc, tous les dix-huit ans et onze jours, les causes généra- Irîcet de la marée sont les mêmes j el si les causes modificatricet (facteurs géographiques, etc.), n'ont pas

LES UARÉBS 183

▼arié dans rintervalle, on pourra être fiûr, si l'on a observé expérimentalement la hauteur de la marée dans un port donné, à une date et à une heure données, que dix-huit ans et onze jours après, la hauteur de la marée, à la même heure et dans le même lieu sera la même. Cette période était connue des prêtres Assyriens qui lui avaient donné le nom de Sâros et qui s'en servaient pour la prédiction des éclipses.

Il suffit donc, dans un port déterminé, d'observer chaque heure, pendant dix-huit ans et onze jours, la hauteur de l'eau pour pouvoir la prédire exactement dix-huit ans et onze jours plus tard, aux mèm^s heures.

Cette observation se fait avec les Âfarégraphes. Ce soijit des appareils dans lesquels le mouvement d'un flotteur, reposant à la surface de l'eau d'un puits qui communique avec la mer, est enregistré sur un cylindre animé d'un mouvement de rotation d'un tour par vingt*quatre heures à l'aide d'un mécanisme d'horlogerie. C'est éga* lement, en relevant les données expérimentales fournies par les marégraphes, que l'on peut déterminer, pour chaque port, les éléments qui serviront à régler le mouvement des bielles et des manivelles de l'appareil de Lord Kelvin, justement appelé Tide Predicter.

La complexité des phénomènes de la marée, la variabilité de ses manifestations d'un point à un autre de la Terre, font que Ton ne peut guère attendre l'énoncé possible de lois générales que d'une synthèse d'ensemble des observations déjà effectuées.

Cette synthèse a été tentée pour la première fois par Whewel, en 1833. Le savant anglais essaya de montrer que l'onde de marée se propage comme une onde ordinaire, se réfléchissant sur les rivages, augmentant ou diminuant sa vitesse d'après la profondeur.^ Il commença donc par chercher la manière dont se comporte une

184 LES PROBLJUfES Bt l'OCÉAN

onde en présAnce des divenes formea de ma^e, pois, i l'aide des rémitats codqqb de son tempe, à montra- que t'oDde de marée se comporte de la même façon.

11 ialroduislt dans la scwnce, pour faire cette étade, la notion, aajourd'hui classique, des lignes cotidales, lignes i]ui joignent, par un trait contÎDU, lee points de la gurfacc océanique qui sont atteints, ila même heure, par l'onde da marée.

Ces ligaes, dont le tracé sur les grands océam, tout au moins au large, est très hypothétique, sont, au contraire, bien pins aisées i dessiner avec précisioD dans les mer» (^traites comme la Hanche ou la mer d'Irlande. Là, en elTet, les deux rives sont rapprochées l'i^e de l'autre, et il est possible de multiplier, le long des cAtes, le nombre de stations munies d'iuslniments inscriptairs de la marée. De plus, la faible profondeur de ces mers » adjacentes », situées mi général sur le Pl*textt continental, permet d'y inetaller des marégraphes îiiun«i^és, comme l'ingéaieux Staréffraphe plongeur de ringénieiiT hydrographe Pavé, htscrÎTant la hauteur de la marée par les Yariaiions de pression d'une membrane métallique élastique, analogue i celle des baromèlres mre^istrcnrs. La figure 26 donne les lignes cotidales de la Hanche.

Quand on a effectué, en utilisant le plus grand nombre possible d'observations directes, le tracé de ces lignée cotidales, on remarque qu'il y a des points autour desquels les lignes cotidales sembl^l ■ tourner > comme les ni')ntiiresd'uD manège de chevaux de bois. Oa appelle ces points des Feints amphidrvmiques. L'eièteDce de quelques-uns de ces piÙDls, par exemple celui de la mer du Nord, n pu être constatée directement à l'aide du marécrraphe plongeur de Favé : noas allons les étudier d'un peu plus près, en partant de la théorie des riio-

• masse liqaide, renfermée dans a* baesia limité

LES uARÉEg : 185

et préseatant une surrace libre, prend, quand ell^ a été momeotanément dérangée de sa position d'équilibre, des mouvements que l'on peut décomposer en nn^ série d'oscillations ieochroDes, de périodes dépendait des dimensions du bassin, et dont lec tâches noueront montré un exemple se produisant journellement siQ-nies

lacs. Ces oscillations sont les oscitlations propres de la masse liquide, par opposition aux oscillations forcées qu'elle exécute sous l'action de forces périodiques extérieures.

Quelques faibles que soient ces forces périodiques agissantes, les oscillations nées sous leur action penvent prendre une grande amplitude si leur période est voisine de celle de l'oscillation propre de la masse liquide : c'est le phénomène, bien connu, de la résonance dont l'acoustique nous montre des exemples nombreux. C'est

180 , LGS FHOBLiUES DE l'oCÉAN

ce p)|énomëDe qui a Kmené- la rapture de ponts suspendes, qui se soDlmis i. vibrer sous le rythme cadeod du pAfi d'uae troupe d'infanterie, rythme qui se trouvait ^nchrone avec la période de vibration propre in c&b'os de suspension.

Ijans dés cas simples, il est possible de calculer la pijriode de vibration propre d'un liquide, par exemple fi le bassin est rectangulaire et de profondeur uoiforme. 9aD5 ce cas il se produit un mouvement oscillatoire du liquide, de pari et d'autre d'une ligne médiane passant par un point toustrait à toute variation du niveau, et qu'on appelle une ligne nodale.

ËD assimilant certains lacs de contours simples à des bassins rectangulaires, te calcul donne, pour la période d'oscillations des seichei, des résultats qui cadrent asseï bien avec tes résultats de l'observation. Hais les seiches sont d'origine barométrique et n'ont aucun rapport avec les périodes astronomiques.

La façon dont se manifeste la marée est très différente, suivant que les diverses ondes qui la constituenl par leur combinaison, ont des amplitudes et des phases très inégales. Généralement, c'est l'onde lunaire semidiume dont l'action est prédominante. Mais nous avons vu les exceptions présentées, notamment, dans le golfe du Tonkin.

C'est dans le phénomène des résonances que le savanl hydrographe américain Rollin A. Harris a cherché l'eiplication de ces diverses apparences.

Considérons une mer à peu près fermée, susceptible, d'après ses dimensions, de comporter une oscillatioQ propre, une seiche, dont la période corresponde avec celle d'une des ondes astronomiques composantes qui entrent en jeu loans le phénomène de la marée ; il doit alors se produire, dans cette mer, une marée où cette onde sera dominante.

La forme compliquée, la vaste étendue des Océans, ne permettent pas de les assimiler, dans leur ensemble,

LES UARéBS 1B7

à des bassins rectangulaii^es : leur période d'oscillati^ii propre n*est donc pas sus^'^ptible d'être déterminée par le calcul seul. Hais M. ftoUia A. Harris a cherchera tourner la difficulté en décomposant la surface d^s Océans en un certain nombre d'aires de formes simplets *: rectangulaires, triangulaires ou trapézoïdales^ telles qu6^ leurs périodes d'oscillations propres soient celles des^ ondes qui prédominent dans la région de la mer qu'elles ' recouvrent. Ces aires ne sont pas limitées sur toute leur périphérie et les profondeurs de la mer n'y sont point uniformes. Comme la théorie est impuissante à fournir des indications sur l'influence que peut avoir, sur le régime oscillatoire, la présence d'ouvertures plus ou moins grandes dans le contour terminal, M. Harris a eu recours à Texpérience. Il a réalisé des aires de formes diverses, plus ou [moins fermées au moyen de cloisons mobiles dans une cuve rectangulaire dont on pouvait, à volonté, modifier la profondeur. Il trouva des résultats en accordi complet avec ceux de la théorie pure.

Le savant hydrographe américain a, alors décomposé la surface des Océans en un certain nombre d'aires élémentaires formant six systèmes, formés d'un certain nombre d'aires ayant des périodes d'un demi-jour lunaire. Au sud de l'Australie se trouve un septième système de période égale à un demi-jour solaire. Deux systèmes diurnes principaux se superposent aux systèmes semidiurnes. ^

Dans les oscillations propres que nous venons de mentionner, la mer est haute à la fois sur toute une moitié des aires considérées : il n'y a donc pas de lignes cotidales et les ondulations en question sont des ondulations sfationnaires.

Cette absence de lignes cotidales semble être, de prime abord, en contradiction avec les conditions réelles : cette contradiction n'est qu'apparente. Il peut, en effet, se produire à la fois, dans une aire déterminée, deux oscillations de môme période mais dans deux

i|t8 LES PROiBLiMBS OE l'oCÉAN

d^ectiODS inclinées Fane sur Taiilre. Dans ceB conditions, la haute mer, & «n instant donné, se prodâtt sur Uipe ligne passant par le point de raicontre dee deux li^es nodales coirespoflMlaat aux deux « seiches » res- ^ctiyes. Cette ligne cotidale semble, ainsi, twaw^^ ^autour de ce point, auquel le niveau de la uMr demeiii rera inrariable. Un tel point a reçu le nona de foini om- '' phidromique. Ainsi le phénomène de Tamphidromie deit son existence à rinterférence de deux ou de plusieurs ondes de marée.

Henri Poincaré, en discutant la théorie de Rollin A. Hanis, et en en soulignaAt la grande valeur, a insisté sur l'utilité qu'il y aurait i multipUer les obsenrations de marée faites' au largey loin de toute terre, à Taide d'instruments dont le marégraphe plongeur de Pavé est le type actuellement le plus parfait, étant donaés les perturbations importantes iatroduites dans le ré^me des marées, tant par la présenee des rÎTages que par le relèvement du fond.

Nous avons à parler, maintenant, de mouvements de translatiou des eaux de la mer, occasionnés par le phénomène de la marée ; ces mouvements sont les courcaUs de marée. Nous avons déjà mentionné i'existence de deux courants concomitants de la montée et de la descente de la mer, et appelés le flot et le jusant.

La marée, telle que nous l'observons le long de nos rivages, étant donné que, jusqu'ici, il a été presse impossible de l'observer au large, n'est que l'onde dérivée de la grande ondulation d'origine astronomique, et elle donne naissance, le long des côtes, à des courants d'uoe puissance bien plus considérable que celle des grands courants qui parcourent les grands océans.

La cause principale des courants de marée que Ton observe le long de nos côtes est simplement un phénomène, tout brutal, de déversement. Quand la mer pénètre

LB8 HABiES 189

dans une bûe ou dans un bassin pourvu d'un seul orifice, l'eau doit cootiauer k s'écooler dans le même sens jusqu'au moment où, le niveau extérieur ayant atteint sa cote maximum, elle commence à s'écouler en sens contraire.

Mais, dans le cas de la translation d'une onde dérivée, il doit ae produire des courants horizontaux portant, tantôt dans le sens de la propagation, taalAt dans le sens contraire, et les élalet de ces courants ont lieu aux mi- Diarëes. 11 en résulte que, dans les cas intermédiaires, lesétales des courants réels ae produiront à des heures plus ou moins rapprochées de celtes de la pleine mer ou de la basse mer.

C'est ce que Tobservatton confirme. Si l'on étudie les courants de marée le long des cAtcs, on constate que les heures des étalet ont des retards variables par rapport à celles des hautes ou des basses mers; de plus, ces courants peuvent prendre des directions inclinées sur celle de la propagation de l'onde de marée. Leurs vitesses sontde3à3 noeuds, maisdans certains cas qui dépendent des conditions topographtques, elle peut atteindre 7 ou 8 nœuds.

Les courants qui, par suite des dénivellations de la mer, se produisent dans les détroits ou les chenaux, peuvent donc &tre, parfois, d'une extrême violence, et, I>ar leurs brusques changements, par les remous qu'ils engendrent, peuvent constituer pour les marins des dangers très réels. Par exemple, l'entrée du golfe des iles Anglo-Normandes est un parage justement redouté des marins é. cause de la grande vitesse des courants qui s'y font sentir. Le Raz-Blanchard, entre le cap de la Hague etl'ile d'Aurigny, est l'un des plus célèbres : le flot et le jusant y atteignent des vitesses de neuf nœuds à l'époque des grandes marées. Vient ensuite le passage de ûi Déroute oix les courants atteignent 10 kilomètres

190 LES problAues db l'océan

& l'heure (6 noauds), et la terrible Raz de Sein.

Un remnnB connu se trouve sur la e6te ouest de Norvège, entre le continent et les tles Lotîoten : c'est le MatiUtrom, célèbre par les légendes qui en ont exagéré Ic^ dangers. La vérité est que le Maëlstrom est un courant redoutable qui, au moment des reuTersemeots de la marée, port« «Iternativeinent dans un sens et dans l'autre. 11 en résulte des tourbillons latéraux, produits ^•ar la rencontre des courants contraires et qui déteiminent des dénïTellations de 2 ou 3 mètres sa plus, dangereuses pour de petites embarcations. Un remous analogue, mais plus faible quoique plus anciennemeDl légendaire, est celui de Charybde, à l'entrée du détroit lie Messine. Et cela Dans amène i dire on mot des marées ({ui peuvent se manifester dans les mers intérieures < omme la Méditerranée d'Europe.

Théoriquement, une onde de marée doit se produire dans toute masse liquide, fût-elle contenue dans une i simple cuvette ; c'est le cas de la Méditerranée, sur une échelle pins grande. Mais, si l'onde doit prendre nai^ sauce, l'étendue de la mer n'est pas suffisante pour tni : permettre de manifester nettement son existence. |

Les plus hautes marées de la Méditerranée atteignent L' mètres dans les Syrtes, et S^SO à Sfax; encore peut-on «c demander si ces marées de la cAte d'Afrique De ■seraient pas des marées dérivées de celles de TAtlantique | qui pénètrent par le détroit de Gibraltar. Dans la région septentrionale de la Méditerranée, les variations dn niveau de l'eau sont très faibles : 70 centimètres i Venise, 40à peine à Livoume. C'est ce qui a fait prendre ' comme origine du nivellement terrestre, le nivetm^mo^ia^ lie la Méditerranée & Marseille, déterminée avec la pins ijrande précision par l'ingénieux et simple méAmartmitre de M. l'ingénieur LalTemand, membre de l'Institiit. '

Les marées sont influencées d'une façon appréciable

LES tfABÉES 191

par les- facteurs météorologiques, parmi lesquels il faut citer, en raison de leur importance, la pression atmosphérique et le vent.

Les variations de la pression barométrique qui, sur les lacs, donnent naissance au phénomène des seiches, doivent forcément influencer les variations du niveau de Teau. Chazallon, en 1839, avait déjà étudié la question; et avait publié une table de corrections à faire subir à la hauteur du niveau de la mer, calculée d'après les chiffres de Y Annuaire des marées : pour chaque millimètre de niveau de variation barométrique, il fallait apporter une correction de 13 millimètres et 1/3 au DÎveau de Teau.

L'influence du vent sur les marées est, également, très importante. Dans certains ports de Bretagne, par exemple, au moment des marées d'équinoxe dont les coefficients sont voisins de 110, la mer, en temps ordinaire, arrive à peu de distance du bord supérieur des quais. Mais si le vent souffle du large, dans le sens du flot, avec quelque intensité, la mer envahit les quais et inonde les caves des maisons en bordure .

Toutefois, des mesures précises sont assez difficiles à faire sur ce sujet : les grands vents, en effet, se produisent généralement par de fortes baisses barométriques, dont Teffet s'ajoute au leur, et il est difficile, dans le résultat observé, de faire la part de ce qui revient à cha* cune de ces deux causes; Dans nos ports français de TÀtlantique, un grand vent d'ouest amène, en général^ une surévélation du niveau de la pleine mer pouvant aller jusqu'à 25 centimètres.

Dans les régions à moussons, où les vents soufflent avec une très grande régularité saisonnière, l'étude des constantes de l'analyse harmonique met bien en évidence i action de ces vents sur les marées. Ceux-ci, en effet, soufflant pendant six mois dans un sens et pendant aix mois dans le sens opposé : l'analyse harmonique montre une onde semi-annuelle qui n'est autre que la variation

193 LES PROBLèUBS OB l'oCÉâN

du nÎTean sons TinOiMnce alternatiire des motissons «ymnt t« même périodicité.

' Il est inftéreaBaiift, arant de terminer œ i{ai a irait à l'étude des marées, de montrer eommeot eetta étude a eondnil; les physieieDS à des considératioBS relatiTes à l9L stmctare inteme du globe terrestre.

L'mgmentatkNi contînae de la tempéraEtore à iBesore qae l'on s'eafonee dans féoo^rte terrestre « amené les savants à condnre qne i'épaissenr de ceUe-'Ci œ doit guère dépasser 70 ou 80 kilomètres. A {Mtrtir de cette profondeur, en effet, doit régner une t^Bipératore telle que tous les corps conansy seraient fondus et volatilisés. Aussi a-t-on admis que l'islérieur du gk>be est oensUtué par on magma de matières en fnsien. D'autre part, la considération de la densité moyenne de la Terre prise dans son ensemble, den8iÉéquiest5,5, comparée à celle des natériamc de sa surface qui est iroisine de 2,5, a amené à dire que les métaux de densité TeôssiAe de 10 eoastitoent la (4u8 grande partie du noyau centraL

Portés à «nte température extrêmement élevée, ces mét««x 80Bt dôme sûrement à Téiat dé Inaiott; mais, d'autre part, ils sont soumis à des pressions depkisieurs raitlieDs d'aftmoqihÀres? Hmel peut être Tétat de fluidité des métaux foaEidus sou»îs à de pareilfes pressions? C'est ce que rien ne nous periMl de eoiyeeturer. L'étude de ht propagalioB rapide des ondes sismiqnes avait cofiduit à attribuer au globe terrestrey pris dansson ensemble, une certaine rigidité, de sorte ^e les matières fondées du noyau central devaieat se trouTear à un état ir pratiquement équivalent à Télat solide » suiTaot la pittoresque expiression d'A^ de Lapporent.

Déjà, en 1)862, Lord fiahria émit l'hypottiëse .que la Terve, prise dans emi ensemble, de¥ait présenter une rigidité intermédiaire entre celle du Terre et celle de

LES HABEBS 193

l'acier, et l'étude des marées le conduisit & cette con" clDsion.

En effet : ce que nous obsenrons, dans le phénomène de la marée, c'est le mouvement vertical du niTeau de l'eau par rapport & des repères tracés sur la cAte, et, par suite, solidùres de l'écorce terreslre. Si celle-ci était très mince et recouvrait une sphère dont la fluidité Tût celle de l'eau, cette écorce céderait à l'eiTclrt de la marée produite sur la masse liquide intérieure; et, comme l'eau de la couche extérieure, soumiBe aux mêmes forces que le liquide intérieur, en suivrait forcément les mouvements, il en résulterait que nous ne poum'om obterver aucrin changement apparent dans te niveau de la mer. Mais si, au contraire, le globe terreslre est doué d'une certaine rigidité, nelui permettant d'obéir que partiellement aux attractions luni-solaires, ses déformations sont plus faibles : elles se retranchent simplement de celtes que subit la couche d'eau extérieure, de aorte que l'amplitude de la marée oiiertiée doit se trouver, de ce fait, réduite dans une certaine mesure.

Ainsi, la comparaison des marées observées avec les marées calcuiéet dans l'hypothèse d'un noyau terrestre de forme invariable, permet d'évaluer le coefficient de rigidité de la terre : le résultat est celui que nous avons indiqué plus haut, c'est-à-dire une rigidité voisine de celle de l'acier.

On sait que les géodésiens sont arrivés au même résultat par i 'étude des déplacements du pèle terrestre et par celle des déviations de la verticale. (1 résulte donc, de l'accord entre des déterminations basées sur des méthodes aussi différentes, une forte somme de probabilités en faveur du résultat obtenu. Cependant, la conclusion tirée de l'étude des marées n'est pas sans comporter quelques réserves nécessaires.

En effet : ces compartùsons des marées calculées et des marées observées ont porté surtout sur des ondes semirmensuelles et mensuelles, car les ondes semi-

194 LES pboblAiies db l'océan

diuraes et diurnes sont traip influencées par les «cetdents topographiques de la configuration des rÎT«ges. Lee périodeiB de ces ondes sont asses teignes pour qu'on puisée les cofisidérer conme des marées stmti^esy car, à mesure que la période augmente» l'eflet de l'inertie d« l'eau diminue et ron se rapproche des conditioaa envisagées par la théorie de réquiiibre«

Mais si, dans l'expression analytique des oscillations engendrées sur la mer par l'action d'une fo|rce périodique, on accroît la valeur de la période^ oià trouTe qu'il y a deux limites différentes : l'une correspond à Tiaimobilité complète du liquide et c'est à celle-là qu'on «niTe si Ton introduit dans l'expression considénte l'effet du frottement, quelque faible qu'on la suppose. Ce sont les marées de première sorte. Si, aju oontraife, <m n^lig6 l'action du frottement, les calculs m<Mttrent ^'ii doit subsister une circulation permanente du liquide, dont la forme extérieure demeure inirarîable^ Cela conduit aux marées de deuxième sorte. On a fait la reasttrque que les continents forment des barrières qui s'opposent à la propagation des courants de marée^ mais cette raison ne parait pas absolue, et il n'est pàs démontré qu'il soit légitime de considéreir, ainsi qu'on l'a fait dans la comparaison, les marées de première sorte*

L'étude des marées n'a pas seulement ut^e portée qui s'étend à la connaissance de la structure interne de notre globe : elle a une application aux mouv^ements des corps célestes <fui environnent la Terre.

L'étude du ciel nous conduit à cette conclusion, que le système solaire a évolué dans le passé. Mais^ il ne faudrait pas croire que, s'il a é^eiloé ftu oouts.des temps écoulés, il ait atteint aujourd'hui son étal définilif ; que ^atmosphère, plus ou moins ténue, dans laquelle £k>ttaient les corps célestes du début de son hisleire, ayant

Page 1