‹ Les problèmes de la natureChapitre 12 sur 15 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

résultante de toutes les forces qui travaillent harmonieusement à conserver Têlre vivant? Comprend-elle quelque chose qui n'appartienne pas seulement à l'individu, mais qui soit propre à la famille, à la race, à l'espèce humaine tout entière, ou peut-être même à l'ensemble des êtres organisés? ou seraitce une puissance solitaire, enfermée dans l'homme comme en une forteresse et dédaignant tout autre séjour? Notre ambitieuse pensée n*a-t- elle aucun lien avec ces opérations mystérieuses et pourtant si bien réglées qui conduisent l'animal par l'instinct et qui lui font accomplir méthodiquement son humble destinée? Quelles blessures peut-elle recevoir des troubles organiques, de la maladie, de la passion déréglée, de la folie? que devient-elle pendant le sommeil? où et comment l'âme prend-elle naissance dans l'embryon humain? quel est son sort, quand la mort dissocie les éléments si longtemps retenus dans un équilibre fragile et toujours changeant? Qui n'aimerait à résoudre tant de grandes et redoutables questions, au fond desquelles s'agitent toutes nos craintes et toutes nos espérances? Si elles se posent à certaines heures devant les imaginations les plus grossières, ne flottent-elles pas sans cesse devant les esprits possédés de cette noble et douloureuse curiosité qui reste notre plus beau privilège? Ce n'est pas sans raison que j'ai mis le mot de « Problèmes » en tête de ce livre. Que savons-

XVm INTRODUCTION,

nous en effet, nous qui voudrions tout savoir? qu'avons-nous trouvé, nous qui cherchons toujours et sommes pareils à ces ombres qui erraient éternellement sur les bords du Styx, sans être admises à le franchir? Il semble quelquefois que là vérité ne nous attire plus près d'elle que pour mieux nous repousser. N'importe ! notre devoir est de la poursuivre sans relâche, jusqu'à ce que les forces nous trahissent et s'usent dans cette lutte inégale. Celuilà sait en réalité le plus, qui se pose à lui-même le plus de questions. Les armes bien trempées ne restent pas dans le fourreau et doivent affronter le choc des batailles. Il n'est point de plus haute vertu que la sincérité, ni de plus rare. La science, comme la philosophie, comme la religion, trop souvent cherche à se tromper elle-même : elle met trop aisément Taffirmation à la place du doute, elle s'enivre de ses spéculations et de ses théories ; elle prend les apparences pour les réalités. L'homme a une telle soif de savoir, Thésitation lui est si insupportable, qu'il embrasse les demi-vérités avec autant d'ardeur que les vérités. Pour croire, il se persuade qu'il croit; il aime mieux discuter avec les autres (|u'avcc lui-même. Il s'enivre d'erreurs et d'illusions ; il sait qu'il n'a qu'un jour, et dans ce jour il veut tout comprendre, tout épuiser; à moins toutefois qu'il n'impose silence à sa propre raison et que, fermant toutes les issues de son âme à Tindiscrète

curiosité, il ne s'endorme dann la morae attente de rignorance, « Solitudimm faciunt.paeem appelant, r^ Ce repos absolu, en est-il beaueoup qui l'aient vrai^ raent goûté? est-il facile de fairQ taire cea voix si douces qui nous éveillent dans la solitude et nous jettent dans un trouble qui n'est pas sans quelques charmes? Y a-t-il une foi qui ne soit pas consentie, et un consentement qui ne soit pas un effort ? Je ne sais ; mais si la confiance absolue, si la sécurité parfaite peuvent prendre racine dans le cœur des hommes, ce n'est pas chez ceux qui sont assez désintéressés pour aimer la vérité plus qu'eux-mêmes; ceux-là préfèrent les angoisses du doute à l'inertie de la pensée, comme les peuples virils préfèrent les luttes delà liberté au calme muet de la servitude.

J'ai trop conscience de la difficulté des problèmes que j*ai abordés pour ne pas livrer sans appréhension au public ces pages imparfaites. Mon hésitation redouble encore si je réfléchis que je les ai d'abord écrites plutôt pour moi que pour lui. En donnant une forme à mes idées, à mes doutes, à mes théories, j'ai voulu les faire sortir de ces limbes où meurent tant de pensées à peine écloses, et peut-être aurais-je mieux fait de les y laisser. Ces éludes ont été les sévères distractions de mes loisirs sur une terre étrangère. Puissent mes amis en France leur faire un accueil plus indulgent, en songeant que leurs conseils m'ont manqué, et leur présence, aussi

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