‹ Les problèmes de la natureChapitre 11 sur 15 · INTRODUCTION. XY · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XY

seul instant interrompre. Dans notre individu remue une espèce, comme Tenfant dans les entrailles de la mère. Bien plus! celte espèce porte en elle-même des formes naturelles encore plus générales ; nos fonctions spécifiques embrassent d'autres fonctions dont il ne nous reste qu'une conscience encore plus obscure et plus vague, quand elle n'est pas absolument effacée.

La psychologie voudrait trouver un point mystérieux, un centre où Tâme humaine, repliée sur elle* même, serait en quelque sorte son propre tout : elle ne lui offre point, comme certaines doctrines de l'Inde, la solitude dans l'oubli, dans l'anéanlissement, mais elle veut remplir cette solilude de mirages enchanteurs, elle y veut laisser la conscience, l'activité, la puissance, le mouvement, la vie. Etrange ambition, qui jamais vraiment ne pourra être satisfaite ! Que deviennent, en effet, des facultés, quand elles n'ont plus occasion de s'exercer, une volonté que rien ne sollicite, une liberté qui n'a rien à choisir, une logique qui n'a pas de termes à relier? Qu'est-ce qu'un roi sans royaume?

La philosophie ne saurait découvrir le secret de la pensée humaine, en l'isolant de ce qui lui fournit ses aliments nécessaires : en observant le monde, la science n'y découvre pas seulement des faits, elle y trouve aussi une pensée ; sous la multiplicité des choses concrètes, elle suit des lois

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abstraites. Elle peut s'étonner qu'un spiritualisme avare dise à l'homme : c II n'y a de pensée qu'en toi, ton âme est toute la loi, ta vérité est toute la vérité. » Elle ouvre au spiritualisme les espaces sans limites, elle lui livre la terre et les cieux et toutes choses créées, elle jette tout à ses pieds. Elle dit à l'homme : « Le monde t'appartient, mais lu appartiens aussi au monde, ou plutôt vous appartenez tous deux à Dieu. » La philosophie de l'avenir ne séparera plus les études psychologiques des études scientifiques ; elle ne se détournera plus avec méfiance de la chimie, de la physique, de la physiologie: car si ces sciences à leur début ont pu servir la cause d'un matérialisme vulgaire, c'est que leurs découvertes n'avaient pas encore été poussées assez loin ou n'avaient été que mal interprétées par des esprils trop pressés peutêtre de réagir contre l'ancienne métaphysique. Pour aborder l'étude des problèmes de l'âme, il y a déjà profit à s'armer des découvertes de la biologie. Sans doute, même avec celte aide, on n'avance encore ni bien vile, ni bien loin ; de toutes parts, on est arrêté par des problèmes. L'âme est-elle la même chose que la vie, comme l'ont prétendu Stahl et les animistes? ou est-elle une force différente et hiérarchiquement supérieure ? Si c'est une simple force, est-ce une métamorphose des forces vitales, comme celles-ci seraient elles-mêmes une métamorphose des forces physiques et chimiques? Doit-on y voir seulement la

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