CHAPITRE XII
Genèse de l*homme. — sa plage âmtomique.
Si, parla doctrine de la transformation des espèces, il était possible d'établir une parenté, une filiation certaine entre tous les êtres de la création, la question de l'ancienneté de l'homme recevrait une solution indirecte, et la zoologie suppléerait, sur ce point capital, à l'impuissance de la géologie. La loi qui relie les plus humbles termes de la série animale ou végétale en rattache peut-être aussi les termes les plus élevés. Si le temps seul a été nécessaire pour que les plantes des anciens continents devinssent, par une série de métamorphoses, les plantes de nos jardins et de nos forêts, le temps a aussi été pour quelque chose dans la formation de l'homme. Si, au contraire, on admet une intervention spéciale et particulière de la force créatrice pour expliquer l'apparition de ces myriades d'êtres variés qui, depuis les premiers âges géologiques jusqu'au temps présent, se sont succédé
sur le globe, on doit logiquement penser que Thomme estun ouvrage complet, indépendant, sans lien avec le passé, que son apparition, comme celle de toute chose vivante, a été l'effet spontané, subit, d'une puissance supérieure à nos investigations. C'est là, il est à peine nécessaire de le dire, la croyance à laquelle la tradition nous a accoutumés, c'est dans cet esprit que Ton a interprété le mythe biblique d'une statue de limon, animée par un souffle divin; c'est également dans le sens littéral que l'on s'est habitué à comprendre les passages relatifs à la création de la femme : au lieu d'y voir une expression symbolique de l'unité des natures masculine et féminine, reflet et complément l'une de l'autre, on s'est arrêté à une image touchante et poétiquci devenue l'un des tableaux familiers de ce drame qui commence à la création de l'homme et qui finit avec sa chute.
Mais si l'on admet la théorie de la transformation on de l'évolution des espèces, quelles conséquences faut-il en tirer en ce qui concerne l'homme? Une loi qui embrasse toute la nature vivante peut-elle venir expirer à ses pieds? D'autre part, s'il est comme tout le reste soumis à son empire, quelles sont donc les espèces qui sont les aïeules de la nôtre? Où nous faut-il chercher ces êtres dont la chair est notre chair, dont le sang est notre sang? La zoologie ne nous laisse aucune incertitude â cet égard; elle nous montre du doigt ces êtres que Linné, au xvni* siècle, nommait anthropomorphes ou primates, et que Guvier appela les quadrumanes.
Ahl si Ton venait nous dire qu'une filiation obscure rattache ces êtres au pauvre nègre du Congo, aux sujets féroces du roi de Dahomey, aux Fans cannibales qui ouvrent des boucheries de chair humaine, aux maigres, ignobles et hideux Australiens; si Ton ajoutait que ces populations si dégradées n'ont pas avec les signes anthropoïdes modernes une parenté directe, mais que ces races inférieures et les espèces i
actuelles de quadrumanes représentent en quelque sorte les extrémités les plus éloignée^ de deux branches qui ont été sans cesse en divergeant pendant des périodes géologiques d'une incalculable longiieur, nous nous consolerions sans doute assez facilement de ces décla* rations delà science; mais dès qu'il s'agit de nousmêmes, notre orgueil met ses jugements en suspicion. | Le twoi se révolte, il ne raisonne pas, il repousse les chaînes dont on veut le charger; il rejette ces solidarités accablantes; il lui est si fhcile, il lui est si doux de s'isoler, et, quand le monde l'écrasef ne peut-il refaire le monde dans sa pensée? Dans le domaine de la pensée, l'homme, certes, est un solitaire; dans le domaine de l'animalité, il n'est plus seul. C'est de l'homme physique, du cadavre, non de l'être moral et intellectuel, que s'empare l'anatomie comparée. Elle le range d'abord à première vue parmi les vertébrés mammifères, puis le classe, d'après la forme de la mâchoire inférieure, des dents molaires et du crâne, parmi les mammifères placentaires, c'est-à-dire parmi ceux qui pendant la période de gestation sont nourris par l'intermédiaire d'un placenta; enfin elle le rap-
proche de l'ordre des singes, en se demandant si elle doit Ty placer, ou créer en son honneur et à côté d'eux un ordre nouveau.
Ici la discussion se resserre sur un terrain bien étroit: dans Tensemble de son organisation, l'homme se rapproche surtout des gibbons, des orangs, des chimpanzés et des gorilles, et particulièrement de ces deux derniers grands singes africains. Depuis fort longtemps on connaît le chimpanzé, on a pu étudier ses mœurs, et il n'est personne qui n'ait eu occasion d'en voir dans les musées zoologiques ou les ménageries. Le gorille, au contraire, n'est entré que depuis quelques années seulement dans les cadres de la zoologie: Hannon en avait pourtant déjà parlé dans son Périple; mais, après lui, il faut aller jusqu'au xvi* siècle pour trouver une mention nouvelle de cet étrange animal dans les récits d'un soldat anglais nommé Battel. Au commencement du siècle actuel, un capitaine anglais, Bowditch, raconta les confidences qu'il reçut au sujet des gorilles, et jusqu'à 1847 on en fut réduit à ces récits suspects. A cette époque, le docteur Wilson, missionnaire américain, fournit à M. Thomas Savage et à M. Jeifries Wyman, professeur d'anatomie comparée H l'université de nambridge, aux "États-Unis, les éléments d'un travail scientifique, relatif à l'ostéologie du grand singe du Gabon. M. Savage lui donna le nom de gorille, emprunté au récit d'Hannon, en décrivit les caractères, et M. Wyman fit connaître la tête osseuse du mâle et de la femelle, en s'attachant à faire ressortir les diiférences qui séparent le gorille du chimpanzé.
i58 LES PBOBLÊ^^ILS DE LA VIE.
Ces belles études furent bientôt complétées par plusieurs mémoires de M. Richard Owen, qui chercha à établir la hiérarchie et les relations mutuelles des grands singes anthropoïdes. Jusque-là, l'histoire anatomique du gorille était réduite à son ostéologie ; elle fut complétée en 1856 par une belle monographie de M. Duvernoy, alors professeur au Muséum d'histoire naturelle. Suivant M. Duvernoy, les grands singes anthropoïdes se distingueraient de l'homme par des caractères physiques très-essentiels. En premier lieu, la colonne vertébrale ne forme chez ces animaux qu'un seul ressort, au lieu d'être infléchie en sens divers, sous forme d'S, comme chez l'homme. M. Duvernoy concluait de là que ces grands singes, essentiellement arboricoles, bien que capabl^ de se tenir debout, étaient cependant conformés pour marcher ordinairement à quatre pattes. En second lieu, la forme des extrémités indique que ces animaux ne sont pas faits pour vivre habituellement sur le sol, mais sur les branches des arbres. Enfin leur cerveau est beaucoup moins développé que celui de l'homme. La capacité d'un crâne humain adulte est en moyenne trois fois plus grande que celle du gorille, du chimpanzé ou del'orang. Cette capacité varie chez l'homme jusqu'au dernier terme de la croissance : depuis l'enfance jusqu'à la fin de l'adolescence, elle s'élève de 115 à 170 centilitres. Chez les singes supérieurs, au contraire, l'augmentation est très-faible, ou nulle, ou, chose plus étrange, est remplacée quelquefois par une diminution. Ce rétrécissement du cerveau expli-
que, suivant Cuvier, comment la brutalité succède chez les orangs à la douceur et à Tintelligence du jeune âge. En comparant toutes les descriptions aujourd'hui connues, on peut s'assurer que la position relative du cerveau et du cervelet (1) varie légèrement chez les quadrumanes : tantôt le second est légèrement découvert, au moins sur une partie de son pourtour, tantôt il est à peine couvert, tantôt il Test complètement, mais jamais la saillie n'est aussi proéminente que chez rhomrae. Pour la corne postérieure, rudimentaire chez quelques singes, elle se développe davantage chez les singes supérieurs, sans former cependant un enfoncement aussi marqué que chez l'homme ; enfin le petit hippocampe se montre aussi plus ou moins nettement chez la plupart des singes, sans être toutefois dessiné tout à fait comme dans le ventricule humain.
(1) Le cerveau, on le sait, est divisé en deux moitiés nomméi's hémisphères et séparées par une cloison verticale. A la face inférieure du cerveau, on distingue dans chaque hémisphère trois lobes séparés entre eux par des sillons et désignés sous le nom de lobes antéiieur, moyen et postérieur. Le cervelet est placé sous la partie postérieure du cerveau. Quand on incise le cerveau , on trouve dans Tintérieur une cavité, car la matière cérébrale n*est pas assez abondante pour remplir toute la boite crânienne. Cette cavité a la forme d'une fissure à peu près parallèle à la ligne de séparation des deux hémisphères. Elle a trois branches ou cornes. Tune dirigée en avant, Tautre en arrière, la troisième latéralement. Chez le chien, cette cavité n'a que deux branches ; la branche postérieure manque. Quajot à Vhippocampus minor , c'est une petite éminence qui se montre dans la corne postérieure de l'homme.
160 LES PBOBLÈMES DE LA YIE.
II est permis de croire qu'on a peut-être attaché trop d'importance à ces caractères, d'autant plus qu'on ne sait absolument rien sur le rôle fonctionnel des hippocampes et des cornes. La science est obligée souvent de se borner à constater les faits sans prétendre les expliquer, mais, pour différencier les ceryeau5c humains et simiens, elle peut citer des caractères d'une interprétation moins obscure. M. Gratiolet (1) a fait remarquer que le cerveau de l'homme a un poids exceptionnel , une hauteur verticale bien supérieure à celle qu'on mesure chez les singes, enfin que les lobes frontaux ont dans notre espèce une richesse de plis et une complication qui sont visiblement en rapport avec la supériorité de notre intelligence. On peut dire aussi que le corps calleux (2) est bien plus étendu chez l'homme que chez les singes.
C'est également M. Gratiolet qui a reconnu que, môme pendant l'état fœtal, le cerveau des hommes ne ressemble jamais complètement à celui des singes. Les plis ou circonvolutions, pendant cette phase obscure de la vie, n'apparaissent pas chez les uns et les autres dans un ordre identique ; l'encéphale humain diffère à toutes les époques de celui des mammifères adultes , aussi bien que de celui des mammifères en
(1) Voyez : Mémoire sur les plis cérébraux du cerveau des Primates. 1854. — Anatomie comparée du cenreau de Thomme et des singes.
(2) Le corps calleux est une lame médullaire qui remplit la partie inférieure de la Assure profonde qui divise les deux hémisphères du cerveau.
voie de développement. Les nains, ces microcéphales humains, demeurent toujours des hommes, et ne sont jamais des singes. Le simple fait que les simiens les plus gigantesques n'ont jamais un cerveau plus grand que les enfants nouveau>nés est assez éloquent ; mais Tanatomie relève bien d'autres différences. Toutes les nuances qu'elle signale méritent assurément d'être notées : les moindres détails ont de la valeur quand il s'agit de l'organe qui est l'instrument de toutes les opérations psychiques; nusquam magis quam in minimis Ma est natura, La véritable échelle nous manque pour mesurer les degrés de l'organisation: aussi n'est-ce qu'avec réserve qu'on peut accepter les déclarations de M. Huxley (1), quand il affirme que l'homme diffère moins du chimpanzé et de l'orang que ces animaux eux-mêmes ne diffèrentdes autres singes, qu'il s'agisse d'un caractère anatômique quelconque, de l'ostéologie du pied ou de la structure cérébrale. Toutefois, s'il place l'homme et les singes au môme niveau anatômique, il les sépare par l'abîme du raisonnement. Il ne faut point, suivant lui, rendre la pensée entièrement dépendante des phénomènes de l'organisation ; le cerveau d'un sourd-muet, d'un idiot peut ressembler à celui d'un homme de génie ; mais l'un est comme une montre dont le grand ressort est cassé, l'autre est une montre en marche. Les deux montres sont semblables; mais un cheveu dans une roue, un grain de rouille sur un pignon, une dent déformée, quelque chose de
(1) Evidence as to man's place in nature, by Thomas Henry Huxley, Londres. — 1863.
si imperceptible que Toeil de Thorlogera peine à le découvrir, arrêtera dans Tune tout mouvement. «Croyant avec Cuvier, écrit M. Huxley, que la possession du langage articulé est le grand trait distinctif de l'homme, je trouve très-facile à comprendre qu'une différence de structure à peine discernable ait pu être la cause première de la divergence incommensurable et pratiquement infinie des hommes et des singes. »
M. (jratiolet est aussi d'avis que la faculté du langage constitue le caractère spécifique de l'intelligence humaine. Les hommes à petit cerveau parlent ; aucun singe n'a jamais parlé. M. Gratiolet attache une bien plus grande importance que M. Huxley aux détails anatomiques qui distinguent les encéphales humains et simiens, puisqu'il range l'homme, avec M. Serres et M. Isidore- Geoffroy Saint-Hilaire, dans un règne à part ; mais il ne croit pouvoir mieux caractériser ce règne qu'en lui donnant le nom de règne du verbe. Par des exemples fort ingénieux, il montre comment la faculté du langage est indispensable au développement de la pensée. « Cette faculté, écrit-il, en délivrant l'intelligence de l'esclavage des sens, est la condition première de toutes les idées morales. L'idée du nombre elle-même n'existe que par elle. Tout nombre comprend en effet l'idée abstraite d'unité, et peut être représenté par M+1^ M étant le signe d'une collection définie d'unités. Or une pareille idée ne peut venir des sens, l'expérience démontrant que la plus grande valeur de M, appréciable dans une sensation immédiate, est de deux ou trois tout au plus. » Bien des expériences
peuvent servir à confirmer cette assertion pour ce qui regarde les animaux : les enfants, on le sait, n'apprennent à compter qu'en apprenant à parler. Pour l'homme adulte, trois objets frappent autrement ses yeux que deux ; mais ses sens ne lui font pas distinguer dans un panier dix-neuf œufs, par exemple, de vingt. Le nombre n'est ni dans les sens ni dans l'imagination; l'idée que nous en possédons suppose un langage formel.
Une analyse subtile retrouverait peut-être dans la faculté du langage la force qui nous permet de nous élever à beaucoup d'autres notions fondamentales qui servent en quelque sorte de base à tout l'édifice de l'intelligence humaine. On pourrait dire en ce cas que cette faculté organise la pensée. L'origine du langage, serait-ee donc le phénomène qui a fait passer notre espèce de l'animalité proprement dite à l'humanité? Le langage inarticulé des brutes a-t-il pu se transformer en langage articulé par suite du développement graduel d'un organe ? La philosophie des langues, la syntaxe, seraient-elles virtuellement enfermées déjà dans ces sons qui n'expriment que les monotones appels de la joie, de la souffrance, de la terreur ? Y aurait-il chez les aniniaux supérieurs tout un mécanisme préparé en quelque sorte pour le raisonnement, mais tenu encore immobile par quelque frein matériel ? On ne peut que poser ces questions, sans les résoudre. Les philologues s'accordent assez généralement à reconnaître que les langues ont été créées de toutes pièces, qu'elles ont été des œuvres spontanées, complètes, sorties de la pensée humaine aussi naturellement que
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la fleur sort de Tarbre. Il est singulier de voir, par des chemins si différents, la philologie et l'anatomie arriver à des points presque voisins. La première ne connaît l'homme que lorsqu'il a inventé le langage, la seconde nous donne à penser que Thomme n'a cessé d'être un animal que le jour où il a parlé.
Avouons-le pourtant : aucune science ne fournit de pleines lumières pour tracer une ligne précise entre notre espèce et le reste de la nature animale. Ânatomiquement l'homme est bien un animal : ce n'est point dans sa chair, sa forme, sa figure, ses os^ ses organes, qu'il doit chercher ses vrais titres de noblesse. C'est pour cela sans doute que les animaux dont les mœurs, les attitudes , le visage , nous obligent à un retour instinctif sur nous-mêmes, nous causent plus qu'un involontaire dégoût : leur aspect soulève au plus profond de notre être je ne sais quelle étrange inquiétude. Nous voudrions effacer dans le riant tableau du monde ces images déformées, ces fantômes avilis de la personne humaine.
La comparaison anatomique entre l'homme et les bêtes qui se rapprochent le plus de nous se heurte toujours à des écueils : tantôt on les montre trop ressemblants, et l'on révolte le juste orgueil de notre espèce : tantôt l'on s'ingénie à chercher la cause de notre supériorité dans des détails qui semblent trop mesquins et qui nous font invinciblement dire : Quoi ! ce n'est que cela? (1)
(1) J'ai essayé de résumer dans les deux nomenclatures qui suivent : 1" les principaux caractères anatomiques qui rapprochent l'homme et
GENÈSE DE L'HOMME. —SA t>LAGË ANATOMtQUË. 165
En fait, la genèse de Thomme demeure le plus profond mystère : il y a autant d'outrecuidance à déclarer dogmatiquement que notre espèce est née ici ou là, à tel jour, de telle manière, en un couple ou en plusieurs, que de repousser dédaigneusement les fragments de vérité que la science recueille sur Thistoire de notre passé. La géologie, Tanatomie, nous ouvrent seulement quelques étroites perspectives ; mais notre horizon, loin d'être dans une pleine lumière, confine partout à la nuit. Ce qui semble hors de conteste, c'est
les grands singes anthropoïdes ; 2<* les caractères qui les séparent. %*" Caractères de rapprochement.
a. Forme extérieure analogue dans ses grandes lignes.
b. Analogies du squelette (huit os du carpe, longueur des sternums, des os scapulaire et iliaque, prédominance du diamètre tranversal de la poitrine sur le diamètre antéro-postérieur), analogie des Vaisseaux sanguins, des viscères, des organes des sens, du système dentaire.
c. Analogies de l'organisation cérébrale. A ce point de vue, l'homme ne ressemble qu'aux singes : et si Ton venait quelque jour à classer les animaux mammifères d'après l'étude du cerveau, il faudrait élever le groupe des primates au rang de sous-classe dans la division des mammifères monodelphes. Dans cette sous-classe, le cerveau recouvre le cervelet , les lobes olfactifs sont très-réduits ; il y a une corne postérieure énorme aux ventricules latéraux et elle occupe tout l'intérieur des lobes postérieurs des hémisphères. La commissure anté-^ Heure n'a plus aucun rapport avec les nerfs olfactifs ; elle s'épanouit tout entière dans les lobes postérieurs du cerveau. Le nerf optique n'envoie (point douteux) qu'une racine grêle dans les tubercules quadrijumeauxet 8*épanouit dans les hémisphères, organes d'intelligence; Les yeux sont mis au service de l'esprit*
cfi Les poils se dirigent en descendant de l'épaule au coude et rë-
rcxtrème antiquité de notre espèce, et cela seul devrait peut-être suffire à calmer les appréhensions qui redoutent de voir établir des connexités directes entre rhomme et le reste de la création.
Aucun anatomiste ne songe à chercher notre souche primitive dans les espèces anthropoïdes actuelles ; on la relègue dans quelque forme aujourd'hui perdue, qui aurait appartenu aux époques antéhumaines.
Notre passé se perd dans des temps si lointains que l'imagination seule peut en sonder les profondeurs.
montent du coude aux mains. Chez les autres mammifères tous les poils vont de Tépaule à la main.
2® Caractères distinctifs.
a. station normale différente et parlicularités anatomiques qui se rapportent à la station normale; chez l'homme, le trou occipital est au centre du crâne, les apophyses épineuses du cou sont courtes ; tout est établi pour la rigidité dans les os des membres inférieurs, pour la mobilité dans les supérieurs.
6. La main du singe anthropoïde n*est qu'un crochet préhenseur » elle diffère de la main-compas de Thomme. Le pouce est dégradé.
c. Le cerveau de l'homme adulte est semblable à celui des singes, mais leur développement est différent. Les plis apparaissent d'abord, chez les singes, sur les lobes inférieurs et en dernier lieu sur les lobes frontaux. Chez l'homme, cet ordre est inverse.
c/. La face du singe l'emporte sur le crâne ; front presque effacé, sans bosses frontales ; mâchoires prédominantes ; rictus de la bouche ; dents énormes et canines entrecroisées, comme celles des carnassiers ; oreille sans lobule, nez sans saillie ni narines ; bouche sans lèvres.
c. Différences dans les téguments, l'abondance, la longueur et la difposition des poils ; plus grande diversité à cet égard dans les deux sexes chez l'homme.
Avant le sauvage misérable qui dans les forêts vierges ou sur les rives désertes des mers errait armé de quelques pierres qu'il ne savait point polir, je puis, je dois imaginer quelque être encore plus bestial, livré aux féroces appétits du dernier quadrupède? Qui m'assure qu'il n'y a pas eu des hommes aussi éloignés de l'Australien actuel, si repoussant et si hideux, que celui-ci l'est de l'Européen civilisé ? Qui oserait affirmer que l'homme a toujours su parler? qu'il a toujours vécu d'une vie symbolique ? Depuis quand connaît-il le nombre? depuis quand sait-il fixer, formuler une pensée ? On n'aime pas à songer à cette affreuse ignorance des premiers jours, à cette pénible embryogénie des premières idées humaines, à ces luttes herculéennes contre l'exubérante et cruelle nature, à ce long et sombre règne de la férocité, de la faim, de la misère mentale.
Quelle que soit l'origine de l'homme, il a depuis des siècles, depuis des âges, une histoire qui n'emprunte rien au règne animal: il a élevé civilisation sur civilisation et rempli le monde des monuments de son ambition et de son génie; il est le seul acteur d'un drame où les autres êtres n'apparaissent que comme des accessoires. Et si , laissant derrière lui le monde visible, il entre dans la sphère idéale de la pensée, nul ne peut l'y suivre, et il s'élance tout seul dans ces régions qui lui ont été réservées. Qui ne connaît ce tableau admirable où Michel-Ange a représenté la création de la femme? On peut y voir comme une image symbolique de la création de l'âme humaine.
168 LES ^ROBLÈMES 1)Ë LÀ VIË.
Étendu sur un sol nu et déchiré, Adam est plongé dans un sommeil léthargique et sans rêves ; sa tète sombre et pendante, ses mains languissantes sont presque celles d*un cadavre; cependant Eve, souriante, étonnée, s*élève derrière lui par un mouvement plein de force et de grâce , et tend ses mains suppliantes vers Taustère Créateur. Ainsi de la matière inerte livrée aux vulgaires combinaisons des affinités chimiques sort une flamme que rien ne peut étouffer ni ternir, et qui, vivifiant la pensée humaine, s'élève avec elle jusqu'au foyer dont la splendeur illumine le monde.