CHAPITRE XVI
L'’ontogénèse des végétaux.
SOMMAIRE: Analogie de développement entre les animaux et les végétaux — Parallèle entre l’oeuf des animaux et l’oeuf des plantes — Importance de la membrane dans la segmentation de l'oeuf et des cellules végétales — Possibilité d’une explication de l’ontogénèse des plantes par le développement monodique — Le développement cyclique dans le développement ultérieur des plantes . ’ : . ° ’ « . , : . . - pag. 563
On ne peut douter que, parmi les nombreux phénomènes biologiques, le développement de l'individu, l’ontogénèse, en soit un des plus intéressants et en même temps des plus dif-
ficiles à expliquer d’une manière scientifique satisfaisante.
Lorsque nous voyons d’une cellule seule de l'organisme, de l'oeuf, dont la constitution se révèle d’une très grande sim-
plicité à nos moyens d'observation, se développer un organisme
d’une complexité parfois énorme, où les organes se forment à des endroits et à des époques bien déterminés, et y acquièrent leur constitution histologique et morphologique, nous sommes involontairement, je dirais même presque forcément, amenés à supposer que cet oeuf, qui nous parait si simple, est en
réalité plus complexe, et que, sous l'apparence d’une certaine
homogénéité, il nous cache une structure morphologique ayant un rapport plus ou moins étroit avee l’organisation de l'individu qui en naitra. |
De là ces interprétations qui, même les plus modernes, sont en dernière analyse toutes préformationnistes, parce qu’elles sont basées sur la présence et sur une disposition spéciale
dans l'oeuf de particules représentatives des organes futurs,
soit qu’on veuille supposer ces particules disposées dans le cytoplasme de l'oeuf, soit qu'on veuille les localiser dans le noyau même. |
Malheureusement les résultats des expériences sont contraires à ces sortes d’interprétations. Le développement de
portions d'oeufs, et des blastomères isolés, et les résultats du développement d'oeufs où les plans de segmentation ont subi des déplacements à la suite de conditions mécaniques artifi-
cielles, sont autant de preuves contraires à l'hypothèse d’une préformation morphologique quelconque. <
D'autre part, on ne peut douter que, par l’hypothèse de l'isotropisme de l'oeuf, l'explication scientifique des phénomènes fondamentaux de l’ontogénèse devienne d’une difficulté qui nous parait presque insurmontable. Et pourtant il est indiscutable que cette hypothèse, à cause des résultats des expériences embryologiques modernes, s'impose à notre esprit avec tant de force, que nous sommes contraints de reconnaitre que dans elle seulement peut avoir sa base toute interprétation de l’ontogénèse, vraiment scientifique. |
Mais outre celles-ci ayant trait à la constitution de l’oeuf, d’autres difficultés aussi graves se présentent lorsqu'on considère la segmentation de l'oeuf, c'est-à-dire la valeur et la nature des premiers blastomères par rapport à la nature de l'oeuf même.
Les deux premiers blastomères sont-ils égaux entre eux et égaux à l'oeuf, ou bien en sont-ils différents?
Certes, si l’on tient compte des résultats du développement
des blastomères isolés, la réponse à cette question ne peut être douteuse.
Puisque chacun des deux premiers blastomères isolés donne lieu par son développement à un embryon complet, il faut admettre nécessairement que la constitution de ces blastomères est égale à la constitution de l'oeuf. On dirait même qu'il n'y à pas d'autre conclusion possible. |
Mais si, d’une part, celle-ci nous paraît la seule conclusion strictement logique, l'hypothèse de l’égalité des premiers blastomères nous met dans l'impossibilité d'expliquer les différenciations ultérieures et la localisation de celles-ci sans recourir à d’autres hypothèses spéciales, ce qu'on doit tenter d'éviter dans toute interprétation vraiment scientifique.