US
et des places déterminées les unes par rapport aux autres. Mais si toutes les molécules d’un corps sont placées d’une manière régulière et déterminée les unes par rapport aux autres, la masse définitive du corps présentera aussi certaines différences dans les diverses directions; en un mot, le corps aura les propriétés d’un milieu cristallisé.
« En partant de ce point de vue, la cristallisation de combi= naisons simples, la cristallisation avec l’eau de cristallisation, la formation de sels doubles par l’union de molécules fermées et enfin la formation de composés de toute sorte par addition moléculaire et bien d’autres phénomènes peuvent être envisagés comme les suites de réactions d’une seule et même nature. Ces unions ne se forment pas, comme les combinaisons chimiques proprement dites, par la soudure des atomes les uns aux autres en forme de chaînes, comme nous avons dit plus haut, chaînes dans lesquelles chaque atome peut en grouper un nombre fini et déterminé d'autres autour de lui; mais elles sont déterminées par la somme de toutes les attractions que les atomes réunis en molécules peuvent encore exercer en dehors de la molécule. Quant à la cause première de ces deux sortes de combinaisons, elle est la même: c’est l’aflinité des atomes, à côté de laquelle l’hypothèse de forces moléculaires par l’adhésion, la cohésion, la capillarité etc. paraît superflue (1) ».
C’est donc sur la grande autorité de ces trois chimistes BERTHOLLET, KEKULé et MeyER que je base mon interprétation de la constitution intime du biomore.
Si nous n'avons pas de difficulté à admettre des combinaisons moléculaires chez les composés inorganiques, pourquoi n’admettrions-nous pas que de semblables combinaisons puissent être aussi réalisées dans les composés organiques? Ce phénomène nous apparaitra même comme probable, si nous considérons la
(1) Meyer L. — Les Théories modernes de la Chimie, vol. I, Paris, 1887, p. 4410 et suiv.
tendance très prononcée de certaines molécules organiques à
s'unir entre elles pour constituer des molécules polymères. . Nous n'avons donc qu’à accorder au biomore la même struc- 87 ture qu'aux composés bruts, ci-dessus mentionnés, pour avoir si ine constitution biomorique qui nous permettra de comprendre - mieux le mode d’accomplissement des phénomènes vitaux. 1 Les biomolécules de nature différente qui sont reliées entre “elles dans le biomore, ne le sont pas à cause d’une force spé- ciale, quelle qu’elle soit, mais à cause de l’afinité que les atomes ou les groupes atomiques dé l’une ont pour les atomes | ou les groupes atomiques de l’autre. De là une attraction réciproque des biomolécules, qui provoque entre elles un ar- - rangement bien déterminé, de même qu’entre les molécules . d’une particule cristalline.
C4 . Cependant, comme les molécules d’un cristal n’ont pas la faculté d’assimiler, elles ne modifieront point leur arrange- . ment tant que leur structure ne variera pas. .. Il n'en sera pas de même pour les biomores, lorsque s’accompliront les phénomènes de l’assimilation. En effet, si la disposition des biomolécules dans le biomore est en relation très étroite avec leur structure, c’est-à-dire avec la disposition de leurs atomes, on comprendra aisément que leur arrangement se modifiera avec les changements chimiques des biomolécules. - Comme les phénomènes de l'assimilation provoquent ces changements chimiques, les biomolécules devront modifier leur - arrangement conformément à la nouvelle disposition prise par leurs atomes. Il y aura donc, pendant l’assimilation, un mou- | vement continu des biomolécules du biomore. 4 On sait que l’état solide de la matière est caractérisé par l’immobilité des molécules qui occupent, les unes par rapport aux autres, des positions invariables.
“à On sait aussi que l’état liquide est caractérisé, au contraire, par la mobilité des molécules qui prennent entre elles des dispositions variables mais indifférentes.
Or, comme les biomolécules, à cause de l’assimilation, ne
ON fe
conservent pas dans le biomore une position invariable; comme, d'autre part, elles ne sont pas arrangées indifféremment, mais suivant l'attraction réciproque résultant de la constitution qu'elles présentent à chacune des phases de leur développement, il y aura, dans le biomore, un état intermédiaire entre l’état solide et l’état liquide.
C’est ce qu’on peut précisément constater par l'examen direct physique des particules de la substance vivante.
Cet arrangement biomorique des biomolécules fait sentir son importance principalement dans les changements chimiques qui caractérisent et constituent l’assimilation.
En effet, les biomolécules étant réunies entre elles en raison de l’aflinité réciproque de certains atomes ou groupes atomiques, il est évident que l’attraction qui unit ces atomes, ou ces groupes atomiques, à leur propre biomolécule sera d'autant plus faible, que l’attraction exercée sur ceux-ci par les atomes ou les groupes atomiques d’une molécule voisine sera plus grande. Il se trouveront donc dans un équilibre instable qui pourra certainement être troublé plus facilement que si les deux biomolécules étaient isolées.
Ainsi les biomolécules, déjà instables par elles-mêmes, acquièrent une instabilité encore plus prononcée, et les changements chimiques de leur développement se feront par cela même beaucoup plus facilement.
Mais ce n’est pas tout encore.
Par leur arrangement biomorique, les biomolécules n’aug-
mentent pas seulement leur instabilité, elles créent aussi les
conditions chimiques qui sont indispensables à leur vie et qu’elles ne trouveraient pas si elles vivaient isolément.
Je vais le démontrer par un exemple:
Soit donc un biomore, que, pour plus de simplicité, je supposerai constitué seulement de deux biomolécules 4 et B; réprésentons par & un groupe atomique, quel qu’il soit, de la biomolécule À, lequel, par son affinité, relie cette biomolécule à la biomolécule Z.
PT est très probable que, à la suite d’un des changements chimiques de Tassimilation, le groupe atomique 4, sur lequel s'exerce l’attraction de la biomolécule 2, se détachera de sa - propre biomolécule À pour s’unir partiellement ou totalement | à la biomolécule Z. ,
Le groupe atomique & étant soumis à l’attraction de B, qui tend à le soustraire à 4, son détachement sera naturellement . de beaucoup facilité. De même, l'union totale ou partielle de - ce groupe avec la biomolécule Z sera rendue plus facile par … la réaction assimilatrice de 4.
Ainsi les changements chimiques de l’assimilation de ces deux biomolécules s’entr’aideront réciproquement.
Si maintenant nous supposons que le groupe atomique & … soit partiellement ou totalement nécessaire au développement . de la biomolécule 3, on comprendra aisément que la présence - de la biomolécule À aura été d’une très grande utilité pour ja vie de la biomolécule Z.
Nous n’avons, pour nous en convaincre, qu’à supposer que ; les deux biomolécules 4 et B, au lieu d’être reliées entre elles, ainsi que nous l’avons dit, soient, au contraire, isolées. Il . sera naturellement indispensable pour leur vie, que le milieu ambiant présente les substances nécessaires à la nutrition de “ June et de l’autre. Sans cela les biomolécules ne pourront pas vivre.
Dans le milieu ambiant devront done se trouver en même temps les substances nutritives de la biomolécule 4 et de la biomolécule B, et parmi celles-ci un composé présentant, en forme assimilable, le groupe atomique 4, nécessaire à la vie de la biomolécule B, ainsi que nous l’avons supposé.
On voit, par là, que la possibilité de la réalisation de ces conditions sera moindre que si nous supposons les biomolécules réunies entre elles, puisque, dans ce cas, il sera suf- . fisant que le milieu ambiant fournisse les substances nutritives de la biomolécule À pour rendre possible aussi la vie de la biomolécule -B.
UE
On comprendra d’ailleurs facilement que, si, au lieu de deux biomolécules isolées, nous en supposons plusieurs, les difficultés qui s’opposeront à la réalisation des conditions physicochimiques nécessaires pour la vie seront d'autant plus grandes et plus nombreuses, que le nombre des biomolécules sera plus considérable.
Nous venons de voir, dans le chapitre précédent, que les croupes atomiques qui se détachent des biomolécules pendant leur développement constituent leurs produits de désassimilation ou de sécrétion, tandis que les autres groupes qui s’unissent à elles en représentent les substances nutritives. Nous pourrons donc dire que, dans le cas considéré jusqu'ici, le groupe atomique & est un produit de sécrétion de la biomolécule À et en même temps un aliment de la biomolécule B. Celle-ci s’est donc nourrie d’un produit de sécrétion de la biomolécule À, qui, à son tour, a eu son développement facilité par la biomolécule B.
Les deux biomolécules du biomore s’entr’aident ainsi dans l’accomplissement de leurs fonctions vitales. Elles constituent: donc une véritable symbiose mutuelle (1).
Considéré au point de vue statique ou morphologique, le biomore n’est donc qu’une réunion de deux ou plusieurs biomolécules; considéré, au contraire, au point de vue dynamique ou physiologique, il constitue une véritable symbiose de bio- : molécules, dont les unes, par leur présence, facilitent aux autres les réactions assimilatrices, tandis que celles-ci fournissent à celles-là des substances chimiques nécessaires à leur développement.
(1) Quelques Biologistes ont donné récemment au mot symbiose une signification quelque peu différente de celle qu’il avait primitivement. C’est précisement pour éviter toute confusion que je crois bien d’avertir, ici, que je donnerai toujours à ce mot sa signification originaire ; c’est-àdire que j’entends par symbiose la vie en commun de deux ou plusieurs corps qui s’aident réciproquement, quel que ce soit le mode et le degré de cette aide réciproque. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui « symbiose mutuelle ».
ur > ea AC Ce ALTO à) CI * Lé 2, 2 or dt Ê ‘ re : L * æ
Ainsi, des conditions spéciales se créent à l’intérieur du - biomore, conditions qui résultent de l’arrangement et des : liaisons complexe de ses biomolécules, et qui ont pour effet ; de les soustraire, en partie au moins, aux conditions du - milieu extérieur. Cet ensemble de conditions, je l’appellerai sl le « milieu interne biomorique ».
La juxtaposition des biomolécules dans le biomore, ainsi que je viens de l’exposer, juxtaposition d’ailleurs parfaitement analogue à celle qu'ont les molécules des composés bruts dans les sels doubles ou dans les combinaisons avec l’eau, nous permet aussi d'expliquer assez bien l’action mortelle de la chaleur sur la substance vivante.
De même que la chaleur, en agissant sur les chlorures de zinc, de magnésium, d'aluminium etc., constituant, avec l’eau, des combinaisons cristallines, provoque leur décomposition en acide chlorhydrique et en oxydes, hydrates, ou oxychlorures, c'est-à-dire en des composés dont les atomes ou les radicaux atomiques sont reliés entre eux autrement qu'auparavant, de même les biomolécules du biomore, portées à un certain degré de température, se décomposent et produisent des groupes moléculaires différents des biomolécules, et par cela même incapables de donner lieu aux phénomènes vitaux.
Il est probable que cette décomposition n'aurait lieu qu’à une température plus élevée, si les biomolécules étaient isolées. L’arrangement biomorique de biomolécules rendant celles-ci plus instables, ainsi que je l’ai démontré, leur décomposition, elle aussi, se trouve facilitée. De là la cessation des phénomènes vitaux à des températures relativement basses.
Je dois, pour écarter toute équivoque, remarquer ici, que la conception que je viens d'exposer, relativement à la constitution du biomore, quoique basée sur des phénomènes et sur des propriétés des corps bruts mêmes, n’est pas absolument indispensable pour mon interprétation des phénomènes vitaux. Cependant elle nous permet de donner une explication rationnelle et plausible de l'instabilité de la substance vivante et
Dee TES NE
MR di
Dr. ; de la facilité relative avec laquelle s’accomplissent les changements chimiques de la vie, sans recourir à des forces ST ciales hypothétiques. +
Du reste, je le répète, la vie du biomore n’est que le ré sultat de la vie de ses biomolécules. Quelle que soit sa con= stitution, son mode de développement sera donc toujours dé pendant du mode de développement de ses biomolécules. Il * faudra par conséquent distinguer trois modes de développements « bioioriques: les développements aulogénétique, homogénélique, hélérogénétique, lesquels correspondront aux trois modes de développements biomoléculaires suivis par les biomolécules qui constituent le biomore. 4
En résumé: -
1° La conceplion du biomore ou particule vivante Sim . pose, même en S'appuyant Sur l'exarnen rnicroscopique de la substance rirante. :44 2 Le biomore est une parlicule constiluée de biomolécules. | 3° Ces biomolécules sont probablement différentes entre
elles et juxtaposées l’une à l’autre, de la inéme manière que Les molécules inorganiques dans les combinaisons moléculaires 4 des sels doubles etc. 4 4 La vie du biomore n'est pas en dépendance de sa Con slitution. Il est vivant parce qu'il est constitué de biomolécules, c'est-ü-dire de molécules elles-mêmes vivantes. . 5 Cependant l'accoïplissement des fonctions vitales des « biomoltécules est facilité par la juxlaposilion de celles-ci, et. par leur instabilité plus grande qui en résulte. ‘4 G L’arrangeinent des bioinolécules dans le biomore dépendant de leur constilulion chimique, il y à, dans le biomore, 1 pendant l'assimilation, un déplacement continuel des biomolécules, à cause de leurs changeñents chimiques. +ÉE 7° Au point de tue physiologique, le biomnore est une té- a rilable symbiose snutuelle de bioinolécules.
47e OR RE FENG AUS “ , k. € i
dE ETS , / semble des condilions Spéciales créées par l'arranement des biomolécules à l'intérieur du biomore constitue le
ritieu interne biomorique.
à % Les d'velopperments biomoriques sont aulogénétiques, pgénéliques, hélérogénétiques, selon que les biomotécules des omores suirent des développements bioinoléculaires autoge-
se
néliques, homogénétiques, hélérogénéliques.
‘ N FT ä
de RE: