‹ Les problèmes de la vie. Essai d'une interprétation scientifique des phénomènes vitaux (volume 2)Chapitre 40 sur 87 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le bioplasma, la biomonade et la cellule.

SOMMAIRE : Le bioplasma — Signification de ce mot — La structure morphologique du bioplasma et son importance secondaire — L’hétérogénéité des biomores du bioplasma — Preuves en faveur de cette hétérogénéité — Le liquide interbiomorique — Importance de l’eau dans le bioplasma et dans ses fonctions — La symbiose des biomores — Son importance très grande et preuves de son existence — La division du travail physiologique et la symbiose — La probiose — Rôle et importance du liquide interbiomorique — Le milieu interne bioplasmatique — La biomonade — La cellule — La vie et la potentialité vitale — L’osmoses analyse de son importance dans la vie de la cellule — Résumé.

Toute masse vivante accessible à nos observations est nécessairement constituée d’un ou de plusieurs biomores.

Les organismes résultant d’un seul biomore sont naturellement très rares. Tels sont peut-être les microcoques ou quelques autres bactéries de la plus grande simplicité.

En dehors de ces organismes, tous les autres êtres vivants ont le corps constitué au moins d’une petite masse vivante, qui résulte de la réunion de plusieurs biomores immergés dans un liquide. Nous avons vu que c’est précisément cette constitution qui donne à la masse vivante les caractères d’une émulsion.

Par brièveté j’appellerai « bioplasina » cette masse vivante, quels que soient ses dimensions, le nombre et la nature de ses biomores; et j’appellerai « /iquide interbiomorique » le liquide dans lequel les biomores du bioplasma sont immergés.

La signification du mot bioplasma n’est pas la même que celle de protoplasma. Aussi doit-on distinguer absolument ces deux dénominations. J'entends par bioplasma la seule partie d’un organisme qui est vraiment vivante, parce qu’elle est

constituée de biomores et ceux-ci de biomolécules. J'en exclus

. donc toute autre partie qui n’a pas cette constitution.

Le mot bioplasma a une signification à la fois plus large

et plus restreinte que le mot protoplasma: plus large, en tant

qu'il comprend toutes les parties vraiment vivantes de la cel-

Jlule, quelle que soit leur nature — noyau, corps cellulaire, cor- “# HSE :

puscule central, archoplasma, corpuscule paranucléaire, etc.

. c'est-à-dire toutes les parties qui ont la faculté d’assimiler, > et par conséquent de vivre —; plus restreinte, en tant qu’il 4 exclut, dans ma pensée, plusieurs substances, telles que l’a-

midon, la cellulose, le suc cellulaire, les sucres, les substances

. grasses etc., que presque tous les biologistes comprennent, aujourd'hui encore, sous la einen très large de protoplasma.

On sait, en effet, que ces substances, bien qu’elles puissent

s’accroître, ne sont pas vivantes. Elles n’assimilent point; elles

ne vivent pas, leur accroissement est le résultat d’une éla-

boration des parties vivantes.

Certes, ce n’est pas toujours chose facile que de distinguer

| nettement, dans une cellule, le véritable bioplasma des autres | parties qui ne sont pas vivantes. Il y a quelquefois un mélange si intime de ces deux substances, que la. distinction devient même impossible. Dans certains cas, cependant, par

exemple dans la plupart des œufs, la distinction entre le bio-

plasma et les substances brutes qui constituent le deutoplasma

est très évidente.

Visible ou non, cette distinction n’en est pas moins néces- ?

saire à établir pour la parfaite compréhension des phénomènes vitaux. C’est en vain, par exemple, que l’on cherchera l’in- - terprétation des phénomènes ontogénétiques, si l’on ne tient pas compte de la présence, dans l’œuf, de ces deux substances.

De même que la vie du biomore est le résultat de la vie | des biomolécules qui le constituent, de même aussi la vie du

À bioplasma n’est que le résultat de la vie de ses biomores. Or, comme les phénomènes fondamentaux de la vie, l’assimilation

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op

et la reproduction, ne sont, au fond, que des phénomènes chimiques, et par cela mème dépendant exclusivement de la constitution chimique des biomolécules, ainsi que je l’ai démontré, on comprendra aisément que la structure morphologique du protoplasma ne peut avoir, pour mon interprétation, qu'une importance tout à fait secondaire.

Les structures différentes récemment attribuées au protoplasma par quelques Biologistes distingués — la structure filaire par FLEMMING, la structure réticulaire par FROMMANN, la structure alvéolaire par BürscaLr, la structure granulaire par MaG@r et par ALTMANN — sont également acceptables et. compatibles avec mon interprétation, pourvu qu’elles soient comprises dans certaines limites.

Comme je viens de montrer que le bioplasma est constitué de biomores, c’est-à-dire de particules, j'accepte implicitement, il est vrai, la théorie granulaire d’ALTMANN; cependant je ne vais pas jusqu’à l'exclusion complète des autres. Je crois, au contraire, que ces granules peuvent, dans bien des cas, se ranger en files, pour donner lieu à des filaments selon la théorie filaire de FLEMMING, ainsi que j'aurai occasion de le montrer plus tard. Je crois aussi que, dans d’autres cas, ces filaments mêmes peuvent s’entrecroiser et, grâce à des rapports spéciaux contractés avec les substances du liquide interbiomorique, nous présenter une structure réticulaire ou alvéolaire.

Ces diverses structures sont dépendantes de la nature chimique du bioplasma et des substances brutes qu'il contient. Elles sont dues aux relations que contractent, dans leur position réciproque, les biomores et les particules brutes. Elles peuvent donc varier non seulement dans les diverses cellules, mais encore dans la même cellule, à des périodes diverses de son existence, ainsi que je le montrerai dans les chapitres suivants.

C’est donc un tort, selon moi, que de vouloir trop généraliser ces structures, comme le font les Biologistes, et c’est

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- une grave erreur aussi que de chercher à y trouver lexpli-

. cation de l'assimilation et de la reproduction. La constitution ‘du bioplasma par des biomores étant admise, il s’agit maintenant de voir si ces biomores sont égaux ou différents entre eux.

Ici, nos moyens de recherche, quoique rudimentaires, peuvent néanmoins nous aider quelque peu à la solution de cette question. Sous leur action, la cellule, cet élément organique qu’on croyait jadis de la plus grande simplicité, nous

a révélé et nous révèle chaque jour une telle quantité de parties différentes que personne n’aurait pu se l’imaginer. Ainsi, sa structure va s’éloignant de l’homogénéité qu’on lui attribuait et son hétérogénéité augmentera encore à mesure que nos moyens de recherche et la découverte de nouvelles teintures nous permettront de toujours mieux connaitre la constitution chimique de ses diverses parties.

Quant aux organismes les plus simples, tels que les bactéries, par exemple, quoique l’examen de leur structure nous présente beaucoup plus de difficultés, à cause de leur ex-

. trême simplicité et de leur petitesse, les observations récentes - viennent néanmoins de nous montrer une certaine hétérogé- . néité, même dans la constitution de leur corps.

D’après ces données, nous pouvons donc conclure, que les biomores qui constituent le bioplasma sont de nature difrérente.

J'ai déjà dit que la substance vivante nous apparait comme une émulsion. Or, des deux parties constitutives de celle-ci, . c’est-à-dire du liquide fondamental et des particules qui y sont

immergées, nous n’avons traité jusqu'ici que de ces dernières. Il nous reste donc encore à examiner la nature du premier, - que nous avons appelé Ziquide interbiomorique.

Quelle est sa constitution chimique? Voilà encore une + question que nous ne pouvons résoudre directement ni expé- . rimentalement, faute de moyens de recherche. Nous en sommes *} donc réduits aux simples hypothèses pour arriver à la con-

LARGE et LR

naissance de cette constitution. Toutefois ces hypothèses ne devront pas être absolument arbitraires, mais déduites logiquement de l'observation des faits et des données de l’expérience. C’est précisément ce que nous allons tâcher de faire.

On sait que l’analyse chimique de la substance vivante nous à toujours révélé la présence d’une grande quantité d’eau. On sait aussi parfaitement que l’eau est un composé indispensable pour les échanges nutritifs des êtres. L'eau est donc contenue dans toute substance vivante, quelle que soit la petitesse de sa masse.

Cependant cette eau n’est une partie vraiment constituante ni des biomolécules, ni des biomores. Du moins nous n’avons pas, jusqu'ici, de raisons suflisantes pour supposer que les molécules ou les particules de la substance vivante contiennent de l’eau unie chimiquement avec elles. Au contraire, tous les résultats des expériences plaident plutôt en faveur de l’hypothèse d’après laquelle l'union de l’eau avec les particules vivantes n’est que physique.

En d’autres termes, l’eau de la substance vivante n'est pas, même partiellement, de l’eau de constitution, ainsi que NagGEL1 (1) l’a supposé, mais tout simplement de l’eau d'adhésion ou de capillarité. Par son union avec la substance vivante, sa molécule ne change pas de constitution; elle se maintient au contraire toujours égale à elle-même. C’est pour cela précisément que j'ai dit qu’elle n’a qu'une liaison physique avec la substance vivante.

Or, puisque, d’une part, la substance vivante contient sans aucun doute une grande quantité d’eau, et que, d'autre part, cette eau n’est pas partie intégrante des biomolécules ou des

(1) On sait que NAEGELI suppose, dans la constitution du protoplasma, trois espèces d’eau: l’eau de constitution, l’eau d’adhésion et l’eau de capillarité. Comme je ne vois pas, dans mon interprétation, la nécessité de supposer une eau de coustitution, et que, d’ailleurs, les résultats des observations ne nous autorisent nullement à faire cette hypothèse, je crois que nous pouvons parfaitement exclure toute eau de constitution,

terbiomorique.

Ainsi nous sommes arrivés, par des déductions qui me

Nous avons dit que, dans ce liquide, vivent les biomores ; - ils y puiseront donc leur nourriture et ils y verseront leurs produits de sécrétion.

4 Les substances nutritives des biomores peuvent être solides, D. liquides ou gazeuses; mais, quel que soit leur état physique, à elles devront être en tout cas solubles dans le liquide inter- …— biomorique, c'est-à-dire dans l’eau; sans cela elles ne pourraient . pas être assimilées par les biomolécules. Si elles ne sont pas . solubles, elles le deviendront en subissant l’action des produits

… desécrétion de certaines biomolécules, produits que nous dé- signons complexivement sous la dénomination de ferments. … C'est précisément ce qui arrive dans bien des cas. De même, les produits de sécrétion peuvent être solides, liquides ou gazeux: s'ils sont gazeux, ils diffusent et nous mavons pas à les considérer ici; s’ils sont solides ou liquides, non solubles dans l’eau, ils pourront être expulsés à l'extérieur du bioplasma sous forme de granules ou de gouttelettes: si, À au contraire, ils sont solides ou liquides solubles dans l’eau, ils se dissoudront dans le liquide interbiomorique. | Faisons pour le moment abstraction des substances solides ou liquides insolubles, et considérons seulement celles qui - sont solubles directement ou indirectement. Que deviendra . le liquide interbiomorique, que nous avons supposé, au début, constitué d’eau seulement? Il contiendra naturellement à l’état - de solution les substances nutritives et une partie au moins 4 des produits de sécrétion.

Ainsi, par des raisonnements que je crois déduits logi- - quement de l'observation des faits, nous sommes arrivés à la conclusion, que le liquide interbiomorique est constitué 4 d’une solution de plusieurs substances différentes. Cette so-

lution sera naturellement d'autant plus complexe dans sa constitution que les substances dissoutes y seront plus nom-

breuses, et, comme celles-ci dérivent partiellement des biomo-.

lécules du bioplasma, la complexité de la solution sera en rapports très étroits avec l’hétérogénéité des biomolécules.

En même temps, à mesure que les substances dissoutes augmenteront, l’eau perdra évidemment sa fluidité primitive, pour acquérir une viscosité qui sera plus ou moins grande, suivant la nature des substances dissoutes; et, si nous supposons que celles-ci, en partie du moins, soient des composés albuminoïides, le liquide interbiomorique prendra complètement la constitution et les caractères des substances albuminoïdes (1).

Quoique l’eau, à elle seule, ne joue pas un rôle direct dans la nutrition des biomolécules, nous pouvons néanmoins nous convaincre de son importance très grande, en considérant les conséquences qui découlent de sa présence dans le liquide interbiomorique.

Nous savons, en effet, que les substances nutritives ne peuvent pas êtres assimilées par les biomolécules, si elles ne sont pas dissoutes. D'autre part, leur dissolution ne sera pas possible sans la présence de l’eau. Ce liquide deviendra donc d’une nécessité absolue pour les échanges de la vie des biomolécules.

Nous pouvons comprendre facilement par là pourquoi l’absence de l’eau interrompt la vie des organismes inférieurs et pourquoi sa présence a le pouvoir de la leur rendre. Ce n’est pas que l’absence de l’eau produise des altérations dans la véritable substance vivante, dans les biomolécules ou dans

(1) Lorsque le liquide interbiomorique contient des substances albuminoïdes, il présente naturellement les caractères de ces substances mêmes. Quelques biologistes l’ont désigné sous le nom de trophoplasma tandis qu'ils indiquent par la dénomination de kinoplasma l’ensemble des biomores, c’est-à-dire l'ensemble des parties vraiment vivantes du protoplasma.

les biomores — s’il en était ainsi, leur mort s’ensuivrait sans espoir de les faire revivre —; le desséchement, au contraire, ne fait que suspendre les manifestations vitales, parce que, l’eau du liquide interbiomorique venant à manquer, l'échange entre les substances nutritives et les biomolécules se trouve empêché. Celles-ci, d’ailleurs, n'étant pas altérées dans leur constitution, l'échange recommencera naturellement aussitôt que la réapparition de l’eau permettra de nouveau la dissolution des aliments.

Passons maintenant à d’autres considérations sur le bioplasma et sur les rapports réciproques des biomores qui le constituent.

Nous savons que ceux-ci sont vivants parce qu’ils sont

. formés de biomolécules. Nous avons vu, d'autre part, au cha-

pitre I, que la vie n’est pas absolue, mais seulement relative, c'est-à-dire dépendante à la fois de la condition intrinsèque (structure des biomolécules) et des conditions extrinsèques (conditions physico-chimiques du milieu ambiant). Il s’ensuivra naturellement que ces mêmes conditions devront être

réalisées pour que la vie des biomores soit possible.

Cependant, comme il doit toujours y avoir une relation étroite entre la condition intrinsèque et les conditions extrin-

| sèques, il est bien évident que celles-ci devront être diffé-

hi à

Et

rentes, suivant la nature des divers biomores qui forment le bioplasma. Elles seront donc d'autant plus différentes et

. d'autant plus nombreuses que le nombre et la variété des

biomores seront plus grands. On comprend par là que la réalisation de ces conditions

présentera des diflicultés extraordinaires lorsque les biomores . seront très nombreux et très variés, comme dans les cellules

de la plupart des organismes.

Or c’est précisément la réalisation de ces conditions qu’on

… obtient merveilleusement par la vie en commun des biomores

dans le bioplasma.

De même que la vie du champignon et de l’algue, lesquels

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