‹ Les problèmes de la vie. Essai d'une interprétation scientifique des phénomènes vitaux (volume 2)Chapitre 43 sur 87 · TA EME · texte numérisé non relu

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ravant, indépendamment, bien entendu, de toute idée généalogique. C'est-à-dire que je n’entends pas, sous la dénomination de probiose, la vie antérieure des ancêtres, en tant que ceux-ci, par génération, donnent origine à leurs descendants, et par là à des individus de la même espèce; j'entends, au contraire, la vie antérieure des organismes, en tant que cette vie aura préparé un milieu ambiant favorable ou nécessaire pour la vie des autres organismes qui vivront plus tard; et peu importe que ceux-ci soient de la même espèce ou d’espèces différentes.

La symbiose et la probiose sont, en somme, deux phénomènes presque analogues, si l’on ne tient pas compte du temps et de la réciprocité. Dans la symbiose, les êtres qui la constituent vivent dans le même temps et peuvent s’entr'aider réciproquement; dans la probiose, au contraire, la vie des êtres s'écoule dans des temps différents, et naturellement, comme les organismes qui vivent postérieurement ne peuvent pas aider les organismes antérieurs qui ont disparu, il ne peut plus y avoir la réciprocité.

Les moyens par lesquels la probiose d’un être peut être utile à la vie des êtres qui suivent, sont évidemment plus ou moins directs. C’est ainsi, par exemple, qu’un organisme peut fournir l’aliment aux autres par son propre corps, comme nous le voyons très fréquemment dans la nature; tandis que, dans plusieurs cas, cette nourriture n’est fournie que par certains produits de sécrétion. D'ailleurs ces modes de manifestation des effets de la probiose peuvent se présenter tous les deux à la fois, et c’est en vain qu’on tenterait de les séparer toujours nettement.

Je pourrais citer ici beaucoup de faits qui démontreraient l'importance de la probiose dans la nature, mais je me bornerai à en exposer seulement quelques-uns des plus frappants. N'est-ce pas par la vie antérieure des lichens et des mousses que, grâce aux détritus de leurs corps, se forme l’Auwmus c’està-dire la terre, où pourront végéter plus tard les plantes supérieures? Est-ce que les champignons saprophytes pour-

raient vivre sans la vie préalable, sans la probiose des organismes qui, par leur corps ou par leurs produits de sécrétion, forment le substratum de leur développement? Les herbivores ne sauraient vivre sans la probiose des végétaux qui leur servent de nourriture, et les carnivores ne vivraient pas sans la probiose des herbivores! De même, c’est la probiose des grands cryptogames vasculaires de la période carbonifère qui nous fournit aujourd’hui la houille, un des produits les plus importants pour la vie actuelle de l’homme.

D'ailleurs, lorsque, dans la 2%° partie de cet ouvrage, je traiterai de l’ontogénie, j'aurai maintes fois l’occasion de montrer l'importance extraordinaire de la probiose dans les phénomènes ontogénétiques.

Revenons maintenant au bioplasma.

D'après tout ce que nous venons de voir, la constitution de celui-ci peut être définie: un agrégat de biomores de nature différente vivant symbiotiquement dans un liquide interbiomorique.

Or, comme ce liquide est substantiellement formé d’eau, dans laquelle se trouvent, à l’état de dissolution, des substances sécrétées par les biomores; comme, d’ailleurs, ces substances, en partie au moins, constituent l’aliment d’autres biomores de la même masse de bioplasma, on comprendra très facilement l’importance extrême du liquide interbiomorique pour la vie de tous les biomores, et par conséquent du bioplasma. Le liquide interbiomorique constitue donc le milieu interne propre du bioplasma, que j’appellerai le « nilieu interne bioplasmatique ».

L'effet de ce milieu est de soustraire les biomores, au moins partiellement, à l’action du milieu externe, et de les rendre plus indépendants de celui-ci. Le milieu interne renferme en lui-même les substances nutritives nécessaires à la vie des divers biomores, facilitant ainsi les développements de leurs biomolécules. Il y a, entre les biomores et le milieu interne bioplasmatique, le même rapport physiologique qu'entre les

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cellules des organismes pluricellulaires et leur liquide sanguin ou lymphatique.

La conception de la symbiose nous amène à une autre conception qui est en étroite connexion avec elle, ainsi que nous allons le voir.

Il est en effet très évident que toute conception de symbiose renferme implicitement l’idée de système symbiotique, c'est-à-dire d’un agrégat de parties vivant en commun, mais bien déterminées quant à leur nature et à leur nombre.

Nous pouvons, par exemple, supposer que les êtres abcde constituent un système symbiotique. Cela arrivera lorsque leurs échanges nutritifs seront suflisants pour entretenir leur vie. Cependant il est très probable et très naturel que si nous introduisons, dans ce système symbiotique, un autre être /; ou si nous en remplaçons quelques-uns, par exemple, cd, par d’autres 1 n, l'équilibre symbiotique sera au moins troublé et peut-être même totalement détruit. La probabilité d’un trouble ou d’une destruction de l’équilibre sera d'autant plus grande que les êtres #7 n seront plus différents de ceux qu’ils ont remplacés.

Cette déduction, que je crois rationnelle et évidente, pourra plus tard nous donner l'explication des phénomènes de la fécondation et de l’hybridation, si nous l’appliquons à la symbiose des biomores.

Pour plus de brièveté, je désignerai, tout système symbiotique de biomores, sous la simple dénomination de « biomonade », ou unité vivante.

La biomonade est donc une conception à la fois physiologique et morphologique, tandis que le bioplasma n’est qu’une conception morphologique. En d’autres termes, le bioplasma est aux corps organisés ce que la matière est aux corps bruts.

La biomonade peut être complète ou incomplète.

J'appellerai « biomonade complèle » la biomonade qui est apte, après une série plus ou moins longue de développements de ses biomores, à se régénérer totalement ou partiellement;

j'appellerai au contraire « biononade incomplèle » la biomonade qui n’est pas apte à se régénérer, même partiellement.

Ces diverses dénominations, qui peuvent paraître superflues sont, au contraire, très nécessaires dans l’emploi des termes biologiques, pour obtenir la plus grande précision de leur valeur.

Nous en verrons plus loin l’opportunité. Je me bornerai seulement, ici, à citer quelques exemples qui serviront à mettre en lumière leur vraie signification.

Un œuf qui n’est pas encore fécondé, un spermatozoïde sont bien des biomonades, mais des biomonades généralement incomplètes, puisqu'elles ne sont pas capables de se régénérer même partiellement.

Au contraire, un œuf fécondé est encore une biomonade, mais une biomonade complète, puisqu'elle peut se régénérer au moins partiellement.

Après tout ce que je viens d'exposer, on peut déjà comprendre quelle est ma conception de la cellule.

La cellule, elle aussi, est, selon moi, une biomonade, dont le caractère principal nous est donné par la présence de certains biomores de nature chimique spéciale qui constituent le noyau.

Le corpuscule central, l’archoplasma et d’autres parties qu’on découvrira peut-être plus tard dans la cellule, lorsque les moyens de la technique cytologique seront plus perfectionnés, pourront être considérés également comme des parties caractéristiques, si l’on démontre que leur présence est constante dans toute sorte de cellules.

D'ailleurs, on comprend facilement que, si la découverte d’autres parties cellulaires pourra avoir quelque importance au point de vue de la morphologie de la cellule, elle n’en aura aucune, au contraire, pour mon interprétation.

En effet, puisque, selon moi, l’élément vital n’est pas la cellule, mais la biomolécule, et que la cellule est un organisme très compliqué formé de plusieurs biomolécules, sa con- Stitution pourra bien être plus ou moins complexe, elle ne

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changera point pour cela les conclusions auxquelles nous arrivons. De même que la complexité plus ou moins grande des biomolécules n’a pas d'importance pour l'interprétation de l’assimilation et de la reproduction; de même que les biomores peuvent être constitués d’un nombre quelconque de biomolécules, sans que la possibilité de leur vie soit moins concevable pour cela; de même aussi les parties connues de la cellule pourront devenir plus nombreuses sans que la conception de sa vie en soit plus diflicile pour notre esprit.

La cellule est une biomonade, c’est-à-dire un système symbiotique de biomores; elle est donc constituée de bioplasma. Le karyoplasma est le bioplasma du noyau; l’archoplasma est le bioplasma de la centrosphère: le cytoplasma est le bioplasma du corps cellulaire; le corpuscule central est un biomore de nature chimique spéciale; les granules des chromosomes sont des biomores du karyoplasma; les microsomes des filaments cytoplasmiques sont des biomores du cytoplasma etc. Toutes ces parties sont d’une constitution chimique spéciale, et c’est par leur symbiose que la vie de la cellule est possible. Chacune d'elles n’a pas, dans l’ensemble du système, une importance très prépondérante sur les autres, de même que, dans un organisme pluricellulaire, les diverses parties, qui vivent aussi symbiotiquement, ne jouent point un rôle d'importance vitale excessive sur les autres. Le cerveau n’est pas plus nécessaire à la vie que le cœur, le cœur pas plus que le cerveau; l'intestin pas plus que le cerveau et le cœur. |

Assurément, dans tout système symbiotique, il y a une gradation d'importance dans le rôle des parties; cependant cette gradation ne peut jamais aller jusqu’à être nulle pour quelques-unes d'elles, ou jusqu’à être illimitée, c’est-à-dire prépondérante, pour d’autres.

Si l’on prive la cellule de quelques-unes de ses parties, l'équilibre symbiotique en sera au moins troublé et peut-être même détruit. C’est ce que les expériences de mérotomie cellulaire ont précisément démontre. Toutefois nous devrons tou-

jours apporter une prudence extrême dans les conclusions que nous pourrons déduire de ces expériences.

Dans la biomonade, dans la cellule, dans les biomores, dans les biomolécules, il n’y a pas seulement la faculté de vivre, mais il y a aussi une potentialité bien définie, que j’appellerai la « potentialilé vilale ».

Cette potentialité réside dans la constitution même de ces parties et n’est pas une conception abstraite ou hypothétique, mais bien réelle. Nous pouvons d’ailleurs nous en convaincre facilement.

Une biomolécule qui a la faculté de se régénérer elle-même, après une série plus ou moins longue de développements, n’a pas seulement la faculté de vivre, mais aussi la potentialité vitale régénérative. Elle vit, c’est-à-dire qu’elle assimile; mais après l’assimilation elle se dédoublera et donnera origine à deux autres biomolécules, qui vivront aussi et pourront, par dédoublement, produire d’autres biomolécules, lesquelles, à leur tour, en produiront d’autres jusqu’à la régénération de la première. Or, nous avons vu que cette potentialité réside dans la structure de la biomolécule primordiale, en relation, bien entendu, avec les conditions physico-chimiques favorables.

La potentialité vitale de la biomolécule n’est donc pas caractérisée par la vie, mais par la faculté de produire une série définie de phénomènes. Telle biomolécule pourra bien vivre, que sa potentialité vitale aura néanmoins disparu.

Supposons, par exemple, qu’on change quelque peu la structure d’une biomolécule avec potentialité vitale régénérative. Que s’ensuivra-t-il? Cette biomolécule pourra assimiler et vivre quand même; elle donnera encore origine, par dédoublement, à d’autres biomolécules, mais elle aura perdu peutêtre la faculté de se régénérer. Nous dirons alors que cette biomolécule est encore vivante, mais qu'elle ne possède plus sa potentialité vitale.

Tout ce que je viens de dire de la biomolécule peut s’appliquer aux biomores, à la biomonade et à la cellule.

Privons la cellule d’une de ses parties constituantes. L'é « quilibre symbiotique, quoique troublé, pourra néanmoins être encore suflisant pour les phénomènes de l'assimilation, pour la vie de la cellule. Nous pourrons donc conclure que la faculté de vivre de la cellule est encore la même qu'auparavant. Cependant nous ne pourrons pas aflirmer que sa potentialité vitale soit la même, si nous ne l’avons pas constatée.

Prenons un exemple concret. L'œuf fécondé est une cellule qui à la potentialité vitale de se régénérer, après une production de plusieurs cellules qui formeront l’organisme. Privons l’œuf d’une ‘partie de son bioplasma, c’est-à-dire d’une partie de sa substance vraiment vivante. Peut-être pourra-t-il former quand même le corps de l'organisme. Il vivra donc malgré l'exportation d’une de ses parties. Sommes-nous autorisés pour cela à refuser toute importance à cette partie dans le système symbiotique cellulaire? Cette conclusion ne serait exacte que si nous avions pu constater la formation d’un autre œuf. Encore, devrait-on s'assurer que cet œuf possède la même potentialité que le premier.

S'il n’en est pas ainsi, nous dirons que la partie exportée n’a pas empêché la vie de l’œuf, mais qu’elle a néanmoins détruit sa potentialité vitale.

J’insiste sur la nécessité d'apporter une extrème prudence relativement à la valeur qu’on doit accorder à ces conclusions, parce que je constate une tendance facheuse à tirer des déductions trop hasardées. C’est ainsi, par exemple, que quelques Biologistes arrivent à refuser toute importance au spermatozoide, parce qu’ils constatent que, même sans fécondation préalable, la segmentation de l'œuf n’en a pas moins lieu, ainsi qu’on le voit dans certains cas de fausse parthénogénèse; tandis que d’autres, à leur tour, vont jusqu’à refuser la moindre importance à l’œnf, parce qu’on connaît des phénomènes de segmentation et de formation d’embryons fournis par le spermatozoïde seul.

Ces conclusions seront exactes alors seulement que les

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Biologistes auront pu démontrer que les organismes issus de la segmentation, dans de telles conditions, sont parfaitement identiques à ceux d’où ils dérivent, et qu’ils ont aussi la faculté de produire des œufs ou des spermatozoïdes. Sans cela on n'aura pas le droit de refuser toute importance à la fécondation.

J'aurai d’ailleurs occasion de revenir sur ce sujet lorsque je traiterai des phénomènes de la reproduction sexuelle. Les considérations que je viens de faire n’ont d'autre but que de faire remarquer, dès à présent, quelle est la valeur des parties d’un système symbiotique.et de mieux établir ce que j'entends par potentialité vitale.

D’après mon interprétation, les parties de la cellule n’ont donc pas d'importance au point de vue morphologique mais seulement au point de vue chimique, du moins en tant qu’il s’agit des fonctions de l'assimilation et de la reproduction. La vie de la cellule n’est pas le résultat de sa constitution morphologique, mais de sa constitution chimique. Je dirai même que sa structure morphologique est quelquefois dépendante de sa nature chimique.

Les parties vraiment indispensables pour la vie de la cellule

sont celles mêmes qui constituent le bioplasma, c’est-à-dire

les biomores et le liquide interbiomorique. Quelles que soient la disposition et la nature des biomores, quelle que soit la forme que ces biomores peuvent produire par leur agrégation dans la cellule, il sera toujours indispensable, pour la vie de la cellule, que les biomores constituent un système symbiotique et qu'il existe un liquide interbiomorique d’où ils puissent tirer leurs substances nutritives.

Le mot cellule renferme donc implicitement l’idée de biomonade; mais toute biomonade n’est pas une cellule. Les biomonades sans véritable noyau, telles que les organismes les plus simples, ne sont pas des cellules; cependant leur vie n'en est pas moins concevable avec notre interprétation.

Je ferai remarquer ici que la conception de la structure

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fondamentale de la cellule, à laquelle nous sommes arrivés par des considérations presque théoriques, concorde admirablement

avec la structure que lui attribuent FLEMMING (1), REINKE et d’autres cytologistes distingués. En effet, le liquide interbiomorique correspond à peu près à cette masse homogène fondamentale qui a été appelée cylolinine par WALDEYER, #4SSe interfilaire par FLEMMING, Ayaloplasma par LeYD16, enchylème par Carnoy; tandis que les biomores ne sont autre chose que

les microsomes ou les granules, qui, par leur disposition, peuvent

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donner lieu à la structure filaire, réticulaire, vacuolaire, etc.

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Ces biomores étant vivants, la vie de la cellule n’est donc que la somme des vies des biomores. Pourra-t-on opposer à cette assertion l’objection que, si les biomores étaient vivants, ils devraient pouvoir vivre d’une vie indépendante, et, par conséquent, isolés l’un de l’autre ?

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