‹ Les problèmes de la vie. Essai d'une interprétation scientifique des phénomènes vitaux (volume 3)Chapitre 16 sur 97 · LT D · texte numérisé non relu

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Il y a donc des relations très étroites entre la constitution

du bioplasma de l'oeuf et la nature de son deutoplasma. Toute-

fois, il est indispensable de faire toujours une distinction bien

tranchée entre ces deux sortes de substances ovulaires. Une exactitude la plus rigoureuse s'impose absolument dans l'emploi des termes relatifs à ces parties, et c’est cette exa-

ctitude qui manque parfois à la plupart des Biologistes,

lorsqu'ils traitent de ces phénomènes. C’est ainsi, par exemple, qu'on appelle très souvent le « cytoplasma de l'oeuf», toute la partie de celui-ci en dehors du noyau, et, par suite, la partie même qui contient le deutoplasma.

Or évidemment, cette expression est inexacte, et elle pourrait être une des causes empêchant l'interprétation des phéno-

mènes ontogénétiques et notamment de certaines expériences

d’ootomie.

En effet, le cytoplasma est la partie de la cellule en dehors du noyau; il est une partie de tout le bioplasma de la cellule: il est donc vivant. C’est donc à tort qu’on appelle de ce nom le deutoplasma de l'oeuf, qui n’est pas vivant.

Le vrai cytoplasma de l'oeuf est l’ensemble des biomores constituant son bioplasma en dehors des biomores karyoplasmatiques. Il n’est donc qu’une partie très petite de toute la masse ovulaire.

Il faut se rappeler toujours que l'oeuf mûr, quoiqu'il possède parfois de grandes dimensions, n’est à l’origine qu’une cellule microscopique, et que son accroissement, ainsi qu’on peut le constater aisément par l'observation directe, n’est pas dû à l'augmentation de la masse bioplasmatique qui constituait la cellule-oeuf avant le commencement de son évolution, mais à la production continue des substances deutoplasmatiques.

Il est donc évident que la masse bioplasmatique de l'oeuf, à l'achèvement de sa maturation, ne sera pas plus grande qu’au commencement. Elle est même diminuée, si nous considérons que l'expulsion du deuxième globule polaire réduit de la moitié la masse vivante ovulaire. Il est vrai que la fécon-

dation, c’est-à-dire l'union du spermatozoïde, compense cette diminution; mais, en tout cas, même après cette compensa-

tion, la masse totale bioplasmatique de l'oeuf fécondé ne sera pas plus grande que celle qu’il possédait lorsqu'il n'avait pas encore sécrété les substances deutoplasmatiques.

C’est donc une erreur que d'appeler cytoplasma ovulaire ce qui n’est en réalité que du deutoplasma, et il faut absolument

distinguer, au moins théoriquement, ces deux parties, même

lorsque, pratiquement, cette distinction n’est pas possible.

J'avoue que, dans quelques oeufs, il y a parfois un mélange très intime de parties bioplasmatiques et deutoplasmatiques; mais on ne peut nier que, dans la plupart des oeufs, notamment dans ceux qui sont pourvus de deutoplasma abondant, la distinction entre le bioplasma et le deutoplasma est toujours possible et que, dans quelques cas, elle est même facile.

Dans ces oeufs, après l'émission du deuxième globule polaire, le bioplasma se rétracte, et tous ses biomores vont se grouper dans une petite partie de l'oeuf, formant la vésicule germinative et son cytoplasma environnant. C’est ce qu'on voit d’ailleurs très distinctement dans les oeufs télolécithes.

Cet isolement du bioplasma ovulaire persiste même jusqu'à la première segmentation, où les: biomores bioplasmatiques, sorientant pour donner lieu à la cytodiérèse, contractent des rapports de position avec les particules deutoplasmatiques et, par suite, s’entremêlent avec elles.

Peut être le lecteur n’arrive-t-il pas à comprendre, pour le moment, pourquoi j'insiste sur cette particularité de disposition des parties de l'oeuf. Il en verra plus tard la nécessité.

Il nous reste maintenant à examiner la constitution du deutoplasma.

On sait que celui-ci est formé de deux parties: le vitellus formatif et le vitellus nutritif.

Le vitellus formatif ne fait jamais défaut dans tous les oeufs, pouvant être cependant plus ou moins abondant. Il est généralement constitué d'un liquide de nature albuminoïde, dans

lequel peuvent se trouver en suspension des granules très petits de substances spéciales jusqu'ici peu connues.

Soit à cause de sa constitution physique, soit encore à cause

de l’absence presque complète de coloration, le vitellus for-

matif ne peut, parfois, être distingué facilement du bioplasma. Il arrive même très souvent que le vitellus formatif et le

bioplasma s’entremélent d’une manière si intime, ou du moins

qu'ils contractent des relations de position tellement étroites, que la distinction des limites de séparation des deux substances n’est absolument plus possible.

Le vitellus nutritif est formé, en prévalence, de granulations plus ou moins grandes. Il est quelquefois en très petite quantité, par exemple dans les oeufs alécithes; le plus souvent, il est

très abondant, ainsi que dans les oeufs télolécithes, et dans

ce cas, il est généralement, à cause de sa densité plus grande, accumulé au pôle inférieur de l'oeuf.

C’est bien à raison qu'on appelle formatif la première sorte de vitellus. Il joue en effet un grand rôle dans la formation directe de l'embryon et dans la différenciation des cellules, ainsi que nous le verrons; tandis que le vitellus nutritif sert seulement de nutrition à l'organisme, lorsque la différenciation est accomplie ou presque accomplie. Celui-ci n’est en somme qu'une matière de réserve, qui joue un rôle tout-à-fait secondaire dans les phénomènes des différenciations ontogénétiques.

L'étude de la disposition que le bioplasma et le deutoplasma présentent dans l’oeuf est d’une importance capitale pour nous, parce qu’elle touche de très près à la question de l'isotropie ou de l’anisotropie de l'oeuf, qui a été le sujet de tant de discussions biologiques modernes.

Or, cette disposition est variable suivant les oeufs des dif-

férents animaux, et elle est surtout dépendante de la quantité et de la nature de la substance deutoplasmatique.

On sait, par exemple, que, dans les oeufs alécithes, le bioplasma et le deutoplasma sont presque mélangés entre eux, ou du moins qu'il n'y a pas une accumulation bien marquée

Sirius

‘de l’un ou de l’autre dans un point quelconque de l'oeuf. On sait aussi, au contraire, que, dans les oeufs télolécithes, l’accumulation du deutoplasma au pôle végétatif est bien visible et frappante. Mais ce qu’il importe surtout de remarquer, c’est que cette accumulation, ainsi que les expériences l'ont démontré très clairement, n’est due, dans la plupart des cas, qu'à la différence entre les densités du bioplasma et du deutoplasma.

Cela est déjà presque suffisant pour exclure une véritable organisation dans l'oeuf, la disposition différente que ses parties présentent n'étant que la conséquence de l’action de la gravité sur celles-ci et pouvant, par suite, changer sans empêcher le développement de l'organisme.

Dans la plupart des cas, la densité du bioplasma est inférieure à celle du deutoplasma. S'il en est ainsi, le bioplasma occupera dans l’oeuf le pôle supérieur et le deutoplasma s’accumulera au pôle inférieur.

Mais nous savons que le deutoplasma est constitué du vitellus formatif et du vitellus nutritif. Or, le vitellus formatif est généralement moins dense que le vitellus nutritif et, par suite, sa densité diffère de la densité du bioplasma toujours moins que celle du vitellus nutritif. Il s'ensuit que, dans les oeufs, le vitellus formatif s’accumulera en prévalence au pôle supérieur, c’est-à-dire au même pôle où se trouve placé le bioplasma, et le vitellus nutritif, plus lourd, occupera au contraire le pôle inférieur.

Cela nous explique pourquoi, dans les oeufs, il y a toujours des rapports de position très étroits entre le bioplasma et le vitellus formatif; pourquoi ils sont toujours entremélés bien intimement, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, et pourquoi encore le renversement des oeufs ne peut produire des perturbations persistantes dans leur constitution.

Il est en effet très évident que, si l'on renverse un oeuf, le bioplasma, le vitellus formatif et le vitellus nutritif, vu leur mobilité, reprendront peu à peu leur position réciproque par rapport au degré de leur densité et se disposeront dans

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le même ordre qu'ils avaient dans l'oeuf normal. De cette manière, l'oeuf reprendra sa première structure, et les pertur- es bations produites par le renversement seront effacées par l’action seule de la gravité. 4% Par là, je ne veux pas aller jusqu'à exclure une constitution c propre à l'oeuf indépendamment de toute action de la gravité. Je ne nie pas, par exemple, que, à cause de l'adhésion ou de la cohésion ou bien de quelques autres actions moléculaires, les particules deutoplasmatiques puissent avoir un arrangement … spécial, et; par suite, que l'oeuf possède une structure dépendant directement de la nature des particules qui les forment; mais je tiens à remarquer que, dans la plupart des cas, la disposition de celles-ci n’est soumise qu'à l’action de la gravité, et “4 que nous pouvons la comprendre parfaitement d'après ce seul principe, sans recourir à d’autres forces spéciales. "44 En tout cas, même en admettant que l'oeuf possède un arrangement de ses particules, déterminé par la gravité ou par quelques autres actions, quelles qu'elles soient, j’excelus absolument, dans mon interprétation des phénomènes ontogéné-

tiques, que cette disposition puisse avoir une relation quelconque avec la disposition des parties et des organes de l'individu qui en dérivera. En d’autres termes: je refuse à l'oeuf toute anisotropie ayant la moindre relation avec les différenciations ontogénétiques et je suis, au contraire, partisan absolu de son isotropie. ;

J'espère démontrer, dans cette partie de mon travail, que la structure de l'oeuf est beaucoup moins complexe que nous ne le pensons, et que les phénomènes ontogénétiques et les résultats des expériences peuvent trouver une explication satisfaisante, même en admettant l'isotropie de l'oeuf.

L'organisation de l'être issu de l'oeuf, quelque complexe qu'elle soit, n’a pas la moindre relation avec l'organisation morphologique de l'oeuf.

S'il existe dans celui-ci une remarquable complexité, assurément nous devons la chercher moins dans sa structure mor-

19" = phologique que dans la constitution chimique de son deutoplasma et notamment de son bioplasma.

Il faut enfin remarquer que, de même que le cytoplasma ovulaire est pourvu de sa réserve deutoplasmatique, le noyau, Jui aussi, peut posséder une réserve de substances nécessaires

à sa nutrition, substances qui peuvent s’accumuler à son intérieur et en augmenter le volume, ainsi que nous le voyons dans la plupart des vésicules germinatives.

Mais il est bien entendu, que, même dans ces substances qu'on pourrait appeler le « deutoplasma nucléaire » je n’admets aucune disposition spéciale ayant rapport à la disposition des parties de l'organisme futur. En peu de mots, l’isotropisme de l'oeuf ne s'étend ‘pas seulement à la constitution qu'il possède en dehors de son noyau, mais à son noyau même. L'oeuf tout entier est isotropique.

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En résumé. nous pouvons, conclure:

1° Bien que l'oeuf fécondé resulle de l'union de deux cellules, (l'oeuf mir et le spermalosoïde), il est néanmoins une cellule unique. È 2% L'unile celullaire de l'oeuf fecondée, laquelle nous ap- . parait comme une absurdile, est au contraire parfailement compréhensible par la conceplion de la biomonade. 3° L'oeuf est constitue de deux substances : le bioplasina, substance vivante, et le deuloplasma, substance brute. 4 Le deutoplasma est presque toujours constitué de vilellus forimalif el de vilellus nulrilif.

5° La disposition du bioplasma, du vilellus formatif et du vilellus nutritif dans l'oeufesl généralement dépendante de leur densilé. IL s'ensuit que le vilellus de formation el le bioplasma contraclent toujours des relalions de posilion tres intimes. G° Quelle que soit la structure de l'oeuf, elle n'a pas d'importance dans les differenciations ontogéneliques. L'organisation de l'étre ne dépend pas de l'organisation morphologique de l'oeuf. En un mot: l'oeuf est isolrope.

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