‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 115 sur 177 · IV. Principe commun à toutes les variétés de discours · texte numérisé non relu

IV. Principe commun à toutes les variétés de discours

V. Les discours en stvle indirect. — Les discours omis. — Pourquoi, les grands discours sont relativement peu nombreux.

On a tout dit, d'une manière générale, sur Temploi des discours chez les historiens latins. Mais il s'agit, ici, de dire Teniploi particulier que Tacite en a fait dans ses Histoires.

Les discours dont nous avons à nous occuper sont nombreux et variés, comme on pouvait s'y attendre*.

I. M. Gœker (Jnlrod. à l'édit. in-i6 des Histoires, p. .\xx) note la « sobriété de Tacite dans l'emploi des harangues » et M. Jules Martha (/?eu. des Cours et Conf., 1896, t. III, 2, p. 565) trouve la proportion de celles-ci bien faible par rapport au nombre des chapitres. Mais il faut s'entendre. Je n'ai pas seulement en vue les grands discours de style direct, peu nombreux en effet (je le dirai plus bas) ; j'envisage toutes les formes sous lesquelles se manifeste la parole dans les Histoires. Or, d'une façon ou d'une autre, Tacite fait beaucoup parler ses personnages.

Discours en langage direct, discours indirects, discours prononcés par un personnage de marque ou par une foule obscure et anonyme, discours qu'on adresse aux autres, discours qu'on s'adresse à soi-même : toutes les formes d'éloquence sont représentées dans l'ouvrage, selon une tradition littéraire, bien connue, qui flattait le goût des lecteurs. Les anciens aimaient ce quelque chose de vif et dramatique que communiquait au genre l'habitude de faire parler les personnages ; il ne leur suffisait pas de les voir en action, ils voulaient entendre comme le son de leur voix. Et -puis, un ouvrage d'histoire sans harangues n'aurait pas paru reproduire fidèlement la réalité. La vie antique était tellement pénétrée de discours, qu'un récit où elle était mise en scène devait nécessairement, semble-t-il, contenir des scènes oratoires. Quand je dis la vie antique, je dis la vie même de l'époque impériale. On parlait moins sous l'Empire que sous la République ; mais on parlait encore, et beaucoup. Si la parole ne décidait plus toujours, elle continuait de se mêler presque à tout. Le mot de Tacite sur l'éloquence « pacifiée » par Auguste* doit s'entendre de la suppression des discussions de la place publique avec les orages qu'elles amenaient. Le Forum n'en était point pour cela réduit au silence, et l'usage de la contio n'avait pas disparu. Seulement l'assemblée se tenait au profit de l'empereur, qui gardait le privilège de parler au peuple^.

Quant au sénat, il retentissait, non moins que par le passé, de discours où les opinions les plus diverses se heurtaient. Et aux armées, que de discours aussi ! dans les conseils des chefs, du haut de la tribune du quartier

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