‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 142 sur 177 · I. Hist., I, 4o · texte numérisé non relu

I. Hist., I, 4o

irias', serait-il nécessaire. En revanche, une corresponiince générale des parties est un élément de la période, parce qu'elle est un élément du rythme. Elle relance en particulier la phrase, la fait rehondir, lui imprime un balancement qui Fcm pêche de toucher terre et la porte, pour ainsi dire, jusqu'au point où, toutes les idées accessoires étant épuisées, se présente, afin de la recevoir et de lui marquer le but, la solide assise d'un verbe essentiel : « NiiUam caedem Otho maiore laetilia excepisse, — niilhim capiit tam insatiabilibiis oculis perlustrasse dicitur, — seii tam primum levala omni solliciludme mens vacare gaiidio coeperat, — seii recordatio maiestatis in Galba, — amicltiae in Tito Vinio — qaamvis immitem aninium imagine tristi confaderat- . » On aura été sensible, je l'espère, à l'effet de rebondissement produit par la correspondance des parties, qui s'aide d'ailleurs volontiers, comme ici, de l'anaphore ou répétition d'un même mot en tête de plusieurs propositions. Tout cela, symétrie, anaphore, paralléhsme, est chez Tacite un legs du passé, un reste de l'éducation ora toirc. Traces aussi des habitudes anciennes, les effets cherchés de redondance, l'emploi des synonymes qui, n'ajoutant rien à la pensée, ne redoublent l'expression que pour arrondir le discours^.

Il s'en faut néanmoins que ce soient ces survivances qui donnent à l'ouvrage sa couleur particulière. Elles sont assez rares, en définitive, et j'en ai parlé dès le début pour n'avoir plus à y revenir. C'est au contraire sur un fond de principes diamétralement opposés à ceux

1. On sait qiie le sopliistc Gorgias allait jusqu'à opposer clans des membres de phrase antitliéliques, commençant et se terminant de même, le même nombre de mots et, autant que possible, le mc^me nombre de syllabes.

2. I, 44- lypc moins parfait pourtant que le précédent (I, 4o).

3. Voir des exemples dans Goelzer, oav. cit., dans Gonstans, Etude sur la langue de Tacite, 1898.

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de la période que repose dans la majorité des cas le stvlc des Histoires.

La période, ai-je dit, enchaîne et subordonne les idées ; Tacite, le plus souvent, les d£tach£ÊJLles juxtapose- La période rend toute une pensée en une phrase unique ; Tacite h^a^^ienle^ la pensée en une série de phrases dont chacune exprime une circonstance ou une idée particulières, et il faut la réunion des phrases pour avoir la totalité de la pcnséev La période ne vaut que par l'ensemble, et le verbe principal rejeté à la fin en marque pour l'oreille, comme pour l'esprit, la conclusion régulière et certaine; les propositions de Tacite, placées sur le même plan, valent chacune par ellemême, et nous ne serions jamais avertis que nous approchons du terme, si l'une d'elles, à un moment donné, ne se faisait plus éclatante que les autres ; de là, en dehors du goût de Tépoque pour ce qui brille, la quasinécessité de la sententia, sorte de signal lumineux qui annonce l'achèvement de l'idée. Le constructeur d'une période enfin procède, si l'on peut ainsi parler, suivant l'ordre circulaire ; il ne commence sa phrase que lorsqu'il en a déjà vu la fin; il la tient tout entière d'avance sous son regard, enfermée dans un cercle d'où rien ne s'échappera, d'où rien ne peut s'échapper sans nuire à l'harmonie de la courbe. Tacite procède suivant l'ordre successif ; sa pensée se développe, se complète à mesure qu'il écrit, et les idées se disposent, comme elles sont nées dans son cerveau, les unes à la suite des autres. C'est juste le contre-pied de la méthode cicéronienne.

De cette constatation découlent diverses conséquences.

D'abord, Tacite recherchera la phrase courte, rapide, réduite au nécessaire. Tel est même son goût de la rapidité, qu'il supprime presque toujours les conjonctions de liaison et que des propositions, logiquement coordonnées, sont simplement juxtaposées dans sa prose. S'il l'ait un récit, il accompagnera chaque phrase de son verbe, parce que le récit, énonçant diverses actions qui se succèdent, a besoin d'exprimer à chaque ibis Ic~mot essentiel de l'action : Varia leijaloriiin sors fait. Qui Pelilio Ccriali occarrerant extrenmm discrimen adiere, aspernante milite condiciones pacis. Vulneratur praetor Arulcniis fhisticus; aiixiLinvidiam saper violatuni leqati praelorisqae nomen propria' dignatio viri. Pulsantar comitcs ; occiditur proximus Uctor\.. Mais s'il fait une description, il ira jusqu'à supprimer le verbe lui-même, parce que, le Jableau peignant un état qui ne change pas ou une même situation qui se -pfîJlonge, il est facile de sous-entendre le verbe « être » ou quelque verbe analogue". Voici l'aspecT des rues de Rome, pendant que Flaviens et Vitelliens sont aux prises'': Saeva ac deformis urbe tota faciès : alibi proelia et vaincra, alibi balmeae popinaeqae ; simal cruor et strues corporam, iuxta scorta et scortis similes ; guantam in laxarioso otio libidinum , quidquid in acerbissima captivitate sceleram '... ^ oici, plus frappant encore, sous forme de tableau mis

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