‹ Les procédés d'art de Tacite dans les "Histoires"Chapitre 54 sur 177 · I. III · texte numérisé non relu

I. III

guerre*). Alors successivement arrivent en deux groupes les légions de Mésie, une première légion, commandée depuis la fuite de son légat par le tribun Yi[)slanus Messala, ensuite les deux autres avec Dillius Aponianus et Numisius Lupus. Le mouvement est achevé; on se retranche autour de Vérone. La concentration s'était opérée sans encombre; mais Tacite a soin de montrer' qu'elle ne réussit que par la perfidie de Gécina, le général de Vitellius, car elle avait demandé un temps assez long, dont celui-ci ne sut ou plutôt ne voulut pas profiler. A deux reprises Cécina laissa passer l'instant iavorablc. Il pouvait, avec toutes ses forces qu'il tenait réunies près du Tartaro entre Ilostilia et Vérone, écraser les deux légions de Pannonie que l'armée de Mésie n'avait pas encore rejointes. Il pouvait encore, mémo après l'arrivée de Messala, venir aisément à bout de trois légions, trop faibles pour lui résister, ou, si l'ennemi trouvait moyen de se dérober au combat, infliger au succès de ses affaires un coup dont elles ne se seraient pas relevées de si tôt. Ramenés vigoureusement en arrière, jusqu'au delà des Alpes, les Flaviens auraient donné le spectacle d'une fuite honteuse, et de toutes façons l'Italie était débarrassée de leur présence. Cécina, par ses retards calculés, aima mieux « livrer à l'ennemi les premiers moments de la guerre ». Tout le sort de la campagne devait découler de ce premier acte comme par une pente fatale.

La trahison de Cécina avait jeté le désarroi parmi ses troupes. Quoiqu'elles eussent refusé de le suivre, qu'elles l'eussent même, dans leur indignation, mis aux fers, elles n'en restaient pas moins privées de chef, sans

ï. III, 8 : coloniam copiis validain auferre Vilellio in rem famamque videbalur. Cf. déjà II, 20 : giiarus, ut initia belli provcnissent, famam in cetera fore.

direction ni conseil, corps sans tète, avec le sentiment de lenr impuissance. Après avoir hésité quelque temps, elles se décidèrent enfin à couper le pont du Tartaro, à retourner à Ilostilia sur le Pô, puis à gagner Crémone, pour y rallier deux légions vitelliennes qui devaient déjà s'y trouver'... Ici la seule lacune du récit, la seule défaillance de l'historien. Comment gagnèrentelles Crémone? Elles avaient tout intérêt à éviter le contact de l'ennemi. Nous savons qu'en fait, elles l'évitèrent et qu'elles parvinrent à leur but sans combat. Mais l'auraient-elles pu, si elles étaient restées sur la live gauche du Pô, alors qu'Antonius descendant de \ érone avec toutes ses troupes (cinq légions), se rapprochait du fleuve dans la direction de Crémone et s'installait à Bédriac sur la voie Postumia, laquelle venait précisément d'Hqstilia ? D'où la supposition qu'elles franchirent le Pu à Ilostilia même et passèrent sur la rive droite, bien certaines en prenant ce chemin plus long de n'être pas inquiétées -. Telle est la conjecture la plus vraisemblable^; mais ce n'est qu'une conjecture ; Tacite ne donne aucun renseignement sur ce point, et le lecteur A'oudrait ne pas en être réduit au jeu décevant des hypothèses. — Sauf ce détail, non seulement les événements qui précédèrent la bataille de Crémone, mais les deux actes dont se composa la bataille, le combat de jour et le combat de nuit, sont exposés de la façon la plus intelligente. Je veux le montrer par quelques exemples.

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