‹ Les procédés d'art en photographieChapitre 20 sur 33 · ANALYSE DES PLANCHES · texte numérisé non relu

ANALYSE DES PLANCHES

L’énumération que nous venons de faire des pratiques nombreuses qu’il est possible de mettre en œuvre ne fournit que des indications générales. Pour être plus précis, nous allons analyser maintenant la plupart des images démonstratives qui accompagnent notre texte et indiquer en détail, pour chacun de ces cas d’espèce, la manière dont s’est effectuée l’intervention de l’opérateur.

On devra tenir compte de ce fait que les reproductions, ci-jointes, bien qu’ayant été l’objet de tous nos soins, sont néanmoins des traductions, partant s’écartent parfois très sensiblement, quant à l’aspect, des originaux. Les procédés de gravure sont incapables de fournir des facsimilés exacts, puisqu’ils substituent leur matière spéciale à la matière dont est constituée l’épreuve originale. Ils mettent un grain ou un réseau là où est un coulé d’aquarelle, ils ne donnent pas le blanc pur du papier, sauf par l’artifice d’une retouche qui, faite par la main du graveur, est

fatalement inexacte; le grain du papier support intervient aussi, ce n’est plus un grain réel, mais un trompe-l’œil. En résumé, par leur nature, les images qui figurent ici offrent au graveur les difficultés les plus grandes qu’il ait jamais à surmonter ; aussi n’en triomphe-t-il pas toujours.

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Pl. ii. Méandre et Pl. xv. L’Etang. — Ces deux exemples montrent les ressources que fournit l’emploi du coulé pour le traitement, dans le paysage, du ciel et des eaux que le procédé photographique traduit trop souvent en valeurs inexactes. Le coulé permet non seulement de rétablir ces valeurs, mais aussi de donner au ciel un peu de modelé et d'intérêt ; et cela non par un apport, mais par un enlevé de matière, ainsi qu’il convient.

Dans l’Etang, le cliché donne pour le ciel et pour l'eau une tache blanche uniforme. L’épreuve, légèrement sous-exposée, puis dépouillée par flottement, a été mise à sécher sur une glace inclinée, le ciel en bas. Dans cette position, l’eau colorée contenue dans les terrains a, par une infiltration lente, couvert le ciel et l’eau d’une teinte plate, parfaite comme régularité et transparence. Le coulage ayant cessé, l’épreuve a été placée sur un support sec, — un papier buvard, — légèrement incliné, le ciel en haut, et l’on a attendu que la couche ait perdu une partie de son humidité et acquis par là une certaine résistance. A ce moment précis, quelques coups d’un pinceau sec, accompagnés de quelques touches de papier buvard, ont créé dans le ciel des demiteintes et des blancs. Une touche de papier buvard a de même créé une tache blanche sur les eaux, à l’endroit jugé convenable.

En résumé, dans cette épreuve : i° action automatique du coulé qui a simplifié le premier plan, fondu les lointains, teinté le ciel et l’eau ; 2° intervention brève du pinceau et du papier buvard pendant la période du séchage, au moment précis où la couche offrait une résistance appropriée.

Dans Méandre , la façon de procéder a été semblable. Le coulé avait pour but principal d’éteindre le papillottement excessif que donne

le cliché pris en plein soleil, d’adoucir le feuillé des arbres, de teinter le ciel, les eaux et les linges. Mais ici l'intervention a été retardée ; elle n’a eu lieu qu’après un premier séchage suivi d’une remise immédiate dans une cuvette d’eau tiède. La couche offrant alors une certaine mollesse, le ciel a été éclairci par un frottement d’ouate et toutes les petites lumières rétablies sur les eaux, les linges et les personnages par l'action d’une pointe en bois tendre, — un morceau d’allumette suédoise taillée en biseau.

Pl. x. Étude et Pl. xx. L’Aveugle. — Voici deux exemples du traitement des fonds, le premier effectué pendant la période du dépouillement, le second pendant la période du séchage.

Dans Etude, le modèle se trouve placé sur un fond indéfini, d’un ton uniforme, légèrement plus clair que le ton de la peau, comme on en peut juger par la partie inférieure de l’épreuve où le fond n’a pas été touché. Pour détacher la figure du fond et rompre l’uniformité de celui-ci, le pinceau s’est mis au travail dès que la ligure s’est trouvée dégagée, chaque intervention du pinceau étant suivie d’un arrosage en nappe. Par une touche ferme, la partie supérieure du fond a été dégagée jusqu’au blanc du papier (i); une touche plus légère, donnée en suivant le contour du corps, a ensuite éclairci le fond jusqu’au niveau des jarrets; des touches plus appuyées sur les marges ont créé une sorte de dégradé. En résumé, l’action du pinceau a substitué au ton uni du fond, une série de tons allant jusqu’au blanc du papier.

Dans l’Aveugle, le travail du pinceau a eu lieu en cours de séchage. Le fond renfermait des détails ennuyeux; en particulier une maison

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garnie d’échafaudages. Tous ces détails ont été broyés par le pinceau qui s’est ainsi chargé de pigment et l’a aussitôt réappliqué par touches rompues, de façon à faire valoir le blanc du bonnet. Vers la fin du séchage, la matière étant résistante, une action d’écrasement a été pratiquée en avant du personnage, sur le parapet, pour uniformiser et

(i) Le procédé de reproduction ne donnant pas le blanc pur, l’épreuve gravée n’est pas rigoureusement conforme à l’épreuve originale.

teinter celui-ci et l'empêcher ainsi de nuire à l’accent blanc du bonnet.

Pl. xxviii. Impression d'Engadine. — Ainsi qu’on en peut juger par l’épreuve comparative au bromure, le sujet, tel que le donne le cliché, manque d’unité ; le centre d’intérêt constitué par les deux bergers s’y trouve insuffisamment souligné; il y a excès de détails dans les fonds, les sapins ont même valeur que les personnages, les terrains sont uniformes, etc.

En vue de créer les accents nécessaires, on a d’abord buriné les deux bergers et le chien à gauche. Puis l’épreuve a été légèrement sousexposée, de façon à atténuer les détails par les coulés. Au cours du séchage, lorsque la matière eut acquis une certaine résistance, les fonds ont été écrasés au sureau pour en éteindre les détails ; plus tard enfin ont été rétablis quelques blancs dans le groupe des moutons que les coulés avaient simplifié et grisé en même temps. Après séchage et remise immédiate à l’eau, les sapins à droite ont été baissés. Tout le travail ainsi effectué n’ayant d’autre but que de donner aux deux bergers une valeur prépondérante et de faire venir en avant le chien placé à gauche qui sert de rappel à ces deux bergers.

Pl. xxx. Portrait. — Dans cette épreuve, peu d’intervention. Seulement une sous-exposition légère en vue de donner plus d’enveloppe à l’image. Après séchage, rétablissement de lumières sur les épaules.

Pl. xiii. Eté. — Mêmes remarques que ci-dessus. Simplification des détails du paysage par les coulés; rétablissement, en cours de séchage, des notes claires sur le personnage.

Pl. xxv. Le Poète. — Epreuve dépouillée en dehors du bain par affusions d’eau froide et tiède dirigées sur la figure et sur la main. Mais le fond trop sombre et trop uniforme avait, en plus, le défaut d’une texture et d’une valeur pareilles à celles des cheveux et des vêtements du modèle. L’épreuve a donc été drainée, mais maintenue humide, et

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le fond dépouillé peu à peu jusqu’à ce que sa valeur ne vienne plus lutter avec les accents du motif principal. Enfin sa texture a été modifiée par l’usage d’une brosse plus dure qui a laissé des traces rugueuses que l’on ne retrouve pas dans les chairs. Les plis du vêtement exigeaient aussi une simplification destinée à mettre mieux en valeur la main davantage étudiée.

Pl. xxvi. Paysage d' Hiver (neige). — Voici un exemple de coulé choisi à cause de l’exagération même de l’effet qui montre très nettement la façon dont il s’est produit. L’insolation ayant été arrêtée un peu en dessous de la normale, les premiers plans très clairs tenaient à peine. Tout le bas de l’épreuve a donc été lavé franchement à l’éponge, puis essuyé à divers endroits pendant que la nappe de couleur, descendant du haut de l’image, envahissait lentement le papier blanc. Les franges de séchage s’y distinguent clairement. Nous remarquerons de plus que le ton du ciel dans l’épreuve n° i, — reproduction de bromure, — n’offre pas de contraste véridique avec le blanc pur de la neige. Les enlevés faits sur l’épreuve n° 2 (d'après la gomme) ont rétabli la justesse de relation entre ces deux valeurs.

Pl. xi. Paysage d' Automne. — Synthèse par coulés obtenue sur une épreuve peu insolée et dépouillée par affusions. Le premier plan s’est trouvé de ce fait simplifié par masses, mais dépourvu d’accents. Ceux-ci ont été rétablis par enlevés au tortillon pendant la période de séchage. De même l’accent du second plan renforçant l’effet de soleil naturel.

Nous pouvons considérer cette épreuve comme un exemple du minimum d’insolation qui puisse être donné au papier à la gomme sans risquer de coulage désastreux. Le négatif, tant soit peu surexposé, avait dû être poussé au développement pour gagner quelque vigueur. Les transparences en avaient souffert et aucun accent ne retenait dans l’épreuve le dessin prêt à s’amollir. Sans les enlevés au papier buvard, l’image serait restée plate et monotone.

Pl. xxix. Plaine de Varaville. — L’épreuve n° 2 à la gomme a été simplifiée et accentuée pendant la période de séchage. Simplifiée dans les premiers plans dont les détails ont été oblitérés et la valeur entièrement modifiée, — car c’est la valeur des roseaux du second plan de l’épreuve n° 1 qui s’est étendue jusqu’au premier. Par contre, les arrière-plans ont été maintenus à une valeur plus foncée, tandis que les légers accents blancs du fond, exagérés au pinceau, sont venus s’opposer au ciel plus sombre que celui de l’épreuve sur bromure. De ce fait l’horizon s’est rapproché, les taches noires et blanches du groupe d’arbres et de la maison ont gagné beaucoup en importance et l’intérêt s’est déplacé du premier plan au plan le plus éloigné.

Pl. xxiii. L’Habilleuse. — Exemple de développement entièrement effectué au pinceau, l’insolation ayant été poussée à un degré suffisant pour que l’image ne paraisse qu’après avoir flotté sur un bain d’eau froide pendant une heure, sans qu’il y ait cependant tendance à une perte de pigment. L’épreuve sortie du bain et égouttée a été d’abord éclaircie au pinceau à mouiller d’aquarelle, puis travaillée avec une brosse plus dure.

Le négatif de cette épreuve est vraiment détestable. Le contre-jour l’a grisé et les accents y font totalement défaut. Le seul moyen d’en tirer quelque parti est sans doute celui que nous avons adopté, surexposition bien franche et développement par frottis d’inégale vigueur, mais il serait malaisé d’en produire une réplique tant fsoit peu exacte sans de longs tâtonnements.

Pl. xii. Bords de Seine. — Épreuve en double tirage monochrome. La première épreuve insuffisamment insolée n’a pas gardé de demiteintes dans les fonds. Il n’y a donc eu, après second couchage et impression repérée, qu’une seule épaisseur pour le ciel et le fond. Les premiers plans seuls ont été doublés de valeur.

Pl. xxvii. Deux études de tête. — Ces deux épreuves ont été dépouil-

lées par affusion sitôt après la première apparition de l’image. La faible insolation du fond a permis de faire détacher la joue du modèle en foncé sur du clair dans l’épreuve n° 1 ; en clair sur foncé dans le n° 2. Les deux accents qui ont provoqué cet effet, l’un sur le fond, l’autre sur la joue, ont été donnés au cours du dépouillement et légèrement tamponnés au papier buvard pendant le séchage. Un coup de pinceau a oblitéré, dans l’épreuve n° 1, la main qui se dépouillait trop vite et perdait sa forme.

Pl. 1. Portrait de jeune fille. — Cette épreuve a été presque entièrement développée par flottement, puis sortie de l’eau et drainée pendant quelques instants sur une glace inclinée recouverte d’un cahier de papier buvard. Le fond en était uniformément sombre ; il a été dépouillé à gauche et dégradé jusqu’à la tête, de façon à laisser celle-ci se détacher en clair sur la portion foncée qui est demeurée à son ton primitif. Les reflets clairs des cheveux ont été accentués au pinceau sec, par enlevés, la robe simplifiée au pinceau mouillé et les détails trop importants du fauteuil effacés à la brosse à huile.

Pl. xix. Dans les sapins. — L’épreuve, peu insolée, tendait à produire des coulés qui ont simplifié mécaniquement les détails des premiers plans. Il a fallu rétablir par enlevés au tortillon les accents clairs noyés dans la nappe colorée. De même le nuage blanc en forme de cumulus, très affaibli pour la même cause, a dû être ramené à son ton primitif. Tout ce travail s’est fait pendant le séchage de l’épreuve qui a été accélérée en l’éventant au moyen d’une large feuille de bristol.

Pl. xxxi. Contre-jour. — Pose à peu près juste pour le dépouillement qui a eu lieu par affusion d’eau froide et tiède. Une fois la tête développée à la valeur désirée, le fond a été nettoyé d’un coup d’éponge et tamponné. L’accent, derrière l’épaule, a été fait un peu plus tard, quand le coulage venant de la tête n’était plus à craindre.

Pl. vi. Portrait de femme. — La tête a été développée par affusions

tièdes, le fond sombre enlevé à la brosse un peu dure. Le chapeau simplifié de même a été réduit à l’état de simple indication.

Pl. xxi. Fantaisie. Dépouillement général par flottement. Le fond a été enlevé, l’épreuve encore mouillée et le contenu a été rabattu sur le premier plan et dirigé dans le sens du plancher. L’accent laissé sous le fauteuil représente le noir maximum de la couche originelle.

tement au pinceau, sauf les yeux et l’ombre portée des cheveux sur la joue qui forment ainsi les accents nécessaires. Le fond et les épaules ont été entièrement ou en partie effacés à l’éponge. Nous ajouterons que le négatif qui a fourni cette épreuve était beaucoup plus vigoureux que ceux dont nous nous servons d’habitude pour les tirages sur papier à la gomme pure, mais les transparences en étaient limpides. C’est ce qui nous a permis de garder dans les yeux, les narines et la bouche les accents primitifs bien marqués, dont la présence était nécessaire pour éviter l’aspect mou et monotone qu’une épreuve uniformément grise aurait offert après un traitement de ce genre.

PAR C. PUYO

Pl. XXX. Gomme.

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