‹ Les procédés d'art en photographieChapitre 25 sur 33 · CK · texte numérisé non relu

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Dès que le dépouillement a été suffisant pour dégager l'image, on peut, par son aspect, par la comparaison entre les ombres et les clairs, juger si l’exposition a été normale, insuffisante ou exagérée. On peut, d’autre part, prendre des décisions sur la manière d’opérer le dépouillement local.

L’épreuve est sous-exposée si les ombres se dépouillent plus vite que les clairs ; surexposée dans le cas contraire. On trouvera dans les instructions la façon d’atténuer de façon appréciable les conséquences de ces erreurs, quand celles-ci ne sont pas trop considérables.

Il faut pour cela jouer, avec précision, de la température du bain, car celle-ci ne saurait varier que dans des limites assez étroites. Un bain trop élevé de i ou 2 degrés, un séjour trop long de l’épreuve dans ce bain précipitent le dépouillement, mais amènent presque à coup sûr l’arrachement des tons voisins du blanc. Un bain à température trop basse, qui ne ramollit pas suffisamment la gélatine et conduit par suite à prolonger outre mesure l’action de frottement de la sciure, risque de produire une image grenue. Il faut donc être sûr de son thermomètre.

Que d’insuccès sont dus à la simple négligence de l’opérateur qui trop souvent, dans cette question capitale de la température, se contente d’un à peu près!

Dépouillement local. — Le dépouillement local doit évidemment être un dépouillement raisonné. Le tirage préalable sur un papier quelconque, à l’albumine, au citrate, au bromure, ou, ce qui suffit à un œil exercé, la seule inspection des détails du négatif, ont indiqué à l’opérateur les régions où il convient de modifier les valeurs.

Trois modes, successivement employés, permettent de localiser l’action d’une façon de plus en plus serrée, sur des surfaces de plus en plus restreintes : la nappe de sciure, le choc du jet de sciure, le pinceau.

La nappe de sciure ne peut agir localement que sur de grandes surfaces. L’opérateur tient fermement la plaque de zinc ou d’ébonite dans la main gauche, le pouce de cette main fixant l’épreuve sur la

LES PROCÉDÉS D’ART EN PHOTOGRAPHIE Iï3

plaque et l’empêchant de glisser ; la main droite tient la cafetière verseuse ou, ce qui vaut mieux, une simple casserole munie d’un bec. Il verse alors le contenu du récipient, soit sur la marge de l’épreuve, soit sur un endroit de l’épreuve judicieusement choisi à cause de sa résistance, ainsi sur les cheveux d’une figure, sur les terrains d’un paysage. Il a soin seulement de tenir la verseuse très près de la surface de l’image, de façon que le choc produit soit insensible. La màin gauche incline en même temps la plaque support, de façon que la nappe, en s’écoulant suivant la direction de la plus grande pente, épargne les régions que l’on veut réserver.

Dès que les régions attaquées ont pris une avance au dépouillement légèrement exagérée, un passage rapide dans le bain chaud, suivi d’un arrosage général, rétablit l’harmonie dans l’ensemble des valeurs.

L’emploi du choc, s’il est nécessaire, doit accompagner l’emploi de la nappe et non le suivre. Il ne faut pas attendre pour donner aux parties que l’on veut dépouiller davantage une avance au dépouillement et l’attaque locale doit commencer dès que l’image est suffisamment dégagée pour qu’on y voie clair. De cette façon on se ménage la possibilité de faire suivre chaque action locale d’un arrosage général et de conduire ainsi l’opération du dépouillement d’une façon progressive et sûre sur toute la surface de l’épreuve, en assurant à tout moment la justesse dans les relations des valeurs.

Pour produire un choc, tenir fermement la plaque support de la main gauche; de la main droite amener le bec de la verseuse à i ou 2 centimètres au-dessus de l’endroit à dépouiller, commencer à verser doucement, puis, dès que l’on est maître du jet, que celui-ci devient régulier, élever progressivement le bec de la verseuse.

Le choc est un moyen dont il faut se garder d’abuser; il tend en effet, dans la région frappée, à égaliser les valeurs, à faire disparaître les accents. Par exemple, à vouloir éclaircir une figure par le choc, vous risquez de trop baisser la valeur de l’œil, d’anémier le trait qui dessine l’arc des lèvres et qui doit dèmeurer ferme. L’emploi du choc est mieux indiqué sur le fond d’un portrait, sur les cheveux, ou

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encore, dans un paysage, sur les lointains : dans toute région, en un mot, où l'on veut baisser et en même temps uniformiser les valeurs.

L’action du pinceau est beaucoup plus précise et n’offre aucun danger si l’on se borne à l’appliquer à des surfaces peu étendues. On réserve donc au pinceau les accents clairs et les raccords. Ceci s'effectuera un peu avant la fin du dépouillement, au moment où l’on possède encore la réserve de quelques arrosages généraux dont l’emploi peut corriger les erreurs et les accidents dus au pinceau. Pour que celui-ci soit à même d'agir avec délicatesse, car sa brutalité salirait la matière pigmentaire, il faut que cette matière soit docile; elle le sera si l’exposition sous châssis a été normale. Il convient aussi de se garder d’employer le pinceau sec, sauf pour les petits accents; un mince matelas d’eau couvrant l’épreuve fera le travail plus sûr et plus régulier.

Montrons par quelques exemples ce qu’on peut attendre de l’emploi de ces trois agents : nappe de sciure, choc, pinceau.

Les deux images de la planche n° xxxvi sont issues d’un même cliché qui n’a subi aucun^maquîîîa'ge. Ce cliché donne normalement une figure monotone d’éclairage, sur fond uni d’un ton moyen; les mains ont même valeur que levisage. Pour obtenir l’effet contrasté de la première épreuve, il fallait ménager, au cours du dépouillement, la moitié de droite du fond, le vêtement et les mains. L’épreuve a été, tout d'abord, largement exposée en vue d’augmenter les oppositions. Puis, dès le commencement du dépouillement, on a donné une avance notable au visage et au fond de gauche, en versant, sans choc, sur la figure, des nappes s’écoulant par l’angle supérieur gauche. Le dépouillement a été poursuivi dans cet ordre d’idées. Avant qu’il fût terminé, en vue d’augmenter les contrastes du visage, le choc a été employé sur le front, la joue éclairée, les épaules. Enfin, le pinceau est intervenu pour faire les raccords, notamment entre les cheveux et le fond, et pour placer un rappel de lumière sur les mains.

Pour obtenir l’effet de la seconde image, il fallait recourir à la sous-exposition : i° afin d’avoir une figure monotone; 2° afin d’obtenir une matière peu ferme et obéissant bien au pinceau. L’épreuve, sortie

PORTRAIT 1830 PAR C. PUYO

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du châssis, a en outre ete légèrement voilee au jour, durant une minute environ, pour mieux assurer la monotonie du visage. Cela fait, au cours du dépouillement, le choc a été continuellement employé pour baisser le fond; cet abaissement du fond a été paracfieve par des touches franches du pinceau. Enfin, quelques touches du pinceau ont placé sur la figure des reflets discrets concordant avec l’éclairage à contre-jour.

Ces méthodes permettent très aisément, dans les paysages avec ou sans figures, de cfoter les divers plans des valeurs respectives jugées convenables et de confirmer par là la perspective aérienne. Ainsi, sur le cliché du Vieux Berger , planche n° xxxiv, tout le terrain est de même valeur. Mais il a été facile, au cours du dépouillement, de laisser au premier plan une grande fermeté, de baisser par choc les arrière-plans. Le pinceau est intervenu pour aviver les lumières, modeler le ciel, faire quelques raccords, et aussi pour effacer, à l’arrière-plan, quelques moutons noirs malencontreusement placés.

On sait que trop souvent les clichés de paysage fournissent un ciel uni, d’un ton clair uniforme. Avec les papiers à dépouillement, ménager un ciel est chose aisée; par là, on obtiendra d’abord sur l’épreuve un ciel légèrement teinté que l’on mouvementera sans peine au pinceau. Il faudra seulement le faire d’une façon discrète et se garder de ces ciels si magnifiques et si vigoureux dont on abuse et qui sont bien la chose du monde la plus désagréable à l’œil.

N’insistons pas sur l’examen des planches n° xxxii et n° xxxv. On voit sans peine qu’il a été possible, sur la première, d’accentuer l’effet de brouillard; sur la seconde, de créer un dégradé, de poser des accents sur la figure et de simplifier le vêtement.

La planche n° xxxvii, Aubade Matinale , nous montre ce qu’on peut obtenir par l’emploi du voile.

Si l’on ajoute un même chiffre à chacun des deux termes d’une fraction, la valeur de cette fraction se rapproche de l’unité. Pareillement, si vous exposez pendant quelque temps au jour une épreuve au sortir du châssis, vous ajoutez une constante à chaque ton, vous

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