PAPIERS A LA GOMME
ES papiers sont intermédiaires entre le papier à la gomme proprement dit et les papiers à base de gélatine dont nous venons de parler. Ils se rapprochent du premier par l’aspect, des seconds par le mode de traitement; pas plus que ces derniers ils ne donnent de coulés, et, s’ils sont plus rustiques qu’eux, ils ont moins d’éclat.
Les plus répandus sont : le papier Farinaud, le papier de Hôchheimer, le papier pigmenté « Deux Épées » ; le plus récent est l’Auto- Pastel.
Leur composition nous est inconnue. Ils contiennent sans doute de la gomme, bien qu’ils soient quasi insolubles dans l’eau froide et puissent, au moins pour la plupart, être sensibilisés dans les solutions aqueuses de bichromate sans adjonction d’alcool. Contiennent-ils de la gélatine? En tout cas les bains de température élevée, supérieure à 3o degrés, ne semblent pas désorganiser leur matière.
Après ce que nous venons d’exposer touchant le traitement des
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I i 8 LES PROCÉDÉS D’ART EN PHOTOGRAPHIE
papiers à base de gélatine, il reste peu de chose à ajouter sur les papiers dits à la gomme; la succession des opérations est la même.
Pour plusieurs d’entre eux, les instructions préconisent l’emploi systématique du carbonate de soude dans le bain chaud servant au dépouillement. Il est à craindre qu’il n’y ait là un danger au point de vue de la beauté de la matière pigmentaire, le carbonate de soude ayant une action désorganisatrice bien connue. Cet emploi ne paraît pas d’ailleurs indispensable; l’usage d’un bain de température élevée, combiné à des arrosages de sciure claire, peut suffire, d’ordinaire, à dépouiller l’image. Celle-ci résiste bien au pinceau qui peut être utilisé franchement, avec une grande liberté, et sur d’assez grandes surfaces.
En résumé, par la simplicité de leur emploi, ces papiers, qui n’exigent point une main aussi légère que les papiers précédemment étudiés, peuvent donner de sérieuses satisfactions aux amateurs et méritent d’être travaillés par eux. Ils se prêtent aux effets légers, un peu éteints, plutôt qu’aux effets de vigueur. L’impression nous reste qu’ils n’ont pas encore atteint le degré de perfection dont ils sont susceptibles et qu’ils doivent s’améliorer dans l’avenir.
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L’OZOTYPE GÉLATINE
NTRE les deux procédés ozotype-gélatine et gomme, le premier offre moins de facilités que le second au point de vue des modifications à apporter aux valeurs de l’image pendant le dépouillement. Si nous en parlons d’abord, c’est pour respecter l’ordre généalogique car c’est l’ozotype à la gélatine qui a donné naissance à l’autre. Tous deux sont basés sur l’insolubilisation d’une couche colloïde par le contact d'une image visible imprimée sur papier sensibilisé au bichromate. Dans le procédé gélatine ozotype, le véhicule du pigment est une couche de gélatine de consistance particulière, étendue sur une feuille de papier qui ne lui sert que de support momentané. Dans la gomme ozotype, la couche de gomme pigmentée est appliquée directement au pinceau sur l'image dite primaire.
Le point de départ des deux procédés, l’image primaire visible sur papier bichromaté — est identique. La sensibilisation du papier a lieu au pinceau ou au tampon et la Compagnie Ozotype recommande pour cet usage la solution brevetée par elle. L’impression est aussi rapide que celle du platine et l’image doit offrir les mêmes particularités qu’avec
ce procédé. Elle n’accusera donc que de |aibles détails dans les grandes lumières — sauf pour la gomme ozotype qui admet une impression plus vigoureuse. Un lavage rapide mais complet éliminera totalement le bichromate de toutes les parties non réduites, et l’épreuve une fois séchée, deviendra insensible au jour. Elle pourra conserver pendant un an et plus les propriétés latentes qui la distinguent. Pour les réveiller il suffit de coller intimement à la surface de l’épreuve un papier (emplâtre ozotype) recouvert d’une couche de gélatine pigmentée que nous aurons ramollie dans un bain à 12 0/000 d’une solution acide, dont voici la formule pour épreuves de négatifs moyens :
Solution de sulfate de cuivre à 20 0/0 . 100 cc.
Acide acétique cristallisable . 6 —
Glycérine . 5 —
Hydroquinone . 5 gr.
Le bain devra être entre 14 et 20 degrés centigrades; l’emplâtre n’y séjournera que de 3o à 40 secondes — l’épreuve cinq à six secondes seulement — le temps de la juxtaposer à l’emplâtre. Les deux feuilles collées ensemble sont enlevées du bain — leur adhérence est assurée par le passage d’une raclette en caoutchouc et on les suspend par un coin. Au bout de 3o à 60 minutes selon la force du bain acide que l’on peut faire varier d’après les degrés de vigueur de l’image primaire, on plonge la double feuille dans un bain d’eau à 40 ou 46. Quelques secondes après, la gélatine de l’emplâtre sera suffisamment ramollie pour qu’on en puisse détacher le papier support. La couche pigmentée adhère maintenant à la feuille de l’image primaire.
Il ne nous reste plus qu’à dépouiller celle-ci à l’eau plus ou moins chaude tout comme dans le procédé au charbon. Mais la gélatine plus molle de l’ozotype nous permet l’emploi du pinceau ; des affusions locales de solution d’acide oxalique de différentes forces, faciliteront encore le dépouillement par frottement.
Le procédé ne comporte que très peu d'aléa, la durée de la pose pouvant seule exercer une influence fâcheuse sur la qualité de l’épreuve,
or il est aisé de surveiller la venue de celle-ci. Pour obtenir des résultats constants il suffit de se souvenir de la règle suivante commune aux procédés au platine et à l’huile : la couleur et l’intensité des noirs de l’image ne doivent jamais influencer le jugement de l’opérateur, dont l’attention ne se portera que sur les blancs. Dès que les plus faibles détails y auront fait leur apparition, quel que soit le degré d’impression du restant, l’insolation devra être arrêtée. Il se trouvera donc qu’un degré de pose correct donnera, selon que le cliché choisi aura été faible ou fort, une image aux ombres à peine indiquées ou, au contraire, très vigoureuses, tandis que dans les deux cas les blancs seront pareils.
Le résultat le plus désastreux de l’excès de pose sera l’impossibilité de détacher l’emplâtre du papier définitif. Ceci n’arrivera bien entendu que dans les cas extrêmes. Mais l’élévation progressive de la température du bain suffira souvent à provoquer le ramollissement de la gélatine. Autrement l’épreuve sera irrémédiablement perdue.
Le manque de pose se reconnaît à des symptômes opposés, facilité exagérée de décollage, coulage presque immédiate de la couche, destruction progressive des demi-teintes. Le remède consistera à traiter de suite l’épreuve à l’eau très fraîche. Nous procéderons ensuite au développement avec un minimum de température.
Sans doute le procédé n’offre pas les mêmes possibilités d’intervention que la gomme ; il est plus sûr mais moins docile — ceci à cause de sa couche gélatineuse, insoluble à la température normale. Mais il en donne bien assez pour que nous l’ayons fait figurer ici.
Voici par exemple le portrait de M. Holland Day, page 122. Le fond original en était entièrement blanc ; on verra que dans le bas, à droite, la couche pigmentée n’a presque pas été dépouillée et qu’elle l’a été, un peu davantage, en haut; le chapeau n’a guère été touché tandis que la figure a été attaquée à la solution oxalique, versée à l’endroit de la nuque, l’épreuve étant maintenue de côté dans sa largeur — de sorte que le liquide s’étendant en éventail a couvert la face et mangé sur le fond, qu’il a suffisamment amolli pour qu’on puisse en réveiller la monotonie par quelques touches claires. De même au
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point de chute de la solution, derrière le cou, à côté du plus grand noir du motif. Dans le masque, on a pu augmenter au pinceau, par enlevés, les accents clairs trop faiblement indiqués à l’arcade sourcilière et sur l’arête du nez, et donner un peu de lumière aux cheveux et au col.
Les valeurs de ce portrait à l’ozotype ne ressemblent en rien à celles d’une épreuve à l’argent du cliché original, qui a été fait en vue de la transformation que devait subir le positif. Nous croyons que tout l’intérêt que peut avoir l’image définitive est dû à cette transformation.
Au point de vue matière, une épreuve à l’ozotype-gélatine ressemble à une épreuve au charbon avec plus de gras, plus de profondeur dans les noirs et beaucoup moins de sécheresse. Car l’insolubilisation par contact estompe légèrement les contours et donne aux lignes un certain fondu. Les noirs conservent un brillant qui disparaît une fois l’épreuve mise sous verre mais qui contribue à la profondeur toute spéciale que donne le procédé dans les ombres les plus opaques.