‹ Les procédés d'art en photographieChapitre 3 sur 33 · L’INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

L’INTERPRÉTATION

’ ÉPREUVE fournie par le négatif peut être correcte au point de vue documentaire. 11 lui manquera les qualités constitutives de l’œuvre d’art tant que le photographe n’aura pas su les y introduire. Ceci revient à dire — nous osons l’affirmer — que l’image définitive obtenue photographiquement ne devra son charme artistique qu’à la façon dont l’auteur pourra la transformer. Seuls les procédés permettant semblable intervèntion doivent nous préoccuper ici et ce livre est destiné à en décrire et en vulgariser l’emploi.

C’est avec reconnaissance que nous acceptons le dessin correct que l’objectif choisi et bien dirigé peut nous offrir. Tous nos efforts tendront à en conserver l’intégrité. Mais aussi tous les moyens nous seront bons pour simplifier la minutie des renseignements sans intérêt que cet instrument déjà perfectionné nous fournit encore avec prolixité. Donc nous préférerons la méthode de tirage qui permettra le mieux la synthèse par suppression des détails inutiles. — Les accents qui soulignent

— les forces qui soutiennent manquent à l’épreuve normale? Il nous faudra choisir une surface docile qui se laisse violenter. Les valeurs de l’image photographique pèchent dans leur relation et par leur courte étendue? Nous voulons en élargir la gamme et en corriger l’harmonie. La matière dont se forme cette image est sèche et déplaisante ? Nous essaierons de lui communiquer la profondeur de l’eau-forte ou la transparence du lavis. Peut-être nous accusera-t-on d’effacer ainsi le caractère photographique? C’est bien notre intention, car nous savons par l’expérience ce que ce terme consacré éveille à coup sûr dans l’esprit des artistes. Cette expression — pour emprunter au dictionnaire son style précis — « se prend en mauvaise part »; elle résume tous les défauts énumérés tout à l’heure.

Il est temps maintenant de réfuter la conclusion à laquelle les lignes qui précèdent vont forcément conduire : à savoir que le fusain, la lithographie et l’eau-forte nous tendent les bras et qu’il serait peut-être

plus simple de s’y réfugier de suite. Rien ne nous tenterait davantage si la photographie ne nous retenait tant par la séduction propre à d’anciennes habitudes et par les liens du travail donné, que par certaines qualités spéciales — caractères photographiques d’une heureuse nature

— qui la différencient suffisamment des autres procédés pour expliquer la fidélité quand même de ses disciples.

Car sans vouloir nous étendre sur la merveilleuse rapidité d’enregistrement qui permet au photographe de fixer en un clin d’œil l’effet de lumière passager, l’attitude ou le mouvement fugitifs, précieux documents pour une interprétation ultérieure, la photographie ne nous offre-

t-elle pas l’aumône d’un dessin qui peut parfaitement être impeccable;

n’y ajoute-t-elle pas le dégradé moelleux de ses demi-teintes et de son

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modelé — d’une telle perfection que bien des maîtres aquarellistes (et la maîtrise est l’exception) ne seraient guère sûrs d’en égaler la délicatesse?

En résumé, la photographie donne trop — c’est entendu — mais

depuis qu’on ose faire un choix parmi ses prodigalités, elle vaut la

peine que les gens artistes s’en occupent : il y a du neuf à en tirer.

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PAR R. DBMACHY

Pl. I. Gomme.

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La façon? Nous n’avons guère qualité pour la définir, mais nous pouvons cependant indiquer la voie qui s’est ouverte, signaler les impasses, conseiller peut-être quelques sentiers de traverse et montrer en tout cas le chemin parcouru.

Au début de ce chapitre nous nous sommes servis du mot intervention. Il paraîtra souvent au cours de l’ouvrage et nous tenons dès maintenant à en préciser le sens. En cette époque combien chirurgicale, ce terme s’emploie le plus souvent de façon euphémique pour adoucir dans l’imagination de la future victime les contours trop aiguisés qu’évoquerait le mot d’opération. Le sens dans lequel nous le prenons ici a quelque parenté avec celui-là. En effet, nous montrerons tout à l’heure que l’intervention durant le dépouillement d’une épreuve aux sels de chrome consistera surtout à enlever. Et cette dernière exprès-

sion nous mène à déclarer tout de suite, par précaution, que, quel que soit le procédé dont le photographe artiste se sert, il n’a pas à ajouter à la matière qui forme l’image positive. Le travail à la gouache et le

rehaut à l’encre de Chine n’ont rien à voir avec le développement d’une épreuve au platine ou le dépouillement d’une gomme bichromatée. Laissons ces artifices aux retoucheurs de l’ancienne école.

Donnons un aperçu des différentes manières dont l’intervention pourra se produire au cours du dépouillement. Si, par exemple, nous , v. - -dégageons à fond une partie de l’image, nous provoquerons une double modification dans l’aspect de celle-ci, d’abord en créant une opposition entre la couleur de la portion sur-dépouillée, qui pourra se rapprocher plus ou moins comme ton de celui du papier support, et celle de la portion sous-dépouillée, proche de la coloration primitive de la couche. Ensuite, et dans les deux portions susdites, une simplification se sera produite. Du côté de la partie claire les détails seront plus ou moins oblitérés, enlevés ou affaiblis par le dépouillement forcé. De l’autre, pour une cause tout opposée, ils se noieront dans la masse sombre du pigment original à peine attaqué. Voici donc qu’une simple inégalité de frottement ou de dissolution vient d’ajouter à l’image normale une double qualité. D’une seule intervention nous avons fait

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du contraste et de la synthèse. Or, le genre d’intervention que nous avons supposé s’être porté sur deux larges zones de l’image pourra y .U'se restreindre en de plus étroites limites et provoquer ainsi un accent tel que celui qui résultera d’un enlevé sur l’arête d’un col ou d’une manchette ou sur le flanc bombé d’une carafe ou d’une poterie. Le

geste est le même que celui du dessinateur au fusain qui vient de pétrir entre ses doigts le petit morceau de mie de pain. On nous l’a reproché. Je ne vois cependant guère de différence entre un dépouillement par frottement sur un petit espace et la même pratique sur un endroit plus étendu, qui nous est, elle, généreusement concédée.

L’accent clair par enlevé agira également de deux façons : par l'apparition d’un blanc où il n’y avait qu’un gris et par l’exagération du ton foncé proche de la portion enlevée. C’est l’effet de contraste, celui dont nous nous servirons couramment pour augmenter par une simple illusion d’optique la vibration de nos noirs insuffisants. Enfin nous saurons profiter des différents degrés de coulage de la couche, propor-

tionnels aux différents degrés de son insolation et aux variations entre

les mesures de gomme et de bichromate, pour noyer sous une nappe

doucement envahissante (c’est la coulée spéciale au procédé gommique) les zones peu intéressantes ou trop marquées de notre image.

Il nous reste à voir comment et avec quels instruments ces interventions se pratiquent, à quel moment du dépouillement elles ont le plus de chance de réussir, dans quelles circonstances elles deviennent nécessaires et quels sont les procédés qui peuvent les supporter. Ce )

sera l’objet des chapitres plus techniques qui suivent. Pour le moment il nous suffit d’avoir montré que le photographe, dans certaines condi¬

tions, a le pouvoir d’intervenir, parce que ceci nous conduit à lui accorder celui d’interpréter.

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