Expositions flottantes
Il s’agit, ici, d'un moyen de propagande qui a fait beaucoup de bruit, et qu'en France on a maintes fois proposé comme exemple à nos industriels et commerçants.
M. Schwob le décrit en termes excellents :
« Un syndicat de production et de fabricants affrète un « navire pour un voyage déterminé, parfois pour le tour « du monde, le navire est luxueusement aménagé et cons- « titue une véritable exposition de produits qu’on veut « écouler. Il se dirige de port en port, suivant un itinéraire « déterminé, soigneusement étudié d'avance. On a, bien «entendu, approprié l’exposition aux besoins des pays à « parcourir, et ce travail préalable a été fait avec la cons- « cience et la minutie que les Allemands apportent dans «tout ce qu'ils entreprennent. Des représentants de com- « merce, parlant la langue des pays à exploiter, sont à bord « et, à chaque escale, on conclut des affaires sur le vu des « échantillons. Souvent même,on peut exécuter de suite les « commandes en puisant dans les larges réserves admira- « blement classées que renferment les flancs du navire. Des « catalogues, des prospectus sont distribués à foison ; puis, «quelque temps après, une nuée de voyageurs de com- « merce s’abat sur le pays ainsi défriché ; ils connaissent « déjà ses goûts, ses préférences par le rapport des direc-
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«teurs de l'exposition flottante; ils sont admirablement «préparés à provoquer les commandes, à recueillir les « affaires ébauchées par les pionniers passés avant eux. « Ce procédé a été employé, non sans succès, dans bon « nombre de pays d'outre-mer, où le commerce allemand « n'avait pas pénétré jusque-là (1). »
Le type de cette exposition flottante est resté celle du « Gottorp » conduite en 1886 par le professeur D' Jannasch, l'actuel directeur de la Deutsche Export-Bank.
Malgré tous les commentaires élogieux qui furent faits sur cette exposition — incontestablement très ingénieuse — il semble bien que les inconvénients l'emportent sur les avantages. Il faut aussi écouter la note pessimiste :
«L'on croyait de la sorte pouvoir présenter, dans un « grand nombre de ports, sous une forme particulièrement « impressionnante et variée, les modèles de l'industrie indi- « gène, d'une manière relativement commode et en peu de « temps ; l’on espérait pouvoir nouer des relations com- « merciales directes. Mais les résultats n'ont répondu en « rien aux grands espoirs qu’on avait formés ; la participa- « tion de grands industriels ne fut généralement que faible ; «on visita peu l’exposition, les frais de déballage et d’ex- « position furent très élevés, de sorte qu'’actuellement on « garde chez nous comme en Angleterre une attitude scep- «tique vis-à-vis de ces arrangements ; par contre l'Amé- «rique du Nord, le Japon, la Belgique, la France et l'Italie « semblent considérer le système comme digne d'atten- « tion » (2).
Sans voir aussi noir, nous croyons qu'en effet l’exposition flottante se heurte à de très sérieuses difficultés d'or-
(1) M. Schwob, Le danger allemand, p. 26.
(2) Schanz, Zielpunkte, p. 70-71.
ganisation : difficultés techniques pour renouveler et compléter les collections ; difficultés personnelles consistant dans la recherche de personnes connaissant à la fois les marchandises, les lieux et la langue, possédant en outre des qualités commerciales (1).