I. — Les chambres de commerce à l'étranger
Alors que la plupart des grandes nations possèdent à l'étranger des chambres de commerce, les Allemands n'ont pas actuellement de pareilles institutions.
Les négociants allemands participent bien aux chambres de commerce internationales, là où il en existe, mais les deux chambres de commerce allemandes qui avaient été créées à Bruxelles en 1894, à Bukarest en 1902, ont toutes deux disparu en 1904.
Elles avaient été créés par l'initiative privée,mais auraient eu besoin de subventions pour poursuivre leurs opérations. Ces subventions furent refusées. L'on annonçait ainsi la disparition de la chambre de commerce de Bruxelles : « Elle .« avait demandé au gouvernement impérial une subvention « de 4.000 marks pour pouvoir poursuivre ses affaires et « les agrandir, mais depuis un an, elle est restée sans nou- « velles, et elle en est arrivée à la regrettable décision que « nous rapportons » (1).
Le mouvement d'opinion, favorable ou hostile à la création de chambres de commerce à l’étranger, est relativement récent en Allemagne. La première proposition pratique, demandant leur institution, émana de la chambre de commerce de Manneim,en 1888. Elle avait pour but de créer, auprès des consulats, un organe qui les complétät et facilitât la rédaction de leurs rapports.
(1) Deutsches Handels-Museum, 1904, p. 202.
En 1889, le /Zandelstag (congrès des chambres de commerce) s’occupa de la question ; il y eut une majorité favorable, mais la minorité hostile était nombreuse, et surtout 1mportante par laqualité de ceux qui la composaient ; en effet, l'on trouvait parmi les adversaires du projet, les chambres de commerce de Hambourg, Brème,Essen et Cologne. Après cette manifestation, le silence se fit.
Ce n’est qu’en 1899 que la question revint sur le terrain, pour être discutée avec plus d’ampleur. Le mouvement aboutit, en 1900, au dépôt au Reichstag d’une proposition Münch Ferber, engageant le gouvernement à agir en faveur de l'établissement de ces chambres de commerce.
La même année, le Æandelstag s'occupa à nouveau de la question, et reconnut que de telles institutions étaient un moyen utile au développement du commerce extérieur ; mais les chambres de commerce de Hambourg, Brème, Essen et Cologne maintenaient leur opposition.
En 1901, le Reichstag accepta une nouvelle proposition Münch-Ferber qui accordait un crédit de 20.000 marks pour préparer l'institution de chambres de commerce à l'étranger. La résolution n'eut pas cependant de suite pratique et, l'année suivante, comme on la lui représentait, le Reichstag la rejeta, sur le conseil du gouvernement.
L’année 1904 a été signalée par la disparition des deux chambres qui avaient été créées, à Bukarest et à Bruxelles, par l'initiative privée.
Tout récemment, on a parlé de la création à Paris d’une chambre de commerce allemande, création qui aurait également émané de l'initiative privée, mais nous ne pensons pas que ce projet ait eu de suites.
Nous voudrions exposer brièvement les arguments qui sont donnés en Allemagne pour et contre ces institutions.
Les partisans des chambres de commerce à l'étranger sont généralement favorables à une institution sinon entièrement officielle, c’est-à-dire fonctionnant sous la direction du gouvernement et d'après des règles établies par lui, du moins fortement soutenue, et partant, contrôlée par les pouvoirs publics.
Ils y voient avant tout un organe intermédiaire entre les consuls allemands etle monde des affaires, les commerçants nationaux établis à l'étranger. Ces relations laisseraient, parait-il, souvent à désirer, et par conséquent, ne permettraient pas une collaboration utile dans l'intérêt commun.
Ceux qui professent cette opinion, ont même abandonné l'idée qu'il était nécessaire de constituer dans ce but une chambre de commerce. Pour chercher à se concilier ceux qui sont hostiles à la chambre de commerce à l'étranger, ils proposèrent, en 1904, au Reichstag, la création, auprès des consuls, de conseils économiques (Wärtschaftliche Beiräte) composés de commerçants compétents, qui aideraient les consuls de leurs avis dans les affaires économiques.
Cependant, il y a aussi des partisans de chambres de commerce libres et indépendantes, fondées par l'initiative privée, et qui n'auraient aucun caractère officiel. Leur but serait également de compléter le rôle du consul. Elles auraient, à leurs yeux, l'avantage d'être une institution permanente placée à côté d'un fonctionnaire surtout juriste et bureaucrate, et qui change trop souvent de poste.
Parmi (les adversaires des chambres de commerce, 1 faut citer en premier lieu le gouvernement. Il estime qu’elles feraient double emploi avec les consulats. Il y aurait là, à son avis, une situation fausse pouvant aboutir à des frottements peu désirables. D'ailleurs, il pense que l’activité des
consuls est tout à fait satisfaisante. Nous croyons que, dans un pays où le respect du pouvoir est aussi grand qu'en Allemagne, cette attitude hostile du gouvernement n'est pas sans influer sur l'opinion générale.
L'on dit aussi qu’il y a opposition entre les intérêts de la chambre de commerce à l'étranger, et ceux de l'Allemagne.
Le commerçant allemand à l'étranger, ne cherche pas à favoriser, par ses conseils, l'exportation de l'Allemagne vers la place où il réside : la concurrence est si âpre, même entre Allemands, qu’ils ne désirent pas favoriser des rivaux en leur donnant les renseignements qui leur permettraient de les combattre.
Puis, toujours pour ce même motif de concurrence, on craint d'introduire la zizanie dans les colonies de commerçants ; il y a, paraît-il, des sortes de castes très fermées et que constituent les maisons de premier, de deuxième et de troisième ordre ; l’on ne peut forcer à se réunir des gens qui n’ont pas d'intérêts communs.
L'on redoute d'une part l'animosité des indigènes, puis d'autre part l'obligation de réciprocité ; il faudra tolérer en Allemagne les chambres de commerce des autres nations, qui viendront officiellement organiser un espionnage commercial.
Enfin, dit-on, si vous créez des chambres de commerce à l'étranger, ou bien elles ne donneront aucun renseignement utile, parce que leurs membres ne voudront pas donner des armes à leurs concurrents, ou bien si elles en donnent, elles seront peut-être responsables d'échecs auxquels s'exposeront les producteurs ou commerçants nationaux, qui, sur la foi de leurs rapports, mais sans connaître exactement la situation de la place où elles sont établies, concluront imprudemment des affaires. |
Tous ces arguments sont difficilement discutables ; ceux qui ont écrit sur cette question procèdent par affirmations etémettent des opinions dont il est difficile d'apprécier la valeur. Pournous, qui sommes observateurs impartiaux, nous ne pouvons que constater le fait actuel : l’inexistence des chambres de commerce allemandes à l'étranger, et une hostilité marquée témoignée à ces institutions par deux puissances dont, semble-t-il, la bienveillance, ou tout au moins la neutralité, serait une condition indispensable à leur réussite : le gouvernement impérial et le commerce d'exportation établi à l'étranger.
-IL. — Projet de création d'une Reichshandelsstelle.
Moins discuté el plus réalisable nous paraît le projet de création d'une Aeichshandelsstelle, d’un office d'empire centralisant les informations et les communiquant aux intéressés qui veulent exporter.
Celui qui veut écouler sa production, doit posséder de minutieuses informations lui permettant de saisir rapidement la chance favorable. En présence de la diminution constante des profits, « les faits qui doivent servir de base « aux calculs doivent être connus avec une précision quasi- « mathématique : ils sont nombreux et changent si souvent «qu'il devient impossible au nombre toujours croissant des «intéressés au commerce extérieur, de se les procurer ; « parfois même, ceci leur est presque impossible » (1).
Pour se renseigner, ils ont bien les consulats, mais d’abord il faut un temps souvent trop long pour s'entendre avec le consul, puis ces fonctionnaires, par suite de leur
(1) Deutsches Handels Museum, 1904, p. 202.
recrutement, sont parfois incompétents au point de vue technique, en tous cas ne peuvent immédiatement fournir le renseignement.
Aussi a-t-on recours aux associations privées, du type de celles que nous avons signalées dans ce travail (associations en vue de l'exportation, 1" partie, chapitre IT). Elles sont insuffisantes en ce sens que leur action est /imatée dans l'espace et dans les moyens. Elles ne peuvent servir qu'à leurs membres, puis elles ne disposent point de ressources suffisantes pour réunir toutes les informations qu'il serait souhaitable de posséder.
Il est donc naturel de se tourner vers l'Etat. Il possède à l'étranger des organes de représentation capables de lui fournir des renseignements suffisants, d'autre part, il a dans ses attributions les services d'intérêt général et auxquels l'initiative privée ne peut suffire.
Actuellement, le Reichsamt des Innern rend déjà de grands services à l’industrie et au commerce d'exportation par les publications suivantes :
4° Deutsches Handelsarchiv, publication mensuelle contenant des renseignements législatifs et statistiques et les rapports des consuls ; on lui reproche d'être trop rare pour être utilisée avec profit par le commerce.
2° Nachrichien für Handel und Industrie, paraissant tous les trois jours sous forme de journal ; ses nouvelles sont empruntées aux rapports consulaires dès qu'ils arrivent; elles contiennent aussi des traductions des publications étrangères relatives au commerce extérieur : presse, ou rapports d'institutions commerciales.
3° Vertrauliche Flugblätter. — Ce sont des communicaüons confidentielles adressées aux chambres de commerce et aux représentations attitrées de l’industrie et du com-
merce. Elles sont destinées à être répandues parmi les membres de ces associations.
5° Berichte für Handel und Industrie. — N s'agit ici de travaux plus importants, monographies plus considérables, relatives soit à la situation économique d'un pays, soit à une branche d'industrie ou de commerce. Elles sont généralement rédigées par les représentants commerciaux du gouvernement à l'étranger.
4° Systematische Zusammenstellung der Zolliarife des In und Auslands. — L'ouvrage se rapporte à 60 pays, et donne les renseignements par groupes de marchandises ainsi divisés : — À. Industrie textile. — B. Industrie des métaux, terres et pierres. — C. Industrie chimique. — D. Bois et industries apparentées. — E. Industrie du papier, du cuir et du caoutchouc, — F. Agriculture. Produits alimentaires.
De plus, depuis mai 1902, le Reichsamt des Innern a fait savoir qu'il répondrait aux questions qui lui seraient adressées sur les conditions douanières à l'étranger, indiquant pour chaque question à quels documents il fallait se reporter pour être renseigné.
Sans méconnaître la grande utilité de ces publications, l'on fait cependant observer que leur répartition, dans le public intéressé, laisse à désirer. La transmission des feuilles confidentielles, en particulier, ne se fait que par l'intermédiaire d'associations et de corporations représentant le commerce et l’industrie; 1l en résulte des complications des retards, des pertes de documents ; de telle sorte que celui qui aurait le plus besoin d’être renseigné,ou bien ne recoit pas les communications, ou bien les reçoit trop tard.
Il s’est donc produit des réclamations et des demandes de réformes tendant toutes à une organisation, à une centrali-
sation de tous ces renseignements intéressant le commerce d'exportation en un seul bureau, un office impérial du commerce : Reichshandelsstelle.
L'organisation des associations en vue de l'exportation a préparé la voie ; elles sont en quelque sorte les précurseurs du futur office.
En 1899, le Pund der Industriellen se prononçait à Funanimité en faveur de cet office, qui réunirait tous les renseignements utiles au commerce, et serait soutenu d'une part par les intéressés : exporteurs et corporations commerciales, et d'autre part, au moyen de subventions des Etats confédérés.
Une commission fut nommée qui se chargea d'études préparatoires. Elle fut composée de délégués des ministeres intéressés (affaires étrangères, finances, intérieur et commerce (Prusse), des associations en vue de lexportation, et des chambres de commerce.
Une circulaire fut envoyée en 1900 aux chambres de commerce ; elles ne se déclarèrent pas toutes en faveur de l'institution, cependant, des réponses il résulta qu'on pouvait déjà compter, grâce à elles, sur une contribution annuelle de 35.000 marks promis de façon ferme ; le contenu des réponses douteuses ou imprécises, permettait de compter sur plus du double. Comme, d'autre part, il restait un grand nombre d'entreprises qui n'avaient point été consultées, on estimait pouvoir, sans exagération, espérer del'initiative privée une somme annuelle de 75.000 marks. En 1901, le Handelstag, organe officiel des chambres de commerce, se prononça en faveur du projet; et le Reichstag, adoptant à une grande majorité une résolution favorable à la subvention d'un bureau central d'informations, le secrétaire d'Etat à l'intérieur, M. de Posadowsky, exprima sa
sympathie pour le projet, mais déclara qu'avant de s'engager, il désirait que les intéressés établissent un programme clair de l’institution projetée, tant au point de vue administratif qu'au point de vue financier.
Conformément au désir exprimé par le secrétaire d'Etat, l'on formula un plan d'organisation de la Reichshandelsstelle ; en voici l'analyse :
L. But. — Recueillir les renseignements nécessaires au commerce extérieur et à la vie économique de l’Allemagne.
Ces renseignements doivent principalement porter sur les douanes, les transports, l'emballage, les marques de fabrique et brevets, les dispositions relatives à l'exercice du commerce et de l'industrie, les usages du commerce, la situation des marchés, les adjudications publiques à l’étranger, la représentation en justice, la fourniture des matières premières, l'indication de fournisseurs allemands aux firmes étrangères, les informations relatives aux débouchés pour l’industrie allemande,
IL. Moyens. — Relations directes avec les consulats, les chambres de commerce, rapports d'échange avec les institutions ayant pour but le développement du commerce extérieur ; établissement de listes de maisons s’occupant d'exportation ; constitution d’archives et d’une bibliothèque comprenant des textes législatifs, des statistiques, des rapports commerciaux, des livres d'adresses, etc.
Publication d’une revue, de communications confidentielles et non confidentielles, de monographies, — correspondance avec l'intérieur et l'étranger.
Expositions d'échantillons pour l'importation et l’exportation.