‹ Les procédés d'exportation du commerce allemandChapitre 5 sur 28 · EE · texte numérisé non relu

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La progression, réserve faite pour les périodes de crise 1893 et 1901, est continue ; en 1889, c’est 1 milliard 931 marks que représente le tribut à payer à l'étranger ; en 1906, ca été 4 milliards 387.

L'obligation d'exporter. — L'Empire étant constitué débiteur d'une pareille dette, quels moyens a-t-il de l’acquitter ?

Les deux qui s'offrent principalement à tout Etat industriel : l'exportation des produits fabriqués et les intérêts de capitaux placés à l'étranger.

L'exportation, et une exportation croissante, de produits fabriqués n’est donc pas,pour l'Allemagne, inspirée par une simple recherche des profits du commerce international ; elle est, comme on a dit: une nécessilé d'airain qui résulte de l'augmentation extraordinaire de sa population.

L'Empire est en présence de cette alternative : exporter les hommes qu'il ne pourra nourrir, ou, s'il les conserve sur son territoire, exporter les produits fabriqués nécessaires au paiement des dettes qu'il contracte pour les entretenir.

Ajoutons que l'évolution de la grande industrie aboutit, par sa nature, à augmenter cette nécessité d'exporter. Les transformations de l’outillage industriel et la concentration des entreprises ont amené ce résultat que les usines tendent naturellement à la surproduction. Cela résulte des nécessités de la concurrence ; dans les industries qui fabriquent en masse des produits de type uniforme, plus augmente la quantité du produit, moins élevé est son prix de revient.

Il y a donc une tendance à la constitution de stocks trop abondants qui doivent être écoulés par l'exportation.

Les ententes entre les producteurs : les cartels, cherchent à organiser ce régime anarchique ; ils veulent, en dominant le marché intérieur, soit y limiter la production, soit surtout y maintenir un prix suflisamment rémunérateur et qui permette de vendre à tout prix, à l'étranger, les excédents qui résultent d'une mise en œuvre intensive de l'outillage : c’est le dumping.

Les faits concordent avec ces indications, et l'examen des statistiques de 1889 à 1906 montre qu'à côté de l’accroissement absolu des exportations de produits fabriqués, l'on constate une augmentation plus considérable de leur excédent sur les importations.

Excédent d'exportation de produits fabriqués (Commerce spécial).

r Pr A ? = ANNÉES IMPORTATIONS EXPORTATIONS EXCÉDENTRDEX PORTATION

millions de mk.|millions de mk.|millions de mk.

1889 993 2.099 1.106 1890 981 2.148 1.167 1891 904 2.049 1.145 1892 S56 1.950 1.094 1893 901 1.998 1.097 1894 835 1.879 1.044 1895 926 2.180 1.254 1896 939 2.301 1.362 1897 965 2.304 1,338 1898 1.015 2.396 1.381 1899 1.148 RIT 1.564 1900 1.200 2.982 1.782 1901 1.064 2.892 1.828 1902 1.103 3.089 1.986 1903 1.208 3.281 2.074 1904 1.220 3.442 2,222 1905 1.398 3.824 2.496 1906 1.674 4.399 2.725

Les obstacles à l'exportation. — Mais cette exportation

n'est pas sans obstacles,elle se fait dans les conditions de la concurrence internationale : concurrence présente et concurrence de demain.

L'Allemagne est arrivée sur des marchés étrangers après des rivaux européens qui avaient, depuis longtemps, pris pied chez leurs clients. L'Angleterre en particulier, était le fournisseur attitré du monde pour les produits des industries textiles et métallurgiques.

Sa marine et ses banques lui permettaient une expansion quasi-illimitée, avant que l'Allemagne eût paru sur le marché mondial.

Malgré cette avance, le nouvel Empire est devenu pour la Grande-Bretagne un compétitenr redouté, qui occupe mème sur certains marchés la place qu’elle possédait auparavant.

S'il y à lieu d’être satisfait du présent, les perspectives d'avenir sont moins rassurantes. [l est peu probable que les grands pays exportateurs, et en l'espèce l'Allemagne, puissent se maintenir sans effort sur les domaines dont ils ont fait leurs débouchés.

Certains faits justifient cette opinion. Quelque divercents que soient les avis sur la réussite de leurs tentatives, il est incontestable qu’il y a dans les pays neufs, qui jusqu'ici étaient les plus sûrs territoires d'écoulement des produits européens, des efforts vers l'industrialisation ; s'ils réussissaient ils pourraient restreindre considérablement l'appel aux anciens fournisseurs.

En Europe, la Russie, outre-mer, les Etats-Unis, l’Argentine, l'Australie, le Japon, l'Inde même, augmentent autant qu'ils le peuvent leurs industries manufacturières ; le danger n’est peut-être pas encore imminent, il nous parait cependant difficile de nier sa réalité.

Une autre menace réside dans les tendances impérialistes. Les projets de M. Chamberlain ont jusqu'ici échoué, tant en Angleterre que chez les principaux intéressés : les représentants des colonies britanniques ; mais ne peut-on présumer l'aboutissement de la campagne unioniste ? (1).

De leur côté, les Américains ne réussiront-ils pas à établir sur leur continent une hégémonie économique ?

Il s’agit plus ici d'hypothèses que de réalités et il ne convient pas de s'aventurer sur un terrain aussi glissant ; l’on peut cependant constater que les pays jeunes se sont entourés de barrières douanières élevées et dont la présence n'est point faite pour favoriser les importations d'Europe.

(1) L'on peut signaler, comme symptômes intéressants, les échecs des libéraux aux toutes récentes élections, et l’évolution des opinions personnelles de M. Balfour.

INT RODUCTION |

Voilà donc constatées, d'une part la nécessité d'exporter, de l’autre les difficultés auxquelles se heurte l'exportation. Comment résoudre ces deux problèmes ? L'Etat et l’initiative privée s’y emploient.

Les moyens d'exporter. — Nous avons signalé plus haut quelle assistance l’£fat pouvait prêter au commerce extérieur, en Allemagne, dans le domaine des transports. Cette action s'exerce à l'intérieur, mais l'intervention de la puissance publique se produit aussi hors des frontières.

Par la politique coloniale d’abord. L'Allemagne est ici moins bien placée que les autres grandes puissances. Arrivée la dernière dans le partage des continents, elle a trouvé les meilleures places prises et a dù s'établir dans des territoires où, plus que d'autres, elle a dû déployer son activité pour obtenir des résultats qui jusqu'ici sont assez médiocres.

En 1906, les exportations vers les colonies se chiffraient par 46.732.000 marks (1).

Cependant, l’active propagande que font les associations visant le développement du domaine colonial, le souci que l’on met à y créer des moyens de communications et de transports, permetent d'espérer pour l'avenir une compensation aux sacrifices actuels.

L'Empire s'emploie ensuite en faveur de l'exportation par la politique douanière. Il a réussi à grouper dans un système de traités à tarifs annexés la plupart de ses voisins. Grâce à l’usage des spécialisations, on est parvenu à tourner, en partie, les inconvénients de la clause de la nation la plus favorisée, et à établir pour les parties contractantes

(1) Stat. Jahrb., 1907, p. 379.

des avantages réciproques d'où sont écartées, dans la mesure du possible, les autres nations.

Quoi que l’on pense des traités de commerce, ils ont assuré à l'Allemagne des privilèges qui sont loin d'être négligeables. Mais il ne faut point oublier que les exportations totales vers les pays en question, n’ont été en 1906 que de 2 milliards 343, sur un total de 6 milliards 478 (1).

Pour près des deux tiers de son exportatron, l'Allemagne doit donc s'estimer heureuse d'être traitée sur le même pied que ses concurrents ; comme les autres, elle est exposée à l'instabilité et à l'augmentation des tarifs.

L'outillage commercial national. — Les choses se présentant ainsi, il est de toute nécessité que l'Allemagne possède un outillage commercial privé qui lui permette d’effectuer ses exportations.

(1) Exportations vers les pays avec lesquels il y a un traité à tarif annexé. (Commerce spécial, avec métaux précieux jusqu'en 1905 inclus.)

Valeurs en millions de marks.

Autlriche-ITongrie ..…

Russie ere 406,31." 368,41. 315,310 378,61 313,71 318,4 Einlande ren 51,1 43,5 Sn 34,4 28,4 27,5 SSSR ET de 373,6| 369,8] 327,9] 3041| 985,3| 264,3 Beletque rene 355,8 || 319,5|— 277,4| 9268:0| " 260,7| 236,0 MA Sen dre io 230,9| 175,4| 146,0| 136,1] 130,0] 127,2 Suède... Re 200 176,4 199,1 151,0 132,3 119,1 111,4 Roumanie 63,9 44,4 41,9 37,6 49,5 34,0 Bulgarie ..... re 170 12 4 11,6 dl 6,0 5,9 Gréceses Ro 11,1 8,5 8,5 8,0 6,9 6,6 SIN eo So 8,0 657 6,7 7,0 5,6 12 lotal een 2.343,1| 2.094,6| 1.907,8| 1.844,4| 1.768,2| 1.630,0

Exportations lotales.| 6.478,6| 5.841,8| 5.315,6| 5.130,3| 4.812,8| 4.512,6

Stat. Jahrb., 1907, p. 181,

Pour conquérir les débouchés actuels, pour assurer une expansion future indispensable, elle a formé et forme encore un outillage économique qui {end à devenir exclusivement national.

Pour les banques, pour les transports maritimes, pour le commerce proprement dit, elle s’affranchit de plus en plus de l'étranger ; il est superflu d'insister sur les avantages que présente cet affranchissement : les affaires, grâce à la solidarité nationale, seront traitées avec plus de soucis des intérêts de l'Empire par des nationaux que par des étrangers ; le prix des services rendus restera dans les mains de citoyens allemands, les bénéfices des entreprises créées avec le capital allemand viendront accroitre Le patrimoine national.

La marine et les banques à l'étranger sont des sujets trop spéciaux, ils demanderaient, pour être étudiés avec exactitude, de trop longs développements pour que nous puissions ici nous en occuper ; nous préférons concentrer notre attention sur le commerce proprement dit, sur les organes de la vente.

Nous voulons cependant dire ici quelques mots des Banques allemandes à l'étranger, banques dont l'évolution est tout à fait contemporaine, et sur lesquelles il a été publié moins de travaux et d'articles que sur la marine.

Ce sont les grandes banques berlinoises,qui sont l'origine de cette expansion étrangère de l’outillage financier. Elles ont créé — en tout ou en partie — des établissements plus ou moins indépendants, et dont le but est d'activer les relations commerciales avec le pays où ils travaillent.

Ces banques se livrent en premier lieu au commerce régulier de banque; elles financent les opérations de com-

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merce, ce qui, jusqu'à leur création, avait été un quasimonopole de l'Angleterre. De même que le commerce suit souvent le pavillon du navire transporteur, de même la clientèle d’une banque se sent attirée par son pays d'origine; les banques à l'étranger sont ainsi des pionniers de l'influence allemande. Les Allemands tirèrent d’ailleurs parti de la situation privilégiée de la place de Londres, et de même qu'on créait à l'étranger des banques indépendantes, les grands établissements (Deutsche Bank, Diskontogesellschaft et Dresdener Bank, par exemple), fondaient dans la capitale du Royaume Uni d'importantes filiales,

Ce qui caractérise les banques allemandes à l’étranger, c'est qu’à côté du commerce régulier de banque, elles exercent ce qu'on pourrait appeler un commerce irrégulier de banque. On les à nommées : allerlei Unternehmungen, elles se prêtent à toutes sortes d’entreprises.

Non seulement elles se chargent de recherches sur la valeur et le crédit des clients et commerçants du pays où elles travaillent, mais encore elles jouent un véritable rôle d'agents commerciaux, cherchant autant qu’elles le peuvent à introduire les produits allemands. Elles sont enfin l'intermédiaire indiqué pour le placement des capitaux allemands à l'étranger, placements qu’elles effectuent autant dans les affaires privées que dans les affaires publiques. L'on sait qu'en général, les souscriptions d'emprunts permettent aux pays qui les effectuent de stipuler au profit de leur industrie des commandes ; les banques allemandes, par leur présence à l'étranger et leurs relations en Allemagne, sont particulièrement bien placées pour jouer ce rôle.

En un mot, les banques allemandes à l'étranger concentrent les intérêts économiques allemands dans les pays où elles exercent leur activité.

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