‹ Les procédés de la gravureChapitre 20 sur 53 · FIG, 38. — VÉNITIENNE TEIGNANT SES CHEVEUX · texte numérisé non relu

FIG, 38. — VÉNITIENNE TEIGNANT SES CHEVEUX

Bois gravé par Ch. Guerra, d’après un dessin de Cesare Vecellio, 1590.

la pointe le trait de ce qu’on veut graver, avant de l’ombrer, parce qu’il pourrait se trouver dans la suite de l’ouvrage qu’on aurait tracé des endroits où il n’était pas à propos de le faire ; on peut donc tracer par petites parties, à mesure qu’il en est besoin, pour y placer les ombres, en marquant les principales touches, et ensuite dessiner le côté du jour avec une pointe très fine, ou même avec des petits points, si ce sont des chairs, ne formant de traits que dans les endroits qui doivent être un peu plus ressentis; il faut aussi accompagner ces traits soit de quelques points, si c’est de la chair, soit de quelques tailles ou hachures, si ce sont des draperies, afin qu’ils ne soient point maigres et secs étant tout seuls. La gravure n’est déjà que trop sèche par elle-même, à cause de la nécessité où l’on est de laisser du blanc entre les tailles: c’est pourquoi il faut avoir toujours dans l’esprit de chercher la manière la plus grasse qu’il est possible. Comme on ne peut pas faire un trait gras et épais qui ne soit en même temps très noir, pour imiter le moelleux du pinceau, ou du crayon, qui les fait larges et néanmoins tendres, on est obligé de se servir de plusieurs traits légers l’un à côté de l’autre, ou de points tendres pour accompagner ce qui est tracé d’une petite épaisseur d’ombre qui l’adoucisse. Il faut observer la même chose dans les touches des ombres, et avoir soin que les tailles du milieu d’une touche soient plus appuyées que celles des extrémités; on gravera ensuite les ombres par des hachures rangées avec égalité.

« On peut, dans la gravure à l’eau-forte, tirer un grand parti de la morsure; ainsi une planche gravée d’un ton égal et uniforme pourrait être amenée à l’effet,

TETE DE L'APOLLON DU BELVÉDÈRE Etats successifs dune gravure au burin

THEORIE DE LA GRAVURE. Oj

par le seul fait de la manière dont la morsure aurait été dirigée.

« La gravure pouvant être regardée comme une façon de peindre, ou de dessiner avec des hachures, la meilleure manière et la plus naturelle de diriger les tailles est d’imiter la touche du pinceau, si c’est un tableau que l’on copie. Si c’est un dessin, il faut les diriger du sens dont on hacherait si on le copiait au crayon. Ceci est seulement pour la première taille; à l’égard de la seconde, il faut la passer par-dessus, de manière qu’elle assure bien les formes conjointement avec la première, et, par son secours, fortifier les ombres et en arrêter les bords d’une manière un peu méplate, c’est-à-dire un peu tranchée et sans adoucissement. »

Comme la taille, si fine qu’elle soit, paraîtrait toujours un peu dure dans le passage de l’ombre à la lumière, surtout dans les chairs, on peut, suivant la recommandation de Cochin, se servir soit de traits à la pointe sèche, soit de points allongés ou ronds, et espacés plus ou moins, de manière à ménager la transition.

En thèse générale, éviter dans la gravure à l’eau-forte que les tailles se croisent sous des angles trop aigus, parce que la morsure agirait trop vivement sur les points d’entre-croisement et que les sommets feraient tache.

Pour ce qui est de la théorie des losanges et de toute la mécanique du burin, je crois inutile d’entrer dans des détails qui ne seraient d’aucune utilité pour les lecteurs auxquels ce livre s’adresse. L’excellente planche que M. Antoine Szretter a faite pour ce livre en montrant les états successifs d’un même sujet gravé au burin, indiquera mieux que nous ne pourrions le faire la

marche la plus habituelle des travaux, depuis le tracé du calque jusqu’à l’achèvement de la gravure.

Je terminerai par quelques citations de gravures à consulter pour se rendre compte du parti que 1 on peut tirer de telle ou telle maniéré de procéder dans le rende* ment des objets.

Pour les chairs , voir les estampes de Corneille Vischer, Houbraken, Ficquet. Pour les étoffes, on trouvera d’excellents modèles dans les gravures de Bolswert et de Masson. Les lointains ont été bien rendus par Audran.

Les gravures françaises du xvme siècle sont en général de bons modèles à consulter, à tous les points de vue.

De nos jours, Jules Jacquemart a admirablement traduit les armes, les émaux, les matières précieuses ; F. Buhot marche sur les traces de ce maître; Gaucherel excelle dans i’ architecture ; Brunet- Debaisnes, Chauvel, Courtry, Lalanne, G. Greux dans le paysage. Gilbert, La Guillermie et Le Rat ont gravé à l’eau-forte d’excellents portraits ; Waltner, Rajon, Lalauze, L. Flameng, Th. de Mare, Gaujean et tant d autres que je pourrais citer, brillent par des mérites divers sur lesquels je ne saurais m’étendre. F. Gaillard, enfin, est un artiste d’une rare puissance et d’une originalité absolue.

On consultera également avec fruit les estampes des peintres-graveurs, Ch. Jacque, Daubigny, Bernier, Appian, etc., etc., et celles de graveurs étrangers, anglais particulièrement, dont la nomenclature nous entraînerait trop loin; nous en avons déjà cité quelques-unes au commencement du chapitre de l’eau-forte.

GRAVURE EN MANIERE NOIRE

ont laissé de bons portraits à la manière noire. Rembrandt, qui ne s’est pas servi de ce procédé, a établi victorieusement par ses eaux-fortes qu’on pouvait se dispenser d’y recourir, même dans les cas qui lui sont particulièment favorables : le croisement des tailles dans tous les sens a permis au grand maître de réaliser des merveilles de clair-obscur et des prodiges de lumière que la manière noire est impuissante à produire.

La gravure en manière noire est encore en grande faveur en Angleterre; on vient de faire à Londres une exposition fort intéressante d’estampes ainsi gravées, anciennes et récentes.

GRAVURE AU LAVIS

Cette gravure donne des épreuves qui ressemblent à des dessins lavés à l’encre de Chine ou à la sépia ; elle est, du reste, effectuée par des moyens analogues à ceux employés dans ce , genre de dessin.

Au lieu d’encre, le graveur se sert d’acide nitrique ou d’autres mordants liquides qu’il applique au pinceau sur le cuivre nu : l’intensité du ton plat obtenu de cette manière dépend de la force du mordant employé et de la durée de son emploi.

I Voici , d’ailleurs, comment on procède, ou plutôt un des moyens de procéder, car chaque artiste a pour ainsi dire sa recette particulière.

Le dessin est d’abord établi sur cuivre et gravé par les procédés habituels de l’eau-forte, puis on dévernit la

GRAVURE AU LAVIS

planche et on la nettoie. Cette opération terminée, on recouvre de vernis de Venise, appliqué au pinceau, toutes les parties du cuivre qui doivent rester blanches, c’està-dire ne fournir aucune teinte au tirage, et on plonge la planche ainsi préparée dans un bain d’acide faible. Quand le graveur croira qu’il s’est écoulé un temps suffisant pour une morsure légère et très superficielle, il retirera la planche et la lavera à grande eau. Puis au moyen de couvertures partielles et successives au vernis de Venise, suivies de nouvelles morsures, il accentuera les teintes de lavis suivant l’effet qu’il veut produire; si, par exemple, il a besoin de trois tons de noir, il fera mordre une première fois l’ensemble des parties teintées, recouvrira de vernis l’emplacement des teintes faibles, fera mordre une seconde fois pour obtenir les teintes mixtes, et enfin recouvrira celles-ci du vernis protecteur et fera une troisième morsure qui, dans les points découverts, produira le ton noir le plus intense, car ces points auront supporté les trois morsures.

On obtient ainsi des zones de teintes douces, légères, mais un peu molles, et quelquefois accusant trop la ligne de démarcation des morsures successives. Pour donner des accents plus vifs en certains points et pour raccorder les teintes, le graveur tient à sa disposition divers procédés dont nous allons parler brièvement.

D’abord, s’il a une grande habitude de l’eau-forte et une sûreté de main à toute épreuve, il peut faire ces retouches à l’aide d’un pinceau imbibé d’acide plus ou moins dilué, et passé rapidement aux bons endroits. L’immersion de la planche dans un bassin d’eau froide arrête immédiatement l’effet de l’acide : c’est affaire au

ç6 LES PROCÈDES DE LA GRAVURE.

graveur de bien calculer son temps et la puissance du mordant.

Il peut aussi faire subir à des parties déterminées du cuivre un bain d’eau-forte en élevant autour de ces parties un quai de cire molle qui circonscrive exacte-

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