FIG. IO9. -- VIEUX BERGER
Par Charlet. — Héliogravure d’une lithographie à la plume, réduite.
xvme siècle, d’enrouler autour d’un plafond ou sur le
champ d’un dessus de porte, ni même les ligures enfantines, nullement mythologiques d’ailleurs, auxquelles Greuze et surtout Chardin ont donné un rôle charmant, mais accessoire, dans plusieurs de leurs tableaux. Sous le crayon de Charlet, les enfants ont plus que ce rôle épisodique, mieux qu’un intérêt de surface et qu’une grâce de convention. Soit que le dessinateur nous les représente au moment des jeux ou aux heures si lentes de la classe, soit qu’il retrace leurs élans d’indocilité ou leurs ruses, leurs amitiés ou leurs querelles, partout l’expression est aussi complète que la donnée même est piquante. Quelque chose d’imprévu et de profondément vrai tout ensemble, un mélange d’invention spirituelle et d’observation ingénue, voilà ce qui donne un charme exquis à ces petites scènes oü la naïveté courait le risque d’aboutir à la niaiserie, l’humilité des éléments à l’indigence de l’aspect, et que, peut-être à cause de cela même, aucun artiste n’avait abordées. Et cependant, à en juger sur les résultats de la tentative, quelles ressources n’offraient pas d’aussi modestes données, au point de vue du fait pittoresque et des souvenirs ou des idées qu’il implique? N’eût-il laissé que cette série de scènes enfantines , Charlet n’en demeurerait pas moins un des artistes les plus ingénieux, un des mieux doués de notre temps. »
Parmi les œuvres capitales de Charlet, nous citerons : le Drapeau défendu , /’ Aumône, les Français après la victoire, le Voltigeur et le Carabinier, Le voilà!... Nous pourrions multiplier les exemples, mais cela nous entraînerait trop loin. Les lithographies de Charlet sont aujourd’hui recherchées avec un empres-
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sement qui prouve le rang qu’il occupe dans l’estime des artistes et des amateurs : certaines atteignent à des prix fort élevés, autant à cause de leur mérite que de leur rareté. On sait que l’artiste n’hésitait pas à sacrifier un travail qui ne lui plaisait pas ; il poussait le souci de ses œuvres jusqu’à racheter, pour les anéantir, des tirages complets d’une pierre condamnée par lui.
Dans les mains d’Horace Vernet et de Charlet, la lithographie a été une arme de combat, arme toute spirituelle, qui prend rang dans l’arsenal des chansons de Béranger et des pamphlets de Paul-Louis Courier. Ces armes, forgées pour la défense de la liberté, se mirent au service de la légende impériale : c’était là une singulière façon de comprendre le libéralisme, mais sous la Restauration on n’en connaissait point d’autre; les coups n’en tombaient pas moins drus et bien appliqués sur l’ancien régime personnifié par les Bourbons.
En dehors de la politique, la lithographie célébrait les petits sujets de genre et y trouvait également le succès. Pigal, Henri Monnier, Eugène Lami, Grandville avec ses animaux, y acquirent une juste renommée. Grandville, artiste surfait, à n’envisager que la valeur plastique de ses ouvrages, était un esprit ingénieux et fin; les Métamorphoses du jour , oü il se raille de la betise humaine, doivent compter parmi les productions les plus
intéressantes de son époque.
Entre temps, les adeptes de l’art serieux,les disciples de David, voulurent tenter delà lithographie. Ingres s’y essaya personnellement plusieurs fois et aussi Gros, mais ils n’insistèrent pas. Girodet y mit plus de persévérance ; on lui doit des sujets mythologiques et des por-
traits; il lithographia lui-même et il encouragea la traduction de ses œuvres de peinture en lithographie. Son élève, Aubry- Lecomte, a crayonné d’après lui des pierres où la perfection du travail est poussée jusqu’aux dernières limites. Dans la même voie, M. Sudre a fait preuve d’un remarquable talent; son Odalisque, d’après Ingres, n’a rien à redouter d’un rapprochement avec la gravure au burin la plus réussie.
Le nom de Léon Cogniet, qui est mort l’an dernier* dut à l’origine sa popularité bien plus à la lithographie qu’à la peinture ; ses petites Scènes italiennes survivront peut-être au Tintoret peignant sa fille morte.
La lithographie était bien faite pour tenter les romantiques ; ils avaient là un moyen simple et pratique de vulgariser de chaudes improvisations qui se seraient refroidies en passant par les lenteurs des autres procédés de reproduction. Delacroix aborda la pierre calcaire avec un entrain qu’il est permis aujourd’hui de trouver excessif, sans insulter à sa gloire. Il devait, du reste, se calmer rapidement, ainsi que l’attestent les Scènes d après Shakespeare, qui suivirent de quelques années les fougueuses illustrations du Faust de Gœthe. C.ette deuxième série comprend des planches fort belles où les dioits de la composition et du dessin sont respectés sans qu’il en coûte à la hardiesse et à la beauté de l’effet.
Les plus précieuses lithographies de Delacroix représentent un Lion de V Atlas et un Tigre royal. Ici, le maître s affirme dans toute sa puissance : l’effet est d’une grandeur saisissante et il n’y a rien à reprendre dans la sti uct ure des deux nobles animaux. Le paysage est tiaité avec 1 ampleur magistrale que l’on est accoutumé
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d’admirer dans les peintures oü Delacroix interprète la nature avec autant de poésie que de vérité.
Bonington a été un lithographe exquis; c’est lui peut-être qui a poussé le plus loin la démonstration de