RÉSULTATS DONNÉS PAR L'OPÉRATION DE JABOULAY
Après les critiques il est juste que nous nous occupions des résultats qu’a donnés cette opération entre les mains de son auteur M. Jaboulay. Ce n’est point en effet un procédé théorique de laboratoire ou d’amphithéâtre é:aboré avec soin dans le silence du cabinet,
Le».
mais là seulement, et qui n’a pas encore franchi le seuil de la salle d'opérations. Ce n’est point d’après de belles planches que nous supputerons les résullats, mais en dépouillant les observations. Car cette opération qui remonte à peine à une quinzaine de mois a été déjà mise en pratique pour la sixième fois. C’est un chiffre relativement très élevé, si l’on songe que l’opération de Wagner, dont la naissance a été saluee avec tant d’enthousiasme dans la littérature médicale, compte à peine quinze essais.
Ces six opérations de M. Jaboulay ont été pratiquées: une dans un cas de contusion cérébrale, deux pour des tumeurscérébrales, trois pour des crises convulsives (hystéro-épilepsie, paralysie générale. Epilepsie jacksonienne). Etablissons d’abord la mortalité. Nous trouvons deux morts dans nos six observations ce qui fait 1/3 ou 33°/. Evidemment ce chiffre est très élevé. Il est brutal comme toutes les statistiques. Mais il est trompeur. Il vaut mieux là, comme bien ailleurs, ne pas porter un jugement d’après les chifires donnés, mais d’après l'examen attentif des observations. On ne pourrait, en effet, dans les deux cas dont nous nous occupons, considérer la mort comme le fait de l’intervention opératoire. Les autopsies ont heureusement permis de déterminer, dans ces deux cas, la véritable cause de la mort qui survinttrès rapidement.
Dans le premier cas (Observations IV),un homme de quarante ans avait été assommé dans une maison publique. Il présentait des contractures et du tremble- . ment à droite. La mort arriva deux jours après l’opé.: ration, Or, à l’autopsie on put constater que tout le
lobe frontal gauche était détruit par une vaste contusion. Il en était de même de la plus grande partie du
lobe frontal droit. En même temps on pouvait reconnaître une contusion du cervelet. Dans le deuxième cas (Observations XVI), il s'agit d’un homme qui entre dans le service de M. le professeur Lépine, comateux,
paralysé à droite dans la mobilité et la sensibilité. Le malade est dans un état d’insensibilité tel que l’opération peut être pratiquée sans anesthésie. Le malade meurt le lendemain. L'autopsie démontra la présence
d’une vaste tumeur de l'hémisphère droit. Voilà donc
l'analyse des observations qui pourraient assombrir le
pronostic opératoire si l'on ne considérait que la sta-
tistique. Serait-il juste d’en conclure que l’opération de Jaboulay est grave au point de vue opératoire ?
Evidemment non. Le chirurgien s’est trouvé là en pré-
sence de lésions cérébrales incompatibles avec l’exis-
tence et sur lesquelles nul traitement, tant médical que
chirurgical, ne pouvait avoir prise.