CHAPITRE IV
LA TRÉPANATION BILINÉAIRE EST-ELLE INDIQUÉE ET PEUT-ELLE ÊTRE PRATIQUÉE EN CHIRURGIE DE GUERRE ?
Puisque nous sommes destiné à exercer dans le milieu militaire, nous ne saurions terminer notre tra- . vail sans nous demander si l’opération que nous venons d'étudier est praticable en chirurgie de guerre. Et d’abord nous pouvons dire que la trépanation simple a été mise en pratique depuis fort longtemps aux armées. Ambroise Paré en relate de nombreux exemples. Dufouart (1801) se montre très audacieux dans la recherche des corps étrangers. Il conseille la trépanation pour l'extraction des balles logées dans la boite crânienne, Percy (1754-1825) réagit contre la prudente réserve des élèves de Desault et réussit à leur prouver que la trépanation peut donner de bons résultats. Enfin Larrey n’adopte pas les idées de son maitré Desault et tient cette opération en grande estime. Ce qui fait qu’on la voit rarement relatée dans les statistiques médicales des opérations pratiquées en campagne, c’est la gravité des traumatismes cräniens par projectiles de guerre. Cette gravité sera encore considérablement accrue par nos engins de balistique modernes. Néanmoins il se présente des cas de moindre gravité immédiate où l'indication de la trépanation est
posée au grand bénéfice du blessé. M. Delorme, le savant professeur au Val-de-Grâce reconnait l’opportunité du trépan (Chirurgie de guerre) dans les épanchements extra dure-mériens de la région temporo-pariétale et dans les cas « où des corps étrangers sont logés dans le cerveau ». « Ceux, dit-il, qui sont encastrés dans les foyers de fractures et que les élévateurs, les pinces n’ont pu dégager réclament l'application du trépan. À lexemple de D. Larrey, on doit les embrasser par une large couronne de trépan. »
Ainsi donc, de l'avis de M. Delorme,et nous ne saurions choisir une opinion plus autorisée que la sienne,
la trépanation est possible en campagne et même la :
trépanation large. M. Delorme ne craintpoint les vastes brêches faites au crâne. Il dit en effet dans son même traité : « Maints chirurgiens de nos jours conservent encore relalivement aux pertes de substance qu’on peut faire subir au crâne des craintès très exagérées et qui n’ont pas de raison d’être quand une ablation un peu étendue de la boîte crânienne est indispensable pour remplir une indication formelle, surtout quand les méninges ne sont pas ouvertes. Ne faire que le nécessaire, mais le faire, telle est la formule de pratique à adopter. »
Nous basant sur les principes de M. Delorme, nous nous croyons autorisé à penser que l'opération de Jaboulay est possible en campagne et peut trouver ses indications. Il est bien évident que nous pensons seulement au blessé soigné dans une ambulance très peu encombrée ou dans un hôpital de campagne.