OBSERVATION XXI
HYSTÉRO-ÉPILEPSIE (CRISES D'ÉPILEPSIE PARTIELLE). RALENTIS- SEMENT DU POULS SURTOUT APRÈS LES CRISES. TRÉPANATION. DIMINUTION DE LA FRÉQUENCE ET DE L'INTENSITÉ DES CRISES CONVULSIVES (RARETÉ DE LA PERTE DE CONNAISSANCE). DIS- PARITION DE L’INCONTINENCE D'URINE PENDANT LA CRISE. AMÉLIORATION PERSISTANTE DEUX MOIS APRÈS L’OPÉRATION. (RÉSUMÉE.) | bio Mne F... M..., tisseuse, née à Doisieu, demeurant à Doi-
sieu, entrée le 21 mars 1892, sortie le 11 juin 1892, rentrée
le 13 juillet 1892. Père mort à 70 ans d'attaque d’apoplexie.
Mère bien portante n'ayant jamais eu de crises de nerfs.
Une tante du côté maternel ayant eu des phénomènes
hystériques (crises avec perte de connaissance) pendant sa jeunesse, phénomènes ayant disparu après son mariage. Un frère bien portant.
Fièvre typhoïde à 8 ans. Depuis l’âge de 15 ans la malade est sujette à des crises de nerfs. Elle ne sait à quoi en attribuer le début; pas de frayeur. A cet âge, la malade dit qu’elle avait grandi beaucoup en quelques mois. i
De 15 à 20 ans, nombreuses crises de nerfs souvent accompagnées de pertes de connaissance. Le plus souvent ces crises débutaient par la main droite; les doigts se crispent sur la main, l’avant-bras se fléchit sur le bras et se contracture; la malade a ensuite une sensation de constriction au sommet de la poitrine et elle perd connaissance. La perte de connais-
sance, dans les commencements, durait souvent de une demi-
heure à une heure. Puis, à la suite, la malade avait des vomissements ; le plus souvent le réveil était accompagné de pleurs abondants.
De 15 à 20 ans, la malade qui n’était pas réglée avait des pertes blanches. Les règles apparurent à l’âge de 20 ans; elles furent toujours irrégulières, de médiocre abondance; mais les crises diminuent beaucoup de fréquence et d’inten-
dre.
sité après l'apparition des règles. Toutefois la malade perdait encore facilement connaissance lorsque la crise devenait forte ; et les crises étaient souvent au nombre de 10 à 12 par -jour surtout la semaine qui précédait les règles. Enfin la malade urinait involontairement, principalement durant les crises nocturnes ; elle avait les dents crochetées ; mais elle prétend ne s'être jamais mordu la langue; la salivation très
abondante, mousseuse était toujours blanche ; la langue était reportée vers l’arrière-gorge.
Etat actuel. — C'est une jeune fille au teint légèrement
anémique, avec muqueuses un peu décolorées. Elle paraît jouir d’un assez bon état général. Rien au cœur ni aux poumons. Fonctions digestives normales. L'intelligence est peu développée.
Les crises deviennent très fréquentes ; en excitant mécaniquement la main et l’avant-bras droit, en questionnant un peu minutieusement la malade sur les sensations qu’elle éprouve, on fait apparaître facilement une crise: les doigts se raidissent et se fléchissent fortement dans la paume de la main les uns après les autres par une série de mouvements lents, de reptation, comme athétosiformes ; l’avant-bras et la main se raidissent également, se mettent dans une demiflexion, la malade pousse une série de cris et d’exclamations involontaires ; elle se plaint d’une chaleur excessive au visage qui devient très conugestionné ; d’une sensation d’étoufferent à la gorge; et si la crise continue, les mouvements convulsifs apparaissent, mouvements classiques, de peu d'amplitude qui se généralisent peu à peu, après être partis de la main et de l’avant-bras droit. Dans les cas excessifs, il y a perte de connaissance, dilatation de la pupille, incontinence d’urine, crochetage des dents, écume blanche à la bouche; quelques mouvements en pont du bassin. Mais la crise est toujours très courte, à peine 4 à 5 minutes.
Compression du bras, compression de l'ovaire arrête à peu près sûrement la crise.
Ces crises se montrent parfois très fréquentes, 10 à 12 par
jour, généralisées, ou bien, crises petites consistant simplement en quelques secousses convulsives dans la main et l’avant-bras, précédées de raideur et de mouvements toniques
dans les muscles de la main et de l’avant bras.
Les réflexes rotuliens sont plutôt exagérés.
Etat normal des réflexes plantaires.
La sensibilité tactile là où est la douleur est partout intacte, sauf au niveau de la racine du membre supérieur droit où l’on trouve une zone d’anesthésie superficielle disposée en gigot, sur le moignon de l’épaule. Légère hyperesthésie cranienne. Après la crise, le pouls semble se ralentir. Autrefois la malade aurait eu de la perte des urines pendant Ja crise.
28 mai 1892, — Devant l’inutiiité du traitement médical (bromure de potassium longtemps continué et à haute dose, iodure de potassium à doses massives et hydrothérapie) à cause de l’intensité et de la fréquence des crises, à cause de l'aura nettement périphérique et localisée au membre supérieur droit, on décide la trépanation, que la malade accueille avec enthousiasme, Ÿ
Opération. — Trépanation bilinéaire avec travée volante intermédiaire le long de la ligne rolandique gauche (4 couronnes) par M. le professeur agrégé Jaboulay. On se contente de mettre. à nu la dure-mère sans l’ouvrir ; extérieurement rien d’anormal. Résplication de la travée intermédiaire.
Suites. — 2 juin 1892. Les suites de l'opération, au point de vue local, ont été très simples, guérison ravide ; réunion.
10 heures après l'opération: la malade sans contrariété,
sans émotion d’aucune sorte, étant couchée tranquillement,
éprouve de la raideur dans ses doigts de la main droite; ily
a quelques mouvements toniques, mais ces phénomènes ne se
généralisent pas; la malade n’éprouve pas de sensation de constriction et de serrement à la main et au bras qui la faisaient souffrir beaucoup auparavant et précédaient FUjQUS la crise.
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10 juin 1892. — Les crises ont continué à se montrer de la même façon qu'après l'opération, Mais elles ne se sont jamais généralisées ; la malade n’a jamais perdu connaissance. Elle n’a jamais uriné, ses dents ne se sont pas crochetées ; l’écume s’est montrée peu abondante. Elle accuse spontanément une grande amélioration, et se montre très contente du résultat, Elle est plus gaie que par le passé.
15 juin 1892. Elle demande à sortir.
13 juillet 1892. La malade rentre.
L'amélioration constatée à son départ a continué pendant son séjour dans son pays. Les crises sont devenues bien moins fréquentes et surtout moins intenses : cinq ou six par semaine.
20 juillet 14892. La malade a vu mourir dans des circonstances un peu dramatiques, une de ses voisines d'hôpital; elle a pris, la même journée, deux crises généralisées avec perte de connaissance; mais elle n’a pas uriné.
23 juillet 1892. Les crises avec perte de connaissance ne se sont pas reproduites. Toutefois il y a eu une ou deux crises généralisées ; mais elles sont plus rares que par le passé, à peine cinq à six depuis l'opération. Du côté de la sensibilité, on ne note qu'une faible diminution de la sensibilité cutanée au niveau du moignon de l'épaule.
La malade revue en septembre se disait. guérie.- Le pont osseux réappliqué était parfaitement fixe et solide.