INTRODUCTION
De toutes les opérations qu'il ait été donné à l’homme de pratiquer sur son semblable une des plus anciennes, à coup sûr, est la trépanation.
C'est un fait bien connu même des gens du monde, et il paraît puéril de rappeler que déjà l’on trépanait à l’äge de pierre. Les anthropologistes nous montrent des crânes présentant des pertes de substance faites à coup sûr dans un but chirurgical. C'est là, certainemen’, une chose fort curieuse, mais ce qu’il y a de plus intéressant encore pour le médecin, c'est de constater que celte opération, d'une antiquité si vénérable,a fait peu ou pour ainsi dire pas de progrès jusqu’à notre époque où mieux jusqu’à la période antiseptique. Jusque-là, en effet, la trépanation a piétiné sur place, elle n’a su que servir de mâtière à des discussions interminables entre écoles, entre personnalités chirurgicales. La cause de tout cela est facile à préciser. Elle fournissait alors une mortalité effrayante. Tandis que maintenant la statistique nous donne une mortalité de
10 o/,, elle était de 70, 80 et même de 90 °/, au commencement de ce siècle. Aussi comprend-on les invectives de Desaultetde Malgaigne contre la trépanation, invectives qui ne seraient plus de mise de nos jours. Quoi qu’il en soit, le trépan vient remplacer le silex des hommes préhistoriques, mais les ouvertures restent toujours très petites, très limitées comme étendue. Les vieux chirurgiens redoutent beaucoup les grandes brêches crâniennes. Elles exposent à des accidents trop considérables, non seulement pendant l’opération et les jours consécutifs, mais encore, le sujet complètement guéri, dans les années suivantes.
Pendant l’opération ils redoutent les hémorragies
dont les pinces hémostatiques (de Verneuil ou de Péan, grammatici certant) nous ont rendu maîtres. -Dans les jours suivants ils craignent la suppuration et la hernie cérébrale. Après l'application d’une seule couronne ce danger n’est guère à craindre. Mais dans les cas où le chirurgien, ne tombant pas directement sur ce qu’il cherche, se voit contraint d’agrandir l’ouverture, alors se montre la crainte de la hernie. Et cette crainte n’est pas vaine. Ces hernies sont fréquentes. Elles sont dues à ce que la dure-mère ulcérée et mortifiée ne suffit plus à maintenir la masse des circonvolutions poussées au dehors scit par l’hyperhémie, la vascularisation excessive des hemisphères, soit surtout par la tension du liquide céphalo-rachidien. Le pronostic de ces hernies est fort grave. Pirogoff raconte dans sa «Chirurgie de guerre » que tous les blessés de Crimée atteints de prolapsus du crâne succombèrent. Podrazki ditque,à l’Académie Joseph de Vienne,
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de 1854 à 1870, presque tous les cas de prolapsus du cerveau eurent une issue fatale. Demme, pendant la guerre d'Italie, n’a vu que cinq guérisons sur vingt-etun cas. Pendant la guerre américaine sept blessés seulement guérirent sur quarante-trois. Ces hernies sont d'autant plus graves qu’elles se reproduisent même après l’ablation des parties herniées. Aussi a-t on cherché de bonne heure à remédier à ces redoutables suites des plaies du crâne consécutives aux grands trauma tismes ou aux trépanations larges.
Les moyens les plus divers ont été employés pour les combattre depuis le syndon et le pansement compressif des anciens jusqu’à la prothèse avec des morceaux d'os décalcifié, de celluloïde, de liège,la greffe animale ou humaine et enfin de nos jours, les résections temporaires ou autres opérations analogues destinées à combler la brèche faite à la boîte cränienne. Ces deux derniers procédés opératoires n’ont été permis que par l’antisepsie. Ils ont fait rejeter les procédés de prothèse qui, de l’avis unanime de tous les auteurs, n’ont jamais donné de résultats bien favorables et bien concluants. Ces procédés sont, il est vrai, d’une exécution périlleuse et difficile. Ils auraient même paru impraticables à la période préantiseptique. Les résections temporaires ou autres opérations similaires nécessitent en effet une réunion parfaite des parties et l’absence totale de suppuration. C’est grâce à l’antisepsie que l’on s’est permis tant de üardiesses en chirurgie intra-
rânienne, dans ces dernières années. C’est à elle que nous devons les larges fentes de trépanation et tous les
instruments permettant d'agrandir la modeste cou-
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ronne classique. Il nous suffit de citer la pince gouge de Mathieu, la pince-trépan de M. Farabœuf.
En effet, l'innocuité des grandes ouvertures crâniennes est désormais universellement reconnue ainsi que M. Picqué l'affirmait encore au dernier Congrès de chirurgie. Wagner est allé même jusqu’à proposer la trépanation exploratrice. Cette conception pourra
effrayer encore nombre de médecins qui ont opposé
les mêmes résistances à la laparotomie exploratrice qu'ils sont obligés maintenant d'accepter. Cette idée, dit en effet M. Ollier dans son Traité des résections, rencontre de moins en moins d’opposants.
Ainsi munis de cette force nouvelle et puissante l’antisepsie, les chirurgiens ont fait faire à la trépanation: de rapides progrès au point de vue du manuel opératoire. Ils ont songé à ne plus faire subir au crâne que des pertes de substance momentanées. Ces pertes de substance en effet, une fois l'opération terminée, n’ont souvent plus aucune raison d’être et ne servent qu’à créer pour le crâne du sujet un locus minoris resisientiæ. D'un autre côté, la théorie des localisations cérébrales, malgré les succès que lui doit la trépanation, est encore bien incomplète et la recherche des centres moteurs nécessite fréquemment encore de larges ouvertures.
Avec les résections temporaires ou autres opérations analogues, la brêche étant refermée, on supprime à la fois et la hernie cérébrale et les dangers inhérents à la présence d’une large fenètresur le cerveau insuffisamment obturée par un volet cicatriciel et peu résistant.
Nous n’étudierons ici que le manuel opératoire de
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ces vastes brêches créées de plein grépar le chirurgien et refermées immédiatement. Nous ne donnerons qu’un aperçu très court des procédés autoplastiques destinés à refermer des pertes de substance accidentelles, conséquences de vastes traumatismes et qu’on observé surtout en chirurgie de guerre où ces genres d’autoplastie sont rarement possibles. Néanmoïns, comme ces procédés de greffe et d’autoplastie ont précédé et inspiré les résections temporaires, nous serions injustes et incomplets si, de parti pris, nous les laissions totalement dans l'ombre.