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Les frais des procès

J'aurais achevé ce trop rapide exposé si je n'avais à dire un mot des frais nécessités par cette longue procédure, et par les cérémonies de la béatification et de la canonisation.

Ces frais sont élevés Je n'en disconviens pas ; moins considérables cependant qu'on ne le dit parfois. Remarquons de plus qu'ils sont espacés sur une longue série d'enquêtes et de sentences, et sur un nombre considérable d'années ; est-il besoin de dire qu'ils ne sont pas destinés aux juges, pas plus aux juges diocésains qu'aux cardinaux de la S. C. des Rites ? Les juges n'en perçoivent que ce qu'on appelait, sous l'ancien régime, les épices, modestes cadeaux à l'occasion des réunions où l'on s'occupe de la cause ; ils reçoivent également une Vie et une image du Bienheureux ou du Saint.

Tous les frais sont minutieusement tarifés :

le tarif fixé par Benoît XTV a été récemment quelque peu modifié par le cardinal Aloisi-

Masella alors quUl était préfet de la S. C. des Rites ; on y prévoit les moindres dépenses Jusqu'aux pourboires à la « salle i> (domesticité) des cardinaux ; en sorte qu'à part une fluctuation dans les frais d'enquête et d'impressioui suivant le nombre des actes de procédure et le volume des dossiers, on peut prévoir à quelle somme s'élèveront les frais de la cause que l'on entreprend.

Ces frais sont de diverse nature. D'abord les honoraires proprement dits, légitimement dus à ceux qui travaillent pour la cause ; le postulateur et ses aides, le promoteur et ses auxiliaires, les avocats, procureurs, greffiers et traducteurs. Puis les frais matériels d'impression, de bureau, de voitures, etc. Enfin les frais qui se rapportent au culte : les vies et images du serviteur de Dieu, surtout l'ornementation de la basilique pour les solennités de la béatification et de la canonisation. Ces dernières dépenses sont très élevées, et une cérémonie de canonisation ne peut guère se faire à moins de 100.000 francs. Le plus souvent on réunit pour la même solennité plusieurs canonisations entre lesquelles les frais sont partagés.

Mgr Battandier a publié, dans VAnnuaii^e pontifical catholique (1903, p. 387), une liste

détaillée des frais d'un procès de canonisation, depuis les premières démarches dans les diocèses jusqu'aux solennités de la canonisation; je me permets d'y renvoyer : il arrive à la somme globale de 250.000 francs environ.

Aux siècles précédents on cite des exemples de solennités finales dont les splendeurs avaient nécessité des sommes énormes ; c'était alors dans les moeurs^ et l'Église, mieux pourvue, pouvait plus facilement soutenir ces dépenses qu'elle tend à restreindre aujourd'hui.

Conclusion

Des rapides canonisations primitives aux lenteurs et aux solennités de la procédure actuelle, le chemin est long, et les développements considérables ; il n'est pas moins vrai que les éléments de la décision ecclésiastique demeurent les mêmes, quant à la substance.

Comme point de départ, la conviction générale de la sainteté d'un serviteur de Dieu ; comme preuve, l'examen et l'étude de sa vie ; comme contrôle nécessaire, l'intervention divine par les miracles. Le tout garanti, autant que le permettent les choses humaines, par la sévère nrocédure judiciaire, sans parler, comme der-

nière garantie, de Tautorité souveraine de l'Église et du Pape.

C'est donc avec une confiance pleinement éclairée et en toute sécurité, que les fidèles peuvent attendre et doivent recevoir les décisions relatives aux béatifications et canonisations : aucun tribunal ne peut leur offrir plus de garanties d'impartialité, de prudence, de respect des formes de procédure et; pourquoi ne pas le dire, de sage lenteur.

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