PROCÈS CRIMINEL DE JEAN SARDON
ACCUSÉ d'avoir commis bestialité avec une vache
6 juin 1606.
L'an mil six cent six, le lundy premier jour du mois de juin, fut amené en présence de nous, Bailly de Chasteau Regnault, un quidam vêtu de toille à carreaux gris et blancs, accusé d'avoir eu copulation et habitation charnelle avec une vache, et conduit le jour d'hier en prison pour ledit délit par luy commis, lequel quidam nous aurions interrogé en la manière et forme qui s'ensuit :
Interrogé quel nom il avoit, a repondu être nommé et appelle Jean Sardon.
Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il etoit né natif du Pont de Ce, diocèse d'Angers.
Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit vingt sept ans et demy, étant né le 6 janvier 1579.
Interrogé s'il avoit coutume et habitude de connoitre charnellement les betes brutes, a repondu que non, et que c'etoit pour la première fois que ce malheur luy etoit arrivé, dont il requeroit pardon à Dieu, au Roy, à nous et à la justice et nous prioit de luy faire grâce ; à quoy nous avons repondu que cette grâce ne dépendant pas de nous, tout ce que
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nous pouvions faire en sa faveur etoit de le juger suivant l'ordonnance, et ensuite de le renvoyer au Parlement de Paris, qui feroit ce qu'il jugeroit à propos, et auprès desquels juges il devoit solliciter sa grâce ; après quoy ledit Jean Sardon s'étant pris à pleurer, nous lui aurions dit qu'il devait commencer par demander pardon à Dieu, qu'il avait si horriblement offensé, et qui etoit cependant celuy auprès de qui il obtiendroit le plutôt sa grâce, s'il avoit un sincère repentir.
Apres lesquelles demandes et interrogatoires, nous avons ordonné que ledit Jean Sardon fut reconduit en prison.
Cejourd'huy mercredy troisième jour du mois de juin 1606 sont comparus pardevant nous Ambroise d'Outremer, Licencié es Loix, Bailly de Chasteau Regnault, les témoins cy après nommez, auquels après avoir fait prêter serment de dire et déclarer la pure et simple vérité, nous avons fait les demandes et interrogatoires qui s'ensuivent :
Le premier, nommé Augustin Brouillard, marchand épicier et chandelier, nous a déclaré que dimanche dernier, trente et unième jour du mois de May passé, sur les neuf heures et demie du matin, en sortant de l'Eglise où il venoit d'entendre la S'^ Messe, il auroit apperçu un quidam vêtu de*
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toille à carreaux gris et blancs, avec un bonnet de laine rouge, lequel quidam il auroit trouvé accouplé et en copulation actuelle et charnelle avec une vache, tout auprès de laditte Eglise ; que sur cela il auroit été audit quidam pour l'empêcher de continuer laditte corpulation, et qu'en même tems plusieurs personnes se seroient ameutées.
Le second témoin, qui a dit être appelle Georges Thomasseau, taillandier, a déclaré que ledit jour de dimanche dernier, en allant à l'Eglise pour y entendre la sainte Messe, et appercevant plusieurs personnes qui parloient haut à coté de laditte Eglise, il se seroit approché et auroit vu un quidam vêtu de toille à carreaux accouplé et en copulation détestable et contre nature avec une vache blanche et rousse, ce qui l'auroit engagé à réprimander fort ledit quidam, et à dire tout haut qu'il falloit envoyer chercher la justice pour châtier un crime si énorme; surquoy se seroit approché le nommé Du Barteau, chef de la Brigade, assisté de quatre Cavaliers de sa brigade, entre les mains desquels ledit quidam auroit été remis.
Le troisième témoin, qui a déclaré être nommé Rolland Le Nain, vigneron, a dit que le dimanche dernier, étant à l'Eglise sur les neuf heures et demie du matin, et entendant du bruit dans la rue, il etoit sorty et avoit apperçu un quidam étant dans une posture malhonnête, et plusieurs personnes autour de luy, et qu'ayant demandé ce que c'etoit.
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un de la compagnie luy avoit repondu qu'on venoit de surprendre ledit quidam en copulation charnelle et contre nature avec la vache blanche tachettée de roux qu'il voyoit aussy auprès de luy, et qu'un autre de la même compagnie ayant ensuite appelle le nommé Du Barteau, chef de Brigade, il avoit fait prendre et constituer prisonnier ledit quidam.
Le quatrième témoin, qui a dit être nommée Catherine Rouget, a déclaré que dimanche dernier, en allant à l'Eglise sur les dix heures du matin ou environ, elle avoit apperçu auprès de laditte Eglise un quidam vêtu de toille grise et blanche-, avec un bonnet rouge, lequel quidam etoit accouplé avec une vache blanche et rousse ; que sur le cri qu'elle fit alors plusieurs personnes se seroient amassées, tant qu'enfin ledit quidam avoit été remis entre les mains du nommé Du Barteau, pour le conduire en prison.
Le cinquième témoin, appellée Gillette Harang, a déclaré les mêmes choses que le précèdent témoin^ Catherine Rouget.
Le sixième témoin, appelle Marc Antoine Hangard, a déclaré les mêmes choses que le 3*" témoin cydessus appelle Rolland Le Nain, vigneron.
Le septième témoin a dit être appellée Marguerite Plumet, veuve de Pierre Moron, et a déclaré les mêmes choses que les troisième et sixième témoins cydessus appeliez.
Le huitième témoin a dit être appelle Jean Bap-
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liste Michel Ange Boileau, compagnon serrurier, a déclaré et affirmé les mêmes choses que le premier témoin susnommé, appelé Augustin Brouillard.
Apres lesquelles demandes et interrogatoires lesdits témoins ont déclaré et affirmé qu'ils persistoient en leurs dépositions, témoignages et déclarations cydessus, après quoy se sont retirez.
Cejourd'huy samedy sixième jour du mois de juin, fut amené et conduit en présence de nous Bailly de Château Regnault, le nommé Jean Sardon, accusé d'avoir eu copulation charnelle et contre nature avec une vache, en présence duquel a été fait lecture tant du procès-verbal et interrogatoire prêté par luy accusé, que des dépositions, témoignages, charges et déclaration faites pardevant nous.
Ensuite dequoy sont comparus devant nous les nommez Simon Du Barteau, chef de la Brigade de ce Bourg et des environs, Mathieu Brisebarre, Jean Joseph Simon Bethaney, Grégoire Le Fort, Hugues François Labbé, cavaliers de laditte Brigade, lesquels après le serment par eux fait de nous dire pure et entière vérité, ont déclaré que dimanche dernier sur les neuf à dix heures du matin,
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il avoient entendu beaucoup de bruit vers l'Eglise de ce lieu, et qu'y étant accourus, ils avoient trouvé un grand nombre d'hommes et de femmes, qui tous leur avoient dit et affirmé qu'ils venoient de trouver un quidam qu'ils leur montrèrent, vêtu de toile à carreaux gris et blancs, avec un bonnet rouge, accouplé et en copulation charnelle, détestable et contre nature, avec une vache blanche tachettée de taches rousses, qui leur fut aussi montrée, pourquoy requeroient lesdits hommes et femmes que ledit quidam fut par eux pris et conduit devant nous, pour être jugé selon ses crimes, en conscience de quoy ils auroient amené ledit quidam, que nous n'aurions pu interroger ledit jour de dimanche, pourquoy nous l'aurions renvoyé en prison jusqu'au lendemain.
Apres quoy ledit Jean Sardon, en présence des susdits, se seroit mis à genoux et nous auroit requis humblement de luy pardonner, attendu que c'etoit la première fois que ce malheur luy etoit arrivé, et qu'il nous protestoit qu'il n'y vouloit plus retomber ; pourquoy nous Bailly susdit luy aurions répliqué comme cydevant qu'il nous etoit impossible de luy accorder sa demande, attendu que nous ne pouvions nous dispenser d'exécuter les loix qui seules le condamnoient, après quoy nous avons fait reconduire ledit Jean Sardon, prisonnier es prison de ce lieu.
Nous, Ambroise d'Outremer, Licencié es Loix, Bailly de Château Regnault, avons déclaré et déclarons ledit Jean Sardon atteint et convaincu d'avoir eu habitation charnelle, détestable et contre nature, avec une vache blanche tachettée de roux, pour réparation desquels crimes et cas énormes, l'avons condamné à faire amande honorable la torche au poing 'du poids de deux livres devant l'Eglise de Chasteau Regnault, et ensuite attaché à un poteau qui pour cet effet sera planté dans la place devant laditte Eglise de Château Regnault, et là brûlé vif, ensemble la vache préalablement étranglée, quoy fait leurs cendres jettées au vent ; déclarons en outre tous et chacun les ^biens 'appartenans audit Jean Sardon acquis et confisqués au profit de qui il appartiendra. Donné à Château Regnault, par nous Bailly susdit, le lundy quinzième jour du mois de juin Tan de grâce mil six cent six.
La Cour ordonne que laditte sentence sera exécutée, et en conséquence que ledit Jean Sardon sera conduit dans un tombereau avec la torche au poing
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du poids de deux livres de cire jaune, jusqu'au devant de la principale porte de l'Eglise de Chasteau Regnault, et là fera amende honorable que méchamment et abominablement il a commis ledit délit, quoy fait sera ledit Jean Sardon pendu et étranglé à une potence qui sera pour cet effet dressée dans la grande place voisine de laditte Eglise, et ensuite son corps jette avec celuy de laditte vache blanche tachettée de roux, préalablement étranglée, dans un feu allumé auprès de laditte potence; quoy fait leurs cendres jettées et semées au vent... (le reste sans changement). Fait à Paris en Parlement ce sixième jour de juillet, l'an de grâce mil six cent six.