UNE JUMENT
21 juillet 1612
L'an mil six cent douze, le jeudy vingt-sixième jour du mois d'avril, est comparu pardevant nous Josse Valeran, fermier de la ferme d'Aunoy, lequel nous auroit déclaré que ce jourd'huy, sur les trois heures après midy, le nommé Pierre Boisselier, garçon étant à son service, luy seroit venu dire qu'il avoit entendu Thibaut Valeran, fils de luy complaignant, crier au secours, et qu'étant entré dans la maison où ledit Thibaut Valeran crioit, il auroit trouvé la porte d'une salle d'où ce bruit venoit fermée, qu'ayant pris une bûche et ayant enfoncé la porte il auroit apperçu ledit Thibaut Valeran se débattant entre les bras du nommé Gervais Lienard, vigneron, qu'étant appproché dudit Lienard, il l'auroit à coup de poings forcé de quitter ledit Thibaut Valeran, et ensuite auroit amené Indit Thibaut Valeran à luy complaignant, lequel Thibaut Valeran se seroit plaint d'avoir été connu et abusé violentement et contre nature par ledit Gervais Lienard, qui sous prétexte de luy dire
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quelque chose Tauroit fait entrer dans laditte salle, dont il auroit ensuite fermé la porte après y avoir mis les verroux et oté la clef, que s'étant pris à crier ledit Gervais Lienard Tavoit pris de force et connu charnellement sans qu'il eut pu se deffendre; ajoutant ledit Josse Valeran que sur cela il avoit fait venir Georges Bruquien, chirurgien demeurant en ce lieu de Champigny, pour penser et medicamenter ledit Thibaut Valeran, son fils; lequel chirurgien, après avoir examiné ledit Thibaut Valeran, l'auroit pensé et appliqué un emplâtre sur la plaie, et avoit déclaré que ledit Thibaut Valeran en demeureroit estropié le reste de ses jours ; requérant pour ce ledit Josse Valeran que ledit Gervais Lienard, vigneron, demeurant et habitant de cette paroisse, soit par nous interrogé et puni, avec dépens, dommages et interests, et frais tant du présent procès que du Chirurgien, pour ses onguens et medicamens employez et qu'il doit employer pour la guerison dudit Thibaut Valeran. Fait les jour et an susdits, pardevant nous Michel François Grosseteste. Prévôt de Champigny.
Cejourd'huy jeudy deuxième jour de may 1612, a été amené et conduit par devers nous le nommé Gervais Lienard, auquel, après la lecture de la plainte faite pardevant nous et des griefs insérés
contre luy dans icelle, avons demandé s'il avoit et pouvoit fournir de réponses ; lequel auroit repondu que le fait allégué etoit faux, et qu'il n'avoit jamais connu, ni eu envie de connoître ledit Thibaut Valeran, qu'apparament ledit garçon s'etoit blessé, et avoit dit à son père qu'on l' avoit voulu forcer, pour ses excuses ; et a persisté ledit Lienard dans sesdittes réponses. Fait les jour et an que dessus.
Veu par la Cour de Parlement le procès crimii^el fait pardevant le Prevot de Champigny à l' encontre de Gervais Lienard, deffendeur et accusé d'avoir violé et connu contre nature Thibaut Valeran, et encore d'avoir eu habitation charnelle avec une jument blanche mentionnée au procès ;
La plainte faite le 26 avril dernier par Josse Valeran, soy complaignant pour Thibaut Valeran, son fils ;
L'interrogatoire et dénégations faites par ledit Lienard le jeudy 2 may suivant;
L'interrogatoire fait au nommé Pierre Boisselier, garçon au service de Josse Valeran, le vendredy dix dudit mois ;
L'interrogatoire fait audit Thibaut Valeran le treize dudit mois ;
Le rapport fait le mercredy quinze dudit mois, en présence dudit Prevot, par Georges Bruquien, Chi-
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rurgien demeurant audit lieu de Champigny, qui a pensé et medicamenté ledit Thibaut Valeran ;
Les témoignages , dépositions et déclarations faites pardevant ledit Prevot, le mercredy vingt deux may, par les nommez Philippes Albert Gendron, aubergiste dudit lieu, et Grégoire Richard, garçon charrier ;
La confrontation faite, le lundy trois juin ensuivant, dudit Gervais Lienard et desdits Josse Valeran, Thibaut Valeran, Pierre Boisselier et Georges Bruquien ;
La confrontation faite, le mercredy cinq dudit moy, dudit Gervais Lienard et des nommez Philippes Albert Gendron et Grégoire Richard, accusans ledit Lienard d'avoir eu connoissance et habitation charnelle avec une jument ;
La sentence rendue par ledit Prevot le samedy vingt deux du mois de juin ;
L'appel interjette par ledit Gervais Lienard de laditte sentence, le vingt deux dudit mois de juin;
L'interrogatoire fait le lundy premier jour du présent mois de juillet audit Lienard par le Conseiller commissaire rapporteur ;
Les aveus et confessions faites par ledit accusé à la question à luy donnée le samedy vingt du présent mois, et généralement toutes les pièces dudit procès ; ouy et entendu le procureur gênerai en ses conclusions, et tout considéré :
l60 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ
La Cour a mis et met à néant l'appel interjette au nom dudit Gervais Lienard de la sentence rendue contre luy par le Prevot de Champigny; ordonne que laditte sentence dont est appel sera exécutée selon sa forme et teneur; déclare ledit Gervais Lienard bien et duement atteint et convaincu d'avoir commis acte de sodomie et copulation contre nature en la personne de Thibaut Valeran, et aussy d'avoir habité charnellement plusieurs et souventes fois avec une jument blanche mentionnée audit procès; pour réparation desquels crimes et cas et violences énormes, laditte Cour ordonne que ledit Gervais Lienard sera pendu et étranglé à une potence qui sera pour cet effet dressée dans la grande place dudit Champigny; quoy fait, son corps, ainsy que celuy de la jument avec laquelle il a perpétré et commis ledit délit, préalablement étranglée, jettes au feu qui sera allumé au pied de laditte potence, et leurs cendres ensuite jettées et semées au vent ; Déclare en outre tous et un chacun les biens dudit Gervais Lienard acquis et confisqués au profit de qui il appartiendra, sur lesquels néanmoins sera prise et prélevée la somme de dix livres d'amende envers le Roy, cello de trente cinq livres pour les frais, loyaux coûts, et salaires de Georges Bouquien, et celle de douze cent livres adjugée par le présent arrest audit Thibaut Valeran par forme et manière de dommages et interests, laquelle somme de douze cent livres sera
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remise entre les mains de Josse Valeran, père dudit Thibaut Valeran, pour en disposer au profit dudit mineur. Fait à Paris en Parlement, cejourd'huy vingtième juillet. Tan de grâce mil six cent douze.