PROCES CRIMINEL DE JEAN DEVIALLE
ACCUSÉ DE SODOMIE AVEC PLUSIEURS BRUTES 9 janvier 1545.
L'an mil cinq cent quarante quatre, le mercredy vingt deux novembre, fut amené et conduit en présence du juge de Chaslard, Jean Devialle, Berger dudit lieu, de présent constitué prisonnier es prison de ce lieu, et accusé d'avoir habité charnellement avec plusieurs brutes. En présence duquel fut amené Joseph Valdatte, Chirurgien dudit lieu de Chaslard, lequel, après avoir prêté serment de dire pure et entière vérité, a déclaré que le vingt trois aoust précèdent, en sortant dudit Chaslard, il avoit surpris ledit Devialle en copulation charnelle avec une chèvre noire, et qu'ayant menacé ledit Devialle d'aller le dénoncer à la justice, ledit Devialle l'avoit supplié de ne le point faire, et qu'il ne retomberoit jamais dans un pareil crime.
Fut amené ensuite Hugues Minelle, gagne deniers, et cousin germain dudit Devialle, lequel, après le serment accoutumé de dire vérité, a déclaré que connoissant la détestable inclination dudit Devialle, il l'en avoit souvent repris, mais sans aucun fruit, et même qu'un jour, qui estoit la
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veille de la saint Denis dernière, ledit Devialle, irrité des remontrances qu'il luy faisoit, prit un gros bâton pour luy en donner, mais que par bonheur il manqua son coup.
Fut ensuite amené Jean Carpin, laboureur, dudit lieu de Chaslard, lequel, après le serment accoutumé de dire vérité, a déclaré que le onze aoust dernier il avoit surpris ledit Devialle en copulation charnelle avec une génisse, dans une etable appartenante au fermier dudit Chaslard, et qu'il n'en avoit jamais voulu parler, sur la promesse que luy fit alors ledit Devialle de ne plus commettre un pareil crime.
Fut ensuite amenée Jeanne, la grosse femme de Jacques Mesnard, tisserand, laquelle, après le serment de dire vérité, déclare qu'elle avoit plusieurs fois trouvé ledit Devialle enfermé dans son etable, et que le croyant un voleur, elle luy avoit deffendu, sous peine de le faire prendre prisonnier, de mettre jamais le pied dans sa maison.
Fut amené ensuite Antoine Podelette, ouvrier en toille, lequel, après le serment accoutumé de dire pure et simple vérité, a déclaré que sçachant la détestable passion dudit Devialle, il l'en avoit souvent réprimandé, et que ledit Devialle luy avoit avoué qu'il n'en étoit pas le maître.
Apres lesquelles dépositions se sont retirez.
Et le lundy vingt-sept novembre, sur les huit heures du matin, fut amené en présence du juge Royal de Chaslard, Jean Devialle, lequel, après le serment de dire vérité, et lecture faite en sa présence des dépositions et témoignages, a reconnu la vérité desdittes dépositions et a requis pardon, après quoy s'est retiré.
Nous avons déclaré et déclarons ledit Jean Devialle duement atteint et convaincu d'avoir habité charnellement avec plusieurs brutes ; en conséquence, et pour réparation desdits crimes, nous ordonnons que pour la détestable et ignominieuse habitation contre nature par luy commise avec des brutes, il sera pendu et étranglé, son corps brûlé, et ses cendres jetées au vent, tous et chacun ses biens confisqués au profit de qui il appartiendra. Donné en notre siège de Chaslard, le treize décembre mil cinq cent quarente quatre.
Sentence confirmée par le Parlement le 9 janvier 1545.