PROCES CRIMINEL DE JACQUES GION
ACCUSÉ DU CRIME DE SODOMIE AVEC UNE VACHE 30 avril 1550.
Uan mil cinq cent cinquante, le jeudy vingt-trois février, fut amené en présence du juge de ChamaroUes, Jacques Gion, Laboureur audit lieu, accusé par les témoins cy après dénommez d'avoir commis crime de sodomie avec une vache, ensuitte dequoy fut interrogé le premier témoin cy après.
Charles Bouffain, vigneron dudit lieu, après avoir prêté serment de dire pure et entière vérité, a déclaré avoir, ce jourd'huy sept heures du matin, surpris ledit Jacques Gion commettant sodomie avec une vache dans la basse Cour du Château.
Second témoin : Adrian Lejuge, valet de la ferme, après le serment accoutumé de dire pure et entière vérité, a déclaré que sur la même heure de sept heures du matin, il l'avoit aussy surpris appuyé contre un fagot.
Troisième témoin : Thomas Trouffe a déclaré la même chose qu' Adrian Lejuge, après avoir fait le serment accoutumé.
Lesdits témoins ouïs et entendus se sont retirez.
Et le mercredy huitième jour de mars, fut amené en présence du sieur juge de Chamarolles, ledit Jacques Gion, Laboureur, accusé et prisonnier es prisons dudit lieu, auquel fut faite lecture des témoignages et dépositions, ensuite dequoy ledit Jacques Gion, accusé, a reconnu ses crimes, et a requis pardon, après quoy s'est retirez.
Nous avons déclaré et déclarons ledit Jacques Gion bien et duement convaincu du crime de sodomie avec une vache, et en conséquence, et pour réparation desdits crimes, ordonnons que ledit Jacques Gion sera brûlé dans la place de ce lieu, avec la vache avec laquelle il a commis ledit crime, ensemble le fagot sur lequel ledit Jacques Gion étoit appuyé pour commettre ledit crime de bougrerie, et le tout réduit en cendres. Donné à Chamarolles le dix-septieme jour de Mars mil cinq cent cinquante.
Dans sa sentence de confirmation, datée du 30 avril 1550, le Parlement de Paris ajoute :
Ordonne ladite Cour que ledit Jacques Gion sera
ramené audit lieu de Chamarolles, pour y être exécuté sur le grand chemin qui va à Poitiers, et sera attaché à un poteau qui sera planté dans ce lieu pour cet effet, et ensuitte brûlé, ensemble la vache avec laquelle il a commis ledit crime, et le fagot sur lequel il etoit pour commettre ladite bougrerie, et néanmoins, par grâce et sans tirer à conséquence, sera ledit Gion étranglé avant de sentir le feu. Fait en Parlement ce trentième jour d'Avril mil cinq cent cinquante.