‹ Les processions de la Sainte-Larme à Vendôme documents inéditsChapitre 3 sur 5 · MORIN · texte numérisé non relu

MORIN

Une terrible sécheresse survint de nouveau en 1719. Du 28 avril au 19 juin, il ne plut point et il y eut des chaleurs excessives, et une sécheresse qui monta à un degré où homme vivant ne l'avait encore vue (1). Un procès- verbal de visite du château de la Poissonnière, à Couture, remarque « qu'une vigne plantée Tannée « (présente 1719) est morte et n'a peu pousser à cause € de Textrème chaleur ».

Le peuple s'en émut, et fit entendre de vives réclamations, aussi le conseil de la commune se réunit en hâte.

« Du lundy douzième jour de juin 1719, nous, échevins de la ville et communautés de Vendôme étant assemblez, M. de Trémault, lieutenant général du baillage de Vendôme, a représenté que suivant les vives et pressantes sollicitations des habitants de cette ville, et plusieursparoissesdes campagnes, qui souffrent depuis longtemps de la grande sécheresse de la terre, que l'on pensait devoir durer longtemps et avoir de fâcheuses suites, si par prières ordinaires en pareil cas, on ne se mettait en état de les prévenir, il se serait donné l'honneur d'écrire à Monseigneur l'Evéque de Blois, afin qu'il luy plai.ie accorder son agrément, pour que Ton portât processionellement la relique de la Sainte-Larme autour de cette ville, lequel mon dit Seigneur l'Evesque aurait fait la response qui suit : « A Blois, ce 11 juin. Je vous ai déjà mandé, monsieur, au sujet de la procession dont vous m'aviez parlée que je n'y trouvais à redire que la ronvocation de messieurs nos curez, que je trouvais trop gesnante pour eux, et d'ailleurs contraire à nos règles, et ainsy, dès que l'on

(1) Bulletin etc., 1883, p. 287

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ne les convoquera point, et qu'on laissera la chose à leur liberté et dévotion, je n'ay garde de m'y opposer et vous pouvez prendre sur le reste, la mesure et le temps que vous jugerez convenable, ayant seulement égard à rheure des messes de paroisses de la ville, supposé que ce fust dimanche, mais je crois bien qu'on n'attendra pas jusqu'à ce jour. Je suis toujours, monsieur, avecq tous les sentiments d'estime et de considération que vous méritez, entièrement et très sincèrement à vous.

« t D. N., Ev. DE Blois. »

« Sur quoi a été arrestéque l'on se transportera présentement chez le R. P. prieur du couvent de l'abaye de la Sainte-Trinité de cette ville, pour prendre les mesures et le jour pour la dicte cérémonie et procession de la Sainte-Reliquo. »

« Du mardy treize juin 1719, en l'hôtel commun de la dicte ville^ en exécution de la délibération cy dessus a été arresté que l'ordonnance qui suit, sera leue et publiée ce jourdhuy dans les carrefours et lieux publics de cette ville et faubourgs. »

« De l'ordonnance de monsieur le lieutenant général et de messieurs les échevins de Vendôme : les habitants de Vendôme sont avertis, que suivant le vœu fait aujourd'hui par la ville de Vendôme, pour implorer les s'ecoJLirs du ciel pour la fécondité et conservation des fruits de la terre, il sera fait le mardy vingt du présent mois de juin 1719, une procession générale en cette ville, dans laquelle sera portée la Relique de la Sainte- Larme de J.-C. déposée dans l'église de l'abaye de la Sainte-Trinité; pourquoy il ordonne auxd. habitants de se mettre sous les armes, et de S3 rendre à la porte des officiers et bourgeois, pour y prendre leurs ordres ; comme aussy enjoignons auxd. habitants de faire balayer et tendre devant leur domicile, de la manière accoutumée. Le tout à peine de dix livres d'amendes contre les contrevenands. Ce qui sera leu et publié. Donnée Thôtel de ville,: lé treize juin mil sept cenl dix-neuf.

De Tremault. »

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Les bénédictins de leur côté ne restaient pas inactifs. Désireux de donner à cette fête un plus grand éclat, ils composèrent et firent imprimer un cantique, destiné à être chanté, par le peuple, pendant le parcours de la procession, sous ce titre : « Cantique en Thonneur de la Sainte-Larme de Vendôme », sur Tair « Du brave cavalier assis ». En tète, une petite gravure représentait une larme au-dessus d'une petit coffret, et de chaque côté un ange en adoration.

Nous avions les paroles du cantique, mais ce que nous désirions le plus, c'était la musique. Nous étions curieux de connaître cet air populaire, chanté par les bons Vendômois, et sans doute en vogue parmi eux. Nos recherches étaient vaines et nous allions désespérer, quand nous vint d'Orléans une bonne nouvelle. M. Lemoine, maître de chapelle à la cathédrale, avait trouvé, précisément dans la dissertation de Tabbé Thiers, peu faite, il faut Tavouer, pour inspirer un artiste, un chiffon de papier de musique contenant un air, s'adaptant parfaitement aux paroles de notre cantique. Il y avait d'autant moins à douter, que la musique portait aussi le titre de « Cantique à la Sainte-Larme ».

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