‹ Les processions de la Sainte-Larme à Vendôme documents inéditsChapitre 4 sur 5 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

EN l'honneur de LA SAINJE-LARME DE VENDÔME

Venez, chrétienne Compagnie,

Accourez tous dans ce moment (bis)

Pour assister dévotement

A la sacrée cérémonie

Qui se doit faire dans ce lieu

De la Sainte-Larme de Dieu.

L'histoire en est très véritable, Nous en avons des monuments Et des miracles surprenants Qui la rendent recommandable ; De sorte que de tous pays Les pèlerine abordent icy.

Digiti

Louis de Bourbon, comte de Vendôme

Estant prisonnier des Anglois^

Se voyant réduit aux abois

Pour retourner dans son royaume,

A la Sainte-Larme fit vœu

Et il fut délivré dans peu.

C'est pourquoi par reconnoissance

Le jour du Lazar, sans manquer

Il ordonna d'un prisonnier

Tous les ans qu'on fîst la délivrance

Tant il avoit de piété

Et d'amour pour la charité.

La reine estant à Blois malade Et toute preste d'accoucher Se fit la Sainte-Larme apporter Qui luy fut granment secourable ; De manière que tous les ans.

Elle y faisoit de beaux présens.

Aux aveugles elle donne la vue

Les exemples en sont très fréquents.

11 n'y a pas encore long-temps

Que la même chose s'est vue.

Et on scait qu'à la Ville-au-Clair

Il y a vingt jours une femme vit clair.

Aussi grand malheur à quiconque

De sa vertu ose douter.

Apprenons à la respecter

Comme on le doit dans tout le monde,

Car c'est la Larme du Seigneur

Et c'est sa véritable Pleur.

Ce fut bien seurement un ange Qui luy-mesme la ramassa Lorsque Jésus-Christ pleura Du saint Lazar la mort étrange»..

A la Madeleine il 1^ donna Qui dans une phiole l'enferma. ,

A Constantinople portée On la gardoit avec honneur Cette relique du Seigneur Qui sanctifiait cette contrée.

Lorsque les impies Sarrasins Vinrent faire la guerre aux Chrétiens.

Geoffroy Martel, ce dévot Prince, A leur ayde veint aussi-tôt.

Secondé du secours d'en haut, Il délivra cette province.

Et eut sujet d'être content Car il reçut un beau présent.

Ce présent fut la Larme Sainte Que l'empereur Paphlagonien Remit en ses pieuses mains D'une sincérité sans feinte, Craignant que ce précieux bien Ne fut volé par les Payens.

Martel estant comte de Vendôme En cette ville il l'apporta.

Une abbaye il y fonda.

Puis après renonçant au monde Il se mit moine en ce couvent Pour garder ce dépôt charmant.

Devant cette pieuse Larme Nous venons élever nos voix.

Monseigneur l'Evèque de Blois Touché de nos justes alarmes Accorde la permission De faire une procession.

Aussi la ville s'est assemblée Pour l'en prier très humblement.

Les Bénédictins mesmement A nos désirs l'ont accordée.

Pour la grâce du ciel attiré Pendant trois jours ils ont jeune.

Bon Dieu, que de magnificence, Les banières avec les croix Et les clochettes et les haubois Dans un fort bel ordre s'avance.

Les Cordeliers, les Capucins Et des curez plus de six- vingt.

Les Bénédictins en prières Marchent tous fort dévotement.

Ils sont revêtus d'ornement Tous d'une beauté singulière.

Après vient le dévot Prieur Portant ce bijou sur son cœur.

Il est suivi de la justice ; Le peuple aussi y va en rang Chacun à haute voix chantant Pour nous rendre le ciel propice, Et pour plus grande seureté Tous les bourgeois y sont armé.

Cependant une sonerie La plus belle de l'Univers Fait retentir dedans les airs Un carillon en simphonie.

Enfin, à vos Larmes, Seigneur On rend toute sorte d'honneur.

En révérant la Sainte-Larme Adorons Jésus-Christ, pleurant D'un cœur contrit et pénitent Qu'un chacun de nous le réclame ; Si nous le prions tout de bon Nous aurons sa protection.

Grand Dieu, soyez nous favorable Vous voyez nos besoins pressants Répandez sur nos tristes champs Cette pluye si désirable Et que votre Larme, Seigneur Nous préserve de tout malheur.

Amen.

A Vendôme. Avec permission. 1719.

Relation de la procession générale de la Sainte- Larme de Notre 'Seigneur Jésus- Christ qui se conserue dans la magnifique Eglise de l'Abbaye royale et cardinale delà Très-Sainte Trinité de Vendôme, faite le 20"" jour de juin 1719.

La sécheresse était si grande dans la province de Vendoniois, que les biens de la terre deperissoient journellement faute de plye, qui n'étoit point ton) bée depuis plusjeurs mois. Les prières et les processions particulières de la ville et de la campagne, même éloignées de cinq lieues, se faisoîent continuellement

/Goom

à FEglise de lad. abbaye pour fléchir la diuine miséricorde. Les habitants de Vendôme et des paroisses du Vendomois redoubloients leurs instances auprès de Monsieur de Trémaut, lieutenant général et maire de Vendôme, pour demander une procession générale dans laquelle on portast la Sainte-Larme de Notre- Seigneur Jésus-Christ, pour attirer sur eux la miséricorde de Dieu, et un temps favorable aux biens de la terre, en leur accordant de la pluye.

C'est pourquoy sur ces instances réitérées du public^ et en conséquence de la lettre de Monseigneur TEvèque de Bloi.s, M. de Tremaut, lieutenant gênerai, avec M" les Echeuins de Vendôme, précédez de leurs huissiers et sergents de uille, en habits de cérémonie, s'est transporté le 12 juin 1719, à onze heures du matin, uers les RR. PP. Prieur et religieux Bénédictins de lad. abbaye de la uille de Vendôme, dépositaires de la Sainte-Larme de J. -Christ, pour les prier de uouloir bien la porter solemnellement en procession, comme il se pratique dans les grandes calamilez publiques. Ce que lesd. prieur et Religieux leur aiant accordé, Ton prit jour pour cette cérémonie au mardy 20® juin 1719, pour faire cette procession générale sur les huit heures du matin.

Cependant pour se préparer à la susdite procession générale de la Sainte-Larme, lesdits prieur et religieux jugèrent à propos de faire une neufiiaine de prières publiques, par une procession particuUère qu'ils faisoient tous les jours de lad. neufuaine dans leur Eglise à sept heures du soir, en chantant les Répons et autres prières conuenables pour demander à, Dieu de la pluye. Ils ont commencez lad. neufuaine led. jour, 12 juin, pour la finir le 20° par lad. procession générale. Et ils ont jeune trois jours à cette fin pendant cette neufuaine.

Monsieur le Lieutenant gênerai accompagné des Escheuins comme cy-dessus, n'q, point manqué d'asisister tous les jours en robbe, et M. le Eailly et autres officiers de lad. abbaye, auec grand nombre d'habitans, à ladite procession de cette neufuaine, que lesd. Benepictins faisoient tous les soirs dans leur Eghse abba-

tiale, et qu'ils faisoient annoncer par le son harmonieux de leur grosse cloche.

Aussitôt que lesd. prieur et religieux de lad. abbaye eurent accordé à M. le Lieutenant gênerai de fair^ lad. procession générale de la Sainte-Lai'me, ils la firent annoncer à midy, le même jour, par le son et carillon de leurs quatre grosses cloches au public, qui en témoigna des transports d'une joie, pleine de deuotion et d'espérance en la bonté de Dieu.

M. le Lieutenant gênerai de son costé, fit aussitôt publier ladite procession générale par la uille de Vendôme, au son des trompettes et des tambours, et rendit son ordonnance pour préparer les reposoirs, pour faire mettre tous les bourgeois et habitans de la uille et fauxbourgs sous les armes, et pour faire netoierles rues et les tenir bien propres, les tendre et les tapisser le jour de lad. procession générale. Il écrivit en même temps une lettre circulaire imprimée, à tous messieurs les curés du haut et du bas Vendomois, pour les inuiter à lad. proces.sion générale de la Sainte-Larme, à laquelle effectiuement pour la pluspart, ils ont assisté auec grande deuotion, au nombre de soixante-quatre curez, auec leurs croix, leurs bannières et leurs paroissiens, soit du diocèse de Blois, soit de celui du Mans, et un concours de monde infini tant de Blois que des autres villes uoisines : car il y auoit dix-sept ans qu'on n'auoit porté la Sainte- Larme en procession par la uille.

Pendant les jours de lad. neufuaine il n'y auoit pas la moindre apparence de pluye; mais le huitiesme jour de lad. neufuaine qui etoit la ueille de lad. procession générale de la Sainte-Larme, il est tombé une pluye douce, de même que la nuit suiuante, du lundj au mardj : — Dieu par son infinie bonté adoucissant et préparant ainsy les chemins a tous ceux qui auoient deuotion d'assister à la susdite procession.

Tout étant disposé et préparé par la uille, dès la ueille, luiidy, suivant les ordres du s' Lieutenant gênerai, la reueuë de la bourgeoisie sous les armqs aiant été faite au nombre d'enuiron six cents hommes, diuisez en quatre compagnies, aiant chacun leur ca-

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pitaine, lieutenant, enseigne, sergent et tambours, et .commandez par M. Guilloiseau de Ville-Cléche, ancien major et capitaine des armées du Roy ; lesdits Bénédictins de lad. abbaye firent annoncer lad. procession de la Sainte-Larme, par le son de leurs quatre grosses cloches, a midy, et a sept heures du soir, et qu'ils réitérèrent le lendemain mardy, a trois heures du matin, que la porte de leur Eglise fut ouverte, et un .quart d'heure après, on dit une messe basse.

Ainsy le jour de cette procession générale, mardy, 20'juin 1719, les processions particulières des paroisses de la campagne, même éloignées de cinq lieues, commencèrent dès les quatre heures du matin, à arriver à l'Eglise de ladite abbaye, par toutes les quatre portes de la uille, continuellement et successivement, jusqu'à huit heures, au nombre d'enuiron soixante-quatre, en chantant des psaumes, des lita .nies et prières, suiuant leur deuotion. Messieurs les curez desdittes paroisses ont presque tous dit la sainte messe, dans l'Eglise de lad. abbaye, en sorte qu'il y a eu ce dit jour plus de quatre-uint messes célébrées dans lad. Eglise : aussy Dieu s'est laissé fléchir a tant de prières, en nous accordant de la pluye et un tems favorable pour les biens de la terre.

Lon commencea donc a huit heures et demye du matin lad. procession de la Sainte-Larme, qui étoit dans son soleil de vermeil, portée sous un dais magnifique par le père prieur de lad. abbaye. Les quatre Escheuins de la uille en robbes de cérémonie portoient le dais, qui etoit enuironné de seize notables bourgeois en habits noirs, dont huit portoient des flambeaux aux armes de la uille et du duché, et les huit autres auoient répéenuëalamain. Six cents habitants sous les armes, dont on auoit fait quelques détachements pour les mettre a la garde des portes de la uille, trente hommes a chaque porte avec un officier. Le surplus étoit partagé en deux corps^ dont l'un faisoit l'auant -garde, et l'autre l'arrière-garde ; et dans le centre etoit la . Sainte-Larme, les saintes reliques, tout le clergé et les officiers de justice et de la uille.

Toutes les rues par où la Sainte-Larme deuoit passer,

Digiti

etoient tendues et tapissées et ceux qui auoieht de belles tapisseries^ n'ont pas manqué de les détetidre de leurs appartemens, pour les tendre devant leui^s maisons. Lon auoit fait en trois differens endroits dé la uille, trois beaux reposoirs ; celuy qui auoit été fait aux frais de la uille près la porte Saint-Michel êtoît magnifique et très bien exécuté, faisant face a deux rues, auec un grand espace couuert de toiles. Les deux autres reposoirs auoient été faits par la deuotion dôs uoisins du lieu.

La procession sortit donc de lad. Eglise au soil des quatre grosses cloches sur les huit heures et demye ; dans la grande cour qui est au-deuant d'icellé, étoit Tarriére-garde, rangée en haye, ou les officiers et les drapeaux firent les saints, quand la Sainte-Larme parut portée sous son dais, et la mousqueterie fît sa décharge. Ensuite la procession alla vers la porte Chartràine et quand la Sainte-Larme passa, le détachement, qui y etoiten garde, fit sa décharge. De là, prenant à gauche, par la rue des Béguines, uers la porte Saint-Michel, on fit une station au très beau reposoir qui y etoit, et ou ledétachem-ent qui etoit a la garde de la porte fit une double décharge. Ensuite par la grande rue des Potiers, uers la porte Saint-Georges ou etoit le second reposoir, pour la seconde station, et le détacliement qui étoit a la garde de la porte y fit aussy une double décharge. De la rue des Salines, on alla à la place du Marché^ ou etoit un beau reposoir, auquel on fit la 3® station. De là par la rue Guesnault et parla grande place, ou le détachement pour la garde la porte Saint-Bienheuré fit sa décharge, quand la Sainte- Larme passa. Ensuite on entra dans la grande cour deuant l'Eglise abbatiale, ou étoit Tavant-garde rangée en haye, qui fit la décharge quand la Sainte-Larme passa, et qu'elle rentrât dans lad. Eglise.

Lesditspères bénédictins pouraugmenterladéuotion, et rendre la présente procession plus solennelle, ont aussy porté toutes leurs saintes reliques sur des brancarts, de la même manière qu'ils le pi^tiquent le 3* dimanche après le Pentecôte, dans la procession qu'ils en font par la uille, et qu'on appeHe à Vendôme

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la fête des corps saints, où il se reud de toute part une infinité de monde et de pèlerins.

Voicy Tordre et la marche de la susditte procession générale de la Sainte-Larme.

Quatre fugiliers commençoient la marche, les clochettes des parroisses, qui étoient uenues à ladite procession, les suiuoient, deux à deux, au nombre de soixante-quatre, qui fai.soient un assez joli carillon. Eusuite quatre autres fusiliers, puis les bannières desdites parroisses, deux à deux en pareil nombre de 64. Ensuite quatre fusiliers ; puis les croix des mômes parroisses, deux à deux en pareil nombre de 64. Ensuite Vauant-garde le fusil sur l'épaule, quatre à quatre, aiant à la tête le major commandant, auec son bâton de commendement, au milieu des deux capitaines le sponton à la main^ et autres officiers, les quatre drapeau^ du commandant et quatre tambours. Ensuite suiuoient les RR.PP. capucins et cordeliers sous leurs croix. Puis les maciers et bedeaux de Fabbaye, et ensuite la croix de uermeil processionale de ladite abbaye, aiant à ses costez deux ceroféraires, et précédé par le porte-bénitier tous en aubes et tuniques. Ensuite suiuoient les sajntes reliques de Tabbaye au nombre de onze portées sur des brancarts proprement ornez : chaque brancart étoit porté fort déuotement par deux clercs en aubes et tuniques, aiant à co.sté deux jeunes enfants en surplis, la couronne de fleurs sur la tète, et un flambeau à la main. Six forts hommes pieds nuds et en ïiubes, Tami sur la tête, portoient la grande chasse d'argent de saint Eutrope, quatre enfans en surplis étoient à côté auec des flambeaux à la main, et des couronnes de fleurs. Messieurs les curez de la campagne et de la uille, au nombre de 64 suiuoient lesdites saintes reliques, deux à deux, tous en chappes. Ensuite les pères bénédictins de ladite abbaye, en chappes, deux à deux, au nombre de quarente six, puis les cinq chantres de front, auec les belles chappes, dont le préchantre portoitle bâton d'argent. Ensuite un père bénédictin, l'étole au col et en chappe, portoit la grande et belle croix d'or, où il y a du bois de la uraye croix, aiant à sescostés deuxcero-

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féraires enaubeset tuniques. Puis un diacre et un soùsdiacre portants en leurs mains les textes des évangiles et épitres. Auxcostez de ces deux derniers marchoiént les uiolons et les basses de la uille. Ensuite deux thuriféraires, avec leurs encensoirs, en aubes et tuniques, precedoient immédiatement la Sainte-Larme, portée par le père prieur des bénédictins de ladite abbaye, aiant à ses cotez les diacre et sous-diacre, sous un riche dais, porté par les quatre échevins de la uille en robbes de cérémonie, et entourrés de seize honorables bourgeois en habits noirs, dont huit portoient des flambeaux, et les huit autres auoient Tépéenueà la main. M. le lieutenant général, M. Tassessèuret le lieutenant criminel et autres, M. le .procureur du Roy, et MM. les auocats suiuoient le dais, étant à droite, à leur gauche étoient M. le préuot de la maréchaussée, M. son lieutenant et exempt et autres ; dans le milieu d'eux etoit M. le bailly de ladite abbaye, auec les procureurs fiscaux et greffiers de la justice de l'abbaye; TouscesMessieurs,precedezetsuiuisdel0urshuissiers et sergents de ville, auec leurs casaques et halhardes, et par les archers auec leurs bandoulières et mousquets, au nombre d'enuiron uint. Ensuite suiuoit Tarriêre garde, le fusil sur Tépaule, quatre a quatre, les deux capitaines a la tète, aiants leurs spontons, et autres officiers. Le grand drapeau de la uille, et quatre tambours, enfin le peuple suiuoit Tarriêre garde et fermoit ladite procession. II y auoit deux bénédictins qui y faisoient l'office de maîtres des cérémonies.

La procession étant rentrée sur le midy dansTéglise de ladite abbaye, les pères bénédictins ont chanté la grande messe très solennellement à laquelle assistèrent tous ces Messieurs, auec une partie de Messieurs les curez les moins éloignez ; les autres s'en i^etournèrent.

C'est une chose digne de remarque et d'admiration qu'il n'est point arriué dans toute cette cérémonie le moindre accident ni la moindre indisposition à qui que ce soit, nonobstant la grande chaleur et la grande foule de monde: de même ni confusion, ni contestation pour le pas et pour le rang, entre qui qtie ce soit,- ee

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qui est une rriarcfue que Dieu a eu pour agréàMé toutes ces prières. ^ ; ;

' En effet la Sainte-Larme ne fut pas plustôt rentrée dans régllse abbatiale, et placéë'Sur le grand autel, que le tems se cou u rit, et qu'il tombât une pluye douce et a:bondante, pendant toute la grande messe, quôyque le tems n'y fust nullement disposé, ce qui a été regardé comme un miracle : et en actions de grâces l'on a chanté le Te Deum en cette manière :

M. le lieutenant général, auec MM. les échevins delà uille, étant uenu trouuér^ à l'heure de vêpres, le même 'jour de la susdite procession, le père prieur des bénédictins de ladite abbaye, et le prier^de fairechanter le Te Deum dans ladite église abbatiale, en actions de grâces, de ce que Dieu, par sa miséi?icordé> leur àuoit accordé de la pluye ce jourd'huy et le jour d'hyer, dont les biens de la terre auoient un extrême besoin ; 'il fut conclud qu'on chanteroit le Te Deum, et autres prières, ledit jour 20 juin, à sept heures du soir dans ladite église, en actions de grâces de la pluye miraculeuse, que Dieu leur auoit donné hyer et aujourdhuy, et qu'on esperoit de sa bonté qu'il accorderoit encore.

C'est pourquoy les Bénédictins ayant fait sotinôr leur plus grosse cloche à lad. heure de sept, pour la Convocation dud. Te Deum, ces Messieurs se rendirent dans lé cl^œur de lad. Eglise, savoir: Monsieur le lieutenant général. M" les quatre écheuins et les -autres officiers de la justice et de la uille. M. le prevo&t et autres officiers de la maréchaussée, M. le bailly de l'abbaye et autres officiers d'icelle, auec tous leurs huissiers, sergens et archers, comme à la susd. procession, etoient rangez dans la grande cour, deuant l'Eglise et dans la nef, et le peuple a achevé de remplir l'Eglise.

Cependant le père Prieur accompagné des quatre^ chantres, tous en chapes, a exposé la Sainte- Larme sur le grand autel et l'a encensé. Lesd. chantres ont pour lors chanté la prose de la Sainte-Larme, Lacrima gloriosa Ghristi prœclarissima gemma cœli.etc, et dans le moment il se fit une décharge de ^mousqueterie; Le célébrant aiant ensuite dît l'oraison

Digiti

de la Sainte-Larme, U a entonné le Te Deum qui tjni chanté alternativement avec Torgue, pendant que Iqç quatre grosses clochas et bourdon faisoient retentir leur son harmonieux et il se fit une nouvelle décharge générale; Le Te Deum fini, le prieur célébrant adjouta lés prières et oraisons conuenables pour les actions de grâces, et ensuite les oraisons pour la pluye, et les prières pour le Roy ; après quoy tous ces Messievirs en habits de cérémonie défilèrent et s'en retournèrent dans le même ordre.

Le 25 juin, le dimanche après la susd. procession, il est beaucoup tombé d^ pluye ; de même que le 2* jour de l'octave de lad. procession de la Sainter Larme.

SU nomeu Domini benedictum.

Amen.

Nous devrions peut-être clore notre étude par cette relation si curieuse, et qui est un exposé pris sur le vif du culte envers la Sainte-Larme ; culte, nous l'avons vu, expressément sniiovisèpsir le même évèqua, que Thiers et Mabillt)n avaient fait juge de leur controverse. Cette lettre de Mgr Bertier est donc un document précieux, décisif dans la controverse.

Remarquons cependant le désir exprimé dans cette lettre, que la procession n'ait pas lieu un dimanche; c'est ce qui fera naître plus tard de nombreuses difficultés. Ainsi en 1731, à l'occasion d'une nouvelle sécheresse, l'assemblée de la ville arrêtait: € que pour seconder les vœux des habitants de cette ville et des peuples de la campagne, et en conséquence de la réponse faite par les R. P. prieur et communauté des bénédictins de cette ville, qu'ils consentoient, ainsi qu'ilsavoient été requis, de porter processionnellement la relique de la Sainte-Larme de Nostre Seigneur Jésus-Ghrist, pour attirer sur nous la miséricorde de Dieu et la pluye, dont les biens de la terre ont un besoin si pressant, il a esté arrêté qu'on auroit l'honneur d'écrire à Monseigneur l'Evêque de Blois, qui sera supplié de permettre, que les curés des parojs3es de cette ville et campagnes, soient irivUés ^ se

Digiti

ti^ouver, s'il leur plaisl, à la procession générale, ditte des corps saints, où sera porté sous un dais ladîUe relique de la Sainte-Larme, en la manière et avec les mêmes cérémonies qu'elle fut portée au mois de juin 1719, en conséquence des ordonnances et publications qui seront faites à cet effet. — Vimeur de Rochambeau,

GODINEAU, COURTIN, BUFFEREAtJ. »

• Voici en effet la lettre qui fut adressée, le 26 mai, à Mgr de Caumartin, dont les opinions jansénistes étaient bien connues :

« Monseigneur — Les instances que les habitants de cette ville et ceux des paroisses de la campagne nous ont faittes pour demander une procession généralle, dans laquelle on portast la relique de la Sainte- Larme de Notre Seigneur Jésus-Christ, afin d'attirer sur nous la miséricorde de Dieu, et un tems favorable pour les biens de la terre, nous engagent à supplier très humblement Vostre Grandeur, de vouloir bien permettre que laditte relique soit portée processionnellement de demain en huit, jour auquel se fait tous les ans la procession ditte des corps saints, et de trouver bon que nous y invitions Messieurs les curés des paroisses de campagne de s'y trouver, si bon leur semble ; nous espérons que Votre Grandeur voudra bien approuver les vœux des peuples et les nôtres ; nous avons l'honneur d'estre, avec un très profond respect^ de Votre Grandeur, vos très-humbles et trèsobéissants serviteurs. »

Cette lettre, ainsi conçue, demandant à l'Evêque de déranger un dimanche les curés de toutes les paroisses du Vendômois, pour assister à une piT)cession, à Vendôme^ rendant ainsi impraticable pour beaucoup l'audition de la sainte messe, devait naturellement s'attirer un refus.

Malheureusement nous n'avons pas la réponse de l'Evêque ; mais une seconde lettre des habitants de Vendôme, adressée le 28 mai au même prélat, nous ' fait comprendre, que les difficultés soulevées pat* lui, ne portèrent que sur le jour fixé, le Dimanche, et nullement sur la légiti-mité de la procession en elle-

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.même; Voici d'ailleurs cette lettre, ou la confiance du peupte est catégoriquement affirmée :

2"" Lettre à Mgr VEvêque de Blois en datte du 28 may 1731.

Monseigneur, \

Nous avons cru devoir nous assembler à la ville, pour prendre lecture de la lettre que Votre Grandeur écrit a M. de Rochambeau, et pour vous rendre compte de notre conduite, et de celle de nos prédécesseurs, au sujet de Finvitation à la procession generalle, dans laquelle se porte la Relique de la Sainte -Larme de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, dans des besoins pareils à ceux ou nous nous trouvons, par raport à la sécheresse, dont les suittes sont fâcheuses pour nos habitans et les peuples de la campagne, si nous ne pensons à atirer sur nous la miséricorde de Dieu, par des prières et une solennité, à laquelle on est dans le pays scrupuleusement attaché. Nous prenons la liberté de vous envoyer, par un député, des preuves de Tusage qui s'est pratiqué, et du respect et de la soumission que nous avoui» uujours eu pour Nosseigneurs les Evêques, et dont nous nous ferons toujours un devoir de vous donner des marques particulières, parce que nous sommes pénétrés de reconnaissance de vos bontés et de vos attentions à gouverner en paix, et avec la prudence et le zèle des premiers apôtres ; nous vous supplions très humblement d'estre persuadé, que noUs n'avons jamais eu dessein de convoquer, mais seulement d'inviter ceux qui par dévotion jugeront à propos de se trouver à la procession; nous croyons devoir représenter aussi a Vostre Grandeur que dimanche prochain se fait une procession ordinaire des reliques, et qu'il y aura moins d'inconvénient de tirer M" les curés de leurs paroisses, que si cestoit pour une procession particulière ; au reste. Monseigneur, nous nous soumettons sans répugnance et avec plaisir à ce que vous voudres bien nous prescrire, dans cette occasion, puisque nous sommes avec un très profond respect de Votre Grandeur

Il est certain que cette nouvelle requête fut favorablement accueillie, car, dix ans plus tard, Vendôme avait encore une nouvelle procession, le 24 juin 1742. Les formules des arrêtés pris à l'occasion de ces cérémonies sont désormais toujours les mêmes, copiées mot pour mot. C'est ainsi qu'un nouvel arrêté du 22 mai 1785 reproduit exactement celui de 1731.

C'est lui qui nous apprend qu'une procession avait

eu lieu le 24 juin 1742(1). On s'appuyait toujours sur

a dernière permission pour en obtenir une nouvelle ;

c'était comme un enchaînement ininterrompu qui

levait tous les scrupules dé l'autorité supérieure (2).

La lettre du 23 mai 1785, adressée à Mgr de Themines, s'appuie elle-même sur l'usage et la pratique ancienne.

« La grande sécheresse qui continue et qui dévore les biens de la terre^ des habitants de cette ville et ceux des paroisses circonvoisines, nous ayant fait des instances pour demander une procession générale dans laquelle on portât la relique de la Sainte-Larme de N. S. J. C. afin d'attirer sur nous la miséricorde de Dieu et un temps favorable aux biens de la terre, nous supplions très humblement Votre Grandeur, de vouloir bien permettre, que ladite relique soit portée proces-

(1) « Il a été arrêté.... que la Sainte-Larme serait portée sous un dais en la manière qu'elle fut portée le 24 juin 1742, etc. »

(2) Nos Evoques de Blois étaient sensibles aux calamités publiques, et s'empressaient d'ordonner des prières solennelles pour les faire cesser. En voici quelques preuves :

12 Juin 1725 : '< Lettre de MM. les Vicaires généraux ordonnant une neuvaine de saluls du Saint-Sacrement pour les biens. Ti

28 Juin 1725 : Mandement de Monseigneur de Blois, daté de Paris, pour le même sujet. »

10 Avril 1731 : n Mandement de Monseigneur TEvêque pour obtenir de Dieu un temps favorable aux biens de la terre. »

20 Juin 1731 : Mandement ordonnant des prières publiques afin d'obtenir de la pluie. »

6 Juin 1775 : Mandement de MM. les Vicaires généraux ordonnant des prières pour conjurer la sécheresse, sur la représentation de cette ville et de celle de Vendôme. Signé : de Gourtarvel, Pommier, de PuJOL, Baron. »

Digiti

sionnellement, et dans la manière accoutumée^ et le plus tôt possible, pour nous rendre aux vœux de nos concitoyens, et ceux des paroisses circonvoisines. Nous supplions aussy Votre Grandeur, de nous permettre d'y inviter MM. les curés de cette ville et des paroisses voisines, ainsi qu'il est d'usage, pour s'y . trouver si bon leur semble, etc.. »

Monseigneur de Themines s'était laissé trop influencer par les idées du jour, et étaitd'unesévéritéoutrée. 11 avait supprimé plusieurs fêtes à dévotion ; il venait d'interdire le célèbre pèlerinage de la Chaussée-Saint- Victor, ne trouvant pas l'authenticité des reliques du saint évêque et anachorète suffisamment démontrée ; le '^0 may 1779, en cours de visite à Vendôme, il interdisait plusieurs chapelles de l'église Saint-Martin, à cause de leur dénuement. On devait donc s'attendre à un refus. D'ailleurs lui-même avait ordonné des prières publitiues.

« Nous faisons. Messieurs, écrit-il de Paris, le 28 mai 1785, des prières danslediocèze, et il faut espérer que le ciel voudra bien les entendre. Je ne ci-ois pas que la saison soit si désespérée qu'il faille recourir a des voyes extraordinaires. Il me semble d'ailleursqu'on se souvient à Vendôme des discussions du dernier siècle sur la Sainte-Larme de Vendôme, et il seroit à craindre que la foy sur ce point ne soit pas assez générale. Je suis donc avec respect. Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur,

« t Al., Ev. de Blois. »

Les cérémonies antérieures, et les faveurs obtenues, démentaient cette dernière assertion ; la confiance en la Sainte-Larme n'était pas diminuée ; le peuple venait encore en foule la vénérer à la veille de la Terreur ; et depuis 100 ans bientôt qu'elle est perdue, de pieux pèlerins viennent encore la réclamer. Avec eux nous déplorons ce désastre, et nous conservons au fond du cœur un vague espoir qu'un jour peut-être elle nous

GooqIc

sera rendue, exhumée de la poussière d'un musée de ritalie, ou des secrétaires de la famille Caprara.

Puissent les documents, que nous mettons sous les yeux du lecteur, graver en caractères ineffaçables, dans son cœur, la reconnaissance envers cette précieuse Larme du Christ, que nos pères, plus heureux que nous, vénéraient avec tant de piété.

Félix faustumque sit.

Post'Scriptum. — Les processions, dans les grandes calamités publiques, n'étaient pas moins usitées à Blois qu'à Vendôme.

Nous n'en citerons que deux exemples, qui nous sont fournis par « Le Livre des choses remarquables qui se sont passées dans le monastère de St-Laumer de Blois j depuis l'introduction de la Réforme. » (Arch. départ., série H.)

« Le 8 juillet 1696, jour de dimanche, fut faite une procession très solennelle par les religieux de cette abbaye, toutes les reliques portées sur des branquars. Il s'y rencontra une foule incroyable de peuple. C'estoit pour demander du beau tems, les pluies continuelles ruinant les campagnes et estant surtout très préjudiciables aux vignes; on alla en Vienne, où la grande messe fut chantée par près de trente religieux. De ce moment le tems devint parfaitement beau, ce qui fut regardé par tout le monde comme un miracle évident et sensible. »

« Le 27 du mois de may 1698, le temps estant très fascheux, par le froid et les pluyes qui faisoient tout appréhender pour les biens de la terre, les vignes ayant été gelées du deux au trois, et du dix au onze, on a fait dans notre église une neuvaine de processions, et ce jourdhuy on a été soUempnellement à Notre-Dame de Bourgmoyen, et réciproquement les chanoines dud. Bourgmoyen sont venuz la chanter en notre église. Nous avons porté toutes nos reliques et

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plus de soixante hommes en aulbes et pieds nuds ont porté successivement les châsses, et ont communié à

la grande messe Depuis la procession, on a eu le

tems que Ton souhaitoit. Grâces à Dieu.

Fr. ROSTAING. »

Blois, imp. E. Moreau et G«, rue Pierre-de Blois, 14.

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