CAUSES
coMiiiNÉES 11. Auto-intoxications.
A côté des causes primordiales on déterminantes des maladies, il faut placer les causes secondes, celles qui par elles-mêmes sont incapables de créer la maladie, mais qui exercerrt, pour assurer sa réalisation, une influence parfois capitale : on les nomme causes prédisposantes. Pour une raison quelconque, et variable suivant les cas, elles mettent obstacle à l'adaptalion défensive de l'organisme, à l'accommodation des réactions internes aux actions externes. Parmi ces causes prédisposantes, il faut citer Finfluence de l'âge, du sexe, des races, de l'obésité, de certaines prédispositions permanentes ou momentanées de l'organisme. 11 faut signaler également la fragilité particulière qui résulte de la vieillesse, de la convalescence, de la puerpéralité, de la dépression morale et d'autres causes encore qui favorisent puissamment l'éclosion des maladies infectieuses, telles que le froid, la fatigue, l'encombrement, la misère physiologique, etc.
L'influence des causes prédisposantes est si grande pour la réalisation de la maladie, que, très souvent, les agents patliogènes seuls, sans le secours de ces causes, ne peuvent provoquer la maladie. Des modifications insignifiantes dans la composition du monde extérieur peuvent, au contraire, aboutira faire é('lore la maladie, pourvu ((u'elles rencontrent chez la victime soit une prédisposition personnelle, soit l'intervention d'éléments qui créent celte prédisposition. Qui ne connaît la sensibilité de certaines personnes vis-à-vis du refroidissement et les suites qui en décoident! On peut dire <|u'en dehors de l'action de germes pathogènes puissants par leur nombre ou leur virulence, la ntaladie infcc-
RÉCEPTI VIT/-:
tieuse n'est jamais créée qu'avec l'aide de causes prédisposantes.
En dehors de la spécificité étroite et puissante d'un agent morbide, c'est l'organisme lui-même qui joue le rôle essentiel dans le développement de tel ou tel tal^leau clinique; le plus souvent, la maladie est le résultat d'une double complicité, celle de l'organisme et celle de l'agent pathogène. Ainsi formulée, cette proposition perd tout caractère paradoxal quand elle s'applique à l'étude des maladies infectieuses. Dans les services hospitaliers de la diphtérie à Paris, avant qu'on prît les mesures de désinfection de la période récente, ne savait-on pas, presque à l'avance, les époques de l'année où la diphtérie ferait des victimes parmi les internes? Les périodes de labeur prolongé, les jours qui suivaient les fêtes de la salle de garde avaient une réputation fâcheuse et méritée. Dans le cours d'une épidémie quelconque, combien de personnes, combien de médecins sont soumis à la contagion et qui ne sont pas frappés? La réceptivité différente des organismes est la cause de cette fortune inégale.
La pathologie expérimentale a réuni une foule d'observations qui donnent la preuve du rôle des conditions prédisposantes dans la genèse des maladies infectieuses. Considérons, par exemple, l'état du suc gastrique. Dans les conditions normales, l'acidité du milieu, favorable à la digestion des matières albuminoïdes, est en même temps un obstacle au passage de germes pathogènes qui ne prospèrent que dans les milieux alcalins. On peut introduire des vibrions cholériques dans l'estomac d'un cobaye sans lui donner le choléra; les microbes sont détruits ou altérés par leur passage dans l'estomac et la cidture intestinale est empêchée. Mais, avant l'introduction du virus cholérique dans l'estomac, neutralisons avec soin l'acidité du milieu : les germes pourront alors franchir la cavité gastrique et arriver, à peu près intacts, dans l'intestin pour y sécréter la toxine cholérique. Dans les épidémies, cette expérience se réalise souvent chez l'homme; un écart de régime qui change les conditions chimiques du milieu gastrique en fait une victime du choléra.
L'immunité contre une maladie infectieuse, conférée par une vaccination artificielle ou par une atteinte antérieure, est aussi un bel exemple du rôle assumé par l'organisme dans l'éclosion des maladies.
La susceptibilité plus ou moins marquée des individus à contracter des affections dites a frigore est en raison inverse de l'accoutumance des téguments à supporter les changements brusques de température. Chez ceux-ci, les forces défensives de l'organisme, mises enjeu par le système nerveux de la peau normalement excitable, neutralisent en quelque sorte la fâcheuse influence des oscillations thermiques ])rusques ; chez ceux-là, l'affaiblissement du pouvoir de régulation vasomotrice de la peau
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
apporte un coefficient favoral)le à la nocuité des brusques modifications thermiques. De tout temps, les cliniciens et principalement les médecins militaires avaient signalé le rôle de la fatigue, du surmenage dans l'évolution et aussi dans la production des maladies infectieuses; les recherches de Charrin et Roger ont donné un point d'appui expérimental à ces constatations de la clinique.
Au premier rang des causes prédisposantes morbides signalées par l'ancienne médecine se trouve l'état désigné sous le nom de misère physiologique. Un des éléments de cette misère est l'insuffisance de la nourriture. Le typhus exanthématique (dénommé typhus de famine), le béri-béri ou kakke du Japon, la peste indienne, font leurs victimes les plus nombreuses dans la population mal nourrie. Ca.nalis et INIoupurgo ont consacré une étude expérimentale à l'influence du jeûne. Les expériences de ces savants ont porté sur l'inoculation' du charbon à des races d'animaux (pigeons) qui ne sont ni réfractaires, ni très sensibles à cette maladie. Sur douze animaux inoculés en bonne santé, il en est mort seulement deux. Si les animaux sont soumis à l'inanition, soit quelques jours avant, soit au moment même de l'inoculation, ils succombent tous au char])on. Ces mêmes animaux résistent à l'inoculation malgré l'inanition antérieure, si, au moment de l'inoculation, on leur rend leur nourriture, à la condition toutefois que l'atteinte portée à la santé n'ait pas été trop profonde. Une dernière expérience montre bien le rôle du microbisme latent et l'importance des causes adjuvantes. Des pigeons inoculés sous la peau avec le charbon continuent à se bien porter; quelques jours plus tard, on les soumet à l'inanition pour savoir si les germes introduits ont conservé leur virulence. L'inanition, commencée le cinquième jour, fait périr tous les pigeons du charbon; à mesure ([u'on s'éloigne du jour de l'inoculation, les pigeons réfractaires deviennent de plus en plus nombreux malgré le jeûne : au delà de 9 jours, les animaux ne succombent plus au charbon, mais à l'inanition.
Ces expériences permettent de saisir, sous une forme concrète, le rôle de ce qu'on a nommé la misère physiologique et l'importance de l'alimentation dans les causes prédisposantes des maladies infectieuses.
En quoi consiste exactement, au point de vue physiologique, cette diminution de la résistance de l'organisme ? Les recherches récentes de Loî^DON (1896) apportent quelques éclaircissements dans le débat. On sait que le sérum d'animaux vivants présente souvent des propriétés bactéricides à l'égard de certains microbes. London a montré qu'après un jeûne de dix jours le pouvoir bactéricide du sérum de lapin disparait
OU se trouve considérablement amoindri ; il revient au contraire à son taux primitif à mesure que ralimentation est rendue à l'animal.
Nous reviendrons plus loin sur les causes spéciales des maladies et sur les agents pathogènes qui les provoquent. Nous n'étudierons ici, comme cause morbide, que V IlèrcdiU'.
Notions générales sur l'Hérédité.
La transmission des propriétés, qualités naturelles ou acquises, des ascendants aux descendants constitue l'hérédité, c'est-à-dire le phénomène biologique qui gouverne le monde vivant. L'hérédité est la force conserç>a/rice des propriétés de la matière vivante, mais la matière n'est vivante qu'à la condition de réagir contre les actions externes, et cette réaction ne peut se làire que par l'adaptation ou l'accommodation aux conditions ambiantes. Or, cette adaptation tend à modifier les êtres et à les transformer; elle est donc une force cvolnlrice qui lutte contre l'hérédité.
Tandis que la connaissance de l'cvoliilion des cires^ le Transformisme, n'a pénétré dans la science que depuis un temps relativement court, depuis que les travaux de Lam.vrck et surtout de Darwin ont fourni à la doctrine du transformisme les lois de la sélection naturelle, les phénomènes principaux de ritcrèdilé onV l'rappé les yeux de l'homme dès la plus haute antiquité. 11 est vrai (|ue la constatation des faits d'hérédité physiologique et pathologique n'avait pas dissipé l'obscurité qui régnait sur leur cause et leur mécanisme. Les découvertes, qui datent à peine d'un demi-siècle, de Dahwin, de ^'lHcno^v, de Pasteur, sont venues, à trois points de vue, jeter les bases de la pathologie générale et permettre de pénétrer profondément le mystérieux problème de l'hérédité.
Une science était née dans les lal)oral()ires, (jui s'occuj)ait d'étudier la forme et les réactions histochimiques des cellules du corps de l'individu sain et de l'individu malade. Cette science des détails microscopiques paraissait d'abord bien éloignée des études poursuivies par les Evolutionnistes, lesquels ne portaient leur attention que sur les caractères extérieurs des plantes et des animaux, sur leur forme, leur couleur, leur anatomie, leur développement, etc. Cependant, quand la théorie cellulaire eut montré que l'ovule et le spermatozoïde, dont la fusion formait l'embryon, n'étaient l'un et l'autre qu'une cellide,la source commune, les points de départ des études sur l'Hérédité et l'Evolution se trouvèrent tout à coup découverts, rapprochés et fixés. I^a théorie microbienne vint
KTIOr.OGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
à son tour apporter une lumière inattendue qu'elle était allée puiser clans le domaine de la pathologie comparée. Chez un insecte, le ver à soie, atteint de plusieurs maladies qui se transmettaient héréditairement, Pasteur suivit le germe de la pébrine dans le corps de l'insecte, dans la chrysalide, dans le papillon pondeur et enfin dans Fœuf lui-même. Ce fut la découverte expérimentale d'un des modes de l'hérédité des maladies infectieuses. Sur le même insecte et à propos d'une autre maladie, la flacherie. Pasteur constata, par l'expérience, la transmission héréditaire de la fragilité d'un organe, d'une failjlesse originelle, qui prédisposait héréditairement aux trouilles digestifs. Ainsi furent constatés pour la première fois et reproduits par l'expérience ces deux modes de l'hérédité : l'infection et la dystrophie.
Envisagée dans sa nature et dans sa cause, l'hérédité est le résultat de toute multiplication, de tout accroissement qui dépasse les limites de l'individualité. Lorsque la cellule musculaire donne, en se multipliant, une autre cellule musculaire et qu'un épithéliiun produit de l'épitliélium, ce ne sont là que tles manifestations de l'hérédité des éléments isolés des tissus. La propriété essentielle de l'hérédité telle ((ue nous la constatons est de permettre, d'une part, la conservation de l'identité des descendants avec les ascendants, et, d'autre part, l'accumulation, dans les organismes de nouvelle génération, de c{ualités pliysiques et morales des générations précédentes. Cette accumulation est cpielquefois favoi-able, c'est la cause d'un progrès ; quelquefois défavorable, c'est la cause de dégénérescence ; elle est en tout cas une source d'évolution . Les propriétés héréditaires de conservation et d'adaptation font de nous la copie, mais non la copie servile, de nos parents.
Quand la matière vivante apparut sur la terre, l'essence même de sa nature devait amener chez elle une modification immédiate, provoquée par l'action réciproque de cette nuitière et du milieu environnant. I^a vie se continuant, et l'accroissement par mullij)lication ne pouvant dépasser les limites de l'individualité primitive, h» transmission du protoplasma, et par conséquent de ses fonctions, se lit naturellem(>nl. L'hérédité devait naître.
Chez les êtres uni-cellulaires et, en général, dans les cellules d'un organisin<> nudliccliuhiire se développant par scission ou par ])ourg(>onnement, l'hérédité se Irouve ramenée à la continuité du j)rotoplasma : la cellule-fille est idenli(|ue à la cellule-mère pai'cc qu'elle n'est qu'une parcelle et la continuation immédiate du corps maternel. Dans les organismes nu)no<"ellulaii'es asexiu's la facullé (raccroissemenl et de conlinuation de l'espèce, et par conséquent la facullé de la I ransmission des caractères par hérédih", est propre à chaque" ccllidc" et mènu* aux por-
tions de cellule, pourvu que celles-ci contiennent la substance nucléaire. C'est cette dernière qui nous apparaît déjà comme le substratum matériel de riiérédité.
Chez les métazoaires, la faculté de multiplication, qui comprend le pouvoir de conservation de Tespèce, n'appartient qu'aux cellules génitales. La présence d'organes spéciaux, la nécessité d'une fusion de cellules mâle et femelle, rendent ici l'étude des phénomènes de l'hérédité ])eaucoup plus compliquée. On ne peut se rendre un compte exact des moyens par lesquels les qualités héréditaires paternelles et maternelles des ascendants immédiats et des ancêtres sont transmises aux enfants ; on ne ])eut juger des précautions prises par la nature pour conserver le type de l'espèce en empècliant l'hérédité d'accumuler un trop grand nombre de caractères ancestraux; ou ne peut connaître, enfin, les conditions matérielles de la transmission de l'hérédité dans l'ordre physiologique et dans l'ordre pathologique, sans demander aux travaux récents des cytologistes les renseignements puisés dans l'étude des êtres de la série zoologique.
Nous résumerons brièvement les notions embryologiques nécessaires à l'intelligence et à la discussion de ce problème.
Cellules-germes. — Chez les êtres, plantes et animaux, unicellulaires , la création d'un individu nouveau se fait par la séparation en deux jiarlics du corps entier des ])arents. Dans les organismes multicellulaires les choses se passent différemment, parce que, à une date plus ou moins rapprochée, les éléments qui constituent le corps se différenciant en deux groupes profondément distincts, les cellules somalicjues c[ui forment les tissus variés, assumant les fonctions de la vie individuelle, et les cellulesgermes destinées, après leur séparation du reste du corps, à donner naissance à des individus nouveaux. Cette distinction entre les deux espèces de cellules n'est pas absolue; elle consacre surtout une condition physiologique s'appliquant à un mode particulier de division du travail ; il suffirait, pour le démontrer, de citer les cas où c|uelcpies cellules somaliques sont capables de régénérer le corps entier de l'animal. Chez les animaux les plus inférieurs, les cellules-germes sont distribuées çà et là autour des cellules somatiques. Chez les êtres plus élevés en organisation, les cellules-germes sont logées dans des organes, ovaires, testicules, qui leur fournissent le support, la protection, la nourriture. Au début du stade embryonnaire, il est difficile de distinguer les cellules-germes de l'un et de l'autre sexe et même de les distinguer des cellules somatiques. Plus tard la différenciation est facile. L'ovule se présente sous la forme d'une cellule volumineuse qui a emprunté une grande quantité d'éléments nutritifs destinés à servir à l'alimentation du nouvel être, tandis que le spermatozoïde qui a, comme l'ovule, la constitution nucléaire d'une cellule, ne possède qu'une faible quantité de cytoplasme dépourvu de réserve alimentaire. Sa constitution lui assure seulement le pouvoir de déployer pendant un certain temps une énergique activité. Nous étudierons successivement l'ovule et le spermatozoïde. L'ovule est une cellule et, à ce titre, il possède la slrucUire de toutes les cellules (voir page 5). Dérivant des éléments de l'i-pilliélium germinalif de l'éminence
5(> ETIOLOGIE GENERALE DES MALADIES
sexuelle, l ovule a la forme d'un sphéroïde casé dans un ovisac de l'ovaire qui lui sert de réreptacle jusqu'au moment de la ponte ovarienne. Entouré d'une ou plusieurs enveloppes, il présente un orifice, le micropyle, dans lequel pénétrera le spermatozoïde; il possède un protoplasme, un noyau, un centrosome. Le centrosome s'observe à certaines périodes près de la vésicule germinative; il disparaît d'ordinaire au ujoment de la maturation de l'd'uf. Sa disparition met la cellule ovulaire dans l'impossibilité de sul)ir une division spontanée. 11 faudra, pour que l'ovule se divise et prolifère, qu un nouveau centrosome lui soit apporté par un spermatozoïde. Le noyau de 1 ovule occupe à peu près la partie médiane de la cellule. A
1 époque de la maturation, il perd une partie de sa chromatiiie. Nous verrons plus loin dans quelle proportion le cytoplasme ou vitellus revêt des apparences variant avec les qualités du deutoplasme ou jaune de l'œuf. Ce cytoplasme offre une sorte de structure alvéolaire formée de granules ou microsomes, enfouis dans une substance fondamentale claire et homogène. Les corps deutoplasmiques renfermés dans le cytoplasme (protoplasme cellulaire) ont une composition chimique variable et contiennent, à côté des matières protéiques, des nucléoalbumines associées à des substances grasses et à des hydrocarbures. Le deutoplasme est en général plus lourd que le protoplasme, de telle sorte que, lorsque le jaune est accumulé dans un hémisphère, il détermine par sa pesanteur la position de l'axe de l'd'uf. Les enveloi)pes de l'œuf sont au nombre de trois : la membrane vitelline, sécrétée par l'ovule; le chorion, formé par l'activité du follicule maternel ; les enveloppes accessoires, fournies par l'oviducte après cjue l'a-uf a quitté l'ovaire.
Le spermatozoïde est aussi une cellule dérivée, connue l'élément femelle, de l'épilhélium germinatif de l'éminencc sexuelle. Considéré depuis deux cents ans comme un animalcule parasite, il ne fut rattaché au groupe des éléments cellulaires que par les travaux de Koi.likkii et surtout de SwF.i(;(;iiii-Si; M)i: L et La \'Ai.iiTTii Saint-Ckoiicks (8()j).
Dans sa forme flagellée, le spermatozoïde présente 4 parties (llg. 38).
1° Le noyau, qui constitue la [)artie principale de la tète, est formi' cl une masse de chromaline entourée d une mince enveloppe cy toplasmicpie ;
'1° I^e sommet, situé au-dessus du noyau dont il semble dérivé ;
3° La pièce intermédiaire, (pii prend bien les couleurs acides et donne attache à la queue ;
Y' La queue ou /la<^cl/ani, formée en partie de substance cytoplasmiquc, dérivée (le la sphère d'attraction de la cellule maleruelle. Kllc consiste en un lilament axial libi'illaire entouré d'une envel()])j)c. On suit le trajet de ce lilament axial juscpie dans la pièce intermédiaire où il se termine par un ])etit bouton (|ui l'eprésente vraisembiablemeiil le cenlrosome. Ce (lagellum du s|)ermatozoïde est l'organe locomoteur
Fig. 'Î8. — Speniialozoïdo (d'après Wilsoii).
A, sommet ; — B, noyau compact formé do chromafinc riche en phosphore; — C, cxti'éniité renflée du filament axial représentant probablement le centrosome de la cellule; — D, pièce intermédiaire; — E, gaine protoplasmiquedu filament axial; — F, filament axiiil ; — G, pièce terminale.
dont les mouvemenls vibratiles emportent le noyau et le centrosome jusque dans l'œuf ovulaire. On trouve les éléments constitutifs essentiels de cette forme du spermatozoïde flagellé chez tous les métazoaires, depuis les cœlentérés juscju'à l'homme, avec des modifications plus ou moins marquées suivant les espèces.
Origine et maturatiofi des cellules-germes. — L'ovule et le spermatozoïde prennent naissance aux dépens des cellules-germes primordiales qui de bonne heure, dans l'embryon, se distinguent des cellules somatiques. Leur différenciation sexuelle ne semble pas être le résultat d'une prédisposition antécédente, mais plutôt la conséquence d'une stimulation extérieure.. ^Lvupas a montré que, chez les rotifères, une élévation de température donnait naissance à des mâles, un abaissement thermique, à des femelles. Quant à la naissance des cellules-germes, on peut la reconnaître de bonne heure (ascarides, d'après Boviiiii) à ce fait que ces cellules ne sont pas seulement plus volumineuses et plus riches en chromatine que les cellules somatiques voisines, mais encore que les blastomères donnant naissance à ces cellules-germes gardent tout entière leur chromatine sans en expulser une partie dans le cytoplasme, comme cela s'observe dans les blastomères des cellules somatiques.
Comment se fait leur développenient et s'exécute leur difféi'enciation ?
Ovule. — On constate ordinairement une association active entre l'œuf et les cellules environnantes qui lui forment un follicule chargé de le protéger et de le nourrir. Quand l'ceuf augmente de volume, le cytoplasme s'accroît et se charge de corps deutoplasmiques suspendus dans ses mailles et qui y apparaissent comme les granules zymogènes dans les cellules glandulaires. Dans beaucoup d œufs d'oiseaux et de mammifères on distingue à un certain moment, dans le cytoplasme, la présence d'une sphère d attraction et d'un centrosome, lesquels disparaissent tôt ou tard.
Spermatozoïde. — Les cellules-germes primordiales, en se divisant, donnent naissance à des cellules-lilles qu'on nomme spermatogonies. Celles-ci, à un certain montent, cessent de se diviser, augmentent de volume et forment les speruiatocytes primaires d'où découlent les spermatocytes secondaires, puis les sperniatides et enlin les spermatozoïdes (fig. 39). Dans ceux-ci, le noyau est devenu petit, compact, et le cytoplasme a pris la forme d'une queue ou d'un filament flagellé. Le centrosome se trouve dans la pièce intermédiaire.
Avant d'entrer dans la description du phénomène cytologique qui assure la fusion de la cellule mâle et de la cellule femelle, deux remarques doivent attirer l'attention. Le produit de la fécondation comporte, comme le démontre l'observation clinique, la persistance de qualités qui lui viennent non seulement de ses parents immédiats mâle et femelle, mais aussi des ancêtres de ses parents, envisagés dans la branche masculine et dans la branche féminine. Le spermatozoïde et l'ovule ne transmettent donc pas que des qualités purement masculines ou purement
l'ig. '5i). — Schéma (d'nprcs Bovevi) montrant la formation et la maturation (c'est-à-dire la réduction de plus en plus grande de la masse chromatique) des cellules-germes mâles.
A, cellules-germes primordiales ; — B, C, spermatogonies constituées par les divisions successives des cellules primordiales; —
D, période d'accroissemeut d'une spermatogonie ; — D', spermatocyte primaire ; —
E, spermatocyte secondaire; — F, spermatide ; — H, spermatozoïde.
ÉTIOLOGIJ-: GEyÉli.lLE DES MALADIES
féminines. L'embryon, de son côlé, ne renferme pas toutes les qualités du père et toutes les qualités de la mère additionnées les unes aux autres. Quelques-unes des propriétés des parents ont disparu, tandis que celles des ancêtres plus ou moins recul és ont surgi tout à couji. Ces diverses constatations que l'observation révèle
ont vraisemblablement pour raison d'être une cause physique, une condition anatomique déterminée. Et cette base physique se reconnaît précisément dans les modifications que présentent les cellules-germes màle el femelle à l'approche de leur maturité. Ces modifications consistent essentiellement en ceci, comme le montre le schéma de BoviiRi (fig. 3<j et 40), que l'ovule mûr ou le spermatozoïde ne renferment l'un et l'autre qu'une part de la quantité totale de chroinatine contenue dans l'oocyte primaire ou dans le spermatocyte primaire.
La totalité de la chromatine du spermatocyte primaire est distribuée à quatre spermatozoïdes; celle de l'oocyte primaire est également divisée en quatre parties, la première attribuée à l'ovule arrivé à maturation et les autres aux corps polaires qui sont éliminés au moment de cette même maturation. Ce processus d'élimination des globules polaires joue un très grand rôle dans V hérédité. La vésicule ou noyau de l'œuf subit la karyokinèse; il se forme un anq^hiaster qui envoie une de ses étoiles vers la surface de l'œuf d'où elle s'élimine. Cette élimination du premier globule polaire emporte la moitié de la chromatine du noyau. L'aster resté dans le vitellus se divise encore sans phase de repos, c'est-à-dire sans avoir eu le temps de reconstituer la masse de sa chi'-oniatine ; le produit de sa division sous forme d'aster s élimine encore, c'est le deuxième globule polaire. Ainsi la chromatine a perdu les trois quarts de sa masse. On s explique de la sorte que l'ovule mûr et le spermatozoïde ne représentent l'un et l'autre que des cellules incomplètes, et cjue ce soit précisément la fusion de ces deux cellules incomplètes qui restaure une cellule nouvelle coniplèle, en lui fournissant, avec les éléments de son intégralité, la vitalité de la j(Miiiesse. On. s'explique aussi que cette élimination de la substance chromatique prive les cellules-germes d'une partie des qualités des parents. Ce processus met obstacle à l'accumulation dans l'a-uf fécondé de toutes les propriétés des ancêtres qui s'additionneraient dans une proportion arithmétique et peu à ])eu aboutiraient à la création d'organismes d'une incroyable complexité.
La réduction qui s'opère dans les cellules-germes avant leur union ne nu'l pas obstacle à la transmission des c|ualités héréditaires; elle la liniilc seulement. Vertus et i'ices payent à la nature des droits de succession .
Fig. 40. — Schéma (d'après Bovcri) montrant la formation et la maturation (c'est-à-dire l'élimination d une partie do la masse chromatique) des cellulesgermes femelles.
A, cellules-germes primordiales;— B, G, oogonies constituées par les divisions successives de ces cellules primordiales ; — D. période d'accroissement d'une oogonie; — E, oocyte primaire; — F, oocyte secondaire, œuf avec le premier corps polaire; — H, œuf arrivé à maturité et les trois corps polaires.
Fécondation. — Dans les formes les plus simples, la vie se transmet; peut-être estcUe même capable de se transmettre indéfiniment, par simple division cellulaire successive; mais, dans l'immense majorité des cas, l'énergie de la division ne se maintient et ne jiersiste que grâce à l'addition à une cellule d'une parcelle de
matière vivante provenant d une rejîréseule l'essence de la reproduction sexuelle, qui a pour but le rajeu-
autre cellule. Le phénomène de la fécondation
Fig. .'it, 4}, /i4, 43, 46, rcprésenlunt les diverses phases de la fécondation de l'ascaris megaloccphala bivnlens (d'après Boveri, figures empruntées à Wilson).
A,B, élimination du second corps polaire; — C, noyau du spermatozoïde qui a pénétré dans l'œuf; j^rès de lui se distingue la sphère d'attraction.
Fig. 42.
U, globules polaires éliminés;
— E, sphère d'attraction contenant le centrosome qui se divise;
— F, G, noyaux des cellules-germes.
nissement de l'énergie de développement et de division cellulaire. Les observations de Maupas , faites sur les infusoires unicellulaires , montrent que les procédés de division cellulaire s'arrêtent d'eux-mêmes tôt ou tard, comme par un phénomène de sénilité, tandis que le retour à l'activité, la jeunesse, leur est restitué par leur fusion avec un fragment de matière vivante venu d'une autre cellule.
Chez les êtres plus élevés, la fécondation est la fusion des cellules-germes paternelle et maternelle.
La pénétration du spermatozoïde dans l'œuf, entrevue par Newport en 1854, a été bien décrite par Fol en 1879. Le spermatozoïde est attiré vers l'œuf par un acte de sensibilité spéciale, de chimiotaxic positive.
Sous l'influence d'un phénomène, de nature peutêtre semblable, le vitellus présente une sorte de tuméfaction limitée, zone d'attraction, dans laquelle s'enfonce la tête du spermatozoïde (fig. 48).
Aussitôt le vitellus s'entoure d'une membrane et donne même des témoignages de chimiotaxie négative, qui ferment la voie à 1 entrée d'autres spermatozoïdes. Si, par exception, deux spermatozoïdes réussissent à pénétrer dans l'œuf, il en résulte la création d'un monstre double.
Fig. 4 3.
globules polaires en voie
d'élimination; — I,J, formalion des chromosomes.
L,N, les noyaux des cellulesgermes réduits en deux chromosomes ; — M,M, sphère d'attraction devenue double.
Fig. 4'î- 0, fibres du fuseau — processus devenu karyokinétiquc ; — R,. chromosomes à l'état de division longitudinale.
Fig. 40.
Les parcelles de chromosomes se dirigent vers les pôles du fuseau, première division cellulaire, dont l'évolution va se poursuivre.
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
La fécondation consiste essentiellement dans la fusion du noyau du spermatozoïde avec le noyau de l ovule. Ces deux noyaux réunis forment le noyau primaire de la cellule de l'embryon dans le règne animal et le règne végétal. Ce sont les divisions successives de ce noyau qui donnent naissance aux noyaux de toutes les autres cellules du corps, de telle sorte cjue chaque noyau de la cellule de l'enfant contient une certaine quantité de la subslanco nucléaire des parents. Ces faits s'observent d'une manière très précise sur les œufs des Ascarides (^'A^• Bexeden] et aussi dans le règne végétal (STRAsisuiiGEiî, Gi-'ignaiîd, ÏN'avascihxe). Chez l'Ascaris bivalens, aussitôt après l'entrée du spermatozoïde dans l'ovule et pendant la formation des globules 25olaires, le noyau du spermatozoïde augmente de volume et ressemble exactement au noyau de l'ovule (fig. 42, l\?>, 44)- Dans chaque noyau la chromatine se dispose en deux longs chromosomes filamenteux rjui s'équivalent exactement par leur siège et leur réaction tinctoriale. Bientôt la membrane qui les sépare disparaît et les cjuatre chromosomes sont libres dans la substance ovulaire.
Cependant un amphiaster se développe, dans la région médiane duquel se voient les quatre chromosomes. On reconnaît ainsi une figure de karyokinèse, premier indice de la division de l'ovule. La substance chromatique (jui subit ainsi ce processus de mitose a été constituée de toutes pièces par l'union de la chromatine des noyaux des cellules-germes des deux générateurs. L'évolution continue suivant le type ordinaire de la division indirecte, c'est-à-dire qu'en définitive chaque noyau des cellules-filles reçoit une quantité égale de chromatine de descendance paternelle et de descendance maternelle (fig. 4 j et '|G).
BovERi a établi la loi de l'égalité numéi-ique des chromosomes fournis à la première cellule embryonnaire par l'un et l'autre jiarent. Le fait a été aussi constaté chez les végétaux (lys) par Gihgxard. On sait cjue, dans tout noyau de cellules somatiques qui subit la karyokinèse, on trouve toujours pour une même espèce un même nombre de chromosomes. Dans la fécondation de l'ovule, le noyau de l'œuf et le noyau du spermatozoïde présentent chacun un nombre de chromosomes qui est juste la moitié de celui cjue possèdent les cellules somatiques, et l'uiiiDu des deux cellulesgermes rétablit précisément la totalité du nombre des chromosomes caractéristiques pour l'espèce.
Ces faits démontrent que les novaux des cellules-germes mâle et femelle, envisagés au jîoint de vue morphologique, sont équivalents et que les chromosomes des deux sexes, égaux par leur nombre, leur forme et leur volume, jouent un rôle égal dans la transmission des propriétés héréditaires. La c/iroiiia ti/ie apparaît ainsi comme la base physique de f hérédité .
Nous avons vu que la distribution des chromosomes et la division de l'œuf étaient commandées par le centrosome et l'amphiasler. Dans un grand nombre de cas, les constatations suivantes ont été faites d'une manière précise. Avant ou pendant la fécondation, le centrosome de l'ovule disparaît, tandis que le nouveau centrosome apporté parle spermatozoïde se divise pour former l'amphiaster. Chez l'oursin de mer on peut suivre facilement les diverses phases de ce processus (Wii.son). Dans ce cas, la tète cl la pièce intermédiaire du spermatozoïde pénètrent seuls dans l'œuf. Aussitôt après son entrée, la tête du spei-malozoïde, ])ortant à sa base la pièce intermédiaire, exécute sur elle-même un mouvement de rotation d'environ 180° l(ig. îo, Ji, S-aI. Pendant cette volte-face un petit aster se dévelop[)e autour de la pièce intcrmrdiaii-e. qui présente un centre se colorant vivenn-nt connue le centrosome. A mesure que le noyau spermatique avance, l'aster se développe rapidement dans le cytoplasme ovulaire, occu-
UKRÉÙITÉ
pant presque un hémisphère (fig. 53, 54 • La masse centrale de l'aster se met en contact avec le noyau de 1 œuf, se divise en deux asters-filles qui se placent aux pôles opposés du novau OA ulaire. tandis que le noyau du spermatozoïde pénètre dans le novau de l'œuf où on le distingue encore à son aspect de lentille biconvexe, et la fusion se termine fig. 53, 5G . Bientôt la membrane nucléaire disparaît, un fuseau
Fig. 47. 48. 49. 5o, îi. îj. .ï4, 5.). 56. — Ces fig-ares montrent d'après Wilson l'entrée et la rotation de la tète du spermatozoïde et la formation de l'aster achromatique d origine spermatique dans l'oeuf de l'oursin de mer.
Fig. 47. — Tète du spermatozoïde avant son entrée. Fig. 48. Fio- -i?-
A. pièce intermédiaire portant un bout du filament Zone de tuméfaction de 1 œuf au moment de axial; — B, noyau du spermatozoïde. la pénétration du spermatozoïde.
Fig î5- Fig. 54.
Rapprochement des noyaux des cellules-germes: grossissement de l'aster.
se montre entre les deux asters et les chromosomes se distinguent et se séparent, emportant chacun une part égale de la substance nucléaire des deux cellules-germes.
Tels sont les faits histologiques conslatés aujourd'hui d une manière très précise. On voit que l'opinion de Fol. la description qu'il avait donnée du quadrille des centres, ne peut plus être considérée comme un fait qui réponde à la réalité. Dans la formation des premiers blastomères. le centrosome qui dirige le processus de segmentation vient du mâle: il n'est pas un composé d'un demi-ovocentre et d un demi-spermocenlre, par l'excellente raison qu au moment de la maturation, l'ovule a perdu son centrosome et qu'il est devenu une cellule incomplète, incapable de se développer sans l'apport du spermatozoïde.
Si le centrosome persistait dans l'ovule, la parthénogenèse serait en vérité trop fréquente.
En résumé, il ressort de cette description sommaire les faits suivants : La
ÉTIOLOGIE GLWÉIIALE DES MALADIES
première cellule embrYonnaire est formée par la fusion tle deux cellules-germes, ovule et spermatozoïde. Ces deux cellules sont l'une et l'autre incomplètes; elles
renferment une quantité de chromaline inférieure à celle qui existe dans les cellules somatiques ordinaires . La réduction qu'elles ont subie dans leur patrimoine de chromatine est due à un phénomène de maturation; cette maturation assure l'élimination d'une partie de la cellule qui porte en elle des propriétés ancestrales.
Ainsi est évité dans l'embryon l'entassement total de toutes les propriétés des parents et des ancêtres; ainsi est préparée la voie de la variation dans les êtres. Ni les vertus ni les vices, dans le domaine physique et dans le domaine moral, ne sont obligaioircnieiil transmis dans toute leur intégralité. 1° La substance chromatique, base physicjue de l'héi-édilé, porte-cachet de la race, tire son oi'igine à dose égale des F*'ig. 5f), 36. — Conjugaison des noyaux des cellules-gci'mes cl deux parents. 3° L OVule division de l'aster aclnoniatiqiic d'origine spennatique. donne le CVlOplasuie sub-
slratum du d(''veloppement
et de la différenciation futurs; le spermatozoïde fournit exclusivement le cenlrosome, l'agent actif de la division milosiquc, le tisserand de l'ceuvre (jui va se poursuivre.
Les douni'es précédentes vont nous permettre d'apprécier, à un j)oint de vue pour ainsi dire ol)je(iif, les théories plus ou moins ingénieuses et surtout les laits dont la clinique et rexpérimentalion ont éta])li la réalité dans le domaine de l'hérédité.
La théorie des anciens Préformistcs, qui admettaient (|ue l'œuf renfermait un embryon en miniature, comme la chrysalide renferme le pa[)illon, la théorie de l'emboîtement des germes de Bonnet, fut bientôt abandonnée. Son absurdité décoidail précisément de ses conséquences, car si lin œuf contient un embryon complet, celui-ci doit aussi contenir des
Fig. 56.
œufs, ceux-là d'autres œufs, et ainsi de suite à l'infini. D'ailleurs les observations de Wolff (1709) portèrent à cette théorie le dernier coup. Ce savant montra que dans l'œuf au début il n'y a pas trace d'embryon, que l'embryon apparaît peu à peu sous l'aspect de parties récemment formées ; il créa en un mot la théorie de l'èpii^enèse, opposée à celle de l'évolution.
Parmi les théories qui ont été mises au jour pour expliquer la transmission des propriétés héréditaires, plusieurs sont célèbres par leur ingéniosité ou par le nom de leurs auteurs.
BuFFON considérait que les molécules organiques qui n'étaient plus nécessaires à la nutrition formaient les éléments sexuels. Darwin supposa que des molécules organiques, gemmules cellulaires, émis comme des atomes par les unités du corps, cfi'culaient, se multipliaient, se développaient ultérieurement en cellules semblables à celles dont ils dérivaient et servaient à la formation des cellules sexuelles. Ce fut la théorie de la pangeiièse qui permettait d'expliquer facilement les propriétés innées et acquises, physiologiques et pathologiques, mais qui était privée de toute base anatomique et qui n'est plus aujourd'hui défendue par personne.
L'hypothèse de H.eckel est non moins métaphysique que celle de Darwin et ne repose sur aucune propriété objectivement constatable des cellules et des tissus. — H.eckel considère que la cellule n'est pas l'unité vivante, qu'il y a au-desssus d'elle des plastidules, molécules de substance jouissant de sensations, de volonté, de mouvements propres, de mémoire, de réceptivité. La mémoire des plastidules est l'hérédité, due à la persistance du même mouvement moléculaire ondulatoire, transmis des parents aux enfants ; les modifications de la mémoire des plastidules, en plus ou en moins, dues à leur réceptivité, expliquent la variabilité des formes organisées. C'est la théorie de la pèrigenèse .
Cependant des théories allaient naître qui cherchaient à donner de l'hérédité une explication fondée sur des observations histologiques. Nœgeli a proposé le premier la théorie de l'idioplasme. Pour lui chaque cellule renferme deux espèces de plasma organisé, l'idioplasme et le trophoplasme. Au premier seul appartient la faculté de reproduire les qualités des générateurs, au second reviennent les phénomènes de nutrition, d'assimilation et de relation avec le monde extérieur. L'idioplasme des cellules sexuelles contient à l'état de germes toutes les particularités et les caractères des ascendants. Ces germes peuvent être comparés à l'énergie potentielle ou aux forces de tension de la matière non organisée. Ils peuvent se manifester et se développer dans des individus ou bien rester à l'état latent pendant de longues périodes de temps, si les impul-
Chantemksse et PoDWYSSOTSKY. Pi'occssus généraux. 4
ETIOLOGIE GENERALE DES MALADIES
sions nécessaires à leur manifestation font défaut. En se produisant dans une série de générations, ils peuvent s'affermir, acquérir une intensité d'énergie plus grande, ou bien au contraire, dans des conditions inverses, ils peuvent s'aftaiblir graduellement et disparaître. Lorsqu'un organisme naît d'un bourgeon (Nœgeli en sa qualité de botaniste visait surtout le monde végétal), l'idioplasme ne se sépare pas sous forme de particules isolées, localisées dans des cellules ou des organes; il se propage comme un réseau de « micelles », qui s'étend du noyau au cytoplasme et, de cellule en cellule, à tout l'organisme. Aussi l'idioplasme est-il toujours l'agent de contrôle de toute modification qui apparaît dans le plasma nutritif. Dans l'accroissement des cellules, des tissus et des organes, dans la régénération de diverses parties, dans la substitution d'éléments nouveaux à ceux qui sont dégénérés, toujours se fait sentir la présence de l'idioplasme, gardien des particularités de l'individu, de l'espèce et du genre.
Dans cette conception de Nœgeli, les germes de l'organisme générateur sont contenus dans l'idioplasme de chaque cellule; si certaines de ces cellules sont différenciées, c'est-à-dire présentent des particularités de fonction et de structure, la cause en est dans les différences de tension et de mouvement que présente l'idioplasme de l'organisme dans ces cellules.
On ne peut refuser à l'hypothèse de Nœgeli un caractère d'ingénieuse philosophie, mais deux objections suffisent pour la renverser. Chez les animaux supérieurs et chez l'homme il y a, d'une manière évidente et contrairement à l'hypo thèse de Nœgeli, une individualisation spéciale de l'idioplasme des cellules génitales ; celui-ci possède seul la faculté de transmettre à la descendance les propriétés caractéristiques des ascendants. En second lieu, les constatations de Nussbaumm, Gruber, Verworx ont établi que seule la présence d'un noyau ou d'un fragment de noyau peut donner à des débris cellulaires la capacité de se régénérer. Enfin, les recherches de Hertwig, de Stra.sburger, de Van Beneden, de Guignaud ont montré le rôle du noyau dans le phénomène de la fécondation; Boveri a fait voir que les substances paternelle et maternelle intervenaient à égalité de masse chromatique. La chroinatine est donc apparue comme l'élément qui concentrait en lui l'idioplasme de Nœgeli et qui supportait la base physique de l'hérédité. C'est la conclusion à laquelle ont abouti de divers côtés Hertwig, Kolliker et surtout Weismann.
11 nous reste à exposer la théorie célèbre, développée avec beaucou]) de soin i)ar Weismanx, à laquelle reste attaché le nom de ce savant : c'est la théorie de la contimiih' dit plasma gcrniinalif. Avant d'entrer dans les détails, il est nécessaire d'indi(|uer à quelles sources Weismann a
puisé pour édifier son hypothèse ; celle-ci découle en effet des théories de VV. Roux et de de Vries dont elle combine les éléments. Roux concevait Fidioplasme, c'est-à-dire la chromatine, non pas comme une masse homogène de molécules, mais comme un mélange de substances diverses, douées de qualités différentes et représentées chacune dans les granules individuels de chromatine. Au moment de la formation du filament mitosique, la division qui suivait pouvait être ou (jnanlitalis>e ou qualilath'c . Chaque noyau de cellule recevait ainsi une dose de chromatine munie de qualités en quelque sorte spécifiques, qui déterminaient la nature de la cellule et le sort qui lui était réservé dans le développement. Ce développement n'était lui-même influencé que très faiblement par les relations de la cellule avec ses voisines, c'est-à-dire par la loi de différenciation corrélative. De Vries, de son côté, avait modifié l'hypothèse de Darwin qui admettait l'existence de gemmules se transportant d'une cellule à une autre. Il admit que des gemmules ou paiigènes existaient dans les noyaux de chaque cellule; qu'ils déterminaient le caractère de celles-ci en émigrant du noyau dans le cytoplasme, où ils produisaient des changements spécifiques durant l'ontogénie et pendant les étapes successives du développement. Weismann admit ces deux hypothèses, mais, par sa conception de la continuité du plasma germinatif, il a donné à sa théorie une ampleur et un caractère de généralisation tout particulier. Il y a d'après lui un idioplasme corporel (somatischer plasma) et un idioplasme germinatif (Keimplasma). Ce dernier se trouve dans la substance nucléaire de l'ovule et du spermatozoïde. Il est formé de pangènes. Ces pangènes ou bi'ojj /tores sont des éléments agrégés en groupes de plus en plus volumineux. Le premier groupe représente les déterminants dont le volume est encore trop petit pour être visible au microscope; le second groupe est formé d'ides, qui sont les plus petits grains visibles de chromatine; le troisième groupe, qui physiquement se montre sous la forme de chromosomes, représente les idantes. La chromatine, d'après Weismann, possède donc une architecture complexe qui se transmet de générations en générations et qui détermine le développement de l'embryon dans une forme définie et spécifique. La division mitosique est le mécanisme qui délivre avec égalité ou inégalité la chromatine aux noyaux des cellules filles. Durant l'ontogénie, par le moyen de divisions qualitatives successives, les éléments de l'idioplasme sont distribués d'une manière définitive et prédéterminée aux différentes parties du corps. En fin de compte, il ne reste dans chaque cellule qu'une seule espèce de déterminant. Celui-ci, dans la cellule, se subdivise en ses biophores qui donnent à l'élément son caractère spécifique héréditaire. Le développement est donc pour Weismann le fait de l'évolution et non de l'épi-
ETIOLOGI F. GÉNÉRALE DES MALADIES
genèse; il est le résultat cruiie harmonie prédéterminée dont les effets se déroulent successivement.
Quant à la transmission héréditaire des qualités des générateurs, ^^'EISMA^•^• admet que, par le moyen de la division quantitative ou intégrale, une partie du plasma germinatif originel est mise à part et livrée, sans altération, dans son architecture première, aux noyaux des cellulesgermes. L'idioplasnie de celles-ci renferme donc à Tétat potentiel toutes les propriétés de l'organisme des ascendants. Le plasma germinatif se poursuit sans interruption à travers la lignée des individus; ceux-ci ne sont que les porteurs de ce plasma, quelque chose comme les coureurs de Lucrèce qui se transmettaient de main en main le flambeau de la A ie. Telle est la conception de la continuité du plasma germinatif.
Chez les êtres unicellulaires, l'organisme nouveau, constitué par la moitié de l'organisme générateur, lui est qualitativement identique, en attendant qu'il le devienne quantitativement. L'hérédité est parfaite. L'idioplasme des protozaires, qui se divise perpétuellement et se continue dans des organismes nouveaux, est immortel. Le plasma germinatif des métazoaires, qui se multiplie et se jierpétue dans la descendance, peut être aussi considéré comme virtuellement immortel. Seul l'idioplasme didérencié, le plasma somatique qui se manifeste sous la forme de cellules corporelles, est voué fatalement à la mort.
AVeisma>"x s'est efforcé d'appuyer sa théorie sur des constatations d'embryologie comparée et en particulier sur la découverte de Boveri touchant l'œuf des Ascarides. Ce savant a démontré que, pendant les processus de division, les noyaux des cellules somatiques perdaient une partie de leur chromatine, laquelle tombait dans le cytoplasme et se résorbait; tandis c[ue les cellides germinatives gardaient, pendant leur division, toute leur chromatine, c'est-à-dire l'héritage ancestral complet.
Sa conception de la continuité du plasma germinatif a fait admettre à AN'eismanx que les qualités acquises par l'i iulividu au cours de sa vie ne se transmettaient pas héréditairement. « Comment, dil-il, concevoir rhvpothèse que la dextérité oljtenue par la main d'un pianiste j)uisse impressionner le protoplasme des cellules germinatives et provo([uer un développement correspo-ndaiit dans la maiu d'un enfant? (]'est une impossibilité pliysiologique. » Pour bii, l'eufaiit liérilc des cellules germinatives de ses parents, nuiis non tlu corps de ses parents, et ces cellules gez'minatives n'empruntent pas leurs caractères au corps qui les porte, mais elles les détiennent de cellules germinatives préexistantes de la même espèce.
Cette théorie de Weism.vnx, à cause de son intransigeance, en raison aussi de la base anatomi([ue sur laf|uclle elle rejjosait, des relations so-
Oi
lides qu'elle établissait entre la théorie cellulaire et la théorie évoliitionniste, a attiré vivement l'attention. Des pathologistes l'ont adoptée; ZiEGLER a émis cette proposition que les états morbides et les anomalies acquis par l'organisme différencié ne se transmettent pas, avec leurs caractères propres, à la descendance.
On peut faire à la théorie de Weismanîn des oljjeclions graves d'ordre histologique et d'ordre biologique. Au point de vue de la division cellulaire, l'hypothèse de la distribution qualitative des grains de chromatine est purement métaphysique. On a multiplié les expériences sur les animaux inférieurs et l'on a vu que, sous l'influence d'un traumatisme, on pouvait détacher des cellules de segmentation blastodermique des fragments de l'embryon; et les cellules détachées ont donné tantôt une partie de l'animal et tantôt l'animal entier, mais de volume réduit. La distribution originelle des déterminants ne se fait donc pas comme l'a indiqué Weisma.î<n. Aussi d'autres embryologistes ont-ils poussé, dans une autre voie que celle choisie par Weismaxn, la doctrine du développement basée sur l'idioplasme nucléaire. Merïwig et Diuescii admettent que la chromatine représente l'idioplasme et qu'elle se distribue par parties égales à chaque division et non pas suivant une sélection qualitative. La différenciation des tissus et des organes, ils l'attribuent à Fiiitervention d'une autre force, celle de la loi de corrélation des parties, s'exerçant par l'intermédiaire des pangènes de de Vries. On sait que, pour de Yries, le caractère de chaque cellule est déterminé par les pangènes qui émigrent du noyau dans le cytoplasme et là, devenant actilk, produisent des changements spécifiques, c'est-à-dire le caractère de la cellule. Quant à l'influence qui guide la migration des pangènes et discipline leurs opérations, 0. IIehtwig et Driesch l'attribuent à la loi biologique qui veut que le mode de développement particulier d'une région, ou du blastomère de l'œuf, soit le résultat de ses relations avec le reste de la masse : c'est la loi de la corrêlalion des parties.
Une autre objection s'élève contre la théorie de la continuité inaltérée du plasma germinatif, c'est la transmission incontestable des caractères acquis niée par \^"eismaîna\ Sans doute la Zoologie a recueilli une série de faits qui établissent la fixité des formes spécifiques actuelles : les lésions, les mutilations d'un individu ne se transmettent pas aux descendants; les formes nouvelles qu'on obtient par croisement ou par tout autre procédé n'ont qu'une fixité relative, qui n'est jamais comparable à celle des espèces ou variétés naturelles. Cependant, la Paléontologie possède une longue série de faits qui démontrent que « les formes spécifiques varient, mais varient si lentement que toutes les espèces qui ont été étudiées depuis que l'homme observe paraissent fixes » (E. Perrier).
ETIOLOGIE GENERALE DES MALADIES
C'est dans le monde de la ûlicrobie que Ton voit le plus facilement se faire la transmission des caractères acquis et la création d'espèces nouvelles, différentes par la forme et par la fonction de leurs ascendants. La rapidité d'évolution de la vie de ces êtres nous fait assister, en un temps relativement court, à la venue au monde de générations successives, extrêmement nombreuses, chez lesquelles les caractères acquis par les ascendants, sous l'influence d'une cause quelconque, s'imprèg-nent et se fixent dans le corps des descendants soumis à l'action persistante de la même cause. La découverte par Pasteur de l'atténuation des virus a été le point de départ de tous les faits acquis depuis quelques années dans ce domaine. Roux et Chamberland prennent une bactéridie charbonneuse, virulente, ordinaire; ils la transforment en peu de temps en une jjactéridie qui ne fait plus de spores, qui ne présente plus trace de virulence à l'égard des animaux. Ce microbe, d'une forme et d'une action si spéciale et si terrible, est devenu une baguette banale, sans caractère, sans force, qui continue à donner naissance par scissiparité à des baguettes de même banalité.
jNlais ce même microbe, avant d'être véritablement atténué, c'est-àdire avant d'avoir ses caractères acquis fixés dans sa descendance d'une manière durable, peut être modifié rapidement par un procédé quelconque; il peut perdre une de ses propriétés, la virulence par exemple. Les générations issues d'une manière immédiate et directe de ce microbe altéré témoigneront d'une vigueur amoindrie; si la cause n'a pas agi trop longuement, le retour à l'état normal s'effectuera dans les générations successives.
Ces variations profondes et persistantes d'un côté, profondes et fugitives de l'autre, sous l'influence de causes qui ont agi d'une manière faible, lente et prolongée dans le premier cas, violente et rapide dans le second cas, peuvent être facilement observées quand on passe de l'étude des êtres unicellulaires à celle de l'organisme humain. Dans les deux cas les variations sont d'origine héréditaire. On reconnaît aussi chez l'homme qu'il faut à certaines familles des années d'une hygiène particulière pour aboutir à créer la goutte, qui se transmettra aux descendants, tandis qu'une intoxication rapide chez un des générateurs pourra modifier d'une manière sensible la vitalité du produit, sans que celui-ci conserve le pouvoir de transmettre aux cellules de ses descendants le trouble nutritif dont il a souffert lui-même.
Des faits embryologiques que nous avons passés en revue, des lliéo- )-ies ((ui ont été émises [)Our les expliquer et les éclairer, nous voyons se dégager peu à peu dans ses grandes lignes le secret de l'évolution généa-
logique. Les microsomes du filament du noyau sont transmis sans altéi'ation à travers un nombre infini de générations : les êtres sortent les uns des autres comme formés dans le même moule (Debierre). Chaque individu lègue à ses descendants ses caractères spécifiques et en même temps quelques-unes des particularités secondaires qu'il a acquises durant son existence. D'ordinaire, l'hérédité atavique submerge ces particularités. « Les morts gouvernent les vivants » (A. Comte). Parfois ces particularités persistent, fixées par la sélection ; ainsi varient les espèces. Ces variations, qui sont le fruit de l'adaptation des êtres à des conditions nouvelles, ne peuvent s'oljtenir que par une lutte contre la force conservatrice de l'hérédité.
La transmission des caractères acquis dans l'ordre physiologique (Transformisme) et surtout dans l'ordre pathologique n'est plus contestable. Par quel mécanisme s'exerce l'action de l'organisme sur les cellules germinatives ? Lorsqu'il s'agit de faits pathologiques, d'un individu dont le sang charrie un toxique quelconque d'origine inorganique ou organique (plomb, alcool, toxine microbienne, etc.), on s'explique facilement que la substance de l'ovule et du spermatozoïde subisse une imprégnation qui puisse aboutir à la perte ou à la diminution plus ou moins complète de sa vitalité. Que le produit, issu de la fusion de cellules germinatives dont l'une ou l'autre est altérée, s'éloigne plus ou moins de l'état physique et moral de ses parents, cela se conçoit. Plus difficile est l'explication à donner de la transmission de certaines propriétés ou qualités héréditaires. L'espèce canine présente dans certaines races des aptitudes qui n'appartiennent pas à toute l'espèce. Lîn jeune chien de chasse, mis pour la première fois en présence du gibier, se comporte immédiatement comme chien d'arrêt ou comme chien courant. Dira-t-on que ce sont les produits solu])les falu'iqués par les cellules cérél)rales des ascendants de ce chien qui ont influencé les grains chromatiques de leur plasma gcrminatif, au point que les descendants aient dans leur cerveau, les uns la tendance à se mettre en arrêt et les autres la tendance à courir en aboyant?
Bard (de Lyon) a émis une théorie différente. Il croit, comme \^"EISM.\NN, que l'individu est un bourgeon latéral destiné k protéger et à soutenir les cellules reproductrices qui représentent la véritable cellule ancestrale; mais il admet, contrairement à Weismann, l'hérédité des caractères acquis. Cette hérédité serait expliquée pour lui par l'influence que, dans l'organisme, les cellules exercent les unes sur les autres, influence qui s'étend nécessairement aux cellules germinatives. Il y a dans cette conception une réminiscence involontaire de la loi de la corrélation des parties. Cette influence, d'après Bard, serait due à une
ÉTIOLOGIE GÉSÉRALE DES MALADIES
propriété de la matière vivante et consisterait essentiellement en un mode particulier de mouvement, d où le nom d induction vitale. Cette explication du savant lyonnais est bien métaphysique. Les mouvements qu'il imagine, avec des variations de longueur d'onde, de rvthme. de direction, constituant l'induction vitale, nous semblent se rapprocher beaucoup des mouvements ondulatoires des plastidules de H.eckel. auxquels l'auteur allemand donnait le nom de mémoire des plastidules. En réalité, cette influence, cette induction vitale supposée n'est pas une explication; c'est l'énoncé, en termes nouveaux, d'un problème déjà posé.
Dans une théorie récente, Hilleai.vxd et Petrucci, inspirés par cette phrase d'AuG. Comte, que le cerceau eut l'appareil de l'action des morts sur les vivants, ont émis l'idée que l'agent principal de l'action de chaque organisme sur sa descendance est le système nerveux et que l'hérédité se réduit à l'action de ce système sur les cellules germinatives. Les impressions « ressenties et réagies par les centres réflexes de la substance grise du cerveau ou de la moelle sont transmises, par l'intermédiaire des cordons nerveux centrifuges, dans le centre génital de la moelle, condensées et concentrées par lui. et enfin réfléchies sur les cellules-mères des spermatozoïdes et des ovules par les filets nerveux qui, partant de ce centre, se distribuent aux testicules et aux ovaires ». Il y aurait donc dans l'organisme deux modes de réflexes : l'un destiné à protéger l'individu, à assurer son adaptation et son accommodation aux conditions extérieures; l'autre destiné à préparer l'adaptation de la descendance vis-à-A'is de ces mêmes changements. Les modifications avantageuses de l'organisme peuvent par ce moyen arriver à faire disparaître certaines tares de la race hérédité régressive de Charpextier).
L'hvpothèse de Hillemaxd et Petricci est celle qui donne l'explication la plus plausible, basée sur l'anatomie, non pas de ces troubles dits héréditaires, fondés sur l'intoxication plus ou moins massive de l'embryon, mais des perturbations nerveuses d'origine héréditaire, telles qu'on les voit dans l'épilepsie, l'hystérie, le tremblement essentiel héréditaire, les tics, les chorées, les vésanies, etc.
Comme résumé de cette étude, on peut avancer que le pouvoir de développement d'un individu est enfermé dans la structure du plasma gcrminatif qu'il a reçu en héritage. Comment cette structure protoplasmique a-t-elle été acquise ? C'est un problème au sujet duquel les Evolulioiinistes, par leurs études sur le transformisme des espèces, nous ont fourni d'utiles renseignements; mais pourquoi ce plasma contient-il en soi les propriétés ancestrales de tant de générations? .\ous aboutissons ici ;» un problème insoluble, comparable à celui qui envisage la raison des causes physiques. Le chimiste constate que la combinaison de l'oxy-
HÉRÉDITÉ PHYSIOLOGIQUE
gène et de l'hydrogène fait de l'eau, il ne sait pourquoi; il se contente d'étudier les propriétés de l'eau. Le médecin constate que les propriétés héréditaires se manifestent dans la physiologie et, par conséquent, dans la pathologie; il se contente d'étudier les propriétés de l'hérédité, en demandant des éclaircissements à l'expérience et à l'ol^servation.
Hérédité physiologique. — Elle peut être directe, lointaine, similaire, dissemblable. Elle est aussi individuelle, de famille, de race.
a) IiidividiieUc. — L'hérédité individuelle est la transmission des caractères et qualités propres à l'individu. Elle porte sur les caractères acquis, sans que le perfectionnement de certaines qualités de l'individu en assure à sa progéniture l'héritage intégral. En thèse générale, les mutilations ne se transmettent pas; les constatations cliniques et les expériences sont concordantes sur ce point. Pour avoir chance d'être transmise hér.éditairement, il faut qu'une lésion traumatique ait profondément modifié le système nerveux par la loi de la corrélation des parties (Le Daî<tec).
Lîne mutilation superficielle ne se transmet pas de père en fils ; il faut recommencer à pratiquer, à chaque génération, l'amputation des cornes des bovidés, des oreilles des bouledogues, du prépuce des enfants musulmans et juifs. Au contraire, une anomalie qui est survenue pendant la vie embryonnaire, qui a pu, en vertu de la loi de corrélation, modifier le système nerveux de l'embryon avant qu'il ait parcouru les grandes lignes de son développement, peut se transmettre et devenir le point de départ d'une véritable race (moutons mérinos, lapins blancs, hommes ectroclactyles, etc.). Les expériences de Browa-Séquard sur la transmission héréditaire de l'épilepsie, provoquée chez des cobayes par la section du grand sympathique au cou, paraissent démontrer que, dans certains cas, les effets des traumatismes sont transmissibles ; il est vrai que des expériences de contrôle, faites en grand nombre, n'ont pas vérifié les affirmations de Brown-Séquard.
Y a-t-il lieu d'attribuer à chaque sexe en particulier une puissance héréditaire spéciale? Les fils héritent-ils surtout de la mère et les filles du père? A cette question, l'hypothèse récente de Joseph Miller a donné un regain d'actualité. Dans sa théorie de la ga/nophagie, ce savant admet que, dans la fusion des noyaux des cellules germinatives, il y a digestion d'une substance par l'autre, de la plus faillie par la plus forte. Sans doute, on constate souvent une prédominance qui s'exerce, mais non d'une manière absolue, tantôt en faveur du sexe màle et tantôt en faveur du sexe femelle. Il suffit d'accoupler une souris grise femelle avec une souris blanche màle pour voir que dans la descendance les petits
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
se rapprochent irrégulièrement, suivant leur sexe, soit du père, soit de la mère. Les métis humains tiennent généralement des deux parents : tantôt ils inclinent vers l'un et tantôt vers l'autre; il faut noter toutefois que la ressemblance morphologique qu'ils présentent avec l'un des générateurs n'implique pas du tout la ressemblance morale et intellectuelle avec ce même parent.
La question de l'hérédité des sexes a fait l'objet de nombreuses théories. On a invoqué successivement : l'état de maturité plus ou moins avancé de l'ovule au moment de la fécondation (Thury) ; une circonstance extrinsèque agissant sur l'embiyon (Landois) ; l'énergie phy siologique supérieure de la cellule qui transmettrait son sexe (Giuou de Buzauein- GUEs); certaines conditions physiques. On sait que Maupas est arrivé à faire produire des mâles ou des femelles à volonté à V Hijdaiina en élevant ou en abaissant la température. jMolliard a invoqué le rôle de l'alimentation. F. Le Dantec a tenté de réunir toutes ces explications qui, les unes et les autres, comportent une part de vérité, dans la théorie suivante. Il part de cette hypothèse que les cellules germinatives, ovule et spermatozoïde, posséderaient, comme toutes les cellules, une dissymétrie moléculaire à peu près parfaite, mais en sens opposé. La maturation de l'ovule par l'expulsion des globules polaires serait une épuration donnant lieu à la présence exclusive d'un type dissymétrique donné. A la fécondation, « le sexe de l'œuf serait déterminé par la prépondérance des substances droites ou gauches apportées par l'ovule et le spermatozoïde, et serait donc mâle et femelle, suivant que le spermatozoïde serait plus frais que l'ovule et réciproquement, puisque, depuis leur maturation jusqu'à la fécondation, les éléments sexuels, plastides incomplets, sont à l'état de destruction plastique lente. jNIais le sexe de l'embryon pourrait être ensuite modifié par l'alimentation, suivant la nature droite ou gauche des aliments ■ — (conformément aux théories de la dissymétrie moléculaire) — telle substance plastique droite se multipliant plus vite que sa congénère gauche dans un milieu oii dominerait un typ(^ donné d'aliments dissvmétriques ; ce (|ui ferait succéder la prépondérance du type droit à la prépondérance du type gauche ». A cette ingénieuse théorie il ne manque qu'une preuve expérimentale, et malheureusement une vérification de ce genre est difficile à établir.
h) Hércdilc de fdinUk'. — A l'hérédité de famille se rattache la question de la consanguinité. Celle-ci a été accusée de tant de méfiiits, les lois humaines ont prohibé avec tant d'énergie les unions entre parents, ((u'il est difficile de trouver dans la [)ath()l()gi(> humaine un nombre (b' faits dont le déterminisme soit suffisamment précis pour tirer des conclu-
HÉRÉDITÉ PHYSIOLOGIQUE
sions envisageant toutes les données du problème. On a accusé la consanguinité de faire des monstres, des idiots, des sourds-muets ; cependant, des exemples en désaccord avec de pareilles conclusions ont été cités par Bourgeois, Seguin aîné, A. Voisin. « Des faits observés dans la famille humaine et dans les familles animales, on peut hardiment conclure que la consanguinité n'est fâcheuse que lorsque les conjoints sont atteints d'un vice constitutionnel. Loin d'être cause de déchéance physique ou morale pour une famille saine, elle est pour elle la condition d'une accumulation d'énergie vitale. Les croisements entre races pures et consanguines donnent toujours les meilleurs résultats. La consanguinité, étant une force de l'hérédité, élève, lorsque les reproducteurs sont vigoureux et sains tous deux, la chance d'un produit de pretnier sang » (Debierre).
(.•) Hérédité de race ou atacis/ne. — C'est la manifestation la plus puissante de l'hérédité. Cette force de l'atavisme est celle qui maintient depuis des siècles les caractères des peuples, qui conserve les races d'animaux dans un type à peu près immuable. Les chiens de Constantinople, amenés par l'invasion turcjue, ont gardé les caractères ataviques qui les différencient si complètement des chiens de l'Europe occidentale. L'influence de l'atavisme est telle que chaque individu n'est dans la race qu'une épreuve tirée une fois de plus d'une page une fois pour toutes stéréotypée (Baudemont).
Cependant, le mot atavisme, tel que l'entend Baudemont, n'est pas toujours accepté dans cette signification; on entend souvent sous cette appellation la réapparition, chez un descendant, d'un caractère quelconque des ascendants, demeuré latent pendant une série de générations. C'est le retour ou la réversion vers la forme d'un aïeul lointain. L'atavisme était connu de l'Antiquité. Les éleveurs de notre époque ont à compter toujours avec la puissance atavique, qui fait apparaître au milieu d'une race créée par la sélection artificielle un ou plusieurs caractères du type de la race pure. Les créateurs, dans nos pays, de la belle race nivernaise de bovidés voient reparaître souvent dans leurs animaux les indices trop prédominants du sang de la race Durham. C'est par atavisme que les mâles de la ruche, qui doivent leur naissance à la parthénogenèse, présentent les caractères manifestes de leur grand-père maternel ; c'est encore par atavisme que les enfants d'un couple ne ressemblent ni à leur père, ni à leur mère, mais empruntent les traits d'un de leurs grands-parents.
L'atavisme se manifeste avec puissance dans la constitution physique et mentale des individus. La polydactylie, l'hypospadias sont héréditaires. Dans l'ordre psychique, les facultés sensorielles, la mémoire, l'imagina-
ÉTIOLOGIE GÉyÉRALE DES MALADIES
tion,les penchants, les aptitudes intellectuelles, les passions peuvent être transmis par Fhérédité et obéissent parfois aux lois de Fatavisme. L'hérédité de la tendance au vol et au meurtre s'observe dans certaines familles ; on a cité une d'elles dont dix membres sur trois générations sont morts au bagne. Le célèbre aphorisme d'Auguste Comte : que « les vivants sont gouvernés par les morts et le seront de plus en plus », veut dire que l'homme sent, pense, veut, beaucoup plus par ses aïeux que par lui-même. Les aptitudes intellectuelles sont liées aux conditions organiques, et, celles-ci étant héréditaires, les premières le sont aussi. On conçoit que de pareilles constatations aient permis de considérer l'amélioration des criminels par la répression comme la plus irréalisable des chimères (]NL\i dsley).
L'introduction de quelques échantillons d'une race dans une autre donne naissance à des produits qui tiennent le milieu entre les deux races, mais ])ientôt les descendants se rapprochent de plus en plus de la race primitive. Dans les générations successives, les chromosomes d'une race ont été submergés par ceux de la race conjointe. Ainsi se conservent les caractères des peuples, malgré .les immigrations successives. Le plus bel exemple est ce peuple Fellah, de l'Égvpte, sur lequel ont passé tant d'invasions et qui garde encore le type ethnique des contemporains de Sésostris. Les produits nouveaux disparaissent ou se fondent dans la race primitive. L'observation se confirme par l'expérience avec la plus grande facilité. Dans un j)ays de chasse, où abondent les lapins de garenne, on introduit un certain nombre de gros lapins de Fes])èce domestique. On constate Fannée suivante des produits nouveaux qui diffèrent du lapin de garenne par leur taille et par leur robe. Peu à peu, ces échantillons d'une race mitigée deviennent de moins en inoins reconnaissables et finissent par se perdre entièrement au ])()ul tie quelques années.
On donne le nom (ïhcrvdilc par injlncnce ou iïliéi-èdilL' par ii)ij>rignafio/i à un phénomène qui a été oljservé fréquemment : une jument de race jnire, saillie par un étalon de race conunnne, donne par la suite, nu''me saillie par un étalon de race pure, des rejetons à caractère indécis. Une jument arabe appartenant à lord Morton « produisit un hybri(h' dont le ])ère était un couagga; le jioidain était nuarqué de banch's S(unl)lal)les à c('H(>s du zèbre. Plus tard la même jument eut eiu'ore (h'ux poiih\ins, mais d "un clieval aiabe, et cependant les |)()ulains étaicuit /.êhrês ». Des faits analogues ont été cités à propos des races ovines et bovines. LixG\RD a rapporté le cas curieux de la veuve d'un hypospade contractant, i8 mois après la mort de celui-ci, un second mariage a^ec un époux (|ui, non seulement n'était pas hypospade, mais encore n'olliait aucun hypospade chez ses j)ai-enls : eUe eut de ce second mari (piatre liis, tous
II É RÉDI TÉ l> A TU OLUGIQ U E
hypospades. On a donné diverses explications de ce singulier phénomène. Cl. Bernard y voyait Timprégnation imparfaite par le sperme d'ovules voisins de l'ovule fécondé, imprégnation suffisante cependant pour que le simple stimulus d'un rapprochement ultérieur donnât naissance à un sujet antérieurement procréé. Turner, Cornevin ont émis une autre idée, adoptée avec quelques variantes par Bouchard, sur le mode d'imprégnation maternelle : par l'intermédiaire de la circulation utéro-placentaire, le fœtus, ayant dans le sang des propriétés spéciales, les communiquerait à sa mère dont le sang agirait plus tard sur les ovules destinés à être fécondés par un autre mâle. Sanson admet que ces faits d'imprégnation se ramènent à des cas d'atavisme méconnu et ([u'ils se réduisent à des réapparitions accidentelles de caractères ayant existé chez les ancêtres.
Hérédité pathologique. — Certaines maladies fréquentes dans une famille peuvent-elles être transmises par hérédité ? A cette question la réponse affirmative est unanime. Les maladies qui, ahsentes chez les ascendants, ont été acquises par un indivitlu, peuvent-elles être transmises par hérédité ? Ce second prohlème est résolu en différents sens, parce que les auteurs ne s'entendent pas sur la signification à donner au mot hérédité. Par exemple : l'enfant qui a été conçu pendant l'ivresse d'un de ses parents, ceux-ci n'ayant pas d'ailleurs de maladies héritées, présentera des troubles de la santé. Ces troubles seront attril)ués par les uns à l'hérédité : l'enfant sera un hérédo-alcoolique ; ils seront considérés par les autres comme le résultat d'une simple dystrophie dépourvue du cachet spécifique de l'alcoolisme, parce que l'enfant n'aura pas l'allure clinique d'un ivrogne, qu'il ne possédera pas dans sa chimie moléculaire l'alcool en combinaison, qu'il n'aura pas hérité de cet alcool. Pour arriver à une entente, il faut donc soigneusement définir les termes et séparer, dans ce qu'on est convenu d'appeler l'hérédité, ce qui appartient à l'état physico-chimique de l'une et l'autre cellule au moment de leur fusion, hérédilé conceptioniieUe, et ce qui dépend des conditions extérieures, une fois la fécondation accomplie, hérédilé utérine.
Ces deux modes d'hérédité comportent de très grandes différences. Le premier dépend du père et de la mère; le second est exclusivement maternel. Ce dernier pourrait à la rigueur ne pas mériter ce nom d'hérédité, puisque dans le sein maternel le produit de la conception est exposé à des infections, à des intoxications, à des traumatismes, de la même façon qu'il le sera plus tard dans le cours de sa vie.
Cependant, si les troubles pathologiques des premiers moments de la vie intra-utérine ne sont pas obligatoirement sous la dépendance de
ÉTIOlOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
riiérédité des deux parents, ces troubles ont, plus qu'à tout autre période de l'existence, le pouvoir de se transmettre aux descendants, et c'est par cette voie que quelques-uns des états pathologiques se rattachent étroitement aux phénomènes héréditaires. Il ne faut pas confondre avec les maladies héréditaires toutes les maladies congénitales. Certains fœtus présentent dès leur naissance des altérations de structure ou de fonctions, qui persistent toute la vie et dont les parents étaient indemnes. Nombre de néoplasmes et de malformations indépendantes de toute hérédité individuelle ou atavique apparaissent chez le foetus et sont sous la dépendance d'anomalies dans sa nutrition ou encore de sa position vicieuse dans l'utérus.
Les maladies héréditaires sont toujours congénitales et peuvent se manifester au moment même de la naissance ou bien à une époque éloignée, pendant le développement et l'accroissement de l'organisme.
L'hérédité conceptionnelle pathologique, celle qui se crée au moment même de la fusion des noyaux ovulaires et spermatiques, n'a pas un mode pathogénique uniforme. On peut envisager trois cas. Le premier est celui qui se rapproche le plus des manifestations de l'hérédité physiologique, sous la forme individuelle, familiale ou atavique. La base physique de l'hérédité, les microsomes chromatiques, ont subi une impression d'ordre pathologique, à caractère limité, parcellaire si on veut, de durée longue et de violence faible. Cette impression pathologique, ils l'ont reçue de leurs ascendants ou acquise peu à peu. Ils la transmettent avec son caractère de limitation, de spécificité plus ou moins étroite. De môme qu'un individu hérite^ ])hysiologiquement d'une particularité morale d'un ancêtre, peut-il hériter au point de vue pathologique d'un trouble de la nutrition, de la goutte par exemple, et de ses dérivés migraineux et asthmatiques, ou de l'hémophilie, ou du daltoiiisme, ou du diabète ou d'une psychopathie nerveuse.
Le second cas d'hérédité pathologique conceptionnelle estcelui où les microsomes de l'une ou l'autre ou des deux cellules germinatives, au lieu de subir l'influence d'une perturbation lente, limitée, très spécifKjue, portant peut-être exclusivement sur certains d'entre eux à l'exclusion complète des autres, reçoivent la secousse brutale, généralisée, d'une influence nerveuse, d'un poison ou d'une toxine microbienne venant les frapper dans l'ovisac ou dans le tube séminifère. Suivant la violence de l'injure, on aura tous les degrés dans les résultats : l'infécondilé, l'avortement, la débilité que A. Fournier a si bien peinte par le mol d'iiiaplilude à la vie, les malformations, etc., etc. La cliiiicjue d'al)ord, l'expérimentation ensuite ont accumulé sur ce point les preuves les j)liis cou-
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
vaincantes. Le domaine pathologique de Talcoolisme, où le générateur niâle est fréquemment atteint à l'exclusion du générateur femelle, permet des observations précises. Mairet et Gombemale soumettent des chiens à l'intoxication alcoolique aiguë ou chronique ; ils constatent alors que les petits engendrés par ces animaux présentent des arrêts de développement dans divers organes et sont enclins aux accès épileptoïdes. G. Ballet (Acad. de Méd., août 1894) a observé le fait suivant. La famille X... compte cinq fils. Le premier et le deuxième jouissent d'une santé parfaite ; après la naissance du second fds, le père contracte des habitudes de boisson et devient rapidement un grand buveur. Le troisième fils est un hystérique; le quatrième fils est un arriéré. Sur ces entrefaites, le père se corrige et redevient sobre. Quelque temps après, naissance d'un cinquième fils qui jouit d'une santé excellente comme les deux premiers. Ge que l'on constate quand on étudie les ravages du premier poison microbien connu, de ce qu'on pourrait appeler la toxine alcoolique^ on l'observe également dans le domaine des autres intoxications microbiennes. Les dystrophies héréditaires d'origine paternelle (les troubles ne peuvent être ici rapportés qu'à la cellule germinative) ont été parfaitement décrites dans la tuberculose (L. Laïsdouzy) et dans la syphilis (Alfred et Edmond Fournier).
Le troisième mode d'hérédité conceptionnelle pathologique a été constaté objectivement pour la première fois par Pasteur qui a vu le corpuscule de la pébrine dans l'œuf des papillons infectés.
Si les médecins et les expérimentateurs avaient voulu lire et comprendre l'admirable travail de Pasteur paru il y a quarante ans, combien de questions eussent été définitivement tranchées par l'expérience, qui ont demandé depuis, pour être résolues et moins parfaitement résolues, des efforts considérables ! Dans son ouvrage sur les vers à soie. Pasteur a résolu tous les problèmes qui touchent à l'hérédité, non seulement pour la pébrine, mais pour beaucoup d'autres maladies infectieuses. Il a démontré : la réalité de l'infection ovulaire, la possil)ilité pour les œufs infectés de se développer, l'existence d'une infection héréditaire latente, plus ou moins tardive, l'influence négligeable de la maladie du père sur l'infection des rejetons, la prédisposition à la maladie, la débilité générale d'êtres issus d'œufs non infectés mais provenant de parents infectés, la nécessité d'une infection maternelle intense et précoce pour entraîner l'infection ovulaire. Les faits découverts par Pasteur se résument dans les propositions suivantes. Il a établi : 1° que la pébrine est essentiellement cojitagieuse^ les corpuscules étant les agents actifs de la contagion ; 2" que les vers infectés par simple contagion poursuivent en général leur évolution assez longtemps pour monter à la bruyère et faire
ÉTIOLOGIE GÉMÉHALE DES ^MALADIES
leurs cocons ; '6° que la pébrine peut aussi se gagner par hàrédilé, tout œuf qui offre au microscope des corpuscules les possédant par transmission héréditaire (ils proviennent sans exception de l'intérieur du papillon qui a pondu cet œuf) ; 4° fl^^e les vers ovulairement infectés n'arrivent pas en général à faire leurs cocons ; 5" que bien souvent les œufs ou les vers portent en eux le germe de la maladie^ sans offrir de corpuscules distincts et i'isibles au microscope^ que les corpuscules peuvent y être contenus sans qu'on les trouve, le mal se développant surtout à un âge plus avancé, dans les chrysalides et dans les papillons ; 6" que le moyen certain d'avoir des graines pu?-es, c'est d'examiner au microscope les papillons dont les œufs proviennent : si les papillons sont privés de corpuscules, les œufs resteront sûrement indemnes (on peut ne se préoccuper que des papillons femelles, les mâles n'ayant pas d'influence sur l'infection des œufs); 7" que les corpuscules n'apparaissent dans les a^ufs que si on en trouve dans la chrysalide jeune (quand la chrysalide est infectée seulement à la fin de sa vie, le papillon donnera des o'ufs non corpusculeux) ; 8" enfin que les vers non infectés nés de papillons corpusciileu.r se contagio/uient plus facilement que les autres.
En dehors de la pébrine, la présence d'un microbe dans le corps cellulaire de l'ovule ou du spermatozoïde n'a été que rarement constatée. On admet que le germe encore inconnu de la syphilis peut être renfermé dans la cellule sexuelle mâle ou femelle. Pour la tuljerculose , le l'ait paraît douteux, au moins en ce qui concerne le spermatozoïde. On n'imagine guère le bacille de Koch, logé dans la chromatine ou dans le petit cytoplasme de cette cellule-germe, et près du centrosome, laissant inaltérés l'état et les fonctions du spermatozoïde.
L'hérédité pathologique utérine — bien qu'elle soit d'origine directement maternelle — le mâle, s'il agit, ne pouvant le faire que par la contamination de la femelle — s'observe fréquemment. La longue durée de temps pendant laquelle l'embryon et le fœtus restent dans le sein maternel et les facilités de communication qui existent entre le contenu de la circulation maternelle et celui de la circulation fa>tale expliquent le passage des substances liquides et même solides (microbes) de l'une dans l'autre circulation. Une modilicalion dans la composition du liquide nutritif qui entoure les éléments du fœtus et surtout de l'embryon amène dans son développement des j)erlurbations qui peuvent parcourir toute l'échelle de gravité jusqu'à occasionner la mort. En 1860, G. Paul a pu])lié une statisti<iuc de laS grossesses issues de parents dont l'un ou l'autre était saturnin. Sur ce nombre, j'î ont abouti à l'accouchement prématuré, à l'avortement ou à la mort avant la naissance, et, sur les 'io enfaiils vivants, :>.o sont morts dans la première année, 8 dans la deuxième
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
7 dans la troisième, en sorte que laS grossesses observées chez des saturnins n'avaient fourni que i4 survivants.
Mêmes résultats si on étudie le sort des produits conceptionnels de parents intoxiqués par le tabac, Talcool, le sulfure de carbone (Le Genure), la syphilis (A. et E. Fournieh), la tuberculose. Les enfants des tuberculeux sont congénitalement déchus (Landouzy).
Les renseignements fournis par la clinique humaine sont contrôlés et confirmés par les recherches de la pathologie comparée. En maintenant des œufs d'oursins dans un liquide modifié, Hertwig a constaté des anomalies de la division nucléaire. Plaçant des œufs de grenouille dans l'eau salée, il a vu un retard, puis un arrêt de développement; si la solution saline était faible, un demi pour cent, le développement se poursuivait et finissait par donner naissance à des monstres anencéphales ou hémicraniens.
PoucHET et Chabry, en privant de chaux l'eau où ils élevaient des oursins, ont rendu impossible la formation de spicules calcaires qui servent de squelettes à leurs bras, et de plus, au lieu de former des bras sans squelettes, ces larves ne formaient pas de bras du tout. Ce fait, comme l'a remarqué Yves Delage, montre bien qu'il ne faut pas toujours chercher dans le noyau (pangènes de de Vries) ou dans le cytoplasme la cause du déterminisme du développement cellulaire, mais que cette cause peut résider dans des conditions extérieures.
En 1893, Herbst, élevant des Pluteus dans de l'eau à laquelle il ajoutait des sels divers (sels de potasse, de lithine, etc.), a vu la forme de ces animaux se modifier profondément. Divers monstres prenaient naissance et aftectaient des caractères morphologiques en rapport avec les bases qui entraient dans la constitution des sels. Les monstres produits par les sels de potasse étaient différents d'aspect de ceux qui devaient leur origine aux sels de lithine. Ces curieuses observations font espérer qu'on pourra spécifier en clinique les types des dystrophies les plus fréquentes (alcool, tuberculose, syphilis, etc).
Sur des animaux plus haut placés dans l'échelle animale, Fol et Varinsky (i883), Dareste (1891) ont obtenu, en chauffant un des côtés de l'œuf, un renversement de la tête et un renversement de l'anse du cœur, qui aboutissaient en définitive à une inversion viscérale complète. En exposant des œufs en incubation à des vapeurs d'alcool, Féré (iSgS) a obtenu Téclosion de monstres. Les faits expérimentaux constatés à l'aide de l'intoxication alcoolique des fœtus se confirment si on fait agir d'autres produits microbiens. Gley et Charrin (1896), expérimentant sur des cobayes et des lapins soumis à l'influence de toxines pyocyaniques, ont enregistré des avoi-tements nombreux et, chez les petits qui venaient
Chantemesse et Podwvssotsky. Processus généraux. 5
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
vivants, des retards de croissance, des dystrophies diverses; Charrix a constaté à riiopital, sur des enfants issus de mères malades, des retards dans la croissance.
Les données expérimentales sont donc sur ce point tout à fait conformes aux observations de la clinique.
Les substances solubles passent du sang maternel dans le sang fu:'tal; c'est un fait acquis. En est-il de même des corps figurés, des agents pathogènes microbiens ? Si Ton avait tenté de résoudre cette question par des observations cliniques, on aurait eu sous la main les faits, constatés depuis longtemps, de fœtus venant au monde avec la variole, avec Térysipèle. Malheureusement on établissait, il y a quelques années à peine, des limites très précises entre les maladies infectieuses et les virus. En 1878, Chauveau déclarait que les maladies virulentes étaient des maladies qui n'avaient pas le parasitisme pour cause ni pour agent de transmission ! Depuis les travaux de Davâine (1849) ceux de Brauell (1807), le charbon était considéré comme une maladie ne se transmettant pas de la mère au fœtus, le placenta était regardé comme un filtre parfait, ne laissant pas passer les microbes du sang maternel dans le sang fœtal (loi de Brauell-Davaixe , adoptée par Chauveau, etc.). Cependant, les expériences très précises de Straus et Chamberland, confirmées par Koubassoff , vinrent établir que, chez les femelles grosses charbonneuses, la bactéridie franchissait à peu près toujours le placenta. En 1886, pour soutenir que le bacille typhique inoculé aux cobayes produisait, non pas une intoxication, mais une véritable infection, Chantemesse et Wiual montraient la présence, chez le fœtus, du jjacille typhique inoculé sous la j)eau tic femelles pleines; ils retrouvaient aussi ce même germe dans le sang d'enfants mis au monde par des mères atteintes de fièvre typhoïde. Peu de temps après, Ererth l'aisait la même constatation. Puis Netter reconnut que le pneumocoque franchissait la barrière placentaire. Ces faits ont été constatés dans l'espèce humaine pour un certain nombre de microbes j)atliogènes ; il nous suffira d'en donner ({uelques exemples. Chamrrelext et Sarrazès (1892) ont vu que le streptocoque passait de la mère au fœtus, chez le lapin, sans que le placenta oft'ril la moindre lésion histologique. AucHÉ (de Bordeaux) (1892) a relrouxé des staphylococjiies et des streptocoques dans le foie et le sang de fœtus rejetés par avortement chez des femmes atteintes de variole. Cauéac et Mallet (1887), Lœffler ont constaté le passage du bacille d(^ la moi-ve. Spitz, en 1879, trouva (|uelques spirilles dans le sang d'un fd'lus dont la nièi-e était atteinte de typhus récurr(Mit (observation st>ml)la])le d'-XuBiiECirr, 1884). Perroncito et (Imuta, en 1887, oui reconnu expérimcn-
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
talement le passage du virus rabique au fœtus humain. Bouzian, en 1892, a observé la transmission intra-utérine de l'hématozoaire du paludisme.
Portée dans le domaine expérimental, l'étude du problème de la transmission placentaire ne semblait pas aboutir à des constatations toujours aussi précises; les résultats se montraient différents, suivant le microbe mis en expérience et suivant la race animale employée. Il faut se souvenir, en effet, que chez divers animaux la structure du placenta est variable. Dans le placenta de la femme et aussi dans celui de la souris, l'absence de revêtement épithélial sur les bourgeons choriaux pénétrant dans le placenta maternel facilite singulièrement le passage des bactéries de la mère au fœtus.
Si le placenta n'est pas, comme on le croyait autrefois, un filtre parfait, il protège néanmoins le fœtus d'une manière assez efficace contre l'infection; sans être totalement imperméable, il ne laisse passer en général qu'un nombre restreint de germes. Les observations font reconnaître que, pour s'exercer, la transmission placentaire exige d'ordinaire une infection sanguine intense de la mère. Certains auteurs admettent que l'infection fœtale suppose nécessairement l'existence de lésions placentaires ; d'autres estiment que le passage est possible avec un placenta histologiquement normal. ^Ialvoz a constaté, dans tous les cas de transmission positive, des lésions hémorrhagiques banales ; Sabrazès etCuAAi- HHELENT ont au contraire affirmé cpie les placentas de lapines infectées par le streptocoque, et ayant transmis le germe aux fœtus, étaient histologiquement sains. Les obscurités de la question ont été en partie dissipées par les beaux travaux de M. Duval.
« Il n'y a pas dans la série des mammifères, dit ce savant, un seul et même type structural du placenta, il y a des types très différents réunis par des formes de transition... Un des points essentiels à examiner dans la question du passage de la mère au fœtus, c'est la nature et la disposition des tissus qui séparent le sang maternel du sang fœtal. A cet êgard^ les dispositions sont absolument différentes dans le placenta de tel animctl^ comparativement au placenta de tel autre : bien plus, elles sont difféi-entes pour un même animal, selon qu'il s'agit de la première on de la seconde moitié de la gestation. »
On voit que la transmission des germes de la mère au fœtus pendant la gestation rencontre des obstacles bien différents les uns des autres, suivant les cas. Chez les rongeurs, la contagion intra-utérine a d'autant plus de chances de se réaliser qu'elle s'effectue à une époque plus rapprochée de la fin de la gestation.
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
Chez les ruminants, d'après M. Duval, Fobstacle utéro-placentaire se renforce; les dispositions anatomiques sont telles, dans cette espèce, qu'il existe toujours, entre le sang maternel et le sang fœtal, une quadruple barrière, deux parois capillaires et deux couches épithéliales. C'est pourquoi toutes les déductions fondées sur des expériences de pathologie comparée ne peuvent être, sur ce point, appliquées directement à l'espèce humaine. D'après Retterer, Duraïnte, Segall, le placenta humain, au })oint de vue de la séparation des circulations fœtale et maternelle, est intermédiaire entre le placenta des rongeurs et celui des bovidés. Les recherches de Charrin et Duclert ont montré que l'intoxication préalable d'une femelle grosse par un poison quelconque, microbien ou végétal, diminuait notablement l'imperméabilité placentaire.
Tels sont les faits cliniques et expérimentaux qui établissent les mécanismes par lesquels s'exécutent les divers modes de l'hérédité pathologique. Envisagée d'une manière générale, l'étude de ce problème permet d'aboutir aux conclusions suivantes.
i" Les anomalies et états pathologiques acquis au cours de la vie individuelle [à l'exception de qnehjucs maladies i/ifeclieiises) ne sont pas transmis comme tels à la postérité.
11° Ne peuvent être héréditaires et transmises comme telles aux descendants que les maladies déjà héréditaires ou les états pathologiques qui ont pris naissance chez les générateurs d///is les premiers temps de la c/c? intra-utérine^ c'est-à-dire avant que les germes des futures glandes sexuelles se soient diiTérenciés de la masse totale en voie de segmentation.
3° Les maladies acquises par les parents peuvent ])rovoquer des troubles nutritifs dans les glandes sexuelles et l'utérus, et agir ainsi sur le développement du spermatozoïde, de l'ovule ou de l'embryon. Il peut en résulter chez les descendants les formes les plus variées de dystrophie, faiblesse générale, développement irrégulier, signes de dégénéres(;ence, etc. Ces dystropliies créent une j)rédisposition héréditaire à diverses affections.
4° L'influence maternelle dans la transmission héréditaire des maladies est beaucoup plus grande (|ue l'influence paternelle. Celle-ci n'intervient que dans l'hérédité conceptionnelle.
Nous allons étudier, dans la pathologie humaine, les faits d'hérédité qui s'observent le plus (i équemment.
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
Hérédité neiveusc. — La famille néçropathique. — Les dégénérés. — L'hérédité nerveuse est Taptitude à faire éclore des afFections nerveuses, conférée à un organisme par des générateurs placés dans les mômes conditions d'hérédité ou soumis à certaines influences pouvant agir sur le système nerveux (Raymond). De tout temps la transmission des maladies nerveuses par hérédité a été reconnue par les médecins. Au début de la seconde moitié de ce siècle, les auteurs français Lucas, MoREL, jMoreau (de Tours) ont fait prévaloir cette opinion « que la plupart des maladies nerveuses, avec ou sans lésions accessibles à nos moyens d'investigation, ont un fonds commun d'origine, font partie d'une même famille et sont unies entre elles par un facteur commun qui est l'hérédité ». Cette hérédité aurait même une base anatomique, l'imperfection du développement des cellules ganglionnaires et des fibres nerveuses (Arndï, Schulzk, Pick, Ghâslin, etc.).
Le phénomène psychologique fondamental dans les psychopathies est le peu de résistance que la personnalité morale oppose à toute suggestion, à toute impulsion. De là résulte le défaut de résistance aux sollicitations extérieures, qui conduit à l'hérédité des passions : j<'u, liberlinage, avarice, ivrognerie; à l'hérédité du vol, etc.
La folie est héréditaire. Les causes banales, chagrins, fatigues, etc., développent la folie chez le prédisposé et non pas chez le premier venu. L'aptitude d'un individu à délirer sous des inlluences insignifiantes est prescjue proportionnelle au noml)re des cas de folie qu'il compte dans ses ascendants. Woods fluTCiiixsoN a fait dans les asiles anglais et américains une statistique qui porte sur plus de 5o ooo cas de folie et il conclut qu'on peut admettre la proportion de 22,6 pour 100 d'influence héréditaire. L'hérédité bilatérale offre le maximum de danger, l^a consanguinité parait ne favoriser la folie que chez les individus porteurs de tares familiales.
La prédisposition héréditaire peut rester longtemps latente et ne se manifester que sous l'influence des conditions (puberté, ménopause) qui, précisément, ont fait éclater la folie chez les ascendants, aux mêmes âges (Toulouse).
Magnan a réuni, sous le nom de délire cJironiqiie, une série de troubles morbides qui aboutissent à la démence, en passant par les étapes successives de la mélancolie, de la manie des persécutions et de la manie des grandeiu's. Pendant de longues années, l'individu qui porte cette tare secrète due à l'hérédité n'en présente aucun signe objectif, aucune manifestation ni dans ses habitudes, ni dans son état intellectuel. Lorsque les accidents éclatent, on trouve souvent dans les antécédents de famille du malade des traces certaines de cette hérédité.
ETIOLOGIE GENERALE DES MALADIES
La plupart des impulsions sont héréditaires, et parmi celles-ci une des plus tenaces est Fimpulsion au suicide. Les suicides familiaux s'accomplissent parfois avec des particularités telles (même lieu, même arme, etc.) qu'on ne peut s'empêcher de penser que la prédisposition héréditaire est actionnée par la suggestion. Moreau (de Tours) rapporte le fait suivant. « Un monomaniaque, M. L., se donne la mort à trente ans ; son fils arrive à peine à trente ans qu'il est atteint de monomanie et fait deux tentatives de suicide. L^n autre, à la fleur de l'âge, est pris de monomanie et se noie volontairement; le fils de ce dernier, d'une bonne santé, riche, père de deux enfants bien doués, se noie volontairement au même âge ». « Les possédés du démon », au moyen âge, étaient de génération en génération membres d'une même famille. Au nombre des phénomènes qui se montrent avec le plus de fréquence dans le développement de la folie, on note les hallucinations. Comme la mémoire et l'imagination sont formées de sensations de même nature que celles produites par le contact de la réalité, on conçoit que l'exaltation de ces facultés intellectuelles puisse aboutir à des manifestations qui offrent avec les hallucinations des ressemblances profondes. Voilà pourquoi, dit Debierre, « les grands artistes qui ont la vision intérieure intense ont toujours été si près des idées délirantes ». Diderot a déclaré que la sensibilité n'était pas nécessaire au comédien. Cette formule ne saurait être appliquée toujours aux grands artistes, aux poètes ou aux romanciers ; qu'il nous suffise de rappeler ce trait, cité par Taine, de Flaubert éprouvant les symptômes d'un empoisonnement véritable, tandis qu'il écrivait le récit du suicide d'Emma Bovary !
Dans les psychopatliies, le rôle de l'hérédité est plus ou moins exclusif; il acquiert son maximum de puissance dans les affections auxquelles on a donné le nom de folie héréditaire. Les individus qui en sont atteints ou qui doivent en être atteints se font reconnaître dès leur jeune âge par les stigmates physiques et psychiques des dégénérés, dont l'expression la plus complète se trouve dans l'idiot des asiles et dont les manifestations les plus atténuées se voient chez l'imbécile, chez le déséquilibré, chez le faible d'esprit, chez le débile.
La neurasthénie, « qui est à cheval sur les névroses et les psychoses » (Raymojjd), est le plus souvent héréditaire. Il en est de même de l'épilepsie et de l'hystérie. Ces deux dernières névroses ne se transmettent que rarement par hérédité similaire, mais on trouve chez les ascendant's la cause de troubles nutritifs du système nerveux, tels que des infections chroniques, des dyscrasies permanentes, comme l'arthritisme et la goutte, des intoxications chroniques, comme le plomb et l'alcool, et surtout, bien souvent, l'intoxication aiguë par l'alcool.
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
Enfin, beaucoup d'autres maladies du système nerveux se rattachent à la prédisposition héréditaire : le trem])lement, la chorée, Tataxie locomotrice, l'atrophie musculaire progressive, la paralysie pseudo-hypertrophique et sui^tout l'ataxie cérébelleuse ou maladie de Friedreich, la maladie de Thomsen, etc. Le daltonisme aussi se transmet par hérédité similaire et par atavisme, de préférence aux descendants du sexe masculin. IIoRNER, qui a étudié tout spécialement l'hérédité de cette affection, formule la règle suivante : les enfants masculins dont le grand-père maternel a été atteint de daltonisme souffrent assez fréquemment de cette infirmité.
Dans le groupe des maladies nerveuses héréditaires, on voit si souvent figurer dans l'étiologie la mention de l'arthritisme , qu'il faut accorder à cette diathèse une place dans la genèse de la prédisposition morbide. C'est pour exprimer les relations entre les névroses et l'arthritisme que l'Ecole de la Salpétrière a créé l'expression de Neuroarthritisme .
L'hérédité des prédispositions morbides, des tempéraments, c'està-dire des diathèses, découle pour ainsi dire de la définition même de l'hérédité. La démonstration olijective la plus typique a été fournie par Pasteur dans la transmission héréditaire de la prédisposition à la flacherie. D'autre part, les constatations cliniques sont nombreuses de familles et de races chez lesquelles se transmettent, par hérédité, là, une fragilité spéciale vis-à-vis d'une maladie infectieuse, ici, ime résistance extraordinaire à l'égard d'une autre infection (résistance des nègres à la malaria). On a pu constater dans ces dernières années, pour un grand nombre de maladies humaines et animales, que le substratum anatomique de cette fragilité on de cette résistance résidait en grande partie dans les qualités de cellules particulières, les phagocytes.
La fragilité héréditaire de certains organes et de certaines fonctions s'observe dans la pathologie humaine comme dans la pathologie comparée. On voit dans certaines familles une faiblesse congénitale du tube digestif, qui se dévoile de bonne heure par de la dyspepsie, de la constipation, etc. Cette fragilité repose-t-elle sur des conditions anatomiques spéciales ? Il est difficile de donner sur ce point une réponse tiécisive. Il faut noter cependant que l'appendicite, dans l'étiologie de laquelle, comme l'a démontré Dieulafoy, l'hérédité joue un si grand rôle, a souvent pour point de départ des particularités anatomiques bien manifestes.
Au nombre des maladies le plus fréquemment héréditaires il faut citer VHéinopIiilie (Grandidier, Kehrer, Stahel, etc.). Elle se transmet de préférence aux membres du sexe masculin, en prenant souvent la forme de l'hérédité atavique.
ÉriOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
Quelques-unes des maladies générales, le diabète, l'obésité, la migraine, la goutte, etc., s'observent avec fréquence dans certaines i'amilles. Bouchard, N. G. de Mussy, etc., ont proclamé que les maladies arthritiques sont héréditaires, non pas d'une façon étroite et similaire, mais à la faveur d'une prédisposition morbide qui fait facilement réalisable, dans une famille, une certaine catégorie d'affections. Les faits en eux-mêmes, quelle que soit l'idée théorique à laquelle on attribue ces troubles pathologiques, ne sont contestés par personne. Nul ne méconnaît l'influence de cette hérédité ni la polymorphie de ses manifestations. Dans le groupe de ces diathèses figurent le rhumatisme chronique (Charcot, Massalongo), la goutte (Scudamore, Pâtissier, Garrod, Bouchard), l'obésité, la lithiase biliaire, la gravelle, la migraine, l'eczéma, les varices (Bouchard), etc.
Hérédité des néoplasmes. — Peu d'années nous séparent de l'époque où les types des maladies héréditaires étaient la lèpre, la tuberculose, etc. On sait aujourd'hui qu'elles doivent leur naissance, dans l'immense majorité des cas, à la contagion figurée par un parasite. ()ue seront les idées médicales dans quelques années sur la nature du cancer ? Il est difficile de donner sur ce point une réponse décisive. Quand le médecin suédois eut inoculé sur un lépreux une lésion lépreuse avec succès, on déclara que l'observation n'était pas concluante, parce que le sujet avait déjà la lèpre dans sa. constitution. Pour le cancer, les chirurgiens ont vu des greffes cancéreuses, faites spontanément ou artificiellement sur des individus déjà cancéreux, se développer. Ces inoculations ont réussi, comme ont réussi sur les tuljcrculeux et les léj)reux les inoculations des lésions parasitaires de la tuberculose et de la lèpre. Ceci nous dispense de discuter longuement les théories émises au sujet de la nature du cancer et dont la plus célèbre, qui a reçu diverses modifications, est celle de Cohnheim sur l'origine congénitale des tumeurs. Ce savant pensait qu'à un stade initial du développement embryonnaire, il se produisait dans une des parties de l'ébauche fœtale plus de cellules qu'il n'était nécessaire. Ces cellules en excès, après avoir sommeillé longtemps, se développaient avec toute l'intensité de leur nature embryonnaire, sous l'influence d'une cause banale en a])j)ai'(Mice, et telle était l'origine des tumeurs.
Le jour oii ha nature microbienne du cancer sera reconnue, toute l'histoire clinique de cette mahulie, son mode de propagation, son cheminement lymphatique, les réactions conjonctives qu'elle fait naître, etc., cadreront parfaitement avec son étiologie parasitaire. L'hérédité du néoplasme dev iendra alors l'iKM-édilé de la pi'édisposil ion à laisser s'im-
IIÉRÉDirÉ PATHOLOGIQUE
planter un parasite. Le cancer, en effet, se voit assez fréquemment dans certaines familles. Hutchinson a constaté que lo p. loo des malades morts à l'Hôpital des Cancéreux de Londres comptaient des cancéreux parmi leurs ascendants. Winiwarter réduit cette proportion à 5 p. loo; les statistiques de Picot, Oldecop, Gusserow, Backer, Lichtenstern, Pfeiffer, Lerert, Ziehl, Graf, etc., indiquent un chiffre maximum ne dépassant pas 12 à 17 p. 100.
Dans certaines familles, V hérédité du cancer se manifeste par le développement du néoplasme toujours à la même place. Broca (Traité des Tumeurs) cite le fait suivant : dans une famille de 27 membres, i(S succombent au cancer, dont 10 au cancer du sein, 4 au cancer du foie, un au cancer de l'estomac et un au cancer de Tutérus. Il s'agit ici d'une prédisposition au cancer tellement forte et inaccoutumée que l'idée de contagion familiale vient à l'esprit.
Hérédité syp1iiliti(jiie . — Elle est acluellemcnt au nondjre des vérités acquises, agréées de tous, supérieures à toute contestation, à toute controverse, dit le professeur Fournier, qui a fait de cette forme d'hérédité l'objet d'une étude magistrale. Les manifestations ne sa restreignent pas à la production d'accidents nettement, mais exclusivement syphilitiques; des troubles multiples, des lésions banales et des prédispositions morbides s'observent, qui doivent être rapportés à la même cause. D'après lui, les manifestations de l'hérédité syphilitique peuvent être réparties en cinq catégories : i" accidents de syphilis proprement dits; 2" cachexie aboutissant d'une façon ou d'une autre à une inaptitude à la vie; 3° troubles dystrophiques généraux ou partiels; 4" malformations congénitales; 5" prédispositions morbides.
Les stigmates dystrophiques de l'Hérédo-syphilis viennent d'être remarquablement décrits dans le livre récent de E. Fournier. Ce sont des dystrophies d'ordre général, portant sur la constitution des hérédosyphilitiques et arborant les signes de l'infantilisme ou du rachitisme; ou bien des dystrophies partielles, se manifestant sur le crâne, les dents, les yeux, les oreilles, la colonne vertébrale, le thorax, les membres, le bassin, ou encore sur le système nerveux cérébro-médullaire, et d'une façon générale sur tous les grands appareils de l'économie. Les malformations congénitales ne sont pas rares; les troubles nerveux, convulsions, méningite, pai-alysie spasmodique familiale, s'observent assez fréquemment.
La défaillance organique que présentent ces hérédo-syphilitiques les prédispose à subir toutes les infections. Le tempérament dit scrofuleux ou simplement lymphatique est habituel chez la plupart d'entre eux;
ÉTIOLOGIE GÉyÉRALE DES MALADIES
dans les voies lymphatiques et dans les ganglions, les causes d'infections banales persistent sans être détruites; le bacille tuberculeux y trouve un terrain éminemment propre à sa culture.
Dans la question de l'hérédo-sypbilis il y a, d'après Fourmer, une distinction essentielle à établir entre l'infection syphilitique caractérisée par la présence du germe, et les affections « parasyphilitiqiies « qui ne dépendent pas de la présence du parasite vivant, mais qui résidtent de l'intoxication du produit de la fécondation, intoxication qui a pu marquer son empreinte déjà sur l'une ou l'autre cellule germinative ou bien, plus tardivement, sur l'embryon et sur le fœtus.
Dans la maladie syphilitique, dont le germe a échappé jusqu'ici et qui par conséquent s'est dérobé à peu près entièrement à toute recherche expérimentale, l'enquête clinique a été menée avec tant de soin et tant de perspicacité par divers auteurs (Diday, Neum.vnn, Fixger et surtout A. Fournier), que nous avons, au sujet de sa transmission héréditaire, des renseignements très précis. Les obscurités qui subsistent sont en réalité peu nombreuses. Le problème purement étiologique mérite d'être envisagé à deux points do vue, celui de l'enfant et celui de la mère.
a) Lenfant. — LTn enfant dont un ou les deux parents sont syphilitiques naîtra-t-il nécessaitement syphilitique? L'observation répond que cette hérédité n'est obligatoire à aucun âge de la maladie des parents. Les chances d'infection fœtale dépendent du sexe du parent syphilitique, de l'âge de sa syphilis, du traitement qu'il a suivi. Toutes choses égales, le père est le moins dangereux des parents. Un enfant peut donc naître de parents syphilitiques sans avoir la syphilis. Bien plus, dans certains cas, il pourrait tenir de ses générateurs une immunité contre le virus, une sorte de vaccination congénitale contre la syphilis (loi de Phofeta).
L'enfant infecté héréditairement peut recevoir l'infection, au moment de la conception, par les cellules germinatives, ou plus tard, dans le cours de sa vie intra-ulérine, par transmission placentaire. Cette dernière condition est très voisine de celle qu'on rencontre dans les cas de syphilis acquise. Elle est, pour l'enfant, d'autant moins grave (|u'elle est survenue à une période plus tardive de la grossesse; beaucoup nuiins grave, en tout état do cause, que la syphiHs vraiment conception iio]l(>. Cette syi)hilis conceptionnellc peut-elle être transmise exclusivement, soit par le spermatozoïde paternel, soit par l'ovule maternel ? Cette interrogation pose un problème d'ordre général d'autant plus important à résoudre, qu(> \\\ sypliilis (>sl peul-être la souh' mahidio à. la(|uolk' ou puisse demander une réponse décisive à cette question. L'enquête clini(pie a démontré que le j)ère pouvait transmettre la syphibs à l'onfanf,
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
sans que la mère fut contaminée. Les preuves de cette proposition sont multiples : a) le traitement spécifique exclusif du père ayant déjà eu dans le mariage des rejetons syphilitiques suffit le plus souvent pour ojjtenir des enfants indemnes de la maladie; h) la mère dont les enfants sont syphilitiques de par Thérédité paternelle est l)ien portante dans la grande majorité des cas : elle peut engendrer plus tard des enfants indemnes avec un mari sain; elle peut aussi, après la naissance de sou enfant syphilitique, être infectée soit par cet enfant, soit de toute autre manière.
L'enquête clinique a également démontré que la mère pouvait transmettre la syphilis à Tenfant à l'exclusion du père (A. Fournier). Cette transinission peut se faire probablement par l'ovule. La probabilité découle ici, par analogie, des notions acquises sur la virulence possible du spermatozoïde; une preuve matérielle directe est difficile à fournir, parce qu'en pareil cas, si l'on peut avoir la certitude que l'enfant a été infecté par la mère, on ne peut étal^lir avec la même précision si l'infection fut conceptionnelle ou post-conceptionnelle. Ce dernier mode d'infection est, au contraire, parfaitement démontré par les cas oii la mère a contracté la syphilis dans le cours de sa grossesse. La maladie est alors transmise au fœtus, mais à quel moment l'est-elle? Les discussions basées sur des raisons théoriques ont été nombreuses; seule une observation clinique fut décisive. Elle a montré qu'une mère qui avait contracté un chancre à la fin de sa grossesse et qui n'eut les accidents secondaires qu'après la naissance de son enfant, avait cependant transmis le virus syphilitique, par la voie placentaire, à cet enfant (Finger). Cette constatation n'intéresse pas seulement l'étude de l'hérédité; elle affaiblit l'espoir qu'on peut fonder sur l'éradication du chancre, avant l'apparition des accidents secondaires, comme moyen préventif de l'infection générale. Cependant, la transmission post-conceptionnelle n'est pas fatale; l'enfant a d'autant plus de chances d'y échapper que l'infection maternelle survenue pendant la grossesse a été plus tardive.
h) La mère. — La question revient à examiner quelle influence a, sur sa mère saine, un fœtus syphilitique de par son père. Ce fœtus va-t-il contaminer sa mère et, s'il la contamine, quelle forme d'accidents précoces ou tardifs va-t-il lui donner? Ce fœtus, au contraire, peut-il ne pas contaminer sa mère et même lui conférer une sorte d'immunité .*
La contamination de la mère par un fœtus syphilitique est admise par beaucoup d'auteurs : c'est la théorie du choc en retour, de la syphilis par conception. Qu'une femme, saine jusque-là, et portant dans son sein un enfant syphilitique par son père, puisse présenter bientôt des accidents
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
secondaires de syphilis, le fait est certain. Mais par quelle voie chemine la source de l'infection maternelle ? Trois hypothèses sont possil^les (Kassowitz).
1° La mère peut avoir été infectée, sans avoir présenté de chancre, par le virus circulant dans le sang de l'enfant. Cette hypothèse est l'inverse de celle qui admet la transmission du virus, à travers le placenta, de la mère à l'enfant. Ce passage se fait dans un sens, peut-il se faire en sens opposé ? Cela est possible, mais non certain.
o." Pendant la fécondation, le sperme qui contenait le virus peut avoir infecté la mère en même temps qu'il infectait l'ovule. L'accident initial se sera dissimulé par son siège sur l'utérus ou les trompes.
3° En dehors de la fécondation, la syphilis apparaît, chez certaines femmes, de bonne heure penchant la grossesse. La maladie ne (h)it-elle pas son origine à l'iniection spermatique plutôt qu'à l'infection fœtale .'
Telles sont les liypothèses que l'on a formulées pour expliquer les accidents syphilitiques précoces présentés par une femme saine jusquelà et portant un enfant frappé de syphilis héréditaire paternelle.
Parfois la syphilis dite conceptionnelle est tardive. Une femme qui porte un enfant syphilitif[ue éprouve pendant le cours de sa grossesse certains troubles assez vagues, des céphalées nocturnes; puis, après quelques années, des accidents tertiaires éclatent : périostites, gommes, etc. Est-ce bien le sang fœtal qu'il faut incriminer ici d'avoiitransmis le virus? Certaines femmes, iiulemnes en ai)parence, mettent au monde des enfants paternellement syphiliti([ues. Après leur accouchement, leur état de santé reste parfait; elles ne se distinguent (h's autres femmes que pai- h'ur imuiunitc' contre la syphilis, hujueHe se traduit ])ar la possibilité de nourrir leur enfant sy|)hilili(|ue sans être contaminées. Cette immunité a été attri])uée à l'existence d'une propriété acquise dont les effets ont été désignés sous le nom de loi de Colt.es ; mais cette loi comporte (h's (>xc(q)tions n()nd)reiis(>s. l ne nu're saine, ayant donné naissance à un enfant sypliilili(|n(', peut parfaitenuMit rti-e contagionnée par lui, au coui's de l'allailcnicnt , ou dcNcnii' sy|)hilili(|U(' de tout autre j)ianière.
l'^nlin, la svpliilis des pai'ents peut ictentir sur Tcnlanl à une épo(jU(> plus ou moins (doignée d(> la lunssam-e : c'est la syphilis héréditaire tardive, (|ui a ('té magisiralenieiit décrite par A. Fouhmeu. TjCS signes clini(pies (pie prc'sentc; la syphilis héréditaire tardive n'ont aucun caractère ])ath()gnonioni(pie (pii b's distingue des symptômes (l(> la syphilis ac(|uise dans reufance. La dcMit (rilutchinsoii et c(>rtaines lésions osseuses « constilueni en la\<Mir de l'oi igini» luMcMlilaire (l(> l'iniection
HÉRÉDITÉ PAriWLOGiqUE
des présompUons sérieuses, des {)résomptions formelles et presque voisines de la certitude, mais au total ne constituent rigoureusement que des présom|)tions, sans s'élever au rang de témoignages d'une authenticité absolue » (A. Fournier).
Le véritable ci itérium du diagnostic ne réside donc que dans l'étude des antécédents du malade et dans l'enquête sur sa lamille, sur les autres enfants, sur la u polyjuortalité des jeunes » (A. Fournier).
Hérédilé liihercaleiise. — Comme dans l'hérédo-syphilis, il y a dans l'hérédité tuberculeuse deux sortes de phénomènes à considérer : ceux tlans lesquels le virus de la tuberculose est transmis, sous forme de germe vivant, des parents à l'enfant, avant sa naissance, et ceux dans lesquels l'hérédité frapj)e, non par la transmission du microbe, mais par la création d'un type de nutrition défectueux. Ce tempérament morbide n'est que le résultat de l'empoisonnement des cellules germinatives ou de l'intoxication de l'embryon ou du fœtus lui-même par la toxine tuberculeuse qui imbibe le corps des parents.
Au seuil de l'étude de l'hérédité tuberculeuse, un premier problème se pose, qui a été, nous l'avons vu, résolu par l'affirmative dans l'histoire de l'hérédo-syphilis : l'hérédité tuberculeuse par infection conceptionnelle est-elle possible? Pour répondre à cette question, on a dans l'histoire de la syphilis un renseignement fourni par la niort ou la naissance d'enfants qui portent, d'une manière irréfutable, les signes de la syphilis paternelle, la mère étant indemne : le contage n'a pu être livré que par la cellule spermatique. Dans la tuberculose, un pareil critérium de conviction fait défaut. Sans doute, avec nos connaissances des caractères morphologiques du bacille tuberculeux, de ses propriétés nécrosantes, il n'est pas facile théoriquement d'admettre que le bacille puisse être charrié dans le protoplasma de l'une ou de l'autre cellule germinative, que la fécondation puisse se faire et l'embryon se développer à peu près normalement, malgré la présence de semblables parasites, lesquels ne décèleront leur existence que beaucoup plus lard. Mais, en pareille matière, des inductions théoriques ne suffisent pas pour constituer une certitude; il faudrait demander des éclaircissements à la médecine expérimentale. Les expériences récentes de Walter Heape permettront peutêtre d'apporter une preuve dans un sens ou dans l'autre, puisqu'en les utilisant on pourra se mettre à l'abri de l'erreur créée jusqu'alors par la contagion placentaire. Ce savant a réussi à faire développer dans l'utérus d'une lapine d'une race particulière (belge) des œufs tout récemment fécondés, empruntés à une lapine d'une autre race (danoise), de telle sorte que la femelle belge mit au monde en même temps cinq petits lapins qui
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
venaient d'un père belge et deux petits lapins qui présentaient les caractères de leur père danois.
A défaut de cette expérience qui pourrait fournir un argument précieux dans le débat, nous avons, pour étudier le problème de Thérédotuberculose, de nombreux documents empruntés à la médecine expérimentale, à la clinique et à Fanatomie pathologique, documents qui ont été réunis dans un bon travail de G. Kûss.
Pour que l'ovule puisse être infecté par le sperme, il faut que celui-ci renferme des bacilles. Gaertner, ayant inoculé des cobayes dans les testicules avec des cultures tuberculeuses, et ayant provoqué, par friction du pénis, des éjaculations, obtint dans la moitié des cas du sperme infecté de bacilles. Ce sont là, il est vrai, des conditions exceptionnelles et qui ne préjugent rien au sujet de la contamination possible du sperme des phtisiques sans lésions génitales. Chez les animaux (cobayes) qui sont infectés à doses massives on peut obtenir du sperme virulent, sans que ces rongeurs présentent des lésions génitales apparentes, mais quand il s'agit d'animaux ou d'hommes phtisiques ordinaires, sans tuberculose miliaire ni tuberculose génitale, le sperme, dans la grande majorité des cas, ne se montre pas virulent. Il faut rapprocher de ce fait la rareté de la tuberculose génitale primaire, chez la femme, tandis que les femelles d'animaux dont le màle porte des bacilles dans les testicules présentent très fréquemment de la tul^crculose à point de départ génital.
Fréquents ou plus souvent rares, les bacilles peuvent être contenus dans le liquide spermati(jue ; cela est vrai, mais l'expérience a-t-elle démontré qu'un petit pouvait être infecté par le père ? Si l'on fait la critique de quelques observations qui ont été publiées, la réalisation de cette infection conceplionnelle paraît douteuse. Gaertner, quia multiplié sur ce point les expériences les mieux conduites, qui a réussi à mettre en évidence des tuberculoses fœtales d'origine maternelle , a constamment é(;houé à obtenir un petit infecté exclusivement par le père.
La Science ne j)ossède pas encore, ni ])ar les faits expérimentaux, ni parles observations cliniques, « la preuve qui établisse qu'un fœtus puisse être procréé tuberculeux par son père » (Grancher et Hutinel).
L'élude de la tuberculose d'origine maternelle nous amènera à des résuUals dill'éreiils. L'infection de l'ovule humain par des bacilles maternels esl-elle possible ? Baumgarten la croit non seulement possible, mais fréquente; il en fait la pierre angulaire de sa théorie sur l'hérédité latente de la tuberculose. Opeiulanl, la critique impartiale des faits montre, d'une part, (pie h's lésions de la luberculose conslalées // lo /laissa/icc sont extrêmenienl rares, et, d'autre part, (pie les fœtus veinis au inoiule tuberculeux, de race huniaine (ui (\c race aninuile, avaient au moins
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
(juatre mois. Donc cliez eux l'infection pouvait s'être exercée, non pas par l'ovule, mais par le placenta. Nous avons vu plus haut ce qu'il fallait penser de la valeur du placenta, envisagé comme barrière protectrice, suivant les races, suivant les j)ériodes de la grossesse, suivant l'état d'intégrité ou d'altération de cet organe. Nous savons qu'il n'agit, à l'égard des microbes et des toxines, qu'à la manière d'un filtre plus ou moins imparfait.
La recherche des bacilles dans le sang des animaux luljerculeux a été poursuivie par un grand nombre d'oljservateurs. Villemia, le premier, avait constaté que le sang des lapins tuberculeux renfermait le virus de la tuberculose. D'un grand nombre d'expériences qui ont été poursuivies sur le lapin, le cobaye et les bovidés (Villemin, Gosselin, Jeannel, Gaert- KER, BoRREL, G. Kûss, NocARD, Galtieh, Kast>;er, Forster, Straus, etc.), il résulte que le bacille de la tuljerculose se fixe rapidement dans les organes, surtout dans les cellules endothéliales des capillaires, et qu'il ne séjourne pas longtemps dans le sang de la circulation générale. Chez le cobaye qui n'est pas arrivé à la période cachectique, le sang n'est pas ordinairement virulent (G. Kûss); il l'est peut-être plus souvent chez le lapin (ViLLEMiN, Jeannel). — A la période ultime, l'infection sanguine des animaux de laboratoire est la règle. Chez les bovidés, bien que la recherche ait été faite sur des animaux gravement atteints, le sang s'est montré rarement virulent. Chez l'homme, l'infection bacillaire sanguine est constante dans la granulie primitive et rapidement mortelle, comme aussi dans les poussées de tuberculose aiguë survenant dans le coiu-s de la phtisie chronique. Elle se montre parfois au cours de la tuberculose chronique ordinaire, puisqu'on a pu colorer des bacilles sur les valvules de l'endocarde, sur les parois d'une veine atteinte de phlébite dite cachectique (Chaxtemesse, Vaquez). Le sang apporte donc au placenta des germes de la tuberculose; ces germes traversent-ils le placenta? Trouve-t-on à l'autopsie des nouveau-nés et des fœtus des lésions anatomiques de tuberculose? En 1819, LAiiNXEC disait déjà « qu'on a vu des fœtus atteints de tuberculose dans le sein de leur mère w. Cependant, l'enquête qui a été poursuivie, sur une vaste échelle, depuis longtemps, a permis de recueillir une vingtaine d'observations chez l'homme, une soixantaine chez la vache, clans lesquelles on a constaté chez le fœtus ou le nouveau-né la présence de tubercules congénitaux (G. Kiiss). Cette rareté de la tuberculose apparente dans les autopsies de nouveau-nés issus de parents tuberculeux est vraiment un fait remarquable, mais il ne permet pas de résoudre le problème de l'hérédité de la maladie, parce que la découverte des bacilles constatés chez des fœtus sans lésions apparentes a singulièrement élargi le cadre de cette question.
ETIOLOGIK
GENERALE DES MALADIES
La démonstration de la tuberculose congénitale sans lésions visibles appartient incontestablement à Landouzy et H. Martin. Aux deux cas observés par ces auteurs se sont joints les faits positifs dWRMANNi, de
SCHMORL et BlRCH-HlRSCHFELD , d'AviRAGNET, de LOADE et ThiERCELIA,
de Bar et Renon, observés dans l'espèce humaine, et ceux qui ont été obtenus expérimentalement, chez les souris blanches et les lapins, par Gaerïner (1893). Ce dernier savant, inoculant j)ar voie veineuse dos lapines pleines, a pu réaliser la contagion intra-utérine dans le dixième des cas. En tuberculisant des souris avant la fécondation, il a obtenu des portées contenant un ou plusieurs petits bacillisés. Il ne faut pas méconnaître cependant que si, dans les conditions où s'est placé Gaertner, l'hérédité de la tuberculose expérimentale ne fait aucun doute, les résultats obtenus sont difiFérents lorsque le déterminisme expérimental vient à être changé. On a enregistré des cas douteux et des cas négatifs (San- CHEz ToLEDo). Les belles recherches de Nocard, confirmées par Bang, ayant montré tout le parti que l'on pouvait tirer de la tuberculine pour déceler les lésions tuberculeuses les plus minimes, la méthode a été utilisée pour dépister la tuberculose humaine de la première enfance (ScHREiBER, HuïiNEL, Gaifée) et la tuberculose des jeunes bovidés (Nocard, Bang, Chantemesse). Les résultats de ces expériences ont établi que les nouveau-nés issus de parents tidjerculeux étaient indemnes dans l'immense majorité des cas. Dans une dizaine d'observations publiées, on a fait connaître les résultats d'inoculations de sang pris dans la veine ombilicale de nouveau-nés humains, fils de parents tuberculeux. Ils ont été négatifs ou positifs, mais dans aucun cas on n'a rencontré une infection bacillaire sanguine chez un nouveau-né (jiti soi/ resté en çie; ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que des nouveau-nés portant des bacilles de la tuberculose ne puissent vivre pendant un temps indéterminé. Tels sont les faits que l'expérimentation a mis en lumière dans l'étude de l'hérédité tuberculeuse ; il nous faut maintenant les compléter par les renseignements demandés à la clinique et à l'anatomie pathologique.
Sur le terrain de la clinique, au point de vue qui nous occupe, la tuberculose n'offre pas, comme la syphilis, des moyens d'observation j)récis. La contagion de la première est banale, celle de la syphilis est spéciale, et la tuberculose du premier âge n'est pas caractérisée, comme la syphilis, à cette époque de la vie. Les seuls renseignements cliniques ])ouvant être utilisés avec fruit sont les suivants: pendant les trois premiers mois de la vie, la tuberculose est très rare; sa fréquence augmente raj)idement avec l'âge, pour atteindre le maximum de -2 à 4 ou à 6 ans. A cette période, elle devient relativement très frécpiente
HÉRÉDITÉ PATHOLOGIQUE
(Trousseau, Landouzy). Ces diverses propositions ressortent clairement des statistiques qui ont été faites à ce sujet (Bollinger, Heller, Hutinel, KossEL, Kuss). Dans l'étude étiologique de la tuberculose infantile précoce, il est donc nécessaire de distinguer Fhérédité et la contagion et de leur assigner à chacune leur degré de nocivité.
La tuberculose congénitale, avec ou sans lésions apparentes, est rare, mais elle est incontestable. Beaucoup de médecins, et parmi eux Baum- GARTEN, ont rattaché à l'hérédité la majorité des tuberculoses de l'adulte et même du vieillard. Tous les cas s'expliqueraient pour eux par la latence du germe tuberculeux, qui resterait dans le corps de l'enfant, sans se multiplier, pendant une période de temps plus ou moins longue. D'après cette théorie, le germe de la tuberculose se transmet par l'ovule, par le spermatozoïde ou par le placenta. Si les parasites sont abondants, ils créent une tuberculose congénitale ou simplement une tuberculose infantile précoce. Quand le placenta joue le rôle d'un filtre presque parfait, ce qui est la règle, et ne laisse passer qu'un très petit nombre de bacilles, ces microbes, dont le développement est refréné par la résistance des tissus, restent à l'état larvaire pendant tout le temps de la vie fœtale. Après la naissance, cette période d'état larvaire se poursuit pendant plusieurs mois et même davantage. Puis une autre période lui fait suite, non moins obscure, non moins inappréciable cliniquement, mais reconnaissable anatomiquement par la constitution de petits foyers de tuberculose. Enfin, la période latente prend fin lorsque, par auto-infection, les foyers silencieux ont déterminé la colonisation de nombreux bacilles de la tuberculose dans le corps devenu adulte. La théorie dont nous venons de donner le résumé est ingénieuse. Elle a pour elle son analogie avec les idées admises dans l'histoire de l'hérédo- syphilis et aussi quelques arguments inattaquables : la réalité et le peu d'intensité de l'infection tuberculeuse fœtale. Toutefois rien ne démontre qu'il existe réellement, contre le bacille de la tuberculose, une résistance spéciale des tissus fœtaux et infantiles; bien au contraire. On ne voit pas pourquoi, si la tuberculose avait pénétré dans l'organisme de l'embryon ou du fœtus, elle ne manifesterait pas plus tôt sa présence. D'ailleurs, l'étude anatomique attentive des cas de tuberculose infantile permet de reconnaître que les foyers tuberculeux dont on découvre l'existence se trouvent placés dans des régions où, logiquement, la contagion extrautérine a pu seule les apporter. On vérifie ainsi le plus souvent la loi de Parrot sur les adénopathies similaires et la signification qu'il faut leur accorder. Dans l'immense majorité des cas (Hutinel, G. Kiiss), les lésions anatomiques de la tui^erculose infantile précoce sont celles de la tuberculose due à l'inhalation.
Chantemesse ot PoDWYSsoTSKY. Pi'occssus génc-raux. 6
ÏCTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
Les faits dont nous venons de parler ne se rapportent qu'à une partie de l'histoire de l'hérédité tuberculeuse, c'est-à-dire à l'infection héréditaire, accident rare. Il est une autre manifestation plus commune de l'hérédité tuberculeuse, due non plus à l'infection, mais à l'intoxication, grâce à laquelle le générateur fait à l'engendré transmission d'un état diathésique dystrophiant. La réalité de cet accident a été bien mise en lumière par Landouzy (1891) ; ses arguments se résument en ceci : polymortalité des enfants de tuberculeux, analogue à la polymortalité des enfants de syphilitiques et de saturnins; état chétif, petite taille, faible poids d'enfants mis au monde par des femmes de tuberculeux après la naissance d'un enfant tuberculeux. Ces petits êtres succombent en quelques semaines ou en quelques mois à l'athrepsie, à la débilité congénitale, quelquefois à la tuberculose déclarée dans le cours de leur première année. Ils doivent cette hérédo-tuberculose atypique, dystrophiante, à l'imprégnation tuberculineuse des cellules germinatives de l'embryon ou des cellules du fœtus pendant les mois de la vie intra-utérine (Landouzy).
llcrcdilè de Vimiminilè. — Depuis quelques années, des recherches expérimentales nombreuses ont été entreprises pour la solution de ce problème. Il faut citer en première ligne les expériences très nombreuses d'EnnLiCH, qui déclare que l'immunité peut être transférée par la mère au hctus, tandis que le père, artificiellement immunisé, ne confère aucune immunité aux enfants. Gley et Gharrin se sont élevés contre la loi formulée par Ehrlich et ont admis que le père vacciné pouvait donner l'immunité aux enfants. Les recherches consécutives de Yaillard, de Klemperer, de Wernicke, de Coulomb, ont entièrement confirmé les observations d'EuRLicn. Dans une série de maladies toxiques et infectieuses (ricine, a])rine, toxine du tétanos et de la diphtérie, microbes du charbon, vibrions de Metchnikoif , choléra), le père ne s'est jamais montré en état de transmettre son immunité aux enfants. Donc, dans l'immunité héréditaire, il ne s'agit pas, comme on le voit, d'une immunité conceptionnelle transmise par les cellules germinatives, mais d'une immunité d'origine utérine, due au jiassage des antitoxines du sang maternel dans la circulation fœtale. Ces antitoxines inipressionnent profondément les éléments cellulaires du lœtus, car l'immunité du nouveau-né n'est pas seulement passagère, fugace, comme est riinnuinilé d'un èire à (|ui on a donné préventivement du séi'um anlitoxiqne; elle ne dis|)arail pas (mi (jiu'bpies joui's, elle dure des mois (Vaili.ard).
La transmission intra-utérine de l'immunité vaccinale a fait récem-
Il É HÉ DITE PATHOLOGIQUE 91
meïit l'objet de recherches cliniques et expérimentales nombreuses (BÉCLÈRE, Chambon et MÉNARD, Coulomb). Lbs faits acquis démontrent que l'imniunilé des nouveau-nés, par transmission héréditaire, est rare, inconstante, et d'ordinaire de durée assez courte, s'étendant de quelques mois à trois ou quatre ans. Ni le spermatozoïde, ni l'ovule ne sont capables de transmettre cette immunité; la mère seule peut le faire au cours de la gestation. La transmission iutra-utérine de la mère au produit exige, pour s'exercer, la réalisation de trois conditions dont la réunion est nécessaire, mais qui, même réunies, ne sont pas toujours et dans tous les cas suffisantes. La mère ne peut donner naissance à un enfant immunisé contre la vaccine que si elle-même a été vaccinée avec un plein succès (hors le cas de variole), que si elle présente une immunité complète au moment de l'accouchement, que si enfin son sérum possède un pouvoir antivirulent contre la lymphe vaccinale. L'immunité maternelle ne se transmet donc aux enfants qu'à la condition d'être complète et de coexister avec le maintien du pouvoir antivirulent du sérum maternel. Ainsi la résistance de la mère à l'inoculation du vaccin jennérien peut être assez grande pour qu'aucune pustule ou papule ne suive l'insertion vaccinale, sans que cependant le sang maternel ait conservé son pouvoir antivirulent, ou sans qu'il l'ait déjà acquis (la vaccination datant de moins de i5 jours). Dans ce cas, le nouveau-né ne reçoit de sa mère aucune immunité vaccinale. Enfin, le sérum du nouveau-né immunisé par voie intra-utérine possède un pouvoir antivirulent supérieur, inférieur ou égal à celui du sérum maternel, ce qui prouve que la propriété antivirulente du sang de l'enfant est fabriquée par l'organisme fœtal, et non pas reçue directement de la mère à travers le placenta.
Conclusions. — Dans ce chapitre de l'hérédité, nous venons de jeter un coup d'œil d'ensemble sur les éléments qui interviennent dans la transmission des propriétés des ascendants aux descendants. Nous avons vu comment se transmettaient les sources des qualités vraiment héréditaires, mélange et fusion des filaments chromatiques des cellules germinatives maternelle et paternelle, et comment les cellules germinatives, les embryons, les fœtus pouvaient être infectés ou intoxiqués par des virus ou des poisons connus. De ces constatations, quels enseignements le médecin et le thérapeute peuvent-ils tirer ?
La transmission des propriétés individuelles, familiales, ataviques, ne crée pas une fatalité héréditaire, une prédestination absolue. La réduction de la substance chromatique, dans les actes de maturation des cellules germinatives, et peut-être aussi la division (jualitativc des microsomes des noyaux de ces cellules, nous fait assister à l'élimination obli-
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gatoire de certaines des qualités des parents, à la mise à l'écart de quelques-unes de leurs particularités, lesquelles peuvent sommeiller pendant une ou deux oénérations, puis reparaître.
Le ^^oMnoral, la personnalité naturelle qui occupe le premier plan de la conscience, et que les métaphysiciens considèrent comme une unité irréductible, n'est vraisemblablement qu'un état d'équilibre entre les diverses influences héréditaires. Cet état d'équililn'e peut se modifier par la suggestion, c'est-à-dire par l'éducation.
L'éducation n'arrivera pas sans doute à transformer rapidement une race ou un individu et à supprimer les qualités héréditaires, mais elle peut aider à renforcer certaines influences héréditaires ancestrales, qui existent à l'état latent chez l'individu, et réprimer les influences héréditaires opposées. Les résultats de l'éducation sont capables d'aider les manifestations de l'hérédité régressive constatée par les aliénistes.
Au point de vue de l'hérédité ])athologique d'origine toxique et infectieuse, les observations cliniques et l'expérimentation nous montrent que les méfaits de l'intoxication (alcool, tabac, etc.) inscrits sur la progéniture sont susceptibles de disparaître à mesure que le poison s'élimine du corps des générateurs. Des enfants sains naissent quand le père est sobre ; des enfants malades naissent quand le père s'alcoolise ; des enfants sains reparaissent quand le père s'est corrigé.
Dans l'hérédo-syphilis, les iiulications d'ordre thérapeutique ont été remarquablement formulées par A. et Edm. Fournier. L'indication du traitement spécifique s'impose dans tous les cas où, sur un sujet actuellement alfecté de lésions et de symptômes pouvant ressortir à la syphilis, le médecin constate la présence de stigmates dystrophiques. Étant donné un sujet (|ui présente tels ou tels stigmates, il peut y avoir indication à le soumettre préventivement au traitement spécifique, en l'absence de toute manifestation soit antérieure, soit actuelle. Lorsque, dans une famille entachée de syphilis, vient à naître un enfant qui présente des signes de dystrophie, l'indication formelle est de soumettre les parents à un traitement antisy])hilitique prolongé, en vue de corriger une influence permanente de l'hérédité spécifique sur des grossesses ultérieures. Au cas où une grossesse vient à se produire clie/ une femme dont un ou |)lusieurs enlanls ont souffert de lésions de dystrophie native, il faut soumettrez la luère au traitement spécifique pendant le cours de sa grossesse.
Au point (le vue de l'hérédité tuberculeuse, on peut penser que l'immense majorité des tuberculoses infantiles sont des tuberculoses acquises, et (pie la conlagioii joue le i'()le essentiel dans la propagation de la maladie che/, les jeuiu>s (Mifauls. L'influence directe de l'hérédité n'est
INDEX BIIILIOGIÎA P//IQUE
cependant pas niable, au moins du côté maternel, mais elle est d'importance secondaire. La protection contre l'invasion bacillaire s'impose parce qu'elle est réalisable. Quant à l'hérédo-tuberculeux dystrophique, c'est à l'hygiène générale, à la vie au grand air, qu'il doit demander l'équilibre de sa santé.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
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ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES MALADIES
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