ÉLABORATION DE LA MATIÈRE COLLOÏDE
été contrôlés en France par Rendu, par Charrix et Roger. Le même mode de traitement qui calme les crises de tétanie strumiprive a réussi, entre les mains de GoTTSTEiN, à modifier les symptômes de la tétanie idiopathiqiie ; entre celles de Byrom-Bramwel, à améliorer trois cas de psoriasis rebelle.
Bruxs (1894) a élendu la même médication au traitement du goitre simple. Nous reviendrons plus loin sur ses résultats.
Dans la maladie de Basedow, qui est considérée jiar la majorité des auteurs comme un ensemble de phénomènes traduisant riiyperlhyroïdisation, la médication thyroïdienne semble a priori \.ou\ à fait contre-indiquée. Quand elle a été tentée, elle s'est montrée le plus souvent défavorable et quelquefois utile. Ce dernier résultat n'est pas en contradiction avec la théorie de l'hyperthyroïdisalion. Gomme le fait remarquer Gliart, l'ingestion de suc thyroïdien faisant cesser le gonfleiuenl du goilre simple, niellant la glande au repos, peut produire le même jîhénomène sur le corps thyroïde des Basedowiens et mettre fin à la sécrétion d'une substance anormale, toxique. En tout cas, le traitement de celle maladie devra être tenté par ce procédé avec une grande circonspection. Entre les mains de Bouiîneville, la médication thyroïdienne a donné de bons résultats, pour augmenter l'activité de la croissance des idiots niyxœdémaleux et aussi des enfants simplement arric'rés.
APPENDICE
Elaboration de la matière colloïde.
La substance colloïde qui se trouve dans les vésicules du corps thyroïde, dans la partie antérieure de l'hypophyse, dans le follicule de de Graff à sa période de maturation, a reçu son nom de Laënnec, qui voulait spécifier ainsi le caractère consistant de cette substance, analogue à celui de la colle forte. Nous devons conserver cette désignation purement physique, parce (pie la constitution tle la matière colloïde vai-ie suivant les régions et cpie les suljslances dites colloïdes ne représentent pas un composé chimiquement défini. Les recherches d'EiciiwALD, d'0BOLE>\sKY, de Hammarste>', de BouBîs'OFF, de Landwehr ont montré que les composés colloïdes sont formés d'un mélange, en proportions variables, de mitcine et de matières albiiminoïdes modifiées (métal])umine de Scherer, thyréoprotéine de Boubnoff'). La mucine n'est pas elle-même un corps clii iiii(|uement pur, comme le croyaient Virchow, Scherer, mais un mélange d'un corps albuminoïde avec un hydrate de car])one gélatineux (gomme animale de Landwehr, qui, d'après cet auteur, répond à la formule G'-Il-"0"'). Les analyses constatent des différences notables dans la composition chimique et aussi dans la consistance des corps colloïdes. Ils donnent cependant tous, quelle que soit
leur provenance, la réaction des matières albuminoïdes (réaction xanthoprotéiqiie, réaction de Millon). La suljstance colloïde se dislingue de la nuicine pure en ce qu'elle se gonfle sous Tinfluence de Tacide acétique, niais ne fournit pas de précipité, ^lise dans Teau, elle se transforme en une masse lllanle, sans se dissoudre; Taddition d'alcool provoque alors la précipilation de flocons blancs solu])les dans Teau. Le corps ainsi obtenu rappelle les caractères de la goinme araljique. C'est la « colloïdine » de Gautier, <pu^ ce chimiste i-a|)proche de la tyrosine. L'alcool, le formol, l'acide chromique et d'autres lixateurs lial)iluels des matières albuminoïdes coagulent le corps thyroïde en une masse homogène, compacte, dont les vésicules présentent des vides créés par la rétraction de la masse au moment de la coagulation. Ces vacuoles s'observent donc à la périphérie, au contact de la substance colloïde et de l'épithélium (|ui tapisse la vésicule. Le coagulum reste relié à la paroi par de petites travées de substance. La matière colloïde prend avec avidité les matières colorantes, surtout l'hématoxyline et le picro-carmin. Ernst trouve dans la coloration de Van Giesson (hématoxyline suivie d'un l^ain dans l'acide pici-i(pie chargé de fuchsine acide) un moyen de distinguer ce cpii appartient à une masse colloïde et ce qui relève d'une dégénérescence hyaline. Cette dernière se colore en rouge intense, tandis que la substance colloïde prend une coloi'ation rouge orangé jaunâtre.
On a beaucoup discuté sur l'origine de la matière colloïde thyroïdienne. L'opinion la plus répandue veut (pi'elle provienne des cellules qui, tapissant la paroi vésiculaire, subissent la dégénérescence colloïde (Fherichs, Rokitansky, Fret, Cornil et Raïsvier). Pour Defaucamberge, qui a fait ses recherches dans le laboratoire de Cornil, la substance colloïde se formei-ait par augmentation de la matièi'e chromatique des noyaux, lesquels éclateraient en envoyant leur contenu dans l'intérieur des alvéoles. BioNni (1888) a étudié la glande thyroïde cliez les amphibies, les oiseaux et les mammifères. l)'ajn-ès lui, la sécrétion est le produit de raclivit('> c(dlulaire, car on peut la i (M'oiinaitre, par des réactions microchiniiques, dans le protoplasma même des cellules épilhéliales. LxxcExnoHFF (188e)) a observé, vers le bord libre des cellules épithéliales, des granulations jaunâtres, arrondies, plus ou moins volumineuses ; la matière qui en découle est trop visqueuse pour être entrainée par les lymphatiques et s'accumule dans les vésicules. Nous avons signalé plus haut l'opinion de Rexaut (de Lyon) sur la ihyromucoïne et la thyro-colloïne.
Dans la glande pituitaire, la formation d(> la substance colloïde» est liée à la présence de cellules particulières i^chromatopliiles , (pii agissent suivant un mécanisme encore mal déterminé.
ÉLABORATION DE LA MA'IIÈRE COLLOÏDE
On trouve parfois dans les vésicules de la glande thyroïde des sphères colloïdes qui, par leur structure stratifiée, rappellent les corpuscules amyloïdes, mais qui ne donnent pas avec Fiode la réaction caractéristique. La substance colloïde, qui possède la propriété de se gonfler fortement, exerce une pression sur le parenchyme voisin et dilate parfois les vésicules jusqu'à les transformer en kystes colloïdes. A travers les cloisons fibro-conjonctives qu'ils rompent, ces kystes s'unissent les uns aux autres.
Les recherches de Babes, Biom)!, Laxgendorff, Reivaut, Pisenti, Viola, Podack, Hurthle, Bozzi, etc., ont montré que la substance colloïde pénétrait des vésicules dans les vaisseaux lymphatiques et, de là, dans la circulation générale. Parfois même, la ])résence du suc a été constatée dans la lumière des vaisseaux lymphatiques péri-thyroïdiens. D'ailleurs, cette matière colloïde étant en continuelle formation à l'état normal, on s'expliquerait mal, sans faire intervenir un phénomène d'excrétion, la conservation du volume invariable de la glande.
La sécrétion exagérée, pathologique, d'une suljstauce colloïde, s'observe dans les tumeurs kystiques de l'ovaire et aussi dans certaines néoplasies cancéreuses de l'estomac ou du rectum, dans des tubes glandulaires du col utérin, dans ceux des capsules surrénales, dans les glandes gastriques, dans les tumeurs kystiques du cou développées au-dessus des vestiges des arcs branchiaux. Lorsque le processus de formation est très accusé, la distension des vésicules amène la rupture des vaisseaux et par suite des hémorrhagies, de sorte que le liquide colloïde est plus ou moins teinté de sang. Certains kystes de l'ovaire remplis de matière colloïde peuvent acquérir des dimensions considérables. Le contenu de ces poches renferme de la matière colloïde mélangée dans une proportion variable avec de la sérosité sortie des vaisseaux. A mesure (|ue l'épithélium qui tapisse la vésicule s'atrophie, par le fait de la pression intra-vésiculaire, les vaisseaux mis à nu dans les cloisons versent leur sérosité, et le liquide épanché devient de plus en plus fluide. Ainsi s'opèrent les transformations des goitres ou des kystes de l'ovaire primitivement colloïdes en goitres et kystes séreux.
La cause du goitre endémique, c'est-à-dire de la production exagérée de substance colloïde dans le corps thyroïde, est encore obscure, malgré les travaux nombreux qui ont tenté d'éclairer son étiologie. La théorie qui rattache l'apparition du goitre à l'existence d'une maladie infectieuse n'a jusqu'ici fourni aucune observation positive. Ce goitre se voit dans les régions montagneuses de la Suisse, du Tyrol, du Caucase,
TROUBLES ATROPIIiqUES DE LA NUTRITION CELLULAIRE
de la Sibérie, des Pj-rénées et des Alpes. En France, la Maurienne, c'està-dire le territoire de la vallée de l'Arc, a été toujours un des principaux centres de l'endémie goitreuse. Le D' Repin, qui a fait sur les lieux une enquête, a bien voulu nous fournir (communication écrite au D'' Chantemesse) les renseignements suivants. Les habitants qui ])oivent de l'eau de puits ou de l'eau provenant directement de la fonte des neiges ne contractent pas le goitre. A Saint-Jean-de-Maurienne, les gendarmes et leurs chevaux prenaient le goitre jusqu'à ce que l'administration militaire eût fait creuser un puits dans la caserjie. A partir de ce moment, le goitre disparut. Les eaux qui possèdent au plus haut point la propriété goitrigène sont des eaux lim])ides, provenant de petites sources très cah'aires, sortant de terrains calcaires (scliistes calcaires carbonifères, mélangés le plus souvent de gypse et de dolomie). Certaines de ces sources sont réputées pou r donner le goitre et sont j)arfois fréquentées par des conscrits désireux d'acquérir le goitre, afin de se faire exempter du service militaire. L'absorption de l'eau de certaines petites sources calcaires, pendant un mois, suffit pour provoquer l'apparition du goitre. La tuméfaction du cou disparaît et reparaît de nouveau, si on cesse l'usage de l'eau mauvaise et si, plus tard, on la reprend. L'ébullition de l'eau goitrigène, ou sa filtration à travers un simple filtre de ménage, à sable, dépouille le li(piide de sa nocivité. Dans un village où toutes les maisons contenaient des goitreux, deux maisons seules étaient indemnes, celles du maire et du curé. Le D'' Repin a pu s'assui-er (pie, seules, ces maisons étaient pourvues d'un filtre à sable. Le transport des eaux dans une canalisation d'une certaine longueur, à 4 kilomètres par exemple, les améliore beaucoup. Le mélange de Feau avec le vin lui fait perdre également ses propi'iétés pathogènes. C'est par ce moyen t.\\w se ])rotègent les familles aisées, chez lesquelles on ne trouve presque jamais de goitreux.
Dans les pays de goitreux, le myxœdème est d'une l'ré([uence anormale. Le goitre n'est pas vraisemblablement d'origine infectieuse; son développement affecte un rapport étroit avec la ([uantité d'eau ingérée, et le volume du cou des j)alients cesse de grossir et diminue, dès cju'on supprime l'usage de l'eau nocive. Le goitre n'est incurable (pie l()rs(jue des lésions chroniques se sont installées et que la glande thyroïde est devenue kystique; en revanche, des [xu-sonnes aboutissent au crc'tinisnie sans avoir présenté à aucun moment d'hypertrophie apparente du corps thyroïde. Dans les eaux goitrigènes, le D' Repix a tiouvé en abondance une diatoniée (pii existe dans presque toutes les eaux calcaires et (pi on trouve même, quoiqu'en quantité moindre, dans les eaux des environs de Paris. Ces eaux nocives sont très limpides; les sédiments en