CHAPITRE V
TROUBLES ATROPHIQUES DE LA NUTRmON CELLULAIRE {SuUe). DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIQUE OU HYDROCARBONÉE
Dans la dégénérescence muqueuse, la dissociation tle la jnoiécule albuniinoïde laisse déjà apparaître des traces d'un coi-ps aj)])artenant au groupe des hydrates de carbone. La (brniation de cette substance aux dépens du protoplasnia cellulaire peut acquérir, à l'état normal et pathologique, une importance plus considérable ; on constate alors au microscope, dans la celbde, la présence de l'amidon animal, zoamyline ou glycogène.
L'existence de la dégénérescence glycogénique ne peut se séparer de l'idée du diabète. Sous ce dernier nom, les Anciens, Celse, Galiea', Arétée, décrivaient une maladie caractérisée par l'exagération de la sécrétion ui'inaire et la considéraient comme une aftection des reins. Il faut arriver jusqu'à Willis pour voir meiitionnée la présence du sucre dans les urines des diabétiques. Après avoir découvert le goût sucré du liquide urinaire, Willis donna à la maladie le nom de diabètes mellilus.
Depuis cette éj)oque, les investigations clinicpies, auatomiques et pliysiologiques ont peu à peu dégagé les caractères essentiels de ce diabète, de cette phtisiurie sucrée, et fixé les étapes de son évolution.
Jusqu'en 1847, t^poque des premières et mémorables découvertes de Cl. Bernard, la question de l'existence du sucre dans le sang à l'état physiologique était restée sans réponse décisive. Sans doute Rochoux (1823) avait soupçonné la présence de cette substance dans le sang des diabétiques, IM.vc Gregor (1837) l'avait démontrée; Bolchardaï (1839'), Magendie (1846), avaient également trouvé du sucre dans le sang d'individus soumis à une alimentation amylacée. Mais ces notions ne représentaient cj[ue quelques cas particuliers, pathologiques ou spéciaux; et la déduction qu'on eût pu en tirer se heurtait à la doctrine régnante, toute- ])uissante alors, qui admettait une opposition complète entre les phénomènes chimiques élaborés au sein des cellules végétales et ceux de l'organisme des animaux. Cette doctrine accordait aux premiers les actes de
2(6 TROUBLES ATHUl'IliqiES DE LA NUTRITIOX CE LLULAIRK
formation tles principes innutHlials cl aux secoiuls les acles d'oxydation ou de destruction de ces mêmes ])rincipes. A Taide d'une technique nouvelle, Cl. Bernard moiili-a que,daus le sang artériel et veineux de chiens eu digestion de viande, de chiens soumis au jeûne absolu (h'puis (puUre jours ou plus longtemps encoi-e, o\\ trouvait du sucre ; que la quantité maximum de ce sucre se rencontrait dans le sano- tle la veine cave inférieure, même en dehors de toute alimentalion amylacée; que Tintroductioji de féculents dans le tube digestif augmentait la proportion de glycose dans la veine pcjrle, mais non dans la veine cave inférieure, audessus de Tahouchement des veines sus-hépatiques. Donc le foie étail un organe qui équilibrait les proportions de sucre versées dans le sang. Mais comment se formait-il une réserve de sucre dans le foie ? Comment cet organe fournissail-il du sucre à la circulation, même en dehors de tout apport par les veines intestinales ? Par la célèbre expérience du lavage du foie. Cl. Berîsârd montra que la glyclogénie avait son siège dans le tissu propr-e de Torgane. En traitant par l'alcool la décoction opaline du l'oie, il obtint plus tard une substance très analogue à l'amidon végétal et doirt la Ibrnude cliiniicjue l'ut déteiniiiu'e par Pelouze. A cette matière ternaire formatrice du sucre dans le l'oie Cl. Herxard donna le nom de gli/cogène et Rouget de zoamyline. Au contact des ferments diastasiques, cette substance se transforme en dextrine et en glucose, y^u [)oint de vue chimi(|ue, elle trouve sa place entre l'amidon et la dextrine et donne avec l'iode une coloration tirant sur le rouge brun.
La matière glycogène existe, dans les cellules hépatiques, à l'état de fines granulations. Chez les individus dans l'alimentation desquels entrent les féculents (ni le sucre, le glycogène se for-me dans le foie, d'après les expériences tie Cl. Berxard, confirmées par celles de Rouget, de Pavv, de Tscheiunow, etc., à l'aide du sucre a])|)orté au foie ])ar la veine poi te. Dans le cas tl'abstinence tles aliments féculents ou sucrés, la matière glycogène formée dans le foie tire sa source des albuminoïdes. Expérimentalement, on a de cette possibilité un exenqjle très frappant. Cl. Bernard déposa sur de la viande exempte de sucre et de matière glycogène des (x^ufs de mouche qui donnèrent naissance à des vers dont le cor|)s renfermait irne grande quantité de glycogène. On s'explique alors que, <'hez des animaux exclusivement nourris de viande, on ])uiss(> trouver du glycogène dans le foie : la substance albuminoïde se dédouble (Frerichs, Bouchardat) en givcogène et en urée. D'après Cl. Bernard, sous l'inlluence d'un ferment diastasique, fennent hépatique, le glyeogèue se transforme dans le foie, d'une manière incessante, en glucose (pii se déverse dans les veines sus-lu'patiques et sert à mainliMiir la |)r(''scncc d'une certaine dose de suci-e dans le san<>f, car ce sucre se détruit cons-
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIQUE
tamment dans Forganisnie auquel il fournit, par sa combustion, une des sources principales de son énergie. 11 est éliminé définitivement sous forme d'eau et d'acide carbonique ; à peine une très petite portion s'écliappe-t-elle par la voie rénale.
On voit que, dans la conception de Cl. Berîs'ard, tout le sucre en circulation dans l'organisme venait de la transformation du glycogène, lequel avait son siège exclusif dans le foie. Une tbéoi-ie nouvelle fut imaginée par Rouget (kSSq). Ayant constaté dans la pbipai't des tissus du fœtus, et en particulier dans les muscles, la présence de glycogène qui pouvait reparaître dans les muscles d'adultes, sous l'influence du repos et de l'hibernation, ce savant pensa que la glycogenèse n'était pas limitée au foie, mais se rencontrait dans les tissus dont nous venons de parler, tissus à zoamyliue. Pendant leur luitrition intime, ces tissus formeut, aux dépens du sucre et même de la graisse provenant de l'alimentation, de la matière glycogène, et reversent ensuite dans la circulation du sucre ou des dérivés du sucre résultant de la transformation de cette zoamyline. La glycogenèse continuerait donc à se faire chez l'acbilte d'une manière diffuse. Cette théorie de Rouget ne tarda pas à être utilisée par les patliologistes. Tandis que les uns cherchaient uniquement dans le foie la cause du diabète, les autres prenaient en considération l'azoturie, qui est si fréquente dans cette dernière maladie, et y reconnaissaient les indices de la décomposition anormale des su])stances albuminoïdes de l'organisme. Jâccoud est allé plus loiji. 11 a édifié en 1867 une théorie du processus diabétique fondée sur la doctrine de PiOuget. Il a distingué deux sortes de glycosurie : la première résultant de l'absorption d'une trop grande quantité de sucre tlans l'intestin ou de la non-transformation de celui-ci en matière glycogène, glycosurie par défaut d'assimilation; la seconde consistant dans une tlésassimilation permanente des tissus à zoamyline, due probablement à la présence d'un ferment dans le sang, ferment dont l'existence hypothétique avait déjà été invoquée par Schiff. Cependant toutes ces affirmations ne re[)Osaient pas sur des preuves objectives, à l'abri de la critique. En i8j8, et plus tard en i885, parurent les leçons de Pachoutine. S'appuyant sur des recherches cliniques, sur l'analyse chimique des organes, sur l'expérimentation, ce savant eut le mérite d'établir solidement la réalité de la dégénérescence elvcoo'énique des organes dans le diabète.
Les auteurs allemands attribuent la démonstration scientifique des dégénérescences glycogéniques des organes aux travaux de Frerichs et de Ehrlich (i883-i884). Ceux-ci ont en effet constaté, à cette époque, par des examens microscopiques pratiqués sur quatorze sujets morts de diabète sucré, la présence de glycogène dans beaucoup d'organes. Il
Chantemesse et Podwyssotsky. Processus s'énéraiix. 12'
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n'est que juste toutel'ois de reconnaître que, six ans avant eux, Paciioutine avait a])Outi aux mêmes constatations, à Taide d'une technique différente. Si la dégénérescence glycogénique n'a j)as IVappé plus tôt l'esprit des observateurs, c'est que le glycogène se dérobe pour ainsi dire à la vue, grâce à sa grande solubilité et à sa rapide t raiislbrmation en glucose après la mort.
Dans les conditions /jhi/sioloi^iqnes normales, la formation de cette zoamyline aux dépens de l'albumine s'observe dans tout le règne animal. Le glycogène se trouve non seulement chez les vertébrés et mammii'ères, mais encore chez beaucoup d'invertébrés, chez les mollusques et les articulés, dans les larves de mouches. Le siège d'élaboration principal, chez l'homme et les vertébrés, se trouve dans le l'oie, les nuiscles, les cartilages. On a démontré dernièrement la présence permanente du glycogène dans la peau, la rate, les poumons, les glandes séminales, les glandes mammaires, les os (P.vcuouïine, Kistimcowskv, WoLKOiF, etc.), et même dans les Ibrmations chitiniques des invertébrés (écrevisses et insectes. Krawkoff). Les recherches de Barfurth ont établi (|ue le glycogène se trouve dans tous les tissus des vertébrés inférieurs ainsi que des invertébrés, et en proportion beaucoup pbis grande encore que chez les vertébrés supérieurs.
On trouve de grandes quantités de cette matière dans les organes du fœtus, môme dans le placenta, dans les nuMubranes de l'œuf, surtout dans la poche des eaux (Koutchinsky), dans la paroi du tube digestif, dans les globules blancs du sang, etc. A mesure que le développement se poursuit, le lœtus s'appauvrit en glycogène qu'on ne trouve plus eu (juiintité que dans les reins, les nuiscles, les cartilages et surtout dans le foie. Il existe des analogies entre le glycogène animal et l'amidon végétal. Dans le règne végétal, pendant la croissance, les hydi'ales de carbone des graines et ties bulbes, très abondants tout d'abord, disparaissent peu à peu. Chez les animaux, au fur et à mesure de la croissance du fœtus, on assiste aussi à la (bminulion des provisions de glycogène qui infarcissaient tous les organes. 11 est donc évident que l(!s hydrates de carbone jouent un rôle inqiortant dans les mutations nutritives des tissus en croissance et qu'ils fournissent la priiu'ipale source de production de chaleur, surtout quand l'albumine fixe se consomme dans un travail de construction plastique : un gramme de glycogène l'ournit 4 190 calories par sa combustion. Les hydrocarbures et les graisses constituent donc les principales sources de chaleur de l'organisme.
Les expériences très multipliées entreprises à la suite de l'ingestion i\c toutes sortes d'aliments, a|)iès le jeûne, etc. (Cl. liKitNAiU), Sekgex, etc.), ont démontré que le glycogène j)ouvait se iornu-r aux
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIQUE
dépens de l'alljuniine et que les échanges nutiitil's étaient toujoiiis arcompagnés de la production d'une petite quantité de glycogène. La sécrétion de la lactose par la glande mammaire des animaux alimentés exclusivement par des sul)slances albuminoïdes Iburnit la meilleure preuve de la création des hydrates de carbone aux dépens de Talbumine du protoplasma cellulaire. La majeure partie de la lactose, contenue en proportion de 3 à 4 P- et plus dans le lait de divers animaux, esl ibrmée par un dé(loul)lement spécial de Talbumine des cellules glantbilaires de la mamelle, dédoublement qui donne naissance au glycogène ou directement au sucre. Ceci ne veut point dire que tout le glycogène (pii se trouve dans les tissus, à un instant donné, ait été formé exclusivement aux dépens de Talbumine; comme la graisse, le glycogène ([ui a sa source dans l'alimentation a pu être déposé dans les cellules par le sang. Il faut donc distinguer riiililtration de la véritable dégénérescence glycogénique.
U existence (rime inolénile liydrocarbonée dans les substances albuminoïdes a élé soupçonnée depuis longtemps déjà (Berzelius, Krukeniîerg) ; mais la démonsU'alion de cette réalité n'a été donnée que dans ces derniers temps, quand on a été en possession d'une technique plus parfaite.
L'affirmation de IviiUKEXiuiiiG à ce sujet était l)asée exclusivement sur leur réaction réductrice des sels d'oxyde de cuivre en solution alcaline; mais elle avait perdu son caractère de preuve démonstrative, lorsque Dheciisel eut fait voir c{ue d'autres substances, dioxybenzol, chloroforme, etc., possédaient cette même propriété réductrice.
Les faits signalés par Ivossel et IjAndwehiî n'étaient pas heureusement sujets aux mêmes critiques. lin soumettant à l'action de l'acide sulfurique, et à une température très élevée, dans l'autoclave, des nucléines tirées de la glande thyroïde, ces savants ont obtenu, enlre autres produits, les acides forniicpie et lévulinique. Or ce dernier n'est, comme on le sait, que le produit de la déconq^osition des hydrates de carbone.
Les résultats de Ivossel ont élé conlirmés ultérieurement par les travaux de Hammahsten et surtout par les recherches de Salkowskv, Mohneu, Pavy, et enfin par celles de Krawicoef (1897). Séduit par la théorie c{ui admettait la présence, dans les matières albuminoïdes, d'un groupe hydrocarboné, Pavy vint juscju'à affirmer en ces derniers temps (1895) que toutes les substances aII)uminoïdes ne sont que des glucosides, car, traitées par des acides faibles, par l'eau, soumises à l'action d'une haute température et d'une pression élevée, ou encore à celle de la pepsine, elles donnent naissance, à l'instar des glucosides, à divers produits, parmi lesquels les hydrates de carbone. Les recherches de contrôle de KiiAWKOFFont montré la fragilité de l'affirmation de Pavy; ce savant a fait voir que toutes les matières albuininoïdes sont loin de contenir dans leur molécule le groupe hydrocarboné. Si on se guide, pour établir la démonstration, non pas sur la réaction incertaine de réduction des sels d'oxyde de cuivre, mais sur un procédé technique plus sûr (produdion d'osazone par l'action de la phénylhydrazine sur les albuminoïdes, portés à l'ébuilition avec ^ — 5 "/„ d'acide sulfurique ou chlorhydrique, pendant deux à trois heures), on reconnaît C[ue toutes les inalières albuininoïdes ne l'cn ferment pas un groupe In/droca r-
TROUBLES ATROPHiqUES DE LA ^UTRITIOS CELLULAIRE
boné, cl que, seules, quelques-unes d'entre elles contieiiiiciH des molécules de corps ternaires. L'all)iiHiino de l'œuf, la fibrine, ralbuiiiine du sang, l'albumose et la peptone, l'albuiuine du lail renferuicul toutes le groupe liydrocarbon(''. On ne peut au contraire dégager celui-ci ni de la caséine, ni de la vitelline, ni de la glutine (Kiîawkoffj.
Les lecherches nouvelles de Kossel etNEUMANiN, IIammarsten, Lilien- FELL) , Peckeliiari>g , Blumentiial (iScjj), s'accordent à reconnaître que tontes les niiclëo-alhiiniines des noyanx cellulaires sont riches en hydrocarbures. On est parvenu à dégager l'hydrate de carbone, la pentose, des nucléo-albiiniines de tons les organes abondamnienl pourvus de noyaux.
La propurtioii de glqcugè/ie da/is les lissas dépend de conditions ///iillipics, pai-nii lesquelles le genre d'alinienlal ion de Voniiiuil, le degi-é de son emhon-
poinl et V (icti<,'itè niusciduire qu'il déploie entrent en ligne de compte. La température même du corps de Tanimal ne reste pas sans influence sur la teneur en glycogène de ses tissus. Elle baisse ^ile dans le foie, sous riniluence d'an refroidisse ment sévère (KtiL/,), tandis que le glycogène apparaît en même tem})s dans les leucocytes qui n'en contiennent pas à l'état normal (Gzerny).
Après un repas copieux, riche surtout en hydrates de carbone, la teneur glycogénique du foie s'élève considérablement, tandis qti'après un jeûne de quelques jours, au contraire, le glycogène disparaît presque totalement du foie. Si on donne Fiy. iiv... — Foie tic oliicn nourri avec des ^^^^ animaux uuc uourriture riche
pommes de terre et du sucre. Surcharg-e
glycogénique : 7 p. 100 Gross., 70 diam.)- en anudou et SlUM'e, Otl ])eut J)0llS-
(D'après M. Affanessieff). proportion du glycogène
dans le foie jusqu'à 8-10 et même \~ p. 100; à rexaiiH'ii microscopique, la cellule hépatique, farcie de o-lvcoo-ène, se dislin^ue facilement de la cellide du foie d'un animal ii jeun. La première se présente, après la dissolution du glycogène dans l'eau, comme tuméfiée, angntenlée de volume, transparente, poreuse, avec de petites travées de protoplasma allant du noyau à la pc'riphérie (fig. 112I. C'est dans les intervalles de ces lrav(>es (jue se déposent de petits blocs de glycogène. Oux-ci, si l'on tie l'ail pas inicuvenir le
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIQUE
lavage à Teaii et si Ton traite la cellule par l'alcool, se conserveiil sans se dissoudre et peuvent èti'e colorés en rouge-brun par l'iode. Au contraire, la cellule qui ne contient pas de glycogène se présente diminuée de volume, opaque, épaisse, avec un protoplasme fortement granuleux, sans vide ni intervalles intertrabéculaires ((ig.
La disparition complète du ghjcogène du foie et des muscles peut être provoquée non seulement par le jeûne, mais aussi par une activité musculaire exagérée, car le glycogène musculaire se montre peu stable (Luchsinger, Aldehoff). Au contraire, le repos nuisculaire provoque un dépôt de glvcoffène dans les muscles. La section des nerfs moteurs aboutit au même résultat (Chandelon). Bouchard a montré qu'après une période d'inanition expérimentale, l'alimentation exclusive par la graisse augmentait dans de notables proportions le glycogène musculaire, mais non le glycogène hépatique.
Le glycogène libre des tissus, le glycogène d'infiltration, peut être complètementdépensé ; mais, indépendamment de celui-ci, il en existe un autre, qui n'est plus libre celui-là, qui est combiné, et qui entre dans la composition de la molécule d'albumine, aussi intimement que le font les substances salines. Ce dernier glycogène persiste autant que la molécule d'albumine elle-même, et la vie est aussi impossible sans cet hydrate de carbone fixe, qu'elle peut l'être sans la charpente minérale (Kossel, Krawkoff).
Au fur et à mesure de sa formation, dans lacellide, soit aux dépens du protoplasme lui-même, soit aux dépens des hydrocarbures ingérés ou d'autres matières alimentaires, le glycogène se transforme graduellement en glucose ou en acide lactique (muscles), lequel, s'oxydant facilement, brûle jusqu'à donner GO- et H^O et quitte l'organisme sous cette l'orme élémentaire. Détruit graduellement dans les capillaires, le sucre diminue de quantité dans les veines, de sorte que la différence entre la jiroportion du sucre du sang veineux et celle du sucre du sang artériel est assez considérable.
Fig. Ii3. — Foie de chien soumis à l inanilion dej)uis 5; heures. Pauvreté des cellules en glycogène : Op. 1000. (Gross. 6oo diam.) (D'après iM. Affanessieff).
La quanlilé de glucose contenue dans le liquide sanguin oscille entre o,o8 et o, I à o, 17 p. 100 et peut même, dans certaines conditions d'alimentation (richesse en hydrates de carlîone), atteindre et dépasser 0,2-0,3 |). 100. Les doses supérieures à ce dernier chiffre n'ont pas le temps de l)rùler dans le sang et s'éliminent avec les urines. L'accumulation du sucre en quantité supérieure à celle qui peut être comhurée porte le nom de ghicènue ou melilliémie (xô [j.zK = miel) ; cet état est décelé très vile par le passage du glucose dans les urines (glycosurie ou méliturie).
La transformation du glycogène en glucose, d'après la fornuile
G''I1"'0'+ Il-'O = G«H'=OS
s'accomplit dans l'organisme sous l'influence du ])iotoplasma cellulaire vivant (Panormoff, Dastre, etc.). Si l'on admet la nécessité de l'intervention d'un ferment diastasique spécial, on doit reconnaître que ce ferment n'est pas sécrété par un seul organe, le foie par exemple, comme on le croyait autrefois, mais par toute cellule vivante.
La transformation ou plutôt l'oxydation du glucose en CO- et H^O doit s'accomplir sous l'influence d'un ferment du type des oxydases, qui se trouve thins le sang et principalement dans les leucocytes. Les recherches, de Salkowsky, d'ABELOus et Biarnès, de Portier sur les oxydases animales, ont fait naître l'espoir de découvrir le processus de l'oxydation permanente du sucre dans le sang.
A l'état normal, la plus grande partie du sucre alimenlaire, saccharose, glucose ou lactose, est assimilée par l'organisme. La proportion du sucre cjui peut subir ce processus (;< coeflicient d'utilisation ») varie, non seulement suivant les sujets, mais encore chez le même individu.
Elle dé|)end de l'espèce du sucre, de l'état de repos ou d'activité de l'organisme et de beaucoup d'autres conditions mal délinies. l^a close maxinuim du sucre assimilé, appelée limite d'assimilalion (IIofmeistkh), ne présente pas un chifTre stable; elle peut osciller entre 5o et i io grammes. I^es quantités qui sont au-dessus de ce maximum passent dans les urines et y sont facilement décelées par les réactifs ordinaires. D'après les recherches récentes de Linossuîh et Roque, le saccharose possède le « coefficient d'assimilation » du sucre le plus i)as,et le lactose le plus élevé ; autrement dit, c'est le saccharose qui passe le plus facilement et en plus grande quantité dans les urines, puis vient le glucose et en dernier lieu le lactose. Ainsi, par exemple, l ingestion de 100 grammes de sucre a donné lieu à une élimination de sucre urinaire de 2,4 gr. pour le saccharose, de o,']\ gv. pour le glucose et de 0,69 gr. pour le lactose ([^ixossu;r. et I\oquk). I^e coefiicieni d'assimilalion a été, dans ces cas, 97,6 pour le saccharose, 99,06 pour le glucose, 99,^1 pour le lactose. Après l'ingestion d'une quantité de sucre supérieure au coeflicient d'assimilation, chacune des trois espè(;es de sucre s'élimine isolément et le saccharose est alors toujours accompagm'' d'une petite quantité de glucose. Il est donc permis de parler de sacc/idi-osiirir, de gli/cosiirie et de lactosarie p/iysio logiques. On peut observer la saccharosui'ie physiologique chez les personnes qui ingèrent de grandes quan-
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIQUE
tités de sucreries (sucre de canne sous tous les aspects, bonbons, etc.). Il faut cependant ne jias perdre de vue que les limites d'utilisation et le coefficient d'assimilation sont sujets à de très grandes variations individuelles. Tel individu a déjà du sucre dans les urines, après l'ingestion de So-^o gr., tel autre n'en a qu'après l ingestion de aoo-Soo grammes de sucre. Les personnes frappées par la goutte ou par l'obésilé ont plus de difficultés à assimiler le sucre alimentaire. D'après les observations de Lievin, le même phénomène s'observe chez les alcooliques. Les deux premières heures après l'ingestion du sucre, son élimination n'est pas encore considérable; elle atteint le maximum 1 heures après l'ingestion et cesse tout à fait au bout de 7 à 8 heures. Bouchaiu) a montré que, dans les conditions habituelles, le pouvoir que possèdent les tissus de détruire le sucre du sang subissait des variations avec l'âge : plus l'individu est jeune, plus grand est son coefficient d'ulilisalion du sucre glucose.
On observe parfois, chez des individus d'apparence normale soumis à une ingestion de sucre, non seulement l'élimination rapide de ce sucre par l'urine, mais encore son élimination sous la forme de glucose, quelle que soit la nature du sucre ingéré. Nous verrons plus loin que ce phénomène se montre régulièrement chez les diabéticjues.
Dans ces derniers temps, dégénérescence hydrocarbonée envisagée comme phénomène pathologùiue a fait Tobjet de nombreuses recherches, grâce, il faut le reconnaître, à l'impulsion notivelle donnée par les travaux de PACtiouxiNE, cI'Ehrlich et de Frerichs. Elle se présente à Fétat de dégénérescence glycogénique ou glucosique ou sous la forme glycogéno-glucosique. Ces différentes variétés de dégénérescence hydrocarbonée peuvent se déceler, tan loi par la constatation du glycogène dans les tissus en proportions anormales, tantôt par celle de la présence du sucre dans le sang oti mietix encore dans les urines. La transformation rapide du glycogène en glucose, sur le cadavre ou dans les organes et les néoformations pathologiques extirpés du corps, ne permet de constater la dégénérescence glycogénique ([iie sous le couvert de certaines jjrécaulions. Quand le glycogène s'est déjà transformé en sucre, la dégénérescence glycogénique ne peut être décelée que par la constatation de quantités de sucre tout à fait anormales dans les urines ou clans les organes soumis à l'examen. On peut encore dépister cette variété de lésion en tenant compte des modifications morphologiques subies par la cellule, malgré la disparition préalable du glycogène lui-même.
Pendant la vie, le glycogène se trouve probablement à l'état diffus dans le corps de la cellule et comme en dépôt dans son protoplasma; après la mort de la cellule.
Fig. 11.^. — Cellule normale du foie, chargée de glycogène.
Après dissolution du glycogène dans l'eau, la cellule a pris un aspect aréolaire qui laisse reconnaître les fibrilles du protoplasnia (Colorât, par le carmin et la méthode de Gram).
TROUBLES ATROniIIOUES DE LA NUTRITION CE LLUIJAIRE
la coagulation du paraplasme fait passer le glycogène, seini-liquide et visqueux, à l'état de globes et blocs séparés, lesquels sont iixés lorsque I on traite la cellule jîar l'alcool, ou liien se dissolvent quand on fait agir l'eau.
On peut supposer que le glycogène se trouve dans les tissus en cond^inaison avec un satellite quelconque, et que de cette condjinaison plus ou moins intime dépend sa solubilité varial)le dans l'eau, sa décomposition plus ou moins facile dans les tissus exposés à l'air et enfin sa colorabilité plus ou moins intense par l'iode (Pachovtimî, Kravvkoff, CzuiîNY, KisïiAicowsicY , etc.). Ainsi, le glycogène du foie, des muscles, des gloludes de pus et des néolormalions diverses, est très soluble dans l'eau, tandis que celui des chondroblastes, des cliondromes et de certains sarcomes présente une soluijilité moins grande et se décompose plus difficilement dans les tissus après la mort (EiiiiLicii, Langiians, Kulz, etc.).
Parfois le glycogène se montre en abondance, non seulement dans la cellide elle-même, mais encore dans le noyau cellulaire : tel est le cas dans les noyaux des cellules hépatiques, au cours du diabète sucré. Ces noyaux présentent alors assez souvent l'aspect de dégénérescence vacuolaire. Freiîichs a déjà observé cette vacuolisation des noyaux cellulaires hépatiques marchant de pair avec l'accunndation du glycogène dans les cellules. L'un de nous (Podwyssoïsky) a pu se convaincre de l'exactitude de cette obsei'vation dans plusieurs cas de diabète.
Si on place un organe, riche en glycogène, dans l'eau ou dans l'alcool très faible, le glycoloi'c, par l'adjonction de quelques gouttes de teinture d'iode, en rouge-ijrun (Cl. BKRNAiiD). On a proposé plusieurs réactifs à base d'iode pour la coloration des granulations de glycogène, fixées dans les cellules et les tissus par l'alcool, et notannnent la solution de Lu(;or,, la glycérine et la gomme iodées et le sérum iodé (Barfurth, EniiLicii, Lawdowsky). On éclaircif ces préparations en les montant dans la glycérine. Ou ne peut en effet utiliser pour cet éclaircissement l'aclion des essences, parce ([ue l'inlervention pi'éalable de 1 alcool pour la déshydratation chasse complètement l'iode et décolore le glycogène. Pour éviter cette décoloration, on peut reconnnander pour la déshydratation la teinture d'iode ordinaire additionnée de sou volnuic d'alcool absolu; elle déshydrate alors, sans décolorer le glycogène. Lakghans conseille d'employer l'essence d'origan de préférence à toutes les autres, parce qu'elle ne décolore pas le glycogène.
Ou peut avoir recours, pour le durcissement des tissus et la fixation du glycogène, à la solution de formaline à o-y p. loo (pendant a', heures) d'abord, et ensuite à l'alcool absolu pendant 24 heures (Biîault).
La présence palhologiqne du glycogène n'est point rare dans les organes et tissus enflammés (poumons, peau, cerveau, testicules, muscles), ailloli r (les foyers de nécrose (SoTisiTCiti<:vs!vY, Pachoutine, Ehrlici[, Sal.mox et autres); dans beaucoup tie tumeurs (cancers, cliondromes,
Fif?. 11:"!. — Dégéiiéi'psoence g-lvcogéniqnc <l<»s tolliilos liépatiqucs. Après dissolulion du glycogène dans l'eau, les cellules nntpi'is un aspect vacuolaire; elles venlerment également une petite quantité de graisse colorée pai' 1 acide (]siuii|iie (Gross. 5ûO diani.).
gène se dissout et la solution se <■()
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIO UE
endothéliomes, myomes et surtout sarcomes) (Marchand, Langiians, Driessen, Verneuil, V. Best, Brault, Behr, etc.) ; dans le foie, les reins (surtout dans les anses de .HENLE), les muscles et tous les autres organes des diabétiques (Paciioutine, Krawkoii', ^^'()LKOl•F, Eiirlich, Strals, FichtjXER, etc.). On a pu en trouver dans tous ces organes une ([iiaiitité iiolable, tantôt imiiu'dialonu'iil par r(''lu(l(> m icr<)scopi(pi(' , à
l'aide de la réaction de l'iode, tantôt à la suite d'une analyse chimique, par la méthode d'extraction du glycogène des tissus. On a prêté dans ces derniers temps, grâce surtout aux travaux de Brault, une attention particulière à la richesse en glycogène de quelques tumeurs (cancer, sarcome), surtout dans les points d'activé prolifération des éléments du néoplasme. Le glycogène se dépose dans l'intérieur de la cellule et ne se rencontre que rarement dans le tissu interstitiel. L'accumulation de l'hydrate de carbone constitue ici une réserve de matériaux nutritifs. La présence du i;h/cogène dans les globules bla?ics du sang et da/is les
Ghantemesse et Podwyssotsky. Processus généraux. 12-
22(î TROUBLES ATROPHIQUES DE LA NUTRITION CELLULAIRE
globules de pus offre un intérêt spécial. Mise à Tordre du jour par les recherches de Gâbritchewsky et Gzerisy (1893), et reprise récemment par Salmon, cette étude promet d'éclairer quelques-uns des points obscurs ((ue comportent les théories des mutatiojis organiques des hydrates de carbone. Tandis que les globules blancs du sang des sujets sains sont privés de glycogène, les leucocytes, dans les états morbides accompagnés de cachexie, de leucocytose cachectique et hydrémique, dans la furonculose des enfants, etc., dans l'anémie progressive, dans la pneumonie catarrhale chronique, dans les catarrhes chroniques de l'estomac et de l'intestin, etc., renferment une grande quantité de cette substance.
Les recherches expérimentales de Czerny ont montré qu'on pouvait constater la présence du glycogène dans nond^re de leucocytes (chez le chien), par la réaction microscopi([ue, deux jours après une forte saignée. Le glycogène apparaît aussi dans les leucocytes du sang, quelque temps (1/2-2 jours) après l'injection sous-cutanée d'essence de téré- Ijentliine ou de nitrate d'argent ayant provoqué un abcès. Si on l'incise 2-j jours après l'ouverture de l'abcès, le glycogène disparaît des leucocytes. La proportion de cet hydrate de carbone dans le pus des abcès est en moyenne de 74 milligrammes pour 100 grammes de liquide. Pour rechercher la présence du glycogène dans les leucocytes, il suffit d'étaler le pus sur des lamelles et de placer celles-ci, à demi desséchées, dans un petit bocal bouché à l'émeri et contenant des cristaux d'iode. Au bout de une à deux heures, les globules blancs chargés de glycogène ont pris la teinte acajou.
La dégénèrcsvence i^lucosùjue est primitive (punid la molécule d'albumine se dédouble anormalement avec formation immédiate de sucre. Le fait a été mis hors de doute par l'expérience de Ouinquaud, qui a constaté que les chiens en inanitiou et dont le l'oie ne contient plus de glycogène continuent de fabriquer, après hémorragie, de grandes quantités de glucose. La dégénérescence glucosicpic est secondaire quand le glycogène apparaît d'abord et se transibi-me ultérieurement en glucose tlans les tissus. Comme nous l'avons dit plus haut, on peut juger de la dégénérescence glucosique, tantôt par l'accumulation de glucose dans le sang [glycémie)^ tantôt par l'élimination urinaire du sucre {glycosurie). La recherche, dans ce dernier cas, sei t d'Iiabitude de moyen de diagnostic de la dégénérescence glucosique ou, d'une juanièi-e plus générale, de la dégénérescence hydrocai'bonée des tissus.
Cependant, loules les glycosur-ies ne sont jxis les létuoins obligés d'une pers'ersioji o]'gani(jue de celle uiilure. On sait que la glycosurie peut être le
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉ NIQUE
résultat cran simple repas copieux, riche en hydrates de carbone [glycosurie alimentaire). Seuls doivent être regardés comme l'expression d'une dégénérescence glycosique ou hydrocar'l)oiiée les cas de glycosurie qui s'accompagnent du dédoublement actif des substances albiiminoïdes, reconnaissables b. la proportion anormale d'azote et de soufre contenue dans l'urine. C'est pourquoi on divise les cas de glycosurie pathologique en deux catégories assez bien tranchées : la forni^e passagère, relativement bénigne, et la forme grave.
Il n'est pas toujours facile de connaître le mode pathogénique suivant lequel pi'ocèdent les cas tie glycosurie |)assagère. Le ralentissement ou l'arrêt complet des oxydatioiis, riiypcrfonctionnement hépatique, la dégénérescence hydrocarbonée de quekpies tissus, les intoxications, l'altération de la fonction rénale, etc., interviennent avec une importance variable.
Depuis la fameuse expérience de Cl. Berx.vrd (1849) provoquant la glycosurie passagère par la piqûre du quatrième ventricule, bien des observateurs ont réussi à déterminer la sécrétion d'uiines sucrées par des traumatismes portant sur divers points du système nerveux. Les couches optiques, les pédoncules cérébraux, la protubérance, les pédoncules cérébelleux moyens et inférieurs, le bulbe, certaines régions de la moelle, le nerf sciai ique, certains ganglions et (ilets du sympathique, les rameaux du plexus solaire, etc., sectionnés, ai-racbés ou traumatisés, ont montré à divers expérimentateufs la glycosurie consécutive à l'opération. Cl. Bernard avait provoqué l'apparition du sucre dans l'urine par l'excitation électrique du bout central du pneumogastrique. Arthaud et Butte, produisant une névrite du boni périphérique de ce nerf, ont occasionné un trouble profond flo la nuli ilioii, caractérisé par la glycosurie, l'azoturie, l'amaigrissenieat et les autres signes polyuriques, polydipsiques, polyphagi(pies du diabète. Lepixe et Barrvl ont observé l'hyperglycémie chez le chien souinis à r<de('l risal ion (hi houl périphérique des nerfs du pancréas.
A côté des glycosuries nerveuses, |)assagères en général, il l'aut placer les glycosuries toxiques observées dans le cours des maladies infectieuses (choléra, fièvre paludéenne, érysipèle, pneumonie, etc.) ou provoquées par certains poisons. Le chloi'oforme, la méthyldelphinine, le nitrobenzol, le nitrite d'amyle, l'acide chlorhydrique, l'acide phosphorique, la térébenthine, le sublimé, le nitrate d'urane, la morphine, la strychnine, l'hydrate de chloral, etc., ont le pouvoir de produire la glycosurie.
Le mode d'action de ces divers poisons est complexe. Les uns, comme
TROUBLES ATROPHiqUES DE LA NUTRITION CELLULAIRE
la strychnine (Langea dorf), agissent en activant la transformation du glycogène hépatique en glucose, d'autres poisons en ralentissant la consonunation du sucre. C'est proljablement par l'inactivité du système musculaire, dont les nerl's moteurs sont [)aralysés, que le curare amène la glycosurie. (Test peut-être par ce procédé cju'interviennent le chloroibrme, le chloral, l'alcool, l'éther, etc.) et peut-être aussi par leur iai])le pouvoir osmotique. Les acides qui provoquent la glycosurie agissent probablement en entravant la combustion du sucre par la diminirtion de l'alcalinité des humeurs. Les expériences récentes de Seî<ff et Stralh semblent démontrer (jue la cause de l'apparition du sucre, dans l'intoxication par l'oxyde de carbone, réside dans la dégénérescence glycogénique que ce poison provoque.
La glycosurie que !Mering a fait apparaître par l'adjonction de phloridzine à la nourriture des animaux, et la glycosurie expérimentale que ^Ierixg, ^Iinkowski et, bientôt a])rès, Lepime, THiROLOixet beaucoup d'autres ont produite par l'extirpation totale du pancréas, offrent, au point de vue de la pathogénie de ce symptôme, un intérêt particulier.
Les observations de MERiistG, confirmées par Thiel, E. Neisser, WoLKOFF, Gr.vwirowski, et dernièrement par KiiLz et Wrigt, Moritz, Prausnitz, Barsky, Chantemesse, Ouchinsky, Lusk, etc., ont démontré que le glucoside phloridzine, tiré de l'écorce des pommiers et poiriers, ingéré par les animaux, amène, au bout de deux à trois heures, une glycosurie très prononcée : la quantité de sucre urinaire peut atteindre i5 p. loo et plus. Un fait important pour la théorie de la dégénérescence glucosique est que la production du sucre se fait, dans la glycosurie phloridzinique, iiidèpenddDinienl de la nature des alhiienls et de la l'onction du l'oie. Elle a lieu dans le jeûne complet de l'animal et en l'absence de toutes réserves d'hydrates de carbone. La sécrétion urinaire sucrée se montre avec non moins de certitude quaiul l'alimentation de l'animal en expérience est exclusivement (U)mposée de matières albumiiu)ïdes ou encore dégraisse. Elle ne cesse cjue deux ou trois jours ajirès la prise de la phloridzine. En continuant à faire ingérer cette substance, on maintient les animaux dans un ('tat semblable à celui des malades atteints d'un diabète très grave.
MoRiTz et Prausnitz ont étudié les nuitations nutiitives dans ce diabète expérimental. Ils ont vu qu'en cas de jeûne, la destruction de l'alljuinine des tissus est considérable, comme en témoigne la pro])ortion énorme d'azote et de soufi-e que l'on trouve dans l'urine. L'administration de la graisse protège mal contre cette tiénutrition ; celle des hydrocarbu i-es est plus uliU^; mais seul le régime alimentaire riche en albunu'noïdes s'oppose à la consomption rapide des tissus.
DÉGÉyÉRESCEACE G LY C O G É N I QU E
MiNKOvsKY a fail sur ce diabète expérimental une observation curieuse. Il a vu que la glycosurie si abondante n'était pas le résultat d'une glycémie exagérée, et il a supposé, pour expliquer le passage du sucre dans l'urine, l'existence d'une lésion de l'épithélium rénal provoquée par la phloridzine. A l'état ordinaire, comme on sait, le sucre, contenu dans le sang dans la proportion de o,o5 à o,i5 p. 100, n'est pas éliminé par les reins; il est retenu par l'épithélium fonctionnant normalement. La phloridzine paraît troubler ce pouvoir cellulaire.
Il serait erroné cependant de chercher l'explication de la glycosurie phloridzinicjue dans la seule altération de la fonction rénale, comme certains auteurs sont enclins à le faire. L'élimination de grandes quantités de sucre sous l'influence de la phloridzine, même pendant l'inanition, et quand toutes les provisions d'hydrates de carbone de l'organisme sont épuisées, constitue un élément de présomption en faveur de l'existence d'une dégénérescence hydrocarbonée de l'albumine des tissus.
Cependant, le rôle important que joue l'altération de la fonction rénale dans la glycosurie phloridzinique est prouvé par les expériences de Minkcvsky, de Scha- BADE, etc., sur la ligature des uretères et sur l'extirpation des reins chez les chiens soumis à l'ingestion de phloridzine. Si la glycosurie ne prenait pas une de ses sources principales dans le tissu des reins, l'extirpation de ces organes, la ligature de l'artère rénale ou de l'uretère chez les animaux en expérience, auraient pour conséquence l'accumulation du sucre dans le sang. Or, cette accumulation fait, en pareil cas, complètement défaut.
En solution aqueuse faible, la jîhloridzine chauffée à 1 ébuUition prend une molécule d'eau et se dédouble en une variété de sucre dextrogyre, la phlorose, et un éther composé, la phlorétine :
(phlorose) (phlorétine).
Chauffée à l'ébuUilion en présence de la potasse caustique, la phlorétine se décompose en phloroglucine (C^H^O^) et en un homologue de l'acide salicylique, l'acide phlorétique (C''H"*0^). Il est très probable que, dans l'organisme, la phloridzine se dédouble aussi en phlorétine et en phlorose. Une partie du sucre urinaire peut provenir, dans ce cas, directement de la phloridzine. Mais toute la teneur en sucre de l'urine ne peut être mise sur le compte de la phlorose, car, pour une dose de phloridzine, la quantité de sucre urinaire est 3 à 4 fois plus grande que celle que pourrait fournir la décomposition de ce glucoside. Enfin, la preuve la plus décisive est donnée par cette constatation, que la glycosurie s'observe aussi quand l'animal ingère la phlorétine, c'est-à-dire une substance qui n'a plus une seule molécule d'hydrocarbure.
Une glycosurie comparable à la glycosurie phloridzinique, et peutêtre encore plus considérable que cette dernière, est provoquée par ringestion stomacale oti Finjection intra-veineuse à'oxalale d'ammoniaque (KoBERT et Krohl). Cette glycosurie persiste pendant 2 ou 3 jours.
Contrairement à la glycosurie phloridzinique, qui est passagère et qui ne dure que tant que cette substance Ji'est pas éliminée de l'organisme, la glycosurie consécutive à l'extirpation du pancréas persiste pendant toute la
Chantkmiîsse et Podwyssotsky. Processus gi-m'i-aiix. d 2''
vie de ranimai, jusqu'à sa mort. Cette vai'iëtë de glycosurie expérimentale, découverte par Merixg et MiNKt)VSKY, peut être avec i-aison considérée comme une glycosurie maligne et constitue un véritable diahèle sucré expérimental . La glycosurie pancréatique est accompagnée de tous les autres sym|)tômes caractéristicpies du diabète, c'est-à-dire d'amaigrissement, d'azoturie, d'iiyperglycémie, de polyui ie, de soif ardente, d'acétonurie, de l'élimination d'acide oxybutirique ])ar l'urine et d'une forte proportion d'ammoniaque. La mort survient, piécédée d'une dépression complète de toute la sphère psychique [cunia diabélitjue].
J^a différence entre le diabète sucré de l'homme et le diabète pancréaticpie expérimental des animaux réside surtout dans la durée de la maladie. Taiulis que, chez l'homme, les accidents évoluent d'ordijiaii'e sous la forme chronique, le diabète expérimental a une marche aiguë et les animaux succombent fréquemment en l'espace de quelques semaines. Tja glycémie s'accroît notablement, de sorte que le chien élimine ])ar les urines de 60 à 80 grammes de sucre par jour. Mais il iie s'agit là que d'une différence apparente dont la raison principale réside dans ce fait que le chien opéré perd, du mènu' cou|), non seulement la sécrétion interne (glycolytique) de son pancréas, mais aussi la sécrétion externe, déversée dans l'intestin par le canal de Wihsung. Gomme l'a montré Thiroloix, et comme l'un de nous (Giiaxtemesse) l'a vérifié, on peut produire chez le chien un diabète à marche lente, un diabète gras, en ayant soin d'habituer l'animal à la suppression du sucre |)ancréatique versé dans l'intestin (injection solidifiante dans les canaux excréteurs de la glande). Au bout de quelques mois, lorsque, à la suite de phénomènes de suppléance d'origine inconnue, le chien nourri abondamment à la viande crue a repris la santé, on extrait une partie du pancréas. L'animal devient alors un diabétique, mais un diabétique gras, dont la maladie évolue lentement.
De[)uis les publications de Mering et ^Iinkovsky en Allemagne (1888-1889), et de DoMiNicis en Italie, montrant la possibilité de réaliser chez le chien, par l'extirpation du pancréas, le diabète sucré typique, r(''lude de cette question a fait l'objet de iu)mbreuses recherches; les données principales (pii ressoi-laient des premiers travaux ont été coiilirmées par un granti nombre d'auteurs (Hédox, Lépixe, Harlev, (ÎLEY, Capparelli, Gavaxzani, Aldehoff, Thiroloix, Schabade, ScKOLorr, ^liESCH, etc.). Les recherches de ces savants, |)oursuivies dans des conditions diveises, ont mis en lumière beaucoup de détails touchant cette importante question. On ne peut dire cependant que, même sur le fait essentiel, à savoir la relation obligée entre l'extirpation du pancréas chez les aninuiux et l'apparition du diabète sucré, il y ait unanimité dans ro[)inion des expëi'imentateurs.
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉNIQ V E
On a affirmé que Yextirpation du pancrcas n'amenait pas chez loun les animaux l'accumulatioii du sucre dans le sang et son élimination exagèfce par l'urine. On o])tient des résultats positifs avec les chiens, les porcs, les tortues, et, parait-il, avec les lapins et les grenouilles; chez ces deux espèces animales, l'opération, en raison de la situation anatomique de l'organe, ne peut pas être faite d'une manière parfaite, et c'est pourquoi les résultats obtenus sont l'objet d'une suspicion légitime.
L'extirpation du pancréas, chez les oiseaux (pigeons, oies, canaixls), donne, suivant (piel(|ues auteurs (Lkwix, Mixkovski, Weiistraud, Kausch), des résultats encore moins nets. Ainsi, d'après les recherclics de Kausch (1896), ou trouve parmi les oies el les canards des individus chez lesquels rextir|)ati()n du pancréas ne détermine pas l'hyperglycémie. Chez la plupart des canards la glycémie alleini son chiiï're maxinuini déjà au b(uit de vingt-(|uatre heures, l/inanilion ([u'on fait sul)ir aux animaux, même trois jours avant ro|)érali()n, ur met [)as obstacle à l'augmentation de la quantité du sucre sanguin. (Cependant, chez les oiseaux opérés, l'hyperglycémie n'est jamais aussi considérable ([ue chez les mammii'ères.
Dans l'étude de cette forme de diabète expérimental par extirpation du pancréas, un élément d'appréciation ne doit jamais être perdu de vue, c'est la perméabilité rénale vis-à-vis du sucre sanguin. Si le passage du sucre à travers le rein subit un empèchemenl plus ou moins marqué, la glycosurie peut faire défaut ou bien être minime, tandis (\\\o l'hyperglycémie est devenue notable. I n expérimentateur ([ui Ijaserait son jugement sur le seul examen urinaire s'(^x|)oserait à tond)er dans l'erreur. Les observations de Kausch ont [)r(M isem(uil montré que, chez les oies et lescanai-ds privés de leur pancréas, le sucre du sang traverse difficilement le fdtre l'énal. La connaissance de ce fait [)ei'met d'expli(pier en partie les contradictions des auteurs (jui ont fait leurs expériences sur des oiseaux. 11 faut aussi se souvenir c|ue l'intensité des processus d'oxydation dans le [)arenchyme rénal varie a\-ec les espèces animales et que le sucre éliminé du sang peut sul)ir une oxydation dans le reinmèm(\
Dans le diabète pancréatique expérimental, les résultats positifs ne sont obtenus qu'à la suite de l'extirpation presque totale de l'organe. Les opérations partielles n'amènent rien. D'après les obsei'vation's de Schabahe, il suffit de laisser en place un douzième de la glaiule pour (.\vw la glycosurie fasse défaut ou qu'elle disparaisse bientôt, si elle s'était montrée après l'opération. Ce fait permet d'expliquer bien des résultats négatifs auxquels les expérimentateurs ont abouti; on peut supposer que le pancréas n'a j)as été enlevé entièrement et que les lobules restants se sont adaptes peu à peu à une fonction de suppléance.
232 TROUBLES A T 1} O P II 1 Q C E S DE LA MTRiriON CELLULAIRE
La découverte de Mering et Minkovsky a remis à l'ordre du jour la question de la cause même du diabète et des rapports qui existent entre le pancréas et l'utilisation du sucre dans l'économie. Ce problème n'est pas encore résolu. On sait seulement que les trouhJes dans les midadons organiques dit siici-e sani;iii/i ne dépendent pas des pj-oduits de sécrétion glandulaire i'ersés dans le canal intestinal. La ligature ou l'obstruction du canal excréteur ne déterminent pas le dia])ète. T^a glande pancréatique régit les étapes de la circulation infra-organique du sucre sanguin, i)av l'action des su])stances inconnues qui, sorties de la glande, pénètrent directement dans le sang ou dans le système lymphatique. Sous leur influence, le sucre subit une destruction continuelle. Leur absence, consécutive à l'extirpation du pancréas, laisse le sucre échapper à cette destruction, s'accumuler dans le sang et s'éliminer par l'urine. La nature de cette ou de ces substances n'est pas encore définitivement établie. Lépi>'e et, api'ès lui, Nommés pensaient qu'il s'agissait d'un ferment particulier que ce dei'nier auteur a dénonuiié glijcohjsine et qui sortait de la glande pancréatique pour pénétrer dans le sang. 11 serait plus juste d'appeler ce ferment une o.rydase du glucose. Le fait, connu depuis Cl. Bernard, que, dans le sang sorti des vaisseaux et conservé à la température de 38-39°, sucre présent tout d'abord se détruit peu à peu, pourrait être attribué à la présence de ce ferment contenu dans le liquide. Le sang frais d'un chien privé de pancréas, conservé de la même façon, ne sulnrait pas une diminution notable de sucre, parce que le sang du diabétique ne contiendrait pas ou contiendrait peu de ce ferment glycolytique. Le chauffage du sang jusqu'à 54" tue ce ferment. On peut supposer qu'il entre dans le sang par les vaisseaux lymphatiques et que la lymphe du canal thoracique possède au maximum la propriété de détruire le sucre. LÉPiNE est arrivé à diminuer notablement la glycosurie pancréatique expérimentale en injectant au chien opéié la lymphe du canal thoracique d'un animal sain.
Malgré les noml^reuses objections soulevées contre l'hypothèse de LÉPINE, la partie essentielle de sa théorie a pour elle le résultat d'expériences d'une haute signification, celles, par exemple, qui visent les tentatives de transplantation de la glande pancréatique. HÉdon et jNIinkovski ont réussi à démontrer qu'o/; peut remédier à la glycosurie pancréatique e.ipérinientale en tran.'iplantant et en greffant sous la peau de V abdomen un morceau de pancréas. Il suffit d'extirper le pancréas greffé, et la glycosurie survient de nouveau.
On ne peut méconnaître V analogie qui existe entre ces faits et ceux oii l'on a pratiqué la greffe de la glande tlniro'ide. La transplantation du corps thyroïde peut arrêter et guérir les phénomènes de myxœdème;
■.VU-ïPUHUlUAL SOCIETY
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGENIQU E 233
la transplantation du pancréas peut aussi arrêter les accidents du diabète expérimental. Une découverte récente de Blumeathai. est importante à ce point de vue. Ce savant a renouvelé Fexpérience de Buchner tirant de la levure de bière, écrasée sous une presse hydraulique, le ferment solul)le qui donne de l'alcool aux dépens du sucre. Par une telle compression, Blumenthal dit avoir retiré du pancréas, broyé avec du sable, un ferment glycolytique.
Les sources du sucre clans la glycosurie phloriclzinicjue et paucréalique n'ont pas la même origine. Dans le premier cas, il y a formation exagérée du sucre et trouble dans la fonction rénale, qui laisse passer facilement ce sucre; dans le second cas, le sucre ne paraît pas formé en cjuantilé surabondante, mais il existe une insuffisance de l'oxydation ou de la destruction de ce sucre clans l'organisme. Ce dernier fait a été démontré par Schabade, en combinant l'alimentation pai- la phloridzine avec la ligature des uretères et avec l'extirpation du pancréas. Chez les chiens empoisonnés par la phloridzine et qui conservent en place la glande pancréatique, la ligature des uretères n'est pas suivie d'une augmentation de sucre dans le sang, tandis que, chez les animaux privés de pancréas et empoisonnés par la phloridzine, la quantité de sucre du sang augmente du double trois heures après la ligature des uretères et devient six fois plus considérable au Ijout de i8 heures. Des résultats send)lal)les ont été obtenus par Mixkovski dans ses expériences sur l extirpalion des reins.
En faveur de l'origine différente des glycosuries phloi-idzinicpie et pancréatique parle aussi ce fait, qu'il n'est pas toujours possible de pi'ovoquei' le diabète pancréatique chez les oiseaux, et qu'il est au contraire toujours facile de faire apparaître chez eux la glycosurie phloridzinique (Cremer et RiTTiiit j.
Les constatations anatomiques et expérimentales que nous avons signalées peuvent-elles servir à l'interprétation des diverses formes de glycosurie que présente la clinique humaine? Distingue-t-on, en un mot, chez l'homme, des glycosuries qui dépendent d'un trouble dans le fonctionnement du foie, d'une modification dans la sécrétion du pancréas, d'une perturbation dans la statique ou la dynamique du système nerveux, d'une défaillance organique à détruire le sucre? Ces diverses formes de glycosurie ont-elles une physionomie personnelle bien tranchée ? Ne peuvent-elles se confondre les unes dans les autres ? Exigent-elles chacune un traitement distinct et particulier? Les réponses que l'on peut faire à ces questions sont loin d'être affirmatives. Il existe cependant, chez l'homme, une forme clinique de diabète qui se rapproche delà maladie provoquée chez le chien par Mering et Minkovsky et dans laquelle les lésions matérielles du pancréas sont plus ou moins développées.
Depuis longtemps on avait remarqué les altérations du pancréas trouçées à Vaiitopsie des diabétiques. Cowley, Ei.LiOTSON, Bright les avaient signalées. Bouchardat avait constaté l'atrophie et le cancer de cet organe chez des diabétiques. Skoda et Griesi>'Ger avaient observé de
2J4 TROUBLES AT RO l> II I Q f E S DE LA NUTRITION CELLULAIRE
semblables lésions. En 1864, Recklinghàusea publia Tobservation d'un diabétique à Tautopsie duquel il constata la présence d'une tumeur considérable, formée par le canal pancréatique énormément dilaté. Les faits de ce genre devinrent assez nomljreux pour que Popper, en 1868, dans un travail sur les ra])poi-ts des lésions du ])ancréas avec le diabète, admît que cette maladie était causée par une altération matérielle ou une perversion fonctionnelle de cet organe. L'idée de Popper était juste, mais la pathogénie qu'il invoquait, l'insuffisance de sécrétion du suc pancréatique oi-dinaire dans l'intestin, lit laisser de côté sa théorie. Cependant, les constatations positives se nuiltipliaient. S'enq^arant de ces faits, Lakcereaux tenla de séparer du groupe général des diabétiques un lot de malades glycosuriques porteurs d'une physionomie clini(jue particulière. I^a glycosurie débulail che/ eux d'une manière brusque, l'amaigrissemenl ('lait j-apide, b's synq)lômes très accusés, et la mort suivenait en deux ou ti'ois ans. A l'autopsie, on ti-ouvait des lésions du pancréas. C'était le diabète maigre, le diabète pancréatique, tout à fait distinct (hi diabète gras qui avait des oi'igines diverses. Assurément, certains cas de diabète, par leurs symptômes et leurs h'sions. correspondent à la description de Lancereaux; mais, pour (pie l'autonomie clinique de ce groupe fût solidement constituée, il faudrait (pie la maigreur et révolution raj)ide du diabète s'observassent uni(pienient chez des individus atteints de grosses lésions (bi pancréas. Or, il est des cas nombreux oii le dialx'te maigre ne s'(>st pas accompagné d'altérations vraiment manifestes do cette glande, "fcds sont les faits signalés par ^\'ILLIAMSo^ ; telle est encore l'obsei N at ion récente de Lépine, dans la(|uelle l'hyperglycémie et la glycosui ie considcM-ables constatées chez une femme de soixante-neuf ans ne comportaient coinnu» substratum nécrosco|)i(]ue (|ue des altérations insignifiantes du pancréas. Dans ce cas, les lésions parenchymateuses et int(M'sliti(dles du rein étaient très développées, ce (pii fit admettre (ju'il s'agissait d'une forme particulière de la maladie, le diabète rénal.
Les lésions nerveuses expérimentales, ([ui produisent si facilement une glycosurie plus ou moins passagère, ont-elles dans l'anatomie pathologique et dans la cliiii(pie humaine des exemples correspondants, oii la glycosurie possède une origine |)urement nerveuse et une |)hysionomie |)articuli('re, eni[)reiii1e d'un cachet original? On a \ ii souvent le diabète succéder à des pertui'balioiis nerveuses, des secousses morales, et même des traumatismes. Freiuchs, See(;ex, Lecorché ont nié (pie le lraumatism(> |)ùt suffire à causer un véritable diabète permanent, en l'absence d'une prédisposition héréditaire ou ac(|iiise. ( )ppENnEi.\i, (^nAUCoT, Cuaxtemesse, jÎROUARDEL et II ic n A RDiÈRE Ont observé des exemplo de diabète traa-
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGENIQUE -iVS
malique chez des enCants en ]jas âge, chez des individus n'ayant aucun antécédent héréditaire ou personnel laissant soupçonner la présence d'une tare spéciale. Le diabète traumatique peut délniter inunédiatenient après un accident, comme dans le cas suivant, que Tun de nous a eu Foccasion d'observer à l'hôpital Broussais. 11 s'agit d'un individu en parfaite santé, qui était un jour occupé à transporter au haut tl'une échelle ujie lourde charge jjhicée sur ses épaules : un des barreaux de l'échelle s'étant ronijni, il toniha sur le sol, deljout avec sa charge sur le dos. La secousse fut vicdente et l'obligea à s'asseoir pour se reposer. Lue heure ])lus tard, la soif était devenue si vive, que le malade fut obligé de se lever pour aller boire. 11 était atteint d'un tliabète qui ne guérit pas. Le début du dial)ète traumatique n'est pas toujours aussi ])récoce : parfois, la maladie ne se déclare que quelques mois ou quelques années plus tard; elle se traduit par la polyurie glycosurique classique ou par des troubles divers (pi'on est trop souvent tenté de mettre sur le compte de la neurasthénie.
Le diabète traumatique précoce peut giuu ir; la forme tardive a une évoluliou lente et un pronostic grave.
Nous avons vu plus haut les nuiltiples lésions expérimentales qui, portant sur le cerveau, le bulbe, la nu)elle et les nerfs, pouvaient faire apparaître la glycosurie. Cl. Berx.vud avait montré que la piqûre du plancher du quatrième ventricule |)i-(Kluisait l'hyperglycémie par une action nerveuse qui ne passait pas par le pneumogastrique, mais dont la voie se faisait le long de la moelle cervicale et gagnait le splanchnique. Chauveau et Kaufmann ont repris ces recherches.
A la suite d'expériences de section médullaire, ces auteurs admirent qu'il existait dans le bulbe un centre, frein de la sécrétion sucrée du foie, et dans la partie supérieure de la moelle cervicale un autre centre qui n'était plus un frein, mais un excitateur de cette sécrétion. Ces deux centres d'action opposée agissaieirt sur le foie par l'intermédiaire de filets et de ganglions sympathiques interposés. L'action de ces centres était mise en œuvre par la sécrétion du pancréas qui les réglait automatiquement, car cette sécrétion pancréatique avait le privilège singulier d'exciter le centre phrénateur et de modérer le centre excitateur de l'activité des cellules hépatiques, de telle sorte qu'elle produisait des effets cumulatifs. Voilà la première partie de l'arc qui reliait le système nerveux central au foie ; la seconde partie rattachait le pancréas au système nerveux central. Il existait sur le plancher du quatrième ventricule un centre excito-sécréteur de la glande pancréatique. Une piqûre de ce plancher peut donc aboutir au même résultat, c'est-à-dire à l'hypergly-
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céluie, soit en iuliiliant le centre phréno-sécréteur du l'oie, soit en inhibant le centre excito-sécréteur du pancréas.
Dans l'un et l'autre cas, le centre de la partie supérieure de la moelle se trouvait libéré de ses entraves et l'hyperformation de sucre s'ensuivait. iNlais, d'après Kaufmann, le système nerveux n'agissait pas seulement sur le foie, [)ar l'intermédiaire des conducteurs nerveux. Régissant rUistolyse générale, il pouvait fournir au foie, par l'intermédiaire du sang, les éléments d'une glyco-formation plus ou moins abondante. Son action régulatrice s'exerçait à la fois sur la nutrition des tissus et sur les élaborations intra-hépatiques. Une action semblable, régulatrice, portant sur les mêmes éléments, était exercée aussi par la sécrétion interne du pancréas, à l'aide du sang qui charrie le ferment. On voit que, d'après cette théorie, la glycémie, dans la teneur en sucre du sang, était soumise à une régulation double, l'une d'origine nerveuse, l'autre d'origine pancrc'atique. Dans l'hyperglycémie et le diabète, la glyco-formation et l'hislolyse étaient activées. Cet état correspondait à l'hyperglycogénie limitée au foie ou étendue ;i beaucoup de tissus et à la destruction excessive des substances albuminoïdes. Au contraire, dans l'hypoglycémie telle qu'on l'obtient par la section de la moelle au niveau de la première vertèbre dorsale, la glyco-formation hépatique et l'histolyse étaient inhibées et la sécrétion interne pancréatique était exagérée.
La théorie de K.vufm\îs'>' comporte, comme on le voit, l'intervention, dans une harmonie déterminée, d'une série d'éléments dont le rôle, dans la production de la glycémie, a été reconnu par l'expérience. L'inlluence, dans l'apparition de la glycosurie, des lésions nerveuses, de l'hyperglycogénie hépatique, de la protéolyse des tissus, de la sécrétion interne du pancréas, n'est plus à démontrer. On peut cependant reprocher à cette théorie de laisser de côté l'appréciation d'actes ])hysiologiques qui interviennent dans la glycosurie, l'existence de certains troubles préalables de la nutrition, le ralentissement dans la combustion intra-organique du sucre démontré par Bouchard, le rôle du liltre rénal, etc. Ivt, lorsque le foie et le pancréas ont été séparés des centres nerveux, quel est l'état de la glycémie et de la glycosurie? Une réponse à cette question pourrait permettre de juger la théorie; malheureusement les auteurs ne donnent pas cette réponse.
Au ])oint de vue clinique, les limites qui séparent le diabète nerveux tlu diabète arthritique ne sont pas faciles à déterminer. Le neuroartlu itisnie, qui se montre si souvent dans l'étiologie des maladies nerveuses, reparaît avec obstination dans l'étiologie du diabète. Tel diabétique auti-efois bien portant, devenu glycosurique à la suite de secousses
DÉGÉNÉRESCENCE OLYCOGÉMQL ' E
morales, maigrit rapidement. Il peut ce])eiulant, sous riiifluence d'un régime convenable, continuer à vivre [)endant 9.5 ou .')o ans en jouissant d'une Ijonne santé. N'était le mode de début, il serait dil'Iicile de séparer ce diabète nerveux de la variété dite artliritique.
Le diabète arthrili(|ue revêtu de sa l'orme classique représente un des types cliniques les mieux cai-actérisés de la glycosurie permanente. C'est le diabète gras, dont le début est insidieux, dont l'évolution est lente et peut durer trente ans, où la glycosurie se montre par intermittences, où l'accroissement de la faim, de la soif, de l'urination est souvent peu marqué, oii le régime alimentaire rend les plus grands services. Parmi les causes midtiples de ce diabète arthritique, certains auteurs ont invoqué un trouble dans la fonction du foie. Les uns (Dic- KiNSON, ZiMMER, TscHERiNOW, SEEGE^■) reconnaissent un obstacle à la fixation du sucre alimentaire par le foie, obstacle qui résiderait dans une diminution de l'activité de l'organe devenu impuissant à transformer en glycogène le sucre alimentaire. D'autres (Gléisard), se basant sur l'hypertrophie du lobe droit du foie, que l'on observe fréquemment chez les diabétiques gras dits arthritiques, hypei trophie accompagnée d'une densité plus grande du tissu, d'une sensibilité plus vive de l'organe, ])ensent c[u'il s'agit d'un type de diabète créé plus spécialement par l'action de l'alcool sur le foie et représenté anatomiquement par une cirrhose parcellaire à évolution lente. Il est certain, en effet, que l'on constate souvent ce gros foie chez des diabétiques gras non azoturiques et que parfois ces malades souffrent de petites crises hépatiques douloureuses que l'on prend pour des coliques hépatiques frustes. L'urine, au moment de ces crises, ne contient pas de bile, mais une forte proportion d'urobiline, indice d'un mauvais fonctionnement de la glande.
A côté des théories qui, pour expliquer un des éléments du diabète, invoquent l'hyperformation du sucre, il faut placer celles qui ne voient dans la maladie qu'un défaut de destruction de cette substance, laquelle, dans les métamorphoses ordinaires, disparaît dans le sang par oxydation, par fermentation, par assimilation des tissus. Reynoso, Dechambre ont dit que le sucre s'accunuilait parce qu'il n'était plus brûlé dans le poumon, ce qui est inexact. AIialhe trouvait que le sang du diabétique était trop peu alcalin pour que la combustion du sucre put se faire. Cette conception l'avait conduit à une thérapeutique excellente, l'emploi des alcalins. Bence Jones attribuait l'accumulation du sucre à un défaut de fermentation; c'est la théorie à laquelle Lépine a donné une base puissante. Jaccoud pense que le mécanisme d'une des formes du diabète est le défaut d'assimilation du sucre par les tissus. C'est cette pathogénie qu'invoque Bouchard pour la plupart des cas de diabète sucré qu'il
Ghantemesse et Podwyssotsky. Processus géïK'raux. 13
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l'attache à lui état de uutiition ralentie. Cepemlaut, les éléments pathologiques qui entrent clans la constitution du diabète sont trop nombreux ])Our qu'on puisse méconnaître qu'une théorie unitaire du diabète est impossible à concevoir, qu'il n'y a pas seulement des diabétiques mais aussi des espèces diverses de diabète sucré.
Que le sucre ou l'amidon ingérés par les diabétiques ne soient ])as détruits comme ils le soirt chez l'homme sain, cela est incontestable et ressort des analyses récentes faites par II.vmuot pour déterminer le (pu)lienl respiratoire des hommes sains et des diabétiques. L'amidon ou le glucose ingérés sont convertis dans l'organisme en graisse, avec dégagement d'acide carbonique, et l'émission de ce gaz peut servir à mesurer la quantité de glucose ainsi translbrmée. Les variations du ([uoiient respiraloii-e, avant et après un repas riche en substances iéculentes, fournissent la mesure exacte de la quantité de glucose utilisée par l'homme sain et par le diabétique, et par conséquent du pouvoir glycolyli(]ue total de leur organisme. Des recherches d'HAXRiOï il résulte que, chez l'homme sain, deux heures après un repas composé de féculents, le nombre de litres d'air expiré en une heure est presque le double du chiffre trouvé avant le repas, tandis que, chez le diabétique, l'augmentalion de la ventilation pulmonaire n'est que faiblement marquée et quelquefois nulle, quand le pouvoir glycolytique du sang a disparu.
A côté des faits qui démontrent le défaut de destruction du sucre chez les diabétiques, il faut placer ceux qui prouvent que la désassimilation des tissus est presque toujours augmentée chez eux, quelle que soit la période d'évolution de la maladie. Les matériaux solides excrétés, l'urée, les acides urique, phosphorique, sulfurique, etc., ont augmenté de quantité dans l'urine. U y a donc décomposition anormale de l'albumine des tissus et dégénérescence liydrocarbonée diffuse dans tout l'organisme. La fragilité de l'équilibre organique se manifeste encore par la l'éceptivité excessive des malades à l'égard de toutes les atteintes morbides, par la diminution de la chaleur produite, par l'apparition de glycogène en quantité anormale dans divers organes (foie, rein, cerveau), enfin par les dégénérescences parenchymateuses multiples (Ehrlich,
Aussi les diabétiques offrent-ils une proie facile à l'invasion de tous les agents microbiens. Les germes divers de la suppuration, de Térysipèle, de la pneumonie, de la gangrène, de la tuberculose, etc., interviennent fréquemment chnis la cause des accidents (pii terminent hmr vie. La fin peut encore survenir d'une manière particulière, dans le coui's d'un accident (ju'on nomme le conui cUahèlifiiic. ("elui-ci ne doit
DÉGÉNKRESCE N CE GLYC OGÉMQUE
pas être confondu avec les crises de collapsus cardiaque dues à la dégénérescence graisseuse du myocarde, crises qui peuvent conduire à la mort en quelques heures. Le coma diabétique est caractérisé par l'odeur de riialeine, l'odeur et la modification de l'urine, la dyspnée et les troubles gastro-intestinaux. L'odeur de l'haleine est aigrelette, pénétrante, rappelant un peu celle du chloroforme, perceptible seidement près du malade ou imprégnant l'atmosphèi'O de l'appartement qu'il habile. L'odeur de l'urine est analogue, et si on y verse quelques gouttes de perchlorure de fer, elle donne la coloration rouge, vin de Porto (Gerhardt). La dyspnée est intense; la respiration se fait d'ordinaire lente, profonde, avec un gémissement. Le malade reste étendu, sans être obligé de s'asseoir comme le fait l'asthmatique. Les nausées, les vomissements, les douleurs abdominales sont fréquentes. Il est rare qu'à ce moment les patients ne présentent pas une agitation plus ou moins marquée qui précède la dépression aboutissant au coma. Chez les personnes jeunes, dont le diabète évolue sous la forme aiguë, le coma diabétique survient fréquemment. Il est plus rare chez les personnes âgées et ne se montre le plus souvent qu'à l'occasion d'une maladie intercurrente.
Des théories patliogéniques diverses ont été émises pour expliquer les accidents du coma diabétique. On a incriminé successivement l'acétone, l'acide diacétique, l'acide ,3 oxybutyrique et ses dérivés. On s'accorde maintenant à reconnaître que le coma diabétique est le résultat d'une intoxication, laquelle prend sa source dans une combustion incomplète du glucose. Le résidtat de cette combustion, au lieu d'être de l'acide carbonique et de l'eau, comme à l'état normal, est un acide (acide lactique ou acide oxybutyrique, acide diacétique ou acétone, et peut-être quelc[u'autre élément inconnu, actif à très petite dose) qui s'accumule dans le sang, lui communique sa toxicité propre et le rend également nocif par la diminution de son alcalinité.
On a trouvé, dans le sang de malades atteints de coma, de l'acide p oxybutyrique (Hougounexq) ; on a constaté dans l'urine de diabétiques gravement atteints la présence des acides [3 oxybutyrique (jusqu'à 3oo grammes en 24 heures) (v. Noordex, Magxus\ formique, acétique, propionique, etc. (Lévy), en même temps qu'une grande quantité d'ammoniaque. A l'état normal, le chiffre de l'ammoniaque contenu dans l'urine humaine est de 0,60 centig. par jour; dans le diabète grave, il peut s'élever à 10 et même 12 grammes (Stâdelmann). La marche de l'intoxication acide serait la suivante. Au début, l'acide en excès s'unit à l'ammoniaque ])our former un sel neutre qui s'élimine par l'urine. ^Nlais si, à un moment tlonné, il n'y a plus assez d'ammoniaque pour saturer l'acide, cebii-ci
s'empare de la potasse et de la soude contenues dans les tissus, et la soustraction de ces bases indispensables à l'organisme est le signal des accidents (Le Gendre).
On le voit, en somme, beaucoup d'éléments interviennent dans l'étiologie et la patliogénie du diabète sucré. Dans les diverses formes de la maladie on les retrouve tous ou presque tous s'exercant avec un coeflicient d'intervention plus ou moins puissant. Dans un même cas, LÉPiNE reconnaît comme entrant en jeu avec une importance variable : l'inaptitude de la cellule hépatique à posséder autant de glycogène qu'à l'état normal, l'excès de protéolyse primitive réalisée aux dépens d'une désassimilation excessive des tissus, le défaut d'utilisation du sucre, le défaut de la transformation du glucose en graisse, la diminution du ferment glycolytique, et enlin l'élément rénal laissant filtrer avec une facilité excessive le sucre du sang. Dans la désassimilation des tissus, il faut donner la part qui lui convient à la dégénérescence glycogénique.
Les variations de ces divers éléments combinés empêchent les types cliniques de la glycosurie de se présenter avec une physionomie indélébile, marque de fa])rique facile à reconnaître et à classer.
Jusqu'ici la clinique a distingué des types qu'il est possible à la rigueur de séparer, quand ils se présentent avec des caractères ])ien tranchés : le diabète nerveux, le t[ia])ète franchement arthritique, le dial)ète panci'éatique. Mais il existe encore beaucoup d'autres types qui ne sont pas définitivement classés. Tel est, par exemple, le diabète bronzé^ qui n'est ni un épiphénomène, ni un accident, ni une terminaison du diabète vulgaire. C'est une maladie de l'âge adulte, dont le dé])ut est brusque en général, qui se traduit par la glycosurie et les autres symptômes généraux du diabète, un amaigrissement rapide et une pigmentation cutanée uniforme respectant les nuicpieuses, mais se manifestant avec le plus d'intensité sur la face, les extrémités et les organes génitaux. On trouve à l'autopsie le foie cirrbotique, la bile incolore, la coloration rouillée du panci'éas, des gangliojis lym]diati(pies abdominaux. La coloration est due à un pigment oci'c, de Jiature ferrugineuse (Lapicque, Auscher, Meunier), (|ui se dépose dans les interstices et même dans réj)aisseur des libres du tissu cou jonclif, dans les cellules hépatiques, le pancréas, le rein, les ganglions, les filtres nuisculaires du cœur. Hanot et Ghaufi ard ont rattaché la pathogénie de ce diabète à un trouble évolutif de la fonction chromatogénicpie (hi foie, iabriquant avec excès du pigment (pii dilluse, parvoi<^ eml)()ii(pi(\ dans lout l'oi-ganisuH» ; Letulle invoque dans la patliogénie iiiu" allc'ration initiale de l'hénio-
DÉGÉNÉRESCENCE GLYCOGÉMQLE
globine du sang; Brault et Galliard admettent cette altération initiale, mais pensent que le pigment ne peut être éla])oré par les cellules du foie, parce que celles-ci sont déjà altérées.
On a découvert aussi une variété de glycosurie caractérisée par Félimination d'un sucre spécial, le pentose. Peut-être cette forme de glycosurie, mieux étudiée et mieux connue, mettra-t-elle sur la voie de troubles nutritifs portant sur certains départements de la cellule, car des hydrates de carbone du groupe des pentoses existent dans les produits du dédoublement des nucléo-albumines. Il n'est |)as interdit de supposer que cette pentosurie puisse .être en relatioii avec des altérations de noyaux cellulaires d'organes riches en cellules et en noyaux. On a été plus loin pour le diabète lévulosurique auquel on a accordé une physionomie clinique particulière (Sekeyou), caractérisée par la présence d'accidents nerveux prédominants et la bénignité relative du pronostic.
On a récemment attiré l'attention sur les. altérations dégénératives spéciales des cellules nerveuses cérébrales, dégénérescences colliquatives, au cours du diabète (LÉPiNE, IMauixesco, Lintvaueff, Mankovsky, etc.). La nature et la fréquence de ces altérations n'ont pas été l'objet d'études assez noujbreuses pour qu'on puisse les considérer comme patbognomoniques.
Parmi les nombreuses altérations anatomo-pathologi<[ues qui ont été observées dans le diabète sucré, il faut accorder une mention spéciale à celles qu'a décrites Ferraro. Cet auteur a trouvé, dans tous les cas de diabète qu'il a observés, une endartérite diffuse, étendue à un grand nombre d'organes, allant en certains endroits juscju'à oblitérer la lumière des vaisseaux. Il suppose que les altérations dégénératives des organes, si frécjuentes dans le diabète, se trouvent sous la dépendance de cette lésion vasculaii'e. (]ette endartérite proviendrait elle-même de 1 irritation provoquée par la présence du sucre en excès sur la Uuiique interne des vaisseaux. Les endocardites, avec altérations consécutives des valvules du cœur et du muscle cardiaque, s'observent en effet souvent cbez les diabétiques (Lecorché).
Parmi les lésions du sang constatées dans le diabète, il en est une cjui a été utilisée par BreHxMer ])()U1' le diagnostic clinique de celte maladie (1894). Brehmer a reconnu c{ue le sang des dial)('tif[ues, coloré par la métbodc d'Emu. ICH (éosine et bleu de méthylène), montrait îles globules rouges prenant moins vivement qu'à l'ordinaire la couleur acide rouge et de nombreuses granulations dans le plasma réfractaires à cette coloration. La méthode de Gram met ces dernières en évidence et fait apparaître autour des noyaux des leucocytes une zone claire en forme de G, Williamson (1897) utilisé, pour le diagnostic hématologicjue du diabète, le pouvoir cpi'a le sang dans cette maladie de faire passer du bleu au jaune une solution faible de bleu de méthylène alcalinisée par la potasse. Le sang normal ne jouit pas de cette propriété. Il y a, dans la constatation de Williamson, la source de procédés colorimétriques pour la reconnaissance et le dosage du sucre; P. Marie et Le Goff l'ont utilisée.
moi BLES A TROPIIiqUES DE LA NUTIiiriOy CELLULAIRE
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