DÉFINITION, PROPAGATION, MARCHE, TERMINAISON DE LA MALADIE
Etre malade, c'est tout d'abord être vivant. — L'idée de maladie n'a pu être séparée dès la plus haute antiquité de l'idée que les philosophes et les médecins se faisaient de la vie, de ses conditions purement matérielles ou du principe supérieur qui était censé les dominer.
Dans cette longue suite de siècles, qui commence à Hippocrate et qui finit presque à nos jours, on a tour à tour vu se renouveler la querelle où matérialistes et spiritualistes, solidistes et humoristes, chimistes et iatromécaniciens, physiologistes et anatomistes, apportaient des aliments nouveaux de discussion et édifiaient des théories.
Parmi tant de, noms, deux seuls s'élèvent au-dessus de tous les autres, parce que les hommes qui les portèrent ont eu la vision la plus nette de la maladie. Cette justesse de coup d'œil, ils la devaient à leur génie et à l'observation patiente des malades qui les faisait assister à la lutte de l'organisme atteint contre les effets de son atteinte. Dans le malade ils ont vu un lutteur. C'est dans ce sens qu'HiPPOCKATE a parlé de la nature médicatrice et que Sydenham a appelé la maladie un eflort de la nature qui travaille de toutes ses forces à évacuer la matière morbifique.
INIais, sous ce mot de nature, que fallait-il entendre? La nature était-elle quelque chose d'inhérent aux propriétés de la matière vivante, ou bien d'indépendant de cette matière, susceptible d'être considéré à part et comme individualisé ?
Chantemesse et PoDWYSsoTSKY. Pl'occssus généraux. 1
HISTOIRE NATURELLE DE LA MALADIE
Des conceptions lancées dans des voies aussi différentes devaient donner naissance à des Écoles médicales séparées. Les médecins phvsiologistes et anatomistes, guidés par les découvertes de H.vller sur Firritabililé du lissu vivant, considéraient (pu> les maladies consistaient dans un trouble, une exagération ou une diminution de Firritabilité normale et qu'elles ne pouvaient être que sthéniques ou asthéniques. La théra])eutique contro-slinudanlc de Rasori en Italie, les saignées de Bhoussais et de BouiLLAUD en France, étaient une pratique médicale armée par ce Système. Encore les médecins français de cette École, pour guidés qu'ils fussent par les doctrines physiologiques de Haller et de Bichat, n'en restaient-ils pas moins les élèves des anatomo-pathologistes Boa^et
et MORGAGNI.
D'autres écoles médicales reconnaissaient aussi l'action d'un phénomène de la nature dans l'évolution des maladies ; mais, au lieu de rattacher ce phénomène à une simple propriété de la matière vivante, ils le considéraient comme une force spéciale, indépendante de cette matière. Para- CELSE (i493-i54i),qui envisageait l'homme comme un composé chimique, et qui rattachait les fièvres putrides à la présence de substances excrémentitielles retenues dans l'économie, attribuait la direction des fonctions humaines à l'existence d'un archée.
Au dix-septième siècle. Van IIelmoxï, à qui la science doit la séparation de l'acide carbonique des autres gaz, sa découverte dans les produits de la fermentation du vin, de la digestion et de la putréfaction, admettait aussi l'existence d'archées hiérarchisés dont l'accord maintenait la sui^ordination des organes et l'équilibre de la santé.
Pour Stahl, la matière ne vivait, ne résistait à la putréfaction avoisinanle que par l'effet d'une seide âme, pensante et consciente; l'action de cette âme expulsant les substances nuisililes était précisément la maladie.
Enfin les théoriciens de l'École de Montpellier, avec Barthez, imaginèrent à côté de l'âme pensante rexislence d'un principe vital, principe dont les affections aboutissaient à créer des maladies.
Les conceptions métaphysiques de Barthez, pour obscures qu'elles fussent, eurent un retentissement considérable. L'être vivant était considéré comme un nu'canisme comj)lexe et délicat, « commandé de l'extérieur ])ar un principe mal défini, cpii le faisait mouvoir à son gré, en tirait d'ordinaire, comme un habile organiste, les accords les plus harmonieux, et c'était la santé; allait parfois s'égarer et se perdre dans les effets les plus discoi'daiits, et c'était la maladie et la mort. Dans l'étude des conditions de la santé et de la maladie, dans la physiologie et la pathologie, il fallait tenir compte de l'intervention maîtresse, des